ON EST PAS COUCHE 2011 - 2012
LAURENT RUQUIER

L’incompréhension d’un système

Septembre 2015 : Webedia rachète l’agence/MCN Mixicom. Tous les médias titrent que Webedia s’offrent Cyprien et Norman alors que l’entreprise gère les droits YouTube d’une dizaine de créateurs sans pour autant s’occuper de leur carrière.

Octobre 2015 : EnjoyPhoenix et Wartek sont invités au Grand Journal dans un passage gênant et dénigrant où Clémentine Celarié, après avoir avoué qu’elle interdit à ses enfants d’avoir des téléphones portables, explique à EnjoyPhoenix qu’elle n’aime pas ses vidéos, à deux doigts de les qualifier d’incipides. Wartek/Anil, gêné d’être catalogué comme mec qui fait des jeux de guerre à côté d’une meuf qui fait des trucs de beauté n’ose pas intervenir.

Novembre 2015 : Natoo, en promo pour son livre Iconne, attérit en dernière partie d’On n’est pas couché coincée entre Yann Moix qui lui demande de se justifier sur les robots qui fausseraient la publicité, Léa Salamé qui la presse de s’expliquer sur son salaire (alors qu’elle a refusé de dévoiler le sien) et Laurent Ruquier qui remet en cause les chiffres d’audience.

Trois exemples sur trois mois où les médias vieillissants et mourants, qui passent d’investisseurs en spéculateurs, qui mendient des subventions et cherchent des mécènes, ne comprennent pas le moindre mot de ceux qui sont, non pas les stars de demain, mais celles d’aujourd’hui. Un sondage de MCV aux USA fin 2014 donnaient 10 stars sur les 20 préférées des jeunes américains parmi les célébrités du net dont… les cinq premières places (Smosh, The Fine Bros., PewDiePie, KSI, Ryan Higa, et 6e Paul Walker qui venait de mourir). Il y a fort à parier que si le classement des personnalités préférées des français du JDD changeait de méthode et incluait les stars du net et des panels d’adolescents, Norman, Cyprien, Squeezie et autres EnjoyPhoenix côtoieraient Jean-Jacques Goldman, Yannick Noah et Omar Sy.

Les remarques réac’ du trio Ruquier/Salamé/Moix m’int rappelé mon expérience de six mois chez YouTube Label. Parmi les quatre actionnaires, Tim Newman, producteur de télévision qui s’est longtemps occupé de De Caunes avant de produire notamment Drucker depuis quelques années. J’avais été séduis par son approche innovante : conscient de la mort annoncée (à long terme sans doute) de la télévision et de sa perte d’influence, il voulait parier sur des jeunes talents du web et mettre à disposition sa longue expérience de producteur afin de les aider et, dans le fond, de se relancer. Parmi les deux talents que nous travaillions au corps, un youtubeur science et une gameuse professionnelle. Après plusieurs semaines, Tim m’explique que le youtubeur science est fait pour la télévision. Il le sent. Il le sait. Et il sait aussi que c’est ce qu’il veut, le youtubeur. « Passer à la télévision, c’est ça leur rêve à tout ces gens. D’ailleurs, me dit il, c’est un peu le rêve de tout le monde ». Alors quand on parle de la gameuse, déjà animatrice sur une chaîne de jeu vidéo, sa réaction est plus mitigée : « Le jeu vidéo n’a jamais pris à la télévision et c’est clairement pas avec elle qu’on peut faire de l’argent ». Ça tombe bien, on venait de boucler un budget de 75K€ pour son développement.

Un mois plus tard, j’ai rendez vous avec le directeur général de la filiale numérique de France Télévisions. Ils ont un MCN géré par une personne particulièrement talentueuse et visionneur, qui manque de budget. C’est lui qui me reçoit. Le courant passe rapidement parce qu’il sait de quoi je parle. Il aime la création, il comprend internet. Tim Newman arrive au rendez-vous avec une heure de retard et croise dans le couloir le directeur général qu’il connait pour travailler avec lui sur d’Art d’Art qu’il produit. Le DG m’explique en quelques mots que YouTube est un formidable laboratoire pour faire éclore des talents. Mais que sans la télévision « ils ne sont rien ». Et de conclure que l’argent « c’est à la télévision qu’ils vont le gagner ». Avant d’avouer qu’il n’a aucun budget pour acheter des programmes, que France 4 va sans doute fermer, qu’il veut faire une émission de jeu vidéo sans savoir ni le format ni le concept et que, de toutes façons, il n’y a pas beaucoup de place pour les youtubeurs que je lui propose. Ces mêmes youtubeurs qui gagnent entre 1000 et 4000€ uniquement grâce à leurs chaines.

Pendant longtemps j’ai cru que les médias et les institutions culturelles avaient une réelle incompréhension de ce qu’était internet. Je crois que c’est pire : le mépris. Quand Tim Newman parle du jeu vidéo, il y voit des boutonneux comme on les a décrit dans les films clichés des années 90’s que ses amis ont diffusé sur tous les écrans. Quand le DG de FTV Numérique parle des youtubeurs, il y voit des ados dans leurs chambres qui veulent être les stars de Secret Story à qui il donne la chance d’avoir quelques secondes dans On n’est pas que des pigeons. Quand Léa Salamé demande à Natoo si elle va faire des vidéos jusqu’à 50 ans, elle voit YouTube comme un média tremplin primaire qui permet d’accès à ce qu’elle perçoit comme l’aboutissement d’un carrière, la télévision. Internet. Presse écrite. Radio. Télévision. Et si tu réussis vraiment ta vie de journaliste, tu présentera un JT. C’est pour les mêmes raisons de Bruno Masure ou PPDA ont passé toutes ces dernières années à vomir sur la télévision qui les a nourri pendant des années sans qu’ils n’y trouvent à redire. Une sorte de rancœur envers un système qui les a jeté.

