Tu seras, bienvenue chez moi

J’ai ouvert mon blog en 2003 ou 2004 pendant que j’étais étudiant. j’avais entendu parler de cette tendance dans un cours de Martial Martin qui nous enseignait la communication. Assez bien pour que ça en devienne mon métier d’ailleurs. L’idée de base était de digitaliser le journal intime. Je m’en servais pour donner mon avis. Ou plutôt l’inscrire quelque part et qu’il soit visible, à l’époque personne ne lisait quoi que ce soit de ce que j’écrivais. Une façon se garder quelque chose, en somme.

Mon blog en 2005

Mon blog en 2005

Avec le temps, j’en ai créé et ai participé à d’autres, de Soul Kitchen au Hiboo, de Rock Me Up à Megaconnard en passant par LeTransistor, j’avais mes espaces de liberté sans la moindre censure sur le contenu, sa forme ou sa présentation. La liberté absolue. C’était ça internet. (Même si ça m’a couté quelques procès et assignations 🙂 )

Quand j’ai eu l’idée avec Rod Maurice du Hiboo de commencer à filmer des musiciens avec nos appareils photo (hérésie à l’époque), nous étions confrontés à un problème de taille (un problème de taille de taille d’ailleurs) : celui du poids des vidéos. Non seulement les connexions rapides n’étaient pas généralisées, mais en plus, il était compliqué d’uploader des dizaines de vidéos d’1Go sur nos propres serveurs. Nous avons alors commencé à utiliser Dailymotion qui était français ET en pleine expansion (mais qui ne reversait rien à l’époque). Au début des années 2010, YouTube nous a proposé de venir chez eux pour publier également les vidéos, tout en nous rémunérant et en bénéficiant d’une audience parallèle, celle de Google. De l’audience gratos qui paye en plus de celle naturelle de nos supports. Tout bénéf.

Avec le temps, nous (je parle de Rod et de moi, mais plus généralement des vidéastes du web) avons abandonné Dailymotion pour donner à YouTube son quasi monopole sur la vidéo en ligne, tout en utilisant l’essor des réseaux sociaux pour promouvoir nos contenus. A l’époque consultant pour plusieurs grandes marques sur ces sujets, je faisais des réseaux sociaux mon métier. Vaillant mais un peu frileux, j’expliquais à mes clients que les réseaux sociaux était un « avant poste ». Eux qui avait payé parfois plusieurs centaines de milliers d’euros pour leur site internet, n’avait qu’une envie : avoir tout plein de visites. L’opération était claire : s’installer en avant poste sur les réseaux sociaux et ramener tout plein de traffic. D’autres investissaient massivement pour avoir la plus gros communauté possible, sans savoir jamais vraiment savoir s’ils pourraient la garder ou si la plateforme pouvait fermer (nous avions tous connu la fin de MySpace, Lycos et Caramail).

Chaine  YouTube de P20RIS

Chaine YouTube de P20RIS

Evidement les grandes plateformes sociales l’ont compris, Facebook en tête, et la multiplication des pages de marques, d’artistes etc. ont fait que le nombre de messages journaliers à afficher a explosé, alors que la capacité de lecture des utilisateurs est stable. C’est comme ça que Facebook et désormais Twitter / Instagram vendent leurs produits : payez pour être surs que vos fans voient votre contenu. Vos fans. En réalité une base de données constituée sur une plateforme qui appartient à un tiers.

Avec le temps, non seulement les sites sont devenus moins importants que la présence sociale, mais parfois même cette présence a été éditorialisée à la place du site internet, via des jeux concours, des micro news, des mini critiques etc. L’avantage principal étant évidemment de se servir de la masse d’utilisateurs de ces monstres sociaux là où avoir une masse critique sur un site internet est compliqué. Il faut dire que Google s’est largement servi du SEO et d’AdWords pour fonder son empire.

Et puis on a découvert la face cachée de cette relation polygame à sens unique (et dans unique, y’a nique). Censure, puritanisme, monétisation, transparence, vente de données… Il ne se passe plus un mois sans qu’une plateforme sociale démontre que se sont ses serveurs et ses règles avant tout et que ses utilisateurs n’y sont pas libres de faire ce qu’ils veulent, parfois de manière absurde ou contre les lois de plusieurs pays.

Cette semaine PewDiePie, plus gros youtubeur (un mot qui en dit long sur l’asservissement à la plateforme) du monde s’est vu suspendre son compte Twitter (avec lequel il avait déjà des soucis de certifications supprimé puis mise sur un compte parodique) pour une mauvaise blague sur Daesh.
Le lendemain, plusieurs autres youtubeurs se sont plaints que la plateforme qui représente la quasi totalité de leurs revenus aie refusé la monétisation de certaines vidéos (parfois pour quelques mots grossiers, parfois sans raisons), a priori sous pression d’annonceurs qui ne veulent pas se retrouver avant des contenus qui ne correspondent à leur image.

Mais elles ont raisons ces plateformes. On n’entre pas chez quelqu’un sans respecter les règles. D’aucuns brandiront la neutralité du net, notion ô combien discutée (et discutable). Et pourtant, le fait qu’une vidéo soit monétisée ou non ne sera pas vue de manière différente chez les internautes, ne remettant pas en cause la sacro-sainte neutralité souvent mise en avant sans raison. On préfère alors parler de censure (comme si Twitter était un service public) ou de la mort de la culture (alors que les vidéastes sur web ne vivent que de la pub et qu’aucun ne semble même remettre en cause cette anomalie dans l’industrie culturelle).

L’hégémonie des réseaux sociaux en apportant ses énormes tuyaux plein d’yeux prêts à tout absorber a obligé tous les créateurs de contenus à abandonner leurs propres moyens de diffusion en échange de quelques compromis. Comme si l’accès à la célébrité sociale se faisait au détriment de la liberté. Reste à voir quelle valeur sera la plus importante aux yeux des créateurs dans les années à venir. Je ne suis pas optimiste.

Extrait de "Keen'V" par Seb La Frite

YouTubeur n’est pas un métier

Tout a (re)commencé un 19 octobre lors d’une obscure conférence au ministère du travail qui serait passée inaperçu sans ce livetweet.
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Le message est aussitôt travesti en « le ministère dit que les youtubeurs ne foutent rien, ils sont cons, ils comprennent rien ». Les principaux youtubeurs s’emballement, trouvent que le gouvernement est en dehors des réalités, et le débat se polarise en un pamphlet manichéen « jeunes youtubeurs vs vieux du gouvernement ». Pour autant l’interrogation de la sociologue Marie-Anne Dujarrier (qui n’est pas représentante du gouvernement) fait sens.

Qu’est qu’un youtubeur ?

Au sens communément admis et repris par les médias ou le public (youtubeur en France, youtuber dans les pays anglophones), un youtubeur est une personne physique qui poste des vidéos réputées originales sur son compte (renommé depuis chaine par Google). Il peut s’y mettre en scène (c’est le cas de la plupart des personnalités connues de YouTube, l’incarnation y faisant beaucoup), simplement apparaitre en voix off ou encore produire un contenu sans rapport avec lui même (série, reportage, filmer des autres etc.).

