Presse et justice peuvent ils s’entendre ?

Le procureur de la République de Pontoise, Marie-Thérèse de Givry, a décidé d’ouvrir une enquête suite aux photos parues dans Paris Match illustrant une perquisition lors de la vaste opération policière à Villiers-le-Bel. Elle a jugé que les photos montrant l’interpellation d’un homme en slip à son domicile et la perquisition de son logement portaient « gravement atteinte à la dignité humaine ». Le ministère de l’intérieur par la voix de son ministre, Michèle Alliot-Marie, a saisi l’IGPN afin d’enquêter sur les circonstances dans lesquelles Paris-Match a pu faire ses photos. Le porte parole du ministère, Gérard Gachet a déclaré que cette équipe, munie des autorisations nécessaires, suivait la BRI de Versailles depuis une semaine. L’opération avait suscité de nombreuses réactions en début de semaine en raison de sa médiatisation. De nombreuses personnalités de l’opposition avait convoqué la presse autour d’eux pour fustigé l’utilisation de la presse.
Le ministre de l’intérieur a déclaré cet après-midi qu’elle souhaitait engagé une réflexion afin de mettre en place un système permettant « à la fois à la presse de faire son travail et aux forces de sécurité d’accomplir leur mission, le tout dans le respect des libertés publiques et de la présomption d’innocence » se gardant bien de porter un jugement sur le travail des photographes de Paris-Match.
Ce dossier va sans aucun doute relancer le débat de la liberté de la presse quelques jours après que le président de la République ai déposé plainte au pénal pour « l’affaire du SMS ». La principale différence est que personne dans l’affaire du SMS ne juge la qualité de l’article du journaliste mais conteste uniquement son fond et sa véracité. Les propos du procureur de la République sont totalement déplacés. Si les photos d’une perquisition sont une atteinte à la dignité humaine alors que penser des reportages des résultats des World Press Photo dont la plupart des vainqueurs sont des reportages de guerres ou liés à des actes violents. On ne peut dans un pays libre s’opposer à la liberté d’informer surtout quand elle est faite avec l’aval des autorités. Quand on interdit en Afrique ou en Asie la publication d’une photo parce qu’elle montre des gens qui meurent ou qui souffrent on parle de totalitarisme ou de contrôle des médias. Quand en France on fustige une illustration d’actualités on parle de justice. Cherchez l’erreur.

Villiers-Le-Bel : vers une accalmie ?

Après deux nuits d’extrêmes violences, Villiers-Le-Bel est une ville partagée entre colère et désespoir. En errant dans les rues ont entends de tout. « Tu sais, nous on veut juste savoir » me lance Hakim, un jeune du quartier. En marchant à ses côtés dans la cité embrasée les deux nuits précédents, il lance en pointant une pharmacie : « Ca c’est l’objectif de ce soir. Cet enculé il a parlé à la télé. En plus c’est un enfoiré de raciste. Ce soir on le nique c’est sur ». Plus bas, près de la gare, les violences urbaines sont dans toutes les conversations. Entre les gens du quartier, la tension monte. « On est chez nous ici » lance un commerçant à une bande de jeunes. « Nous aussi, on est français ». Un autre commerçant intervient pour calmer les esprits : « C’est ensemble qu’on doit résoudre cette histoire, pas les uns contre les autres. C’est au quartier que vous vous en prenez ! ». Et pour cause, ce sont des dizaines de magasins du quartier qui ont été saccagés ainsi que plusieurs dizaines de véhicules, une école et une bibliothèque, entièrement brûlée.

A 16h30, un rassemblement est prévu sur la place de la gare. La présence journalistique n’est pas souhaitée. « Vous avez vu ce qu’ils racontent comme conneries sur TF1 ? C’est pour ça qu’on veut pas de vous ». Un journaliste de BBC News se fait repousser alors qu’il tentait d’interviewer un manifestant. Les organisateurs tentent de trouver un compromis avec le cortège. Il pourra finalement être filmé et photographié mais en discrétion et uniquement devant. Pendant une heure, la marche silencieuse parcoure les rues de Villiers-Le-Bel en mémoire des deux adolescents décédé dimanche dernier lors de al collision avec une voiture de police. Une minute de silence est organisée à proximité du lieu du drame. Tout comme la veille, les familles des victimes appellent à l’accalmie. Fillon également. Il appellera également dans la soirée un millier de policiers sur place qu’il devrait venir saluer avec Michèle Alliot-Marie, le ministre de l’intérieur.