Beaffle #30 : la bande à Renaud

Pas plus tard que y’a pas si longtemps sortait La Bande à Renaud. Rien à voir avec la bagnole qui roule au gazole, mais plutôt avec l’ambulance qui carbure au pastis. On avait eu vent, mauvais vent même du projet, avec le Mistral Gagnant de Coeur de Pirate suivi d’une autre chanson venteuse, Dès que le vent soufflera, chanté par une dizaine de chanteurs.

Tout droit sorti des tiroirs d’Universal, l’album fait donc parti de ces nouveaux projets qui sous couvert d’hommage saccagent allégrement le répertoire d’un artiste en galère de droit d’auteur, et qui renflouent au passage les caisses des labels en faisant pas grand chose.

Après Jean Jacques Goldman, après France Gall et bien d’autres c’est donc autour de Renaud du subir le viol musical collectif de ses coreligionnaires, avec, nous dit on, l’aval de l’interprète original qui avale tout et n’importe quoi depuis longtemps. Aux commandes du bukake auditif : le père de Sinclair et un ex-musicien de Renaud reconverti en juré d’X Factor.

Au premier abord, le casting des assassins n’apparaît pas comme un flagrant délire. Le trio Renan Luce, Alexis HK et Benoit Doremus reprend Bande de jeunes, Bénabar nous fait La pêche à la ligne, Disiz laisse béton et Carla Bruni se demande C’est quand qu’on va où ?

Et c’est vrai d’ailleurs. C’est quand qu’on va où ?
C’est quand on arrête ses braquages en bande désorganisée des labels sur leurs ex gloires pour presser ses vieilles peaux jusqu’à ce qu’elles soient totalement desséchées ?
Quand est ce qu’on va arrêter de prendre les clients des labels pour des connards en leur réservant des soupes réchauffées au micro onde qui fini entre la vinaigrette 0% et une paquet de piles au fond d’un caddie ?
C’est qu’on va arrêter de vomir tantôt du régionalisme de bas étage et tantôt du nationalisme conservateur à base de curés, de marins, de chansons bretonnes et autres conneries ?
C’est qu’on va arrêter de pourrir la carrière d’un mec, allant jusqu’à servir une chanson révolutionnaire chantée par Nicola Sirkis, le plus conformiste des chanteurs engagés, le Cali des bites en fleurs, la version émo homo de Mylène Farmer ?

J’ai jamais aimé Renaud. Je n’ai jamais été touché ni par contre flow, ni par ses textes. Question de génération sans doute. Mais marketé et pousser la bankabelité d’un artiste engagé qui n’est plus en mesure de prendre la moindre décision tellement il est délabré par la vie, est non seulement un paradoxe mais une honte.

La Bande à Renaud ne rend pas hommage à Renaud. Elle renie ses combats, assassine son hérité et tout ce qu’il a été pendant ses 40 ans de carrière. Et je ne parle pas que de Carla Bruni, qui est, et de loin, parmi les plus engagée politiquement de tous les artistes présents et que j’ai souvent vu auprès de Renaud dans divers concerts de soutiens.

Mais que vient faire Nolwenn Leroy, l’égérie de la beaufitude absolue avec un bande rouge révolutionnaire sur la pochette de cet album ?
Est il vraiment possible qu’une personne normalement constituée se soit dit que la gonzesse à qui on a imposé de chanter des reprises bretonnes sous peine d’avorter sa carrière, qui a fait de la reprise une religion, du régionalisme et donc du replis sur soi une tradition, est il vraiment possible que quelqu’un ai une seconde réfléchit avant de lui coller une chanson sur cet album ?
Et je ne parle même pas de son texte changé afin de ne choquer personne. “Tuez vos dieux” dans la Ballade nord irlandaise se transforme en un beaucoup plus conforme “Oubliez vos dieux”.

Une banale façon de javeliser les les textes pour qu’ils ressortent plus blancs que blancs sur les enceintes de la ménagère de moins de cinquante ans qu’Universal imagine beaucoup trop conne pour comprendre ce qu’elle entend.

Passés le casting et le marketing, le disque se déroule et la bande fait débander. Et c’est une absolue catastrophe. Coeur de Pirate miaule Mistral Gagnant en faisant un tsunami perdu au milieu de mièvreries que Métronews a qualifié de titre de l’été…

Le plus navrant dans l’histoire reste que les initiateurs du projet nous font croire que Renaud a entièrement validé le projet. Sauf qu’ils oublient de dire que Renaud était encore en contrat pour 2 albums avec EMI et qu’il est passé avec le rachat chez Universal. Sans soute incapable d’honorer son contrat, les deux albums ont été transformés en ce pot vraiment pourri de reprises qu’on annonce avec une suite en cas de succès.