La définition exclut de fait les clips vidéos, les comptes qui publient aléatoirement des vidéos, les chaînes avec du contenus republiés. Pour autant il existe une part de flou sur une part (signification en nombre de contenus, mais pas en nombre de vues) des chaines qui publient : est-ce que mettre des vidéos d’évènements de sa vie plusieurs fois par an c’est être plus un youtubeur qu’une personne qui publie des vlogs quotidiens ? Et puis la question sans fin arrive : qu’est-ce qui est original et qu’est ce qui ne l’est pas ?
La notion qui semble néanmoins prédominer c’est la volonté de créer du contenu, et celle d’être adoubé par une communauté, peu importe son état. Finalement, est youtubeur celui qui publie sur YouTube pour l’être. Et, est considéré comme youtubeur, celui dont son auditoire lui dira qu’il le suit, où dont les pairs (youtubeurs également) confirmeront son statut.

Qu’est-ce que le travail ?

Bien que le mot travail soit sémiologiquement beaucoup plus encadré que celui de youtubeur (ne serait-ce que parce qu’il existe depuis des millénaires, que nombre d’ouvrages lui ont été consacrés, et qu’il a une définition reconnue par l’Académie Française), il existe plusieurs façon d’envisager le mot travail.

1- Au sens économique du terme, un travail est une activité (rémunérée sinon c’est de l’esclavagisme), déclarée ou non, qui produit de la richesse, via des biens ou des services. En produisant des vidéos, tous les youtubeurs ne sont pas rémunérés (il n’y a pas de raison à ce stade de différencier les vidéos de Norman, des vidéos d’un tout petit créateur amateur qui ne fait pas de vues).

2- Au sens social du terme, le travail (qu’on appelle plutôt emploi), est encadré par des lois propres à chaque pays, avec des conditions parfois propres à chaque occupation selon la hiérarchie des normes (un accord d’entreprise doit être conforme aux accords de branches, qui doivent être conformes au Code du Travail, qui doit être conforme à la Constitution, qui doit être conforme aux accords européens). Cet emploi peut être rémunéré de différentes façons :
– Un salaire (le plus commun) si l’employeur est une personne morale différente de l’employé.
– Un traitement si l’employeur est une personne publique.
– Des honoraires si l’employé exerce une profession libérale encadrée.
– Un cachet si l’employé exerce des professions artistiques dans une liste déterminée.
– Une pige si l’employé est journaliste.
– Un note de droits d’auteurs si l’employé est auteur.
– Des prélèvements sociaux sur les revenus si l’employé est indépendant mais n’entre pas dans les professions libérales encadrées, et qu’il est déclaré en tant que tel.
A ce stade il faut déjà bien séparer l’emploi du statut. Ainsi, un employé peut être journaliste sans avoir de carte de presse ou être artiste payé au cachet sans être intermittent.

Qu’est qu’un métier ?

Pour le Robert, un métier est un « travail dont on peut tirer des revenus pour gagner sa vie ». Pour le Larousse c’est une « profession caractérisée par une spécificité exigeant un apprentissage, de l’expérience ». Un métier est le nom donné à une tâche ou un ensemble de tâches ou de responsabilités à réaliser de manière régulière. Ils peuvent être anciens et avoir évolué avec le temps (forgeronnerie, agriculture), ou être apparus récemment (programmateur informatique, publicitaires).

En France, les métiers sont répertoriés par leur code APE, cinq caractères qui permettent à l’INSEE de catégoriser les entreprises au répertoire SIRENE (celui des entreprises). Le code APE permet également à Pole Emploi de cibler les recherches d’un demandeur afin de lui proposer des offres plus ciblées. Ces codes APE sont communs avec la NACE, son équivalent européen. Plusieurs milliers de métiers sont ainsi proposés et chaque années, de nouveaux sont ajoutés pour répondre aux innovations constantes de l’économie actuelle.

Un métier ne correspond ni à un statut ni à un travail. Un professeur peut être salarié du privé (salariat) ou fonctionnaire (traitement). Par ailleurs, un même emploi peut être couvert par plusieurs rémunérations. Traditionnellement, un réalisateur est rémunéré à 50% en droits d’auteurs et à 50% en cachet.

Youtubeur est il un métier ?

A ce jour, youtubeur n’est inscrit dans aucun répertoire et n’est reconnu par aucun organisme officiel comme étant un métier. Le travail est bien réel (la vidéo créée génère des pages vues, et ces visites sont directement ou indirectement monétisées via de la publicité ou de la récolte de données par Google) et personne ne le remet en question. De même, cette production de contenu nécessite un apprentissage (en pagaille : tournage, montage, diffusion, promotion…). Ainsi nous sommes exactement dans la définition du métier selon les dictionnaires.
Pour autant, ce que fait un youtubeur se décrit en 3 étapes distinctes. Elles se font successivement et dans l’ordre, sans que la précédente soit obligatoire : la conception, la production, et la diffusion.

La conception correspond à la préparation de la vidéo : trouver une idée, se demander comment la mettre en oeuvre, l’écrire, storyboarder… Cette étape peut ne pas exister dans le cas d’un Let’s Play non préparé par exemple, ou être réduite au minimum.
La production est la phase de tournage et de montage de la vidéo : prendre sa caméra, mettre en scène, jouer ou faire jouer, doubler, séquencer, découper, étalonner, monter, exporter… Là encore, cette étape peut être réduite au minimum si la vidéo est diffusée en live.
La diffusion est la phase pendant laquelle la vidéo est proposée au public : mise en ligne de la vidéo, utilisation des tags, choix du titre, relais sur les réseaux sociaux, achat d’espace…

Il apparait à ce stade très clairement que les apprentissages nécessaires à la réalisation de cette vidéo correspondent à des métiers très précis (scénariste, concepteur-rédacteur, producteur, monteur, acteur, étalonneur, social media manager, réalisateur). Quant à l’activité finale qui est de mettre à la portée du public une oeuvre audiovisuelle, elle déjà représentée de diverses façons par l’INSEE.
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Le statut des créateurs sur internet

Youtubeur est un terme restrictif qui ne fait sens que pour la plateforme qui exploite les vidéos des créateurs. Le manque d’alternative crédible (Dailymotion ayant perdu sa crédibilité pourtant forte il y a plusieurs années sur les contenus éditorialisés, Facebook arrivant seulement avec la monétisation des contenus et la gestion des droits) ainsi que le génie marketing et de communication de Google à aider ses créateurs à émerger en tant que personne et que média (le changement de compte en chaîne n’a pas été neutre) a fait que le terme youtubeur a pu émerger. Le manque d’encadrement du mot permet également au plus petit créateur de dire qu’il est youtubeur, et, de fait, l’égal de Cyprien ou PewDiePie, corollaire direct de ces réseaux sociaux qui en apparence donnent l’impression d’égalité et la facilité de contacts entre stars et anonymes.

A ce jour, les créateurs de contenus diffusés par YouTube sont des prestataires publicitiaires. Ils sont rémunérés sur la publicité vendue par AdSense ou par leur MCN autour de leurs vidéos. Le statut vis à vis des MCN n’est ni établi ni transparent. Les créateurs qui génèrent le plus de revenus ont le plus souvent créé une structure leur permettant de facturer (personne morale (SARL, SASU) ou personne physique (entreprise individuelle, auto entrepreneur)) légalement les montants générés. Ils sont alors prestataires via une entreprise ou indépendants. Pour l’écrasante majorité des créateurs, leur solde leur est versé sans le moindre encadrement légal sur un compte PayPal, sans que ces sommes ne soient jamais déclarées.