Laurent Ruquier clôture l’interview de la façon la plus brillante qui soit en remettant en cause l’audience de Natoo, et plus généralement des stars françaises d’internet. Comment expliquer que Cyprien le puceau branleur aie 8M d’abonnés, que Natoo la gamine blonde un peu conne fasse 9M de vues sur une vidéo ou que Squeezie le beauf nerd qui ne sait rien faire d’autre que jouer aux jeux vidéo cumule 1,6 milliards de vues ? Oui, les chiffres sont extravagants face au 850K spectateurs moyens d’On n’est pas couché. Oui, les chiffres sont frappants face aux 8-10M de spectateurs que représentent un bon prime pour TF1. N’est-ce pas là le meilleur reflet qu’ils ont en face d’eux des médias et qu’ils ont devant leurs vidéos ceux que le Grand Journal cherchent partout ? N’est-ce pas là la meilleure opportunité pour un Laurent Ruquier, dénicheur de talent devant l’éternel, de toucher du doigt un business et un monde qu’il n’imagine pas ?
Non. Au lieu de s’ébahir des 300 000 livres d’EnjoyPhoenix ou des 1,8M d’abonnés de Natoo comme ils le font devant toutes les promos de leurs potes venir vomir leurs actualités en plateau, ils remettent en question les audiences alors qu’ils surfent depuis des années sur les chiffres que tout le monde sait surestimés avec un canal de mesure unique qu’est l’audimat de Médiamétrie.

Finalement, ces nouvelles stars ne sont que ce que fut internet il y a 10 ans, quand toute la presse papier s’est sentie menacée alors qu’elle avait là le meilleur outil pour son développement. En refusant l’innovation et en laissant le web aux stagiaires (les vrais journalistes n’étant que ceux qui signaient sur le papier, allant jusqu’à refuser d’être publier en ligne) ils se sont laissé dépasser par des pure players, n’ont jamais habitués le public à payer pour accéder à l’information et sont tous, sans exception, devenus déficitaires. Pour la première fois depuis sa création, alors que la radio a été beaucoup moins stupide, la télévision va entrer dans une phase de crise. Et il semble bien qu’elle ne soit pas prête à accueillir ce qui est son avenir. Tant pis pour elle, l’avenir est déjà là et existe(ra) sans elle.

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#Bloqués dans le passé

Il parait que tout a changé à Canal+. En vrai, à part quelques effets d’annonce qui ont fait parler le tout Paris, rien n’a vraiment évolué. A part les audiences qui chutent encore et encore. Au milieu de ces descends dignes d’un Tour de France en montagne : Le Petit Journal. Il se murmure dans les couloirs qu’on aurait tout voulu confier à Yann Barthès : d’autres émissions, un post de producteur élargi etc. Et comme à chaque rentrée, LPJ innove. Cette année, le successeur des Bref et autre Connasse est dans sa case, et s’appelle #Bloqués.

Avant de critiquer Bloqués au sens littéral de ses vannes, il faut en comprendre le contexte : deux loosers, Gringe et OrelSan (pas Guillaume Tranchant et Aurélien Cotentin) sont assis dans leur appart un peu dégueu tout seul comme deux cons. Les personnages ne sont pas nouveaux. Ce sont les Casseurs Flowteurs dont l’album sorti il ya 2 ans, raconte sous forme d’une épopée d’une après midi et d’une nuit la vie de deux loosers caenais. Parmi eux, OrelSan le rappeur raté de Perdu d’Avance qui tente de faire bonne figure dans Le Chante des Sirènes en expliquant entre mythe et réalité sa vie.

Bloqués est une fiction courte incarnée par deux célébrités, certes, mais qui y jouent un personnage. Leurs personnages. Deux beaufs qui débitent des inepties, des discussions de comptoirs et tous les clichés possibles sur le thème de l’épisode. Dès qu’un cliché attaque certaines communautés (les pédés, les juifs, les meufs (les chinois et les noirs on a un peu le droit normalement)) il déclenche une polémique. Enfin… Une E-polémique, parce qu’en général, elle dépasse rarement un article sur un media web que relayeront quelques blogs et une centaine de tweetos.

Forcément, en faisant quelques vannes fastoches sur les meufs (des blagues de beaufs relous donc, c’est à dire des personnages incarnés par Gringe et Orel) les Femen et autres défenseuses des vagins se sont sentis pousser des armures de chevaliers blancs en osant s’attaquer à Navo, l’auteur de la série. Mais surtout à OrelSan. Parce qu’OrelSan n’est pas n’importe qui dans l’histoire du e-feminisme. C’est le mec de Saint-Valentin et de Sale Pute. Le mec qui a été interdit de concert pendant un été complet pour une chanson sortie des années avant et qu’il ne chantait plus sur scène. Le mec sur qui Ségolène Royal a chié pendant les Francofolies avant de défiler quelques années plus tard au son de #JeSuisCharlie.