Alors si vous avez envie de rendre hommage à Renaud, faites des brocantes, offrez un vinyle à vos ados pour qu’ils écoutent ça entre deux MP3 de Fauve chourrés sur internet. Parce que comme le disait Benabar au Parisien :

Personne ne peut chanter mieux les chansons de Renaud que Renaud. Elles sont intimes.

Et il a raison Bénabar, parce que quand t’as écouté le défilé sans aucune chaleur humaine d’une heure, c’est vraiment l’amer qui prend l’homme…

Chronique diffusée le 31 juin 2014 sur Radio Néo

A gauche du fric

Peut-on être de gauche et avoir du fric ? On sait tous depuis la dernière campagne pour les présidentielles que oui. Est-ce que ça donne pour autant mauvaise conscience ? A en juger par le réponse abusif de Séoglène Royal, évidemment que non. Nouvelle preuver hier dans le JDD où 52 artistes lancent à appel au soutien de la loi Hadopi (accronyme d’un truc imprononçable) permettant la « riposte graduée » -livre blanc sur la défense oblige- sur les méchants téléchargeurs de musiques universaliennes.
Étienne Daho, Christophe Maé, Kery James, Sinik, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Stanislas, Raphaël, M Pokora, Keren Ann, Thomas Dutronc, Eddy Mitchell, Isabelle Boulay, Maxime Le Forestier, Martin Solveig, Marc Lavoine, Calogero, Gérard Darmon, Pascal Obispo, Jacob Devarrieux, Elie Seimoun, Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Rachid Taha, Bob Sinclar, Psy4delarime, Abd Al Malik, Anis, André Manoukian, Charles Aznavour, Alain Souchon, Mademoiselle K, Soprano, Arthur H, BB Brunes, Liane Foly, Emmanuelle Seigner, Ridan, Renan Luce, Zita Swoon, Johnny Hallyday, Empyr, Kenza Farah, Shine, Camaro, Diam’s, Renaud, Romane Cerda, Cali et la Grande Sophie… Parmi cette brochette, on retrouve bon nombre d’artistes « de gauche » qui prône LA Liberté, celle qui réunit toute les libertés individuelles et collectives, ces mêmes artistes qui hurlent à l’anti-sarkozysme en se délectant de caviar sur des yachts pendant des vacances payées grâces aux ristournes du paquet fiscales. Oui, ces mêmes artistes qui vivent du pognon dépensé par le public à travers les taxes sur la copie privée (tous supports confondus), la redevance télévisuelle, les concerts, les CD dont les ventes ne chutent pas plus que le mur de Berlin dans les années 70’s. Aujourd’hui ces artistes dont près d’un tiers dépassent les millions de revenus annuels se disent « inquiets, très inquiets » car « aujourd’hui, de bonnes âmes essaient de faire croire que la liberté de tout faire, donc de faire tout et n’importe quoi sur Internet est un droit de l’homme que rien ne saurait contrarier sauf à tomber dans une forme de dictature préhistorique. Eh bien non ! ».
Revolutionnaires certes, mais contre les autres seulement !

La gauche réunit !

Le titre paraît presque surréaliste en cette période mortuaire pour la gauche française mais à en croire les 6000 personnes et la centaines de personnalités artistiques et politiques réunies ce soir au Zénith pour protester contre la mise en place des tests ADN, la gauche semble encore être en mesure de (se) mobiliser ! Devant la foule, dont une majorité sont des sympathisants de la FIDL, le premier syndicats de lycéens, Serge Moati présente les organisateurs de l’évènement : Philippe Val (directeur de Charlie Hebdo), Bernard-Henry Levy (écrivain), Laurent Joffrin (directeur de Libération). Ils seront suivis des habituels contestataires, François Hollande, François Bayrou, Renaud, Sanseverino et appuyés par des têtes non moins connues mais habituellement plus discrètes telles que François Goulard (député UMP du Morbihan) « dont [la] présence peut surprendre » ou encore l’écrivain belge Amélie Nothomb (en photo ci-dessous) qui déclare à la sortie de Zénith : « C’est la première fois que je m’engage politiquement, mais cette fois mon indignation était tellement forte que qu’il fallait le faire ».
Depuis son adoption dans une version « légèrement modifiée » par le Sénat cette semaine –une version « light » selon Clémentine Autain, l’amendement Mariani ne cesse de faire couler de l’encre. La version définitive sera débattue demain entre 14 députés et sénateurs membres de la CMP. Ils devront trouver un compromis et rédiger un texte commun et notamment discuter du dispositif d’hébergement d’urgence.


Amélie Nothomb, une artiste qui s’engage pour la France