Extrait de "J'ai perdu des amis à cause de YouTube" de Wesley Krid

Extrait de « J’ai perdu des amis à cause de YouTube » de Wesley Krid

Parce que s’il est désormais établi que mettre des vidéos sur YouTube est à la fois un métier, un travail et potentiellement un emploi, les contraintes sociales liées à ces termes sont applicables, ce qui pose par exemple le problème du travail des mineurs (interdit avant 16 ans, sauf autorisation du préfet du département de l’employeur, et très encadré avec notamment séquestre des revenus et horaires réduits).
Par ailleurs, si les créateurs sont effectivement diffuseur de leurs oeuvres sur les plateformes (quelles qu’elles soient) et qu’en ça ils touchent des revenus publicitaires, ils sont également auteurs, réalisateurs et producteurs de leur contenus (où co-auteurs, co-réalisateurs et co-producteurs) et à ce titre devraient également toucher des droits voisins et droits d’auteurs (terme galvaudé par le Content ID/CMS de YouTube), la plupart des plateformes ayant des accords avec les sociétés d’auteurs (SACEM, SACD, SCAM). Rares sont aujourd’hui les créateurs sociétaires et les sociétés ne savent pas encore comment gérer ces créateurs.
Pour finir, le statut des plus grosses personnalités du web devraient également suivre les modèles déjà existants. C’est aujourd’hui un non sens de voir une opération publicitaire pour une marque facturée (avec ou sans SIRET d’ailleurs) par un créateur sur une structure sans qu’il ne soit légalement reconnu et donc payé en tant qu’auteur et réalisateur de son contenu.

youtube[1]

Et donc ?

Bien que le terme youtubeur ne soit pas en soit un métier, la création de vidéo en vue d’une exploitation sur une plateforme (commerciale ou non) en est un un, encadré par de conventions collectives, un code du travail et un certain nombre de statuts (droits d’auteurs, prestation, salariat et cachets notamment). On retrouve d’ailleurs ces statuts très encadrés dès lors que ces créateurs sortent d’internet (Norman en spectacle, Troye Sivan et son album chez EMI etc.) avec une logique d’encadrement (social et humain) qui se rapproche de ce qui est déjà établi.

Les créateurs ne doivent pas perdre de vue ce qu’ils sont au profit de la marque qui leur prend (et prend 50 à 60% de leurs revenus, avant même ceux de leur MCN) sous peine de devenir dépendant d’une appellation plus que d’un métier. La terminologie, aussi anecdotique paraisse elle, n’est pas neutre dans un contexte social « d’ubérisation » où l’on demande à des personnes en situation de travail de gérer leurs charges. Demander à un créateur de contenu d’émettre une facture (ou à un chauffeur Uber d’être auto entrepeneur) est à la fois une façon de simplifier la gestion des ressources (pas de charges à payer, moins de papiers à faire etc.) mais aussi une souplesse sociale (contrat souvent mal négocié facilement résiliable, aucune sécurité pour l’employé, pas de Comité d’Entreprise etc.) qui arrange tant les networks que YouTube (qui étrangement n’a pas de MCN), heureux de pouvoir se positionner en tant qu’hébergeur uniquement, statut qui n’est pas neutre dans les négociations européennes actuelles.

La mainstreamisation de l’activité de créateur de contenus sur internet ne pourra se passer d’un encadrement législatif a minima de ses pratiques. Le cas des placements de produits et de la publicité dissimulée (un grand network français fait actuellement l’objet d’une enquête diligentée par le parquet de paris pour ces faits) est un exemple flagrant : il s’agit de pratiques clairement encadrées par la LCEN totalement ignorée par nombre d’acteurs.
Un travail sur le statut des créateurs de contenus sur internet semble à ce jour indispensable, tant sur le réflexion autour du droit d’auteur, que sur l’encadrement du travail des mineurs (est-ce que les enfants de Studio Bubble Tea travaillent ?). Tout comme l’e-Sport a débuté la voix sur la création d’une fédération, la création sur internet se doit elle aussi de réfléchir à ce qu’elle va devenir, pour éviter qu’elle ne devienne prochainement la seule industrie culturelle financée uniquement par la publicité. Sa liberté en dépend.

YouTube Benjamin Lemaire

Pourquoi (et comment) avoir un manager sur YouTube ?

Un youtubeur avec qui je passais la soirée il y a quelques jours trouvait hyper cool mes activités du moment et le travail que je faisais avec lui et une marque musicale. En lui expliquant que SocialTube était avant tout une entreprise de management de talents, je me suis rendu compte que la différence majeure entre l’industrie du disque et celle de la création sur internet est que les périmètres de rôles, et l’accompagnement des artistes n’étaient pas du tout définis de la même façon. Voire pas du tout défini dans le cas du second.

En 2016, chaque musicien sait qu’il doit s’entourer. Un groupe, des musiciens en premier. Un manager pour l’accompagner et le conseiller. Un éditeur qui est souvent son premier partenaire professionnel. Un label. Un tourneur. Et parfois un avocat, un distributeur etc. L’arrivée d’internet a révolutionné plusieurs métiers. Celui de la distribution musicale par exemple, s’est largement recentré sur la distribution numérique et des entreprises comme Believe Digital sont devenues des incontournables en seulement quelques années. Les nouvelles activités créatrices professionnalisées que sont notamment les youtubeurs, sont apparues sans aucun cadre ni légal (il faudra un jour s’y intéresser), ni professionnel. Pour la plupart sortis directement de leurs chambres, les youtubeurs n’ont eu que pour seuls interlocuteurs jusqu’ici les MCN, sorte de régie publicitaire qui agrègent des chaînes en prenant un pourcentage contre une promesse d’augmentation de revenus publicitaires (rarement tenue).

Alors, à quoi sert un manager ?

Un manager est le contact privilégié de l’artiste qu’il accompagne. Il l’aide non seulement sur le développement de sa carrière (recherche de financement, accompagnement à la production, diversification des activités), mais le conseille aussi sur ses choix, aussi bien artistiques que juridiques. Son rôle, grâce à sa vision globale et ses expériences, est de guider l’artiste sur les choix qu’il doit faire pour sa carrière (faire un nouveau programme ou le remodeler, accepter ou refuser une proposition commerciale, gérer une participation télé, aider à la communication 360°) mais aussi l’aider à se structurer (créer la bonne forme d’entreprise, gérer ses impôts etc.).
Le manager sert uniquement les intérêts de la personne qu’il représente, à l’inverse d’une régie dont le métier est de vendre le plus possible, ou d’une agence de communication dont le métier sera de faire de l’audience. Ses compétences en négociations permettent généralement de faire aisément revaloriser un contrat. Et il est toujours plus simple de négocier pour un autre que pour soi.

Est-ce que je peux avoir un manager et un MCN ?

Oui. Un seul MCN français refuse de négocier avec les intermédiaires (agents, managers et autres producteurs), principalement pour imposer ses propres conditions, qui ne sont pas en faveur des talents. Tous les autres acceptent sans trop de problème puisque ça ne leur coûte rien à eux, et qu’avoir un talent accompagné est du travail en moins pour eux, et potentiellement une chaîne qui va plus se dévleopper et donc leur rapporter pus d’argent. Donc oui, on peut avoir et un manager et un MCN !