A l’époque le débat avait dépassé les limites d’internet. Les Chiennes des Gardes et autres vagins enragés (marrant « vagin » c’est masculin tiens) avaient fait tout ce qu’ils avaient pu pour éteindre le rap d’OrelSan, visiblement sorti exceptionnellement grandi de cette épreuve avec l’extraordinaire Chant Des Sirènes. 2015 : même débat. Les antis diront que c’est dégradants, sexistes et lamentables. Les pros diront que c’est de la fiction et des personnages.
Et pourtant, y’a 9 mois, les deux camps étaient tous Charlie.

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J’en ai rien à foutre de Claire Chazal

Après 24 ans de sévices, Claire Chazal a été évincée quelques jours après avoir fait sa rentrée dans les journaux du week-end de TF1. Une manière inélégante selon PPDA qui s’en sert pour remettre une couche sur sa propre éviction qu’il n’a toujours pas digéré. Et le tout Paris qui fait semblant de ne pas savoir que ça allait arriver.

Depuis des années, Claire Chazal comme son confrère Pernault et bien d’autres, sont les portes drapeaux de cette presse lissée et edulquorée, chauvine (et presque nationaliste) au point de se contrer sur les bouchons en France quand plusieurs dizaines de personnes sont mortes dans un attentat africain, ou en donnant le rythme de RIP lorsqu’un enfant un peu mignon est retrouvé froid sur les plages de la Méditerranée. Là ou des centaines d’autres ont perdu la vie sans que personne ne s’en inquiète.

Claire Chazal c’est l’étendard de ces journalistes qui se sont mués en animateur recevant tour à tour Sean Penn, Manuel Valls et Kendji Girac en leur posant les mêmes questions sans fond, en refusant d’aller là où les attachés de presse refusent et en servant la soupe écrites par les communicants, parfois même les communicants de TF1.

Claire Chazal, c’est le symbole de cette télévision enracinée dans la médiocrité et la facilité, prête à pleurer pour un fait divers larmoyant mais incapable d’aborder le fond d’un sujet en donnant comme excuse le public, qui lui, trop con, ne veut que des trucs qui lui font plaisir et qui ne sont pas trop compliqués à comprendre. Dix ans après la fameuse expression de Patrick Le Lay, les JT comme devenus des programmes comme les autres pour « vendre du temps de cerveau disponible ».

Alors je ne regretterai pas Claire Chazal. Je ne doute pas pour autant qu’Anne-Claire Coudray ne relèvera pas le niveau. Mais j’ai du mal à concevoir que les mêmes personnes qui décryptent l’actualité, vivent dans le monde des médias, et censés être l’élite française intellectuelle donc je vois passer les messages à longueur de journée, puissent s’émouvoir du départ d’une de celle qui a promo la médiocrité au rang d’art.

Top 10 des journalistes télés les plus bégés

Je suis sans doute le mec le plus bordélique du monde après Dieu, mais j’adore faire des classements. Et puis c’est la mode. Et puis c’est cool. Alors voila mon classement à moi des 10 animateurs télés les plus beaux gosses.

10 – Grégory Ascher (NT1)
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9 – Matthieu Delormeau (NRJ 12)
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8 – Laurent Artufel (disparu :()
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7 – Jean-Baptise Boursier (i-télé)
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6 – Julien Bugier (i-télé)
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5 – Christophe Beaugrand (TF1)
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4 – Yann Barthès (Canal +)
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3 – Julien Mielcarek (Le Figaro TV)
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2 – Martin Weill (Canal +)
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1 – Cyril Féraud (France 3)
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Beaffle #18 : Mika

Pas plus tard qu’hier, dans son émission buzz people mortal trash kombat ultra 4 ramdam exclusivement international star, Jean-Marc Morandini, l’arnaque journalistique télévisuel et radiophonique diffusait une interview buzz trash people exclusive de Mika. Il se trouve que depuis quelques mois, le chanteur est jury dans le jeu télé : The Voice. Sinon Morandini n’en aurait rien à foutre. Et voila ce que Mika raconte, parmi une flopée de conneries promotionnelles :

“Il y a des moments où j’entends une voix, je l’adore et, quand je me retourne, je suis un peu déçu. A cause du corps, du look mais ça un peu plus rare. Parce qu’il y a un côté un peu plus antipathique. Mais, grâce à Dieu, ces deux personnes, ne m’ont pas choisie.”

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Je pense que les candidats moches seront très heureux de ne pas t’avoir choisi Mika. Toi qui a été choisi pour remplacer le branloteur frénétique de cordes à bigophone. Toi le pédé qui psalmodiait que les grosses étaient belles tu oses désormais juger tes prétendants sur leur aspect.

Tu sais, en te voyant arriver aux côtés d’un vomi télévisuel qui n’existe plus en dehors des écrans, d’un gaucho exilé fiscal et d’un canadien qui ne roule guère sa bosse qu’en France, je m‘attendais à un peu de fraîcheur et bêtement moi, je te voyais comme un mec intelligent, qui a profité du star system à sa façon mais avec des valeurs, dans une émission qui bien que diffusée par TF1 était basée sur la voix.

Bah non. En fait t’es comme le reste. Tu n’es pas mieux que ces Nouvelle Star, Pop Stars ou Star Academy, ces quelconques affrontements cathodiques qui annonce rien qu’à leur titre dire que l’on veut un gagnant qui soit non pas un chanteur ou un artiste, mais une star. Comme si l’emballage était plus beau que le cadeau qui était dedans. Comme s’il était plus important de montrer à tout le monde qu’on a le plus gros et le plus beau cadeau sous le sapin, sans même savoir ce qu’il y a dedans. Et surtout en oubliant la valeur sentimentale et affective que le cadeau porte.
Parce qu’un chanteur, mon cher Mika, comme tout autre artiste, comme un cadeau, véhicule un message, une émotion, une pensée. L’art c’est un acte profond et intime avant d’être un objet avec une valeur. Et le message c’est pas seulement baragouiner Big Girl you are beautiful et se dire heureux de pas bosser avec une gonzesse charnue.

Ça fait plus de 10 ans qu’on diffuse des valeurs futiles, stupides et simplistes dans les télévisions dites de télé réalité en oubliant qu’elles cachent une vérité autrement plus inquiétante que l’on se garde bien de montrer aux ados qui envoient des SMS pour alimenter les caisses des chaînes déjà remplies de contrats publicitaires juteux. 100 000€ pour 30 secondes pendant ton show sur TF1. Car il n’y a deux types, et seulement deux types de candidats à ces jeux télévisés. Ceux qui réussissent et qui font une carrière dont la majorité se situe aux débuts du système et se compte sur les doigts de deux voire trois mains. Et surtout ceux qui ne réussissent pas. Parmi ceux-là on trouve ceux essayant de survivre sur le système en se prostituant à la première apparition télévisuelle proposée, y compris dans The Voice qui met à l’honneur nombre d’exclus d’autres émissions. On oublie aussi de leur dire qu’on se retrouve avec des contrats imposés qui ne sont jamais en faveur de l’artiste et pour des montants qui loin d’en faire des gens riches. Et souvent même pas célèbre si on prend l’exemple des derniers gagnants de The Voice et de Star Academy dont les albums sont sortis sans aucun soutien de leurs labels.

La musique, mon cher Mika, est avant tout un plaisir et une expression, vouloir en faire son métier à l’âge du collège où l’orientation turlupine semble un bel avenir. Puis le lycée et la raison arrivant, les ardeurs se dissipent et seuls les plus motivés tentent leur chance. Une poignée y arrive. Une infime fraction devient des célébrités. Et tu es bien placé pour savoir. Tu l’a vécu toi, ce système qui te catégorise comme chanteur pédé alors que tu n’as jamais exposé ta vie privée. Tu l’as subit ce système qui mets dans des cases et qui joue de ton image.

Alors tu vois, ton discours axé sur le physique des candidats est non seulement insultant pour les deux personnes que tu cites et qui se reconnaîtront, j’imagine, assez facilement, mais il méchant et corrobore ce système superficiel qui tente d’imposer des canons physiques à tous les enfants de nos campagnes. Les 9 millions de français qui te regardent chaque samedi n’ont pas besoin de ça Mika. Ils n’ont pas besoin qu’on leur rappelle encore une fois que pour réussir il faut être beau, et que les moches ne sont pas dignes de ta sélection.

Et puis ton émission s’appelle The Voice. Et les auditions dont tu parles sont censées être à l’aveugle. Certes c’est une blague scénarisée visant à faire croire à des millions d’imbéciles que le jury se lève de lui même pour aller danser avec un candidat ou encore qu’un fils d’une navrante célébrité musicale se retrouve dans l’émission incognito mais en citant 5 fois le nom de sa mère. Mais le principe même de l’émission est justement qu’il n’est pas basé sur le physique. Donc sur le fond comme sur la forme tu es totalement à côté. Et tu alimentes des médias comme Voici qui vont jusqu’à parler d’erreur de jugement que de choisir un candidat moche.

Ché pas moi, parle des pédés, parle des femmes battues, profite des 9 millions de mec que t’as devant toi pour véhiculer des trucs cools. Mais dis pas des conneries quoi toi. Relax, quoi, take it easy…

Chronique diffusée le 4 février 2014 sur Radio Néo

Peter Pan @ Richmond Theatre

Il n’est jamais facile de parler en français et en France d’un pantomime londonien. C’est une tradition, souvent liée à Noël, qu’il est difficile à transcrire tellement elle est typique du théâtre populaire britannique et absent de la culture français. Ce mélange typique est la comédie musicale et le théâtre traditionnel est la forme la plus fréquente des adaptations de Peter Pan ici.

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Pour ce Noël 2013, c’est le Richmond Theatre qui s’y colle avec comme tête d’affiche Henry Winkler dans le rôle de Crochet (sur toutes les affiches) particulièrement connu pour être le Fonzi de Happy Days. Le spectacle y fera longuement référence, au point que les clins d’oeil deviennent rapidement aussi subtils qu’un « he’ mamoizelle » dans la rue. Le parti pris musical, qui navigue entre les Gun’n’Roses, Katy Perry et Ylvis donne plus l’impression d’assister à des épisodes sonores qui meublent entre des scènes souvent bâclées. On a rapidement l’impression que l’auteur fait trainer sa pièce en rajoutant des passages, et même en continuant à parler de l’histoire et en faisant monter des enfants sur scène avec déjà 1H30.

La mise en scène est également ternie par des décors clinquants et brillants à un point où l’on a presque mal à distinguer les comédiens sur scène. Si l’on ajoute une Tinkerbell interprète par une naine suspendue à deux fils un touche le mauvais gout.