Combien coûte un manager ?

Excellente question que je me remercie de me poser. Dans le cinéma, un agent artistique prends 10% des contrats des artistes qu’il représente. Dans la musique, un manager prend 15% des revenus. Dans les deux cas, ce sont des pourcentages exclusifs, c’est à dire que le représentant prend un pourcentage quand bien même le contrat ne vient pas directement de lui (c’est un travail global commun qui fait que ça fonctionne et que des gens donnent du travail à l’artiste). La pratique veut qu’un talent ne reverse jamais rien directement à son manager. Comment ? Le manager négociant lui même le contrat, il inscrit au contrat sa rémunération et se fait directement payer par l’employeur. Ainsi, l’artiste ne paye jamais directement son manager, ce qui est beaucoup plus simple. Le métier de manager d’influenceurs du web n’est pas règlementé (pas encore) alors on peut imaginer des tas de formes différentes sur les contrats. Le pourcentage peut notamment dépendre du travail fait pour l’artiste et des rôles joués (par exemple, si le manager devient producteur du contenu en le finançant (ce qui est interdit dans le cinéma)).
Dans tous les cas, il ne faut JAMAIS payer un manager d’avance ni le payer pour des prestations non réalisées ou des promesses. Un représentant d’artistes ne peut gagner QUE sur l’argent que gagne réellement son artiste. Et quelque soit le contrat, un manager qui prendrait plus de 20 ou 25% des revenus globaux d’un artiste est un escroc.

Qu’est-ce qu’un contrat de management ?

Le contrat de management est établi entre l’artiste et l’entreprise du manager. Il doit forcément indiquer des mentions légales précises : nom et coordonnées du talents (ou de son représentant), nom de l’entreprise mandataire et de son représentant, adresse, RCS/SIRET/raison sociale, numéro de licence au besoin, les activités couvertes par le contrat (voire les noms exacts des comptes concernés), la rémunération/revshare, un mandat autorisant le manager à commercialiser les réseaux ou l’image du talent.
Le contrat peut être à durée déterminée (généralement de 1 à 3 ans) ou non (actif jusqu’à résiliation), exclusif ou non. Il peut être utile de se faire entourer (par un avocat ou un juriste) lors de la rédaction.
La signature de ce contrat est très important. Il existe de nombreux cas de contrat de management qui ont coûté très cher à être cleané (annulé) parce que l’artiste n’avait pas correctement lu toutes les clauses ou qu’il s’était engagé pour des années et des années dans des conditions qui ne lui étaient pas du tout avantageuses.

Comment je choisis mon manager ?

Il y a autant de profils que de manager. Le plus important est d’avoir quelqu’un avec qui le feeling est bon et en qui on a totalement confiance. Idéalement, il a un background dans la l’artistique ou la représentation artistique, de nonnes bases juridiques pour la négociation du contrat et surtout une excellente connaissance du milieu dans lequel on évolue.
Avant de chercher un manager, il faut se demander la même chose qu’en cherchant un MCN : qu’est ce que j’attends de lui ? Il faut se poser les bonnes questions pour exiger les bonnes réponses de la personne qu’on a rencontrer. Est-ce que je veux passer à la télé ? Avoir mon émission ? Sortir un livre ? Faire plus de vidéo ? Pouvoir tourner en studio ? Avoir plus de moyens ? Augmenter mon nombre d’abonnés ? Si oui, pourquoi faire ? Tourner des fictions sur YouTube ? Avoir des plus gros invités sur ma chaîne ?
Il est très important de savoir pourquoi l’on veut un manager. Et savoir si, effectivement, on en veut un, et le cas échéant, si celui à qui l’on parle répondra à nos attentes.

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Video City : entre fascination et malaise

Juin 2015. Quelques jours avant la tenue de la VidCon (qui vient alors de fermer ses portes pour la 5e fois) française, la première convention dédiée aux créateurs YouTube, la nouvelle tombe abruptement : l’événement est annulé. Tous les fans seront remboursés, mais les frais annexes de ceux qui ont dû réserver hôtel et train, souvent accompagnés, ne seront pas pris en charge. En trame de fond, une forte mésentente entre les organisateurs (Mixicom en partenariat avec M6) et ceux qui sont la caution d’une partie des créateurs, sur fond de marques un peu trop présentes. Quand la nouvelle date sera annoncée, elle sera amputée de la plupart des e-sportifs et des youtubeurs gaming.

A l’inverse de VidCon, Video City ne présente aucune réelle conférence autour du business et des enjeux YouTube, seules quelques animations de kermesse sur la grande scène pendant que des milliers de jeunes font la queue dans un décors très sommaire de barrières et de branding. Il faut dire que les sponsors sont légions : Fanta pour le naming, Riffx du Crédit Mutuel pour le sponso principal, puis Fun Radio (groupe RTL), D17 (groupe Canal+, co-organisation et propriétaire de Studio Bagel), W9 (groupe M6, co organisateur et propriétaire de Golde Moustache), tipeee, Kaporal, Ricoh, Sinful Colors, Divimove (MCN), Asus, Insolites Board, Créations & Savoir Faire, Conservatoire du Maquillamaisge, Vélo Smoothie, Bic, Make Up For Ever, Enorme TV. De quoi rentabiliser la location du lieu (à 6 chiffres) mais visiblement pas de quoi payer tous les créateurs, malgré les milliers d’entrées vendues (20€ la journée, 35€ les deux jours). Les tarifs varient entre 150 et 300€ par jour de présence, avec ou sans défraiement en fonction des négociations.

Ce qui est marquant à Video City c’est qu’on retrouve deux grosses catégories de talents : ceux qui sont entourés et professionnalisés et les autres. Les premiers sont dans un modèle qui ressemble à celui qu’ont mis en place les plus grosses MCN américains comme Maker ou Fullscreeen, à base de cross-promotion et de tentatives de 360°. Pourtant rares sont professionnels du milieu dans les allées. Mixicom, principal organisateur du salon, récemment racheté pour 19M€ par Webedia (qui détient également Melberries) règne en maître sur son hall et mis à part Divimove, présent sur le stand de Frementle et Golden Moustache, présent sur l’espace InDaPlay de Fanta (géré par M6), aucun MCN n’a de stand sur la convention. Tous les agents et managers ont d’ailleurs été exclus des invitations.
Sous le manteau pourtant, on parle transfert (comprendre « passer d’un MCN à un autre ») et en souterrain le salon ressemble d’avantage à un grand mercato qu’au Festival de Cannes. Pendant la période de promotion du festival, plusieurs invités signeront d’ailleurs chez le principal organisateur qui s’est parfois servi de ses rendez-vous Video City comme d’un espace de recrutement. L’autre catégorie de créateurs sont ceux qui ne comprennent pas le business dans lequel ils pataugent. Signés dans un MCN sans en comprendre ni les bénéfices (ou les pertes, ce qui est le plus fréquent), ni les enjeux, ils rêvent autant d’être dans une table à signer des autographes qu’à rencontrer leurs idoles. Dès lors, la signature en MCN, accepter de travailler pour des marques, venir à un salon payant sans être ni payés ni déclarés en incitant sa communauté à le faire, sont autant de moyens de ressemble en apparence à la célébrité qu’ils désirent.