Finalement le spectacle ne décollera jamais, la faute à un show millimétré où même les contacts avec le public semblent faux. Même si les comédiens, convaincants (mention spéciale à Philip Scutt), donnent toute leur énergie et que les plus jeunes apprécient finalement ce qu’ils voient (c’est après tout le but initial) la mise en scène de Ian McFarlane n’offre rien de nouveau à part un truc industriel dont on sent que même la distribution (une star de téléfilm et une présentatrice de JT interprètent Peter et Wendy) a été plus pensée pour vendre les places que pour supporter l’histoire.

Yann Barthès : quenelle mediatique

Je ne regarde plus la télévision. Pas tellement que les fictions formatées à l’extrême me gênent, je choisis mes films et mes séries via internet. Mais depuis un moment, la parisianisation de la télévision et ses règlements de compte en direct me boursoufle le cortex cérébral comme un prof de maths dans une soirée avec Nabila.

On savait que Morandini n’avait d’ambition que de passer à la télévision pour (se) taper (sur) des confrères et consoeurs et prouver sa supériorité en humiliant ses équipes alors que ses audiences n’atteignent d’exceptionnellement la mesure de son quotient intellectuel.
On savait aussi que les émissions d’Ardisson, Salut les terriens en tête, ne grappillaient guère plus d’un millier de téléspectateurs une fois le périphérique franchis.
Puis on a eu cette fameuse histoire Thuram, ex-gloire du football français invité sur un plateau alors qu’il n’avait rien à vendre, déballe ses SMS tel un « Si tu reviens j’annule tout » espérant intéresser le français moyen. Ou sur les conseils de son avocat qui imagine pouvoir éviter un procès pour violences conjugales en utilisant la presse.
Enfin la semaine dernière, une miss météo inconnue règle ses comptes à coups d’allusions sexuelles avec son ex (petit) ami Nicolas Bedos en direct dans Le Grand Journal. Un grand moment de solitude pour qui n’est ni miss météo ni Nicolas Bedos.

Que la rédaction de PureMedias/Ozap trouve que Le Grand Journal est la meilleure émission du monde dans une dizaine d’articles parce que leurs rédacteurs en chef sont partis en vacances ensemble ne me choque plus. J’ai vu tellement d’articles écrits uniquement par connivence, qu’à force, l’éditorial de la presse influencé directement par les copinages ne m’étonne plus. Je ne relève même plus les énormités que certains scribouillards à qui l’on fourgue un abattement fiscal une carte de presse peuvent écrire. Sans compter le nombre de rédaction qui diffusent des communiqués de presse, en traitant l’information d’un simple copier-coller.

Mais depuis quelques années, fleurissent ceux qu’on appellent les émissions médias : Le secret des source, Medias le magazine, Le grand bain, L’atelier des médias, LCI est @vous le mag, Le grand direct des médias, Touche pas à mon poste etc. Pas une seule n’a relevé le manque de distance entre les journalistes qui font la télévision, et ceux qui y viennent pour vendre leurs soupes. Pire, rares sont les émissions qui osent objectivement attaquer un confrère, sans aller à l’attaque personnelle comme le font systématiquement les Morandini ou Hanouna son un ton moralisateur.

Les rares a faire ce travail de journalisme média comme acrimed ou @rret sur images sont obligés de faire uniquement avec les dons/abonnements de leur public. NDLR

Et puis il y a Le Petit Journal, 26 minutes caustique et acide qui n’hésite pas à afficher ostensiblement toutes les marques qui aident (financièrement ?) à sa réalisation. Son présentateur Yann Barthès n’hésite pas à donner de sa personne et de sa morale pour dénoncer un reportage trafiqué de TF1 ou encore s’excuser lorsqu’un spectateur du public se met à faire la quenelle de Dieudonné en arrière plan. Sauf que visiblement, le geste n’a pas toujours gêné Yann Barthès, comme le montre cette photo datée du 4 juillet 2012.
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Bien qu’il soit probable qu’il n’était pas conscient du geste qu’il exécutait, la photo peut surprendre, quelques jours après son recadrage à l’antenne. (salutaire NDLR)

Alors quoi ? Yann Barthès est il antisémite ? Probablement que non il ne connaissait visiblement pas la signification de son geste. Reste que l’image que renvoie du pays audiovisuel, dans un contexte où le populisme est au plus haut, dans une France qui rejette violemment quelqu’un qui gagne plus de 2 fois le SMIC, est une image profondément gênante. Celle d’une télévision à deux discours, consanguine et parisienne.
On oubliera vite l’incident Yann Barthès parce qu’en bon communiquant il saura s’expliquer simplement et se faire entendre. Ses confrères qui entre temps auront monté l’affaire en épingle, en buzz comme ils disent, verront qu’elle disparaitra et se sentiront encore une fois intouchables. Et ainsi la télévision des copains continuera. Jusqu’au prochain micro buzz.

Initialement publié sur Megaconnard.com

Nouvelles stars

Ça fera bientôt 10 ans que mes oreilles écoutent les potins parisiens dans des soirées à connotations people, cinéma ou musique. Ça fera bientôt 10 ans que mes papilles dégustent des petits fours au milieu de mondanités qui n’ont pour seul intérêt que d’y être vu. Ça fera bientôt 10 ans que mes mains tripotent les célébrités plus ou moins passagères des grands et petits écrans, des grandes et petites scènes, à grandes ou petites carrières.