Les allées en sont remplies. Il n’est pas rare de croiser un attroupement autour de quelqu’un qui n’a ni stand ni accréditation, qui a payé sa place mais dont la notoriété est tellement concentrée dans les visiteurs qu’il en devient une star pour eux, devant les yeux éberlués de journalistes un peu dépassés tournant à la dérision la situation qui leur semble si virtuelle, alors qu’ils ont parfois devant eux des personnalités faisant plus d’audience que leurs médias. Devant un alignement de box blancs dignes du salon de l’agriculture, un journaliste d’une grande radio me parle de mode éphémère. Il y a fort à parier qu’on disait pareil de la télévision après la guerre. Sans doute les mêmes qui ont été réfractaires aux rédactions web il y a 10 ans.

Ce qui émerge de Video City est bien plus profond et puissant qu’une simple mode et la réussite pendant 5 ans de la VidCon ne peut que conforter dans ce sens : la génération 2000 se détourne ouvertement des médias traditionnels. Nés alors qu’on diffusait Star Academy et que les industriels de la culture rejetaient internet, ils ont compris qu’ils pouvaient s’affranchir des médias pour devenir les stars. Parce que c’est bien d’une génération de wannabe stars (et non artistes) que la génération 2000 est en train d’accoucher. Dans les allées c’est celle que les plus âgés appellent « la nouvelle génération de youtubeurs », en référence à la première génération, popularisée en France par Norman et Cyprien. La nouvelle génération serait insipide, basée sur l’image et avec des contenus qui seraient tous les mêmes. Ils en oublieraient presque qu’ils sont tous issus de la « génération podcast », format dont ils se détournent depuis peu.

La notion de starification est omniprésente pendant les deux jours de salon et dépasse autant le public jeune, ses parents, les journalistes et les créateurs. L’événement est d’avantage basé sur la mise en avant des youtubeurs en tant que personne au milieu de multiple marque que sur ses contenus ou ce qu’il produit. Il est loin le temps du projet Video City et de ses animations permanences conçus pour et par les créateurs.
En arrivant par la porte V, les VIP (c’est ainsi que les décrivent leur badge) sont séparés de l’espace fumeur public par une grille dont il ne faut surtout pas s’approcher. Un vigile ajoutera même qu’il ne faut pas leur parler parce que ça les énerve et que ça créé des mouvements dangereux. Don’t feed the public. La sécurité est d’ailleurs au cœur du salon. Plusieurs très jeunes youtubeurs sont présents, parfois déclarés, parfois non. Plusieurs mineurs se sont vu retirer de l’affiche dans les derniers jours et déprogrammés pour des raisons légales. Le travail des mineurs est pourtant tout à fait possible lorsqu’il est prévu en amont. Pour éviter tout problème, les organisateurs avaient prévu une armée de gardes du corps pour permettre aux créateurs de circuler entre les différents espaces. Les plus gros sont néanmoins restés cloîtrés dans un espace VIP où se côtoyaient les stars du net et de plus petits youtubeurs leur courant après pour un selfie. On y retrouve les deux mêmes catégories de créateurs. Les professionnels, habitués des foules, des conventions et rodés à l’exercice éprouvant des signatures à la chaîne. Et ceux qui leur ressembler, qui s’aventurent dans la meute pour prendre des photos devant un parterre de jeunes composés à 100% de leur public, appelant parfois la sécurité pour se déplacer, tant pour leur confort que pour l’importance que donne leurs massifs accompagnateurs. De gros poissons dans une petite marre.

La marre est d’ailleurs tellement petite que certains égos s’y trouvent à l’étroit. En même temps que les personnages virtuels deviennent réel aux yeux de ceux qui hier encore les regardaient à travers un écran, les inimitiés d’un tweet où d’une vidéo se personnifient. Deux grosses youtubeuses beautés qui refusent de se croiser. Deux spécialistes du muscle qui s’écharpent dans l’espace VIP. Trois humoristes qui s’insultent dans une allée. Petits règlements de compte entre créateurs. Rumeurs sur les MCN. Piques contre les organisateurs. Une vaste cours de récréation qui ressemble finalement à n’importe quel autre business de l’entertainment en vase clôt.

Malgré une organisation amateure (pourtant 1,4M€ de budget géré par Mixicom qui vient de l’événementiel) dans une déco sommaire, Video City aura eu le mérite de réunir la presse français au grand complet ce que son pendant indépendant au budget bien inférieur, la Cavicon, n’a jamais su faire à Lyon. Alors que YouTube s’arrêtaient aux portes des pages numériques des magazines économiques où dans certaines colonnes people spécialisées, Video City Paris aura permis de montrer cette facette du web méconnue du grand public, et, sans doute, de poser les bases d’un business encore naissant.

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Droits relatifs

J’ai vu passer en quelques jours plusieurs histoires de créateurs de contenus vidéos (youtubeurs et viners notamment) mécontents de voir leurs travaux détournés. Et ils ont raison. Avner Peres (signé chez Melberries) en a d’ailleurs fait une vidéo où il explique en quelques minutes la mésaventure type : un contenu un peu viral, rapidement reuploadé sur divers comptes YouTube, Dailymotion ainsi que sur les players intégrés des sites dits « de buzz », qui ne sont que la version internet des célèbres « bétisiers du net » (dont l’incontournable Zap de D8) best-of de contenus mis bout à bout sans en rémunérer les auteurs. Dans la même période, la youtubeuse lifestyle EmmaCakeUp mettait en ligne un best-of de ses 17 vines préférés avec 17 vidéos mises intégralement en ligne sans que leurs auteurs ne soient rémunérés (alors qu’elle même a été rémunérée pour les 417K vues générées).

Tous les débats entourant ces histoires (j’en ai volontairement mis de côté beaucoup d’autres) ont finalement le même point d’attache : la monétisation des contenus. Parce qu’une vidéo qui n’est pas sur la chaîne de l’auteur n’est pas monétisée par son network (bien qu’à travers un outil, le network pourrait très bien soit effacer, soit bloquer, soit monétiser un contenu qui est sur un autre chaîne s’il en a la paternité). Quand les créateurs réclament la suppression des vidéos sur les sites internet il leur est répondu que finalement c’est pas si mal pour eux, et que ça leur fait de la pub. Je ne compte plus le nombre de groupes et de labels qui m’ont dit ça lors qu’ils voulaient utiliser gratuitement mes photos pour leur promo. Finalement ils les ont achetés, et toutes mes publications ne m’ont jamais apporté le moindre client.

Ainsi donc, ils ont raison ces créateurs de défendre leurs droits et leurs propriétés intellectuelles, que ce soit leur métier ou non, qu’ils soient jeunes ou vieux, parce que la paternité d’une oeuvre ne dépend pas de l’utilisation qu’en fait son créateur. Mais on peut difficilement demander le respect de ses œuvres (en obligeant la source unique, en réclamant la citation du nom, en faisant du financement participatif etc.) sans respecter celui des autres. Ce que peu de créateurs semblent accepter.