Je me rappelle des premières stars que j’ai rencontrées. J’ai des souvenirs intacts de mes rencontres avec ceux qui ont été mes idoles. Je raconte encore avec émotions comment j’ai collaboré avec des gens qui m’ont donné envie de faire les différents métiers que j’ai pu exercer. De Tim Burton à Bertrand Cantat. De David Lynch à Laurent Boutonnat. De Johnny Depp à Mylène Farmer. De Maxime Le Forestier à Patti Smith. J’ai eu la possibilité en 10 petites années de rencontrer la quasi-totalité des gens encore vivants qui m’ont inspiré étant plus jeune. J’ai parfois le regret de ne jamais avoir pu photographier Michael Jackson ou serrer la main de James Brown. Mais qu’importe, j’ai pu voir, discuter ou travailler avec des gens dont j’aimais l’œuvre, le travail, l’art ou l’engagement.

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En arrivant à Paris, j’avais un album avec nombre d’autographes. C’était mon petit trésor. Des pochettes, des photos, des petits trucs pour moi, qui venaient de gens que j’admirais ou simplement parce que j’aimais ce qu’ils faisaient, ou simplement qu’ils m’avaient touché à un moment. Aujourd’hui, je ne saurais dire si je l’ai encore. Néanmoins, matérialiste, je l’ai remplacé par une grande boite à chaussures qui contient quelques set lists, des cartes postales, des bouts de pellicule, des feuilles de route et plein de petits trucs inutiles qui me rappellent certains moments de ma vie. J’ai avec chacun de ces objets une petite histoire personnelle, tout comme j’avais avec chacune de mes idoles une anecdote.

Je ne sais plus très bien à quel moment je suis passé du garçon qui posait avec Ludivine Sagnier à l’aftershow des César en regardant Danielle Darrieux au loin au mec qui peut passer une heure à discuter avec Bertrand Cantat sans même lui demander une photo. Simplement en étant heureux de discuter avec lui. La question m’est venue dans le métro alors que je lisais les messages qui s’affichaient sur Twitter et sur Facebook. Partout, nombre de mes contacts racontaient en direct ce qu’il se passait à la Nouvelle Star.

La Nouvelle Star. Un jeu télé qui, à l’instar de la Star Academy ou de Pop Star, semble par son titre dire que l’on veut un gagnant qui soit non pas un chanteur ou un artiste, mais une star. Comme si l’emballage était plus beau que le cadeau qui était dedans. Comme s’il était plus important de montrer à tout le monde qu’on a le plus gros et le plus beau cadeau sous le sapin, sans même savoir ce qu’il y a dedans. Et surtout en oubliant la valeur sentimentale et affective que le cadeau porte. Parce qu’un chanteur (ou tout autre artiste), comme un cadeau, véhicule un message, une émotion, une pensée. C’est un acte profond et intime avant d’être un objet avec une valeur.

Ceux que l’on appelait des vedettes avant, et des stars à l’heure des internets anglicisants ont toujours eu un rôle social. Elles font rêver et poussent l’imaginaire. Quel enfant des cours d’écoles primaires n’a jamais voulu être acteur de cinéma, chanteur, pianiste ou peintre ? L’art étant avant tout un plaisir et une expression, vouloir en faire son métier à l’âge du collège où l’orientation turlupine semble un bel avenir. Puis le lycée et la raison arrivant, les ardeurs se dissipent et seuls les plus motivés tentent leur chance. Une poignée y arrive. Une infime fraction devient des célébrités. Et pourtant, surtout depuis l’après-guerre et les médias de masse, chacun à avoir ses vedettes préférées, ces acteurs ou ces chanteurs qui font rêver, dans lesquels on se reconnait ou simplement qu’on trouve intéressants, beaux, intelligents ou talentueux.

Mais ça fait déjà 10 ans qu’on vit la télé réalité. Je me rappelle encore du tout premier Loft Story que je regardais dans ma chambre. J’étais lycéen. J’étais curieux. J’ai connu l’épisode de la piscine qui aura marqué le passage de la télévision aux années 2000. Depuis lors, chaque chaine de télévision surexpose les émissions de télé réalité et leurs participants afin d’exploiter un filon qui rapporte : des audiences qui font augmenter le prix du spot publicitaire à des annonceurs heureux des minutes de cerveau disponibles, des retombées médiatiques dans la presse people qui fabrique des célébrités dont elle manie facilement la « carrière », des licences musicales vendues des fortunes à des labels qui jouent le jeu de la peoplelisation pour maximiser l’exposition et vendre un maximum etc. Le système s’y retrouve. A moindre frais, on exploite des gens qui n’y connaissent rien et qu’on jettera facilement en leur faisant signer des contrats à la limite de la légalité pour palier à un système culturel en déclin dont on préfère détourner un public qui cède volontiers à la tentation de la consommation facile.
Ça va bientôt fait 10 ans qu’être une star c’est facile. Tout est facile. Alors que nos parents passaient au Juste Prix pour gagner une machine à laver, il suffit de passer dans un jeu télé avec des gros seins devant quelques millions de spectateurs pour être une star riche, connue et célèbre. A force de matraquage, les valeurs d’Endemol, Frementle et autre Banijay sont devenues banalités et il n’est plus choquant d’être une célébrité sans métier. Sans même être associé à un fait divers. Comme ça, juste en jouant à un jeu. Facilement.