Suivant nombre de créateurs, je crois régulièrement des débats sur deux points assez étonnants : les musiques, les logiciels. Parce que ceux qui gueulent à longueur de journée sur leur monétisation et leurs droits n’en souvent que faire de ceux des autres. Combien de fois ai-je vu un créateur se plaindre d’un claim (revendication) de son contenu par un éditeur musical parce qu’il avait utilisé une musique dont il n’avait pas les droits. Parce que lui a le droit d’utiliser les œuvres des autres, et pas l’inverse. Pire, combien de créateurs montent et éditeurs leurs vidéos avec des logiciels ou plugins piratés ? Là encore c’est du piratage. Non seulement il est ignoré mais il est à bien plus vaste échelle que ce qu’ils dénoncent.

Le droit des auteurs ne peut exister sans le respect des auteurs entre eux et prise de conscience de la création dans son ensemble. On n’est pas créateur parce qu’on devient connu ou qu’on est plus vus que les autres mais simplement parce que l’on créé. La création est nativement protégée par la loi. Alors, avant de revendiquer ses droits, parfois faudrait il vérifier qu’on n’empiète pas ceux des autres.

PS : utiliser la photo d’Avner en cover de cet article est un excellent exemple de créateur de contenu qui s’en bat un peu les couilles du droit des autres alors qu’il prétend défendre le sien.

Réflexion sur l’utilisation des talents du web (souvent mineurs) par des marques

Un grand pureplayer français lançait hier une opé avec 4 talents du web. Des influents. Pas de ceux qu’on invite à toutes les soirées parce qu’ils sont potes des gens qui bossent en agence de comm’, mais des OVNIs que les conseillers des marques n’arrivent pas à cerner et ignorent. Ce pureplayer surfe d’ailleurs depuis plusieurs mois sur cette vague des nouveaux influents en les utlisant dans des campagnes vendues très chères à des marques (ISIS, Accord, Voyage SNCF etc.).
Depuis vendredi donc, quatre artistes du web, dont deux mineurs (15 et 17 ans), s’affrontent dans une course au selfie où ils doivent s’affronter à travers des défis pour promouvoir le dernier téléphone de Sony et, au passage, le pureplayer en question. L’opération, comme toutes celles d’avant, serait passée inaperçu dans les milieux autorisés de la communication et de la publicité sans ce selfie posté par le plus jeune des participants. Banal, ce selfie pose quelques questions majeures sur le web et cette génération émergentes de nouveaux influenceurs.
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Selfie à tout prix

Apogée de l’égocentrisme de nos vies en 2015, le selfie est sans doute symptomatique d’une société où chacun est en recherche d’attention et de reconnaissance. Par facilité, parce qu’on fait croire qu’il suffit de passer à la télévision pour être une star et faire sa vie. Par substitution, parce que les réseaux sociaux sont un moyen de combler une déficit d’attention.
Ce qui est marquant dans la photo du concours est le décalage entre le café Starbucks (cher) et la situation précaire des deux personnes dont on ne connait rien (et dont il ne connait probablement rien non plus). Leur misère n’est que l’amorce de la mise en scène : moi > aide > héros. La notion d’aide n’est que la prétexte à la mise en avant de soi et l’autre intervient pour légitimer le discours (« il était très content »). La scène m’a fait pensé à cette célèbre chanteuse française qui a refusé deux jours avant une intervention dans un hôpital de s’y rendre parce qu’il n’y aurait pas de caméra. Aider les gens, c’est les faire passer en premier, c’est aimer l’autre. On ne peut aider l’autre en voulant y gagner quelque chose.

Mais après tout, peut-on reprocher à ce jeune de 15 ans de se servir de la misère de deux personnes pour faire sa promo sur leur dos, alors que deux marques se servent de son incompréhension du système pour faire leurs promos sur lui ?

Une exploitation sans cadre

En France, le travail est interdit avant 16 ans. Seul le préfet du département où est implanté l’employeur peut autoriser un mineur de 16 ans à travailler à travers une commission DDASS où sont représentés la Direction du Travail, la DDASS, la justice et parfois des représentants artistiques. Le travail est limité à un certain nombre d’heures et dans des conditions strictes. Ces dispositions sont directement liées à ce qu’on a appelé aux Etats-Unis la loi Coogan (le California Child Actor’s Bill), du nom de Jackie Coogan, le Kid de Chaplin, connu pour avoir été dépouillé de son argent par ses parents (comme les Culkin, les Jackson ou Jordy). En France, une grande partie, quand ce n’est la totalité, des revenus des enfants du spectacle sont bloqués à la Caisse des Dépôts et Consignations jusqu’à leur majorité où ils seront les seuls bénéficiaires. Seuls des cas très précis et encadrés permettent de débloquer une partie des fonds.

Internet, et notamment YouTube, a fait émerger une nouvelle génération d’enfants du spectacle qui, initialement, s’emploie seul en créant des contenus en dépit des règles ou des apprentissages traditionnellement établis et avec pour seule contrainte, celle de l’envie. Et surtout, comme force majeure de susciter l’empathie et l’identification des jeunes du même âge qui voient, à travers ces vidéos amateures pas très bien réalisées et un peu maladroites, une image parfois idéalisée d’eux mêmes. Plusieurs entrepreneurs l’ont bien compris et les plus gros groupes (Webedia et Melty en tête) se sont positionnés sur le sujet pour monétiser cette audience et driver leur trafic à leur profit en ignorant le plus souvent des règles essentielles pour protéger ces créateurs.

Exploiter l’oeuvre d’un mineur ne nécessite que l’acception écrite des représentants légaux et du mineur. Faille du système ou non, le législateur considère que le mineur n’est pas employé lorsqu’il créé et que son travail est acheté, au même titre que n’importe quel autre créateur. C’est le cas youtubeurs, instagrameurs, vineurs, et même avant, des mineurs qui publient des ouvrages ou des photographies. Ce vide juridique pose néanmoins la question des affaires Coogan et de ces mineurs dépouillés de leurs revenus par leurs parents avant leur majorité ou dont les revenus n’ont jamais été ni protégés ni gérés correctement (parfois même, jamais déclarés). Avec les audiences en croissants exponentielles et le changement d’orientation des investissements publicitaires, il y a fort un parier que les premiers millionnaires numériques mineurs devraient apparaître d’ici quelques mois aux Etats-Unis et dans quelques années en France, reposant la même question qu’il y a 50 ans.

Reste que des mineurs produisant spécifiquement du contenus pour une marque, et encore plus lors qu’ils sont physiquement impliqués dans une activité à l’extérieur, ne peuvent pas être couverts par la régime du droit d’auteur, mais bien par celui du salariat qui, de fait, est plus onéreux et contraignant pour l’employeur mais sécurisant pour les mineurs engagés. Sauf qu’eux ne peuvent pas le comprendre. Pire, on leur fait comprendre que c’est une chance, qu’ils vivent quelque chose d’extraordinaire et de fantastique, qu’ils peuvent rencontrer leurs fans ou gagner des cadeaux. Sans jamais expliquer qu’ils font implicitement la promotion d’un portail ou d’un produit pour des brands qui gagnent bien plus sur leurs talents/audiences que l’inverse.

youtube[1]

YouTube, monétisation et networks

Suite à pas mal de questions que j’ai reçu sur à peu près tous mes réseaux sociaux et moyens de communication possibles et imaginables, voici un résumé (qui à mon grand étonnement n’existe jusqu’ici nulle part) sur le fonctionnement de la monétisation et notamment sur le fonctionnement des networks.

YouTube Money

YouTube est une plateforme qui appartient à Google, l’un des plus importants groupes du web. Son principe est d’héberger des vidéos. Son modèle économique est calqué sur celui de Google : vendre de la publicité, la plus ciblée possible (et donc le plus cher possible). Le service qui gère la vente de ces espaces (pour les sites internet par exemple ou pour YouTube), s’appelle AdSense. Son alter ego (celui pour acheter de la publicité et la mettre sur des sites ou sur YouTube) s’appelle AdWords.

Dès qu’une vidéo est publiée sur YouTube, elle est par défaut monétisée, et Google vend de la publicité sur plusieurs formats : préroll (vidéo avant la vidéo, qui peut être ou non passable), bannière en bas de la vidéo, mise en avant dans la colonne de droite. Un créateur ne touche pour autant pas forcément de l’argent sur ce qu’il met en ligne. Il faut en faire expressément la demande et devenir partenaire, un programme qui est désormais quasiment ouvert à tous.

Une fois qu’il est entré dans le système de monétisation (j’y reviens dans les points suivants) le créateur de contenu devient payé en fonction des revenus qu’il génère (selon des tarifs et des barèmes un peu complexe que l’on résume maladroitement à 1$ les 1000 vues, ce qui est un chiffre un peu aléatoire. On appelle pas le CPM ou RPM (coût/revenu pour mille)). Il s’agit du même modèle économique qu’une chaîne de télévision qui produit des contenus (le créateur investit du temps et de l’argent sur ses vidéos) et qui gagne de l’argent sur les publicités qui sont diffusés entre ses programmes. Il s’agit donc pour être rentables de faire assez d’audience pour rentabiliser les coûts de production de la vidéo.

AdSense

L’inscription sur AdSense est ouverte A TOUS ! Il faut simplement s’inscrire gratuitement et donner un compte bancaire où l’argent sera versé chaque mois à conditions que le seuil de 50€ soit dépassé (sinon c’est cumulé sur le mois suivant).
Il faut ensuite respecter quelques contraintes assez simples :
– Ne pas inciter au clic
– Ne pas cliquer soi même
– Être propriétaire du contenu

Ce dernier point est essentiel et ne peut être géré QUE par le créateur (la légende disant que les networks aident ce soucis est totalement fausse, aucun network ne vous laissera utiliser les chansons de Rihanna) : il faut que CHAQUE élément de la vidéo soit propriété du créateur ou qu’ils soient libres de droit.
Ce qui exclut donc :
– Les musiques non libres de droit (soit, tout ce qui passe à la radio)
– Les bruitages non libres de droit
– Les images trouvées dans Google Images
– Les extraits de films (même si une tolérance existe)
Il existe aussi un flou sur le jeu vidéo, les images appartenant légalement aux éditeurs (qui laissent normalement les joueurs diffuser sans soucis depuis quelques années)

Note : AdSense nécessite de signer un contrat donc il est réservé aux personnes majeures, tout comme les networks. L’autorisation d’un responsable légal est obligatoire.

MCN / Networks

Les MCN (Multi-Channel Network) sont des entreprises qui gèrent la commercialisation de la publicité des chaines YouTube. Leur métier consister à signer des chaînes YouTube et à trouver des annonceurs (des marques) qui vont acheter les espaces devant la vidéo (les fameux préroll). En échange de ce service (vendre plus que publicité qu’AdSense) et d’autres services divers et variés, l’entreprise prend entre 10 et 50% des revenus de la chaîne.

Un MCN n’est donc rentable que si il augmente les revenus de la chaine au moins du montant du pourcentage pris. Exemple :
Je gagne actuellement 100€. Je signe chez X qui prend 20%. Mon revenu de base passe donc à 80€. Il faut donc que X vende pour 20€ de publicités supplémentaires pour m’être utile. Entre 0 et 20€, c’est moi qui travaille pour X et eux gagnent de l’argent sur mon dos. A partir de 21€ de publicités vendues, X me fait gagner de l’argent.
Note : la difficulté de X réside dans le fait que YouTube prend 60% du prix des publicités vendues. S’il vend réellement 20€, la répartition se fera sur 40% de 20€ soient 8€. Pour que 20€ de publicités puissent arriver dans nos poche, il faudra vendre pour 50€ la campagne à des annonceurs.

Il existe des centaines de MCN différents, avec des services plus ou moins utiles. La plupart proposent un service d’optimisation et de référencement (qu’ils sortent en réalité de YouTube directement), de la cross promotion (mettre en relation des créateurs), de la communication (certifications des comptes, gestion des problèmes rencontrés sur les réseaux sociaux), et parfois financement de programme, accompagnement sur d’autres supports que YouTube etc.
Il est important avant de signer dans un MCN de savoir ce que l’on cherche (si la réponse c’est « de l’argent », la solution c’est « bah démerde toi tout seul avec AdSense » en général) et de se renseigner sur la validité des services auprès de gens qui sont signés chez eux.
– Est-ce que si j’ai des fakes sur Facebook, j’aurai un contact réactif qui va m’aider ?
– Si j’ai besoin d’aide pour des créations, est-ce que mon MCN saura m’accompagner ?

Une majorité de MCN joue sur leur notoriété soudaine et sur leur nécessité supposé pour signer des centaines, des milliers voire des dizaines de milliers de YouTubeurs, souvent jeunes, en ne faisant que prend un pourcentage de l’AdSense que le créateur aurait pu lui même prendre directement. C’est légal, mais pas très moral.

Signer en MCN

Il serait difficile de dire chez qui signer et comment. Néanmoins il existe quelques vérifications à faire.
– Est ce que le contenu que je vais créer m’appartient toujours ?
– Pour combien de temps je vais signer ? (s’engager pour plus d’un an est inconcevable)
– Est-ce que le MCN me garanti un CPM minimum ?
– Est-ce qu’on me donne un MG (minimum garanti) c’est à dire l’obligation pour le MCN de me verser une somme minimum quelque soit mon nombre de vues et le nombre de publicités vendues ?
– Ai je un contact référent, avec toutes ses coordonnées ?
– Quel est le pourcentage que va prendre le MCN ? (idéalement 10%, s’il est supérieur à 20% il ne faut pas signer)
– Si je suis mineur, mes parents doivent signer (c’est souvent là que les parents découvrent le chaine YouTube d’ailleurs 🙂 )

Et surtout la première qu’il faut se poser : ai-je besoin d’un network ? (pour autre chose que pour dire à mes potes que je suis signé)

Vos questions

Faut il être signé pour monétiser ses vidéos ?
Non (cf. point numéro 2)

Faut il avoir une chaîne certifiée pour monétiser ses vidéos ?
Non (cf. point numéro 2)

Tu as une question et je n’y ai pas répondu ? Lâche ton com’ ! Je répondrai à tout ce que je peux 🙂

Mahomet, presse, vérité et les autres

Certaines réactions récentes de ci de là tentent à faire croire que j’écris sans connaître mes sujets. Quand je ne connais rien à un sujet, je ferme ma gueule. Quand un sujet me dépasse, je ne fais pas mon ministre, je ferme ma gueule. Quand un sujet est trop sensible, je fais mon Le Pen, je peux pas m’empêcher de la ramener.