Et ça fait déjà 10 ans que l’on diffuse ces valeurs stupides et simplistes. Elles sont également fausses, et cachent une vérité autrement plus inquiétante que l’on se garde bien de montrer aux adolescents qui envoient des SMS pour alimenter les caisses des chaines déjà remplies de contrats publicitaires juteux (90 000€ pour 30 secondes pendant une télé crochet sur TF1). Car il y a deux types, et seulement deux types de candidats à ces jeux télévisés. Ceux qui réussissent et qui font une carrière dont la majorité se situe aux débuts du système. Ils se comptent sur les doigts des mains d’une déesse indienne. Mais au-delà de la dizaine de Jenifer, Olivia Ruiz, Steevy Boulay et autres Julien Doré il y a la deuxième catégorie. Ceux qui ne réussissent pas. Parmi ceux-là on trouve ceux essayant de survivre sur le système en se prostituant à la première apparition télévisuelle proposée, qui montrent leur cul (et ce n’est pas qu’une image…) pour espérer qu’on parle d’eux dans des émissions qui tentent elles aussi de faire tourner le système en leur faveur. Cette période de purgatoire ne dure pas. Et comme toute drogue, c’est la descente qui est la plus dure. C’est évidemment pareil pour le mensonge affectif.

Devenir une star sans avoir un art à défendre, c’est offrir un cadeau vide. Ce n’est pas seulement malsain et malhonnête. C’est construire son existence sur une apparence et un mensonge. C’est prendre une attention, une affection et un amour rapide, facile mais aussi factice que temporaire. C’est vivre dans Matrix. Puis un jour la matrice s’arrête et la réalité revient. Les gens partent. Toujours. Forcément. Et on est seul. Toujours. Forcément. Puis on se rend compte que la célébrité n’aura non seulement pas combler le manque d’avant, mais qu’elle l’aura creusé.

Ça fera bientôt 10 ans que je rencontre des vedettes. Ça fera bientôt 10 ans que je vois des stars se créer devant mes yeux. Ça fera bientôt 10 ans que je vois des célébrités retomber dans l’anonymat. J’en ai vu des joueurs de télé vivre d’une pseudo notoriété et retourner travailler comme tout le monde. J’en ai connu des gloires d’antan vivant difficilement sur les droits d’un tube des années 80.

Ma rencontre la plus marquante restera celle d’un acteur qui, sans être devenu vraiment un proche est un ami lointain. Je me rappelle de cette soirée au début de l’hiver 2007. Il était en France pour accompagner le producteur de son dernier film avec la sœur de John Travolta. Après plusieurs jours, le film n’avait pas trouvé de distributeur et allait sortir directement en DVD. Son quatrième échec en tant qu’acteur en seulement trois ans. Lui qui revenait au cinéma après 10 ans d’absence. A seulement 23 ans. Il m’a raconté sa soudaine célébrité alors qu’il n’avait que 10 ans. Et sa première cure de désintox à 15 puis 16 ans, son mariage à 18, son divorce à 20, sa dépendance aux antidépresseurs et aux anxiolytiques et ses nombreux égarements. Il m’a raconté sa carrière, comment il avait connu tout Hollywood, le succès, la gloire. Et le vide. Le néant. Et les larmes aux yeux jusqu’à m’en faire pleurer il m’a expliqué ce trou béant affectif laissé par un père qui ne l’avait pas désiré puis qui avait vécu ses rêves à travers lui. Il m’a expliqué comment il avait tenté de combler ses manques. Par les excès. Par les rencontres. Des bonnes. Des mauvaises. Il m’a expliqué par des mots et des émotions que jamais je ne pourrai traduire comment la fin soudaine de sa célébrité avait détruit la notion d’amour chez lui. Je me rappelle simplement d’une phrase que j’avais approximativement traduite par « La vérité, c’est que jamais aucun public, aussi nombreux soit-il, ne remplacera l’amour que je n’ai pas eu de mon père ». Je l’ai revu à Paris avant l’été. Il devait faire à peine 45 kilos.

Ça fera bientôt 10 ans que je vis dans un système qui change la société. Ça fera bientôt 10 ans que je participe directement ou indirectement au système médiatique et culturel, à mon échelle. Ça fera bientôt 10 ans que ma position change, à mesure que je comprends ce que j’y vois. En ces temps où la valeur famille redevient une préoccupation nationale alors qu’elle semblait devenue désuète, on plébiscite des émissions et des personnalités qui vont à l’encontre même de l’équilibre et de la stabilité en prônant des valeurs fausses et biaisées. On tend à oublier que nos valeurs sont celles que l’on porte avant d’être celles écrites dans le Code Civil.
Ça fera bientôt 10 ans que je rencontre des nouvelles stars tous les jours. Ça fera bientôt 10 ans que mes nouvelles stars s’appellent Lilly Wood & The Prick, Ben Mazué, Cheers, Shaka Ponk, Skip the Use ou Le Prince Miiaou. Ça fera bientôt 10 ans que mes nouvelles stars sont Victor, Caro, Agnès, Paul, Laurent, Hugo, Anne-Lyse, Jeremy, Xavier et ceux qui m’accompagnent un peu tous les jours. Ça fera bientôt 10 ans que mes nouvelles stars sont celles que je choisis. Ça fera bientôt 10 ans que j’arrive à être heureux. Et c’est grâce à mes nouvelles stars.