Ayaan Hirsi Ali @ Normal Sup'
Hayaan Hirsi Ali le 10 février 2008 à Paris

L’histoire des caricatures ne Mahomet ne commence pas à leur publication, mais bien avant, en 2004. Theo Van Gogh -un réalisateur hollandais bien connu dans ton pays pour ses films mais également pour les propos sur « la préoccupation juive autour de Auschwitz » et sur les propos sur les musulmans qu’il qualifiait de « baiseurs de chèvres »- travaille alors sur l’adaptation des écrits de Hayaan Hirsi Ali dénonçant la soumissions des femmes dans la religion islamique. Il y filme, notamment, une femme maghrébine nue sur laquelle plusieurs phrases du Coran sont inscrites. Le réalisateur sera assassiné par Mahommed Bouyeri le 2 novembre 2004 blessé par 8 balles. Il lui plante également deux couteaux dans le corps dont un auquel est accroché un message menaçant destiné à Hayaan Hirsi Ali. Lors de son procès le jeune fanatique marocain a déclaré que s’il avait un jour « la chance » d’être libéré il recommencerait car « c’est la devoir de tout bon musulman de combattre les ennemis de l’Islam ». Hayaan Hirsi Ali est alors mise sous protection par les Pays-Bas –protection qu’elle perdra courant 2008 car le gouvernement refuse de continuer à la financer- tandis qu’une fatwa est prononcée contre elle par plusieurs organisations islamiques dont la Mosquée Rouge.
Suite à l’affaire Van Gogh, le journaliste danois Kåre Bluitgen s’est plaint que personne ne voulait illustrer son livre « Koranen og profeten Muhammeds liv » de craintes de représailles. Flemming Rose, alors rédacteur en chef du Jyllands-Posten, demande à 40 illustrateurs de faire des dessins de Mahomet. Le 30 septembre 2005, le premier quotidien danois publient en couverture les 12 caricatures reprises deux semaines plus tard en Egypte par Al Fagr et qui ont depuis fait le cours des plus grandes parutions du monde. Plusieurs communautés musulmanes réagissent violemment arguant que dans la religion islamique la représentation du prophète Mahomet est proscrite. Plusieurs ambassades de pays musulmans quittent le pays et plusieurs embargos sont menées contre les produits danois. Mais après les dimensions politiques viennent les dimensions personnes. Plusieurs dessinateurs sont alors menacés de mort. Les services secrets danois et les unités de lutte anti-terroriste avoueront même avoir déjouer 18 attentats.

Caricature de Plantu dans Le Monde
Le débat de fond est lancé. Doit-on au prix de la liberté de croyance et des lois coraniques -et religieuses plus généralement- restreindre la liberté de la presse ? Les juges de plusieurs pays –occidentaux- on tranché : les caricatures de Mahomet ne sont pas outrageants et les lois religieuses n’ont aucune raison d’être appliquée. Trois des douze dessinateurs sont pourtant toujours sous protection rapprochée et permanente et même si les tensions sont bien moins visibles elles restent pourtant autour toujours bien vivantes. Pour preuve, Islamabad a récemment interdit aux fournisseurs d’accès de son pays l’accès au site de partage de vidéos YouTube suite à la re-publication des caricatures. Une jolie preuve de démocratie et de respect de la liberté d’expression.
De quoi est coupable de religion islamique ? Les guerres de religions ? Le fanatisme ? L’Islam est une religion jeune qui a simplement 650 ans de retard sur les autres religion abrahamique (la mort de Mahomet est datée de 632). Il y a 650 ans, les catholiques étaient encore en croisade pour leurs idéaux religieux et le fanatisme était à son paroxysme. Les islamistes ont néanmoins des moyens technologies que les Croisées ne possédaient pas. Peut-on reprocher à l’Islam de faire aujourd’hui les erreurs que l’Eglise a fait hier ? C’est finalement le même problème quand l’Europe reproche à la Chine sa révolution industrielle au dépit de l’environnement alors qu’elle a fait la même erreur quelques siècles auparavant. Lorsque l’histoire se répète « c’est la première fois comme tragédie et la seconde fois comme farce » affirmait Karl Marx. C’est sans doute pourquoi les communistes espèrent encore revenir au pouvoir. Une belle farce.

Google à 10 ans !

Le 15 septembre 1997, il y a dix ans, deux étudiants de Standford (USA – Ca) –Larry Page et Sergey Brin- déposaient le nom de domaine Google.com qui verra le jour un an plus tard sans savoir que dix ans plus tard ils seraient à la tête d’une société qui fait 13.4 milliards de dollars de chiffre d’affaire, compte près de 12.000 employés à travers le monde et possède 450.000 serveurs répartis sur 25 sites. Le moteur de recherche le plus utilisé du web pèse 160 milliards de dollars à Wall Street.
En 2000, Google assoit sa réputation en étant le premier moteur à avoir référencé un demi milliard de pages. La même année, la société propose aux internautes la Google Toolbar qui sera par la suite intégré à la suite Firefox. Google lance ensuite une foule de service de Froogle à Blogger en passant par Google Maps, Gmail, Desktop Search, Picasa, JotSpot, Youtube et plus récemment DoubleClick, la première régie publicitaire du web.
La success story est fulgurante et séduit la terre entière mais pas seulement. En devenant le Microsoft du web, Google s’est également fait des ennemis. En lançant Google Books, les dirigeants ont été accusés de vouloir privatiser le savoir et se sont mis à dos –encore une fois- les éditeurs et toute l’industrie culturelle –comme pour l’affaire Youtube-. Les associations de consommateurs font égalements les gros yeux à la première entreprise de l’internet. Malgré les nombreuses interventions de Peter Fleischer, responsable de la protection des données privées chez Google, -qui vient de au cours d’une réunion organisée par l’Unesco, la mise en place de « standards internationaux de protection des données privées » basées sur les 9 principes de respect des données privées édictés par l’APEC-, les associations l’accuse de tracer les internautes afin de leur proposer des produits ciblés. L’accusation est d’autant plus important que la firme vient d’acquérir une nouvelle régie publicitaire. Ce point est suffisamment déterminant pour être au centre des débats, mais on oublie trop souvent de mentionner que les concurrents les plus directs de Google (Yahoo et MicroSoft) étaient sur les rangs et qu’ils ont acquis d’autres régies peu de temps après pour occuper un secteur croissant. A ce propos, Olivier Andrieu, spécialiste des moteurs de recherche déclarait au JDD dans l’article « Qui a peur du grand méchant Google ? » : « Google collecte une masse de données inimaginable. Ils me connaissent mieux que moi-même », et indiquait que l’utilisation des services de Google (recherche, compte mail, visionnage de vidéos, achat en ligne, recherche sur son ordinateur…) permettaient d’extraire des données offrant aux annonceurs des publicités toujours plus ciblées. »
Désormais, Google voit gros et attaque le marché des logiciels d’entreprise avec Googles Apps, avec notamment Presently, un Powerpoint-like, rejoignant ainsi le traitement de texte et le tableur déjà disponibles dans la suite logicielle de Google au moment où la firme tente de pénétrer le marché des entreprises, dans les domaines du SaaS (Software as a Service) –externalisation des logiciels– et des bureaux virtuels. Afin de toucher ces nouveaux clients, Google s’est associé à CapGemini pour commercialiser sa suite bureautique en ligne Google Apps Premier Edition, un service qui vient directement concurrencer Office Live.