Publié sur sur LeTransistor

Le vendredi, c’est Star Ac’

Paris est connu pour ses microcosmes : le quartier latin, le China town, Barbès… Il en est un qui sort un peu de l’ordinaire de par son éphémérité (sic). Il s’agit d’une petite rue qui relie la place de la République au Marais : la rue Charlot. Depuis quelques temps, une certaine agitation règne au bout de la rue. Les sans papiers qui occupent la Bourse du Travail ? Non ! Mieux que ça : la Star Academy !
On savait l’année dernière compliquée pour l’émission la plus populaire d’Endemol. C’est une des raisons pour laquelle le château perdu avait été remplacé par une jolie demeure en plein cœur de Paris : proximité avec les fans, les presses etc. Depuis l’ouverture des portes et des caméras en septembre, c’est l’effervescence dans les quartiers entre les habitants dits éplorés et les fans qui grouillent parmi les curieux qui passent. Certains s’arrêtent, se prennent en photo devant la grande porte en bois pour dire « j’y étais, j’étais (presque) à la télé ». De temps en temps, quelques jeunes filles campent une heure ou deux dans l’espoir de rencontrer leur étoile filante préférée aller faire du jogging, puis partent l’âme en peine en se disant que « c’est pas grave, Nikos nous les présentera ce soir… ».

Mais il est une journée pas comme les autres dans ces semaines télévisuelles : le vendredi. Jour sacré –et du poisson- chez les catholiques, le vendredi est jour de prime time pour les cathodiques. On attend la star-invitée du soir devant son hôtel, et à 20H50 précises, on se pose bien chaud dans son canapé pour deux heures de spectacle télévisuel à faire frémir Florence Foster Jenkins. A peine l’émission terminée, le 12 rue Charlot devient lieu de pèlerinage pour de nombreux parisiens prêts à attendre par une température à peu prêt équivalente au QI de Christophe Dechavanne. Devant la porte close de la demeure, on discute, on parie. Qui va donc sortir ce soir ? Quelques minutes d’impatience après, le verdict tombe avec l’arrivée d’une demoiselle d’une vingtaine d’années qui, elle, a eu le temps de regarder l’émission jusqu’au bout : c’est Joanna qui sort, laissant sa place à Mickels. Stupeur dans les fans présents ! « J’aime bien Mickels, mais quand même, Joanna… » lance fébrilement Fatia, une jeune habitante du quartier. Même réaction chez les trois adolescentes venues avec leurs parents d’Evry. Mais le vote de ce soir, c’est déjà du passé. Tandis que quelques autres passants s’arrêtent de passer, curieux de voir toute cette agitation, les pronostics pour la seconde demie finale fuse : « Gautier doit gagner, Alice elle est trop conne » analyse consciencieusement Emilie. Thierry, un habitué des vendredis soir de 42 ans est plus réservé, « moi Alice je la trouve vraiment belle, je pense que même si elle contre Mickels en final, elle gagnera ». Mais c’est Karine qui trouve la conclusion qui mets tout le monde d’accord en affirmant que « de toute façon, Alice a toujours a été sauvée par le public, donc le public la fera gagner ». Effectivement…

Aux environs de minuit, alors que les discussions s’atténuent pour laisser place à l’excitation, une voiture arrive dans la rue. « C’est eux ! ». En fait non, c’est juste un régisseur et un caméraman qui arrivent. « Ca veut dire qu’ils vont arrive ». Surement, en effet… Les voisins arrivent aussi, notamment les sympathiques propriétaires du F&B, le restaurant qui jouxte de l’Academy qui avait fait sa pub au moment des polémiques de l’installation dans le quartier en disant que cela allait gêner sa clientèle. Malgré la pluie qui comment à tomber, les plus jeunes comme les plus vieux continuent à discuter, pour se passer le temps. Certains sont là depuis prêts de trois heures déjà…
« …moi je suis dans le cinéma. D’ailleurs je suis en train d’adapter un film sur la Star Ac’. Enfin, je vais voir, parce que je pense qu’ils vont me demander beaucoup pour avoir le droit d’utiliser le nom ». Lui, c’est Georges. Un abonné du vendredi soir également. Il aime distribuer ses conseils pour obtenir un regard, une photo ou un autographe. « Regarde, mets toi, juste là, mais pas trop prêt de la porte, comme ça, t’es sur qu’il va passer devant toi ». A peine le temps de finir sa phrase, le gros van gris avec les 3 candidats à bord arrive. Alice, Gautier et la star du soir, Mickels, débarquent –devant les caméras- dans la rue Charlot sous les hourras des fans et les regards interloqués des passants –pour ceux qui n’auraient toujours pas compris ce qu’il se passait ici…-. En quelques secondes, après avoir signé quelques papiers et pris quelques photos, les trois candidats s’engouffrent dans la cour de l’Academy pour une bonne nuit…

Sur le trottoir, on sourit, on regarde ses photos, on admire son autographe. Certains sont déçus, ils n’ont rien… Enfin pas tout à fait. Chacun repart tout de même avec la satisfaction d’avoir été là, d’avoir vu, lui là, celui de la télé et d’avoir été pendant quelques instants une personnalité à part entière du monde cathodique. On s’embrasse, on se serre la main et surtout on se dit « à la semaine prochaine ».