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Beaffle : Grand Corps Malade

Pas plus tard que le 21 mai dernier, Grand Corps Malade devait jouer son Funambule Tour au Blanc Mesnil. Bon jusque là, rien de ouf, tu me diras. Le mec sort un album, donc il fait des concerts.
Enfin, le mec sort un album qui marche pas, donc il fait des concerts au Blanc Mesnil.
Rien que de très normal.

Sauf qu’en fait le concert a été annulé. Pas parce que le corps de Fabien était trop malade mais parce que l’esprit du maire UMP de la ville était trop contrarié. Dans un premier temps, la mairie avait parlé d’un problème d’assurance avant d’y aller clairement : ils avaient peur que le concert de Grand Corps Malade devienne un meeting contre le maire fraîchement réélu.

La raison tu vas me demander ? Bah je te réponds, sauf si Seb me censure le micro : la tête d’affiche avait prévu d’inviter Rachid Taxi, qui non content d’avoir un non de merde, est surtout un opposant du maire du place. Tu commences à comprendre le biz ou pas ?

Vu que c’est un maire de droite, les personnalités de gauche ont pu condamner l’annulation sans aucun problème, avec en tête de gondole notre ministre de la culture. Quelqu’un connaît son nom ? Fleur Pellerin. A l’inverse du nom de la secrétaire d’Etat à la famille dont j’ai parlé la semaine dernière. Quelqu’un s’en rappelle ? Moi non.

J’ai pour l’occasion entendu parler de Patrick Bruel. Et c’est pas plus mal parce que je préfère l’entendre parler que l’entendre chanter. Je sais pas trop si vous vous rappelez mais l’année dernière il avait dit qu’il refusait d’aller chanter dans les villes FN blablabla. Alors que pour le coup, la mairie était bien content qu’il ne chante pas, et que les gens qui voulaient le voir étaient les premiers punis. Mais là le cas est différent. Fabien, appelons le Fabien, a toujours défendu son travail dans toutes la France, même dans des petites villes. Même au plus haut de son succès, même si je tentais de faire croire l’inverse au début de cette chronique, mais après tout je suis de mauvaise fois si je veux, je vous rappelle dans dans La Beaffle de Benjamin, y’a de Benjamin.

Le travail de Fabien, au delà de sa musique, a toujours été engagé pour les quartiers populaires, et ses albums suivent ses actes. Demander la suppression de passages de son spectacle c’est dénaturer son travail. Et le censurer. Et le censurer, c’est une atteinte à la liberté d’expression.

Liberté d’expression, 11 janvier, esprit Charlie, tu me vois venir ?

Parce que le 7 janvier dernier, Thierry Meignen écrivait sur son compte Facebook, allez savoir si c’est pour les clics ou pour les larmes, écrivait, donc : “Liberté, liberté chérie, personne ne tuera la liberté d’expression”.

Alors non cher Thierry, je me permets de corriger ta citation, issue de la Marseillaise : “Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs”. Et sache mon Thierry, que tu n’es plus du même côté que le 7 janvier.

Beaffle #31 : Apple

Pas plus tard que l’année dernière j’ai… Bon vous allez me dire, on s’en fout de ta vie toussa, mais envie de vous raconter un truc un peu personnel. Je vous rappelle, au cas où vous auriez perdu la mémoire en même temps que votre virginité anale cet été que c’est toujours MA chronique et que j’y raconte toujours MA vie et MES histoires de moi.

montage pomme

Tout a commencé en 2007. Je l’ai rencontré sur internet. Je crois que j’étais un peu précurseur. Une histoire à l’américaine. Fine, intelligente, toujours l’oeil vif et l’oreille tendue. Le genre tendance tu vois. Exactement mon genre. On a appris on se connaître et on s’est mis ensemble au milieu de l’hiver. Au début tout était parfait.

Elle me suivait partout sans être trop présente et on avait trouvé le parfait équilibre qui n’est jamais simple dans une relation : savoir être là tout en étant discret. Elle répondait parfaitement à tous mes besoins. Je lui ai présenté mes potes, montré toutes mes photos, confié tous mes secrets, même les plus intimes. On est parti ensemble en vacances plein de fois. Je l’ai parfois un peu malmenée, comme quand je lui ai foutu la gueule à l’eau. Mais bon ça va, ça arrive. Pis après coup on a quand même bien rigolé.

Puis elle est devenue vachement trop présente. Omniprésente. J’ai même eu peur qu’elle lise mes e-mails ou mes SMS sans me demander, qu’elle scrute mes contacts où ce que je faisais avec mon téléphone.

Et puis à force j’me suis senti oppressé. C’est vrai dans le fond c’était comme au début mais le plaisir n’était plus vraiment là. On avait toujours les mêmes relations intimes mais sans réel plaisir, juste pour ma forme. On restait ensemble pour la forme, comme un vieux couple qui ne s’aime plus mais qui continue de vivre ensemble pour des questions pratiques.

J’ai décidé de partir le jour où j’ai compris qu’elle en voulait vraiment à mon argent. A chaque fois que j’avais besoin d’elle, je devais raquer un truc. Et puis finalement je n’étais plus chez moi. A chaque fois que je voulais changer un truc de place c’était pas possible.
“Oui mais tu comprends, c’est mieux pour toi si c’est comme ça.”
“Oui mais tu sais, tu peux pas faire ça comme si mais c’est pour ton bien”
J’avais l’impression de l’avoir loué, un peu comme une pute d’un soir, qu’on paye pour le service mais qu’on ramène pas à la maison.

Plus le temps passait, moins elle en avait pour moi. De moins en moins de relations intimes aussi. Souvent en fin de journée elle me faisait le coup de la panne. Pas celle sur le bord de la route. Non le coup de “désolé j’ai plus de jus”. Alors j’ai souvent fini tout seul. J’ose à peine le confesser à l’antenne mais dans le besoin, et parce que je ne suis qu’un homme au final, j’ai plusieurs fois fini avec l’engin d’un autre.

Le divorce a été lourd pour moi. Elle a gardé tout ce que je lui avais acheté. J’ai récupéré les quelques CD qui était à moi mais elle est parti avec tout le reste. J’ai juste eu le temps de faire une copie de nos albums photos et de mes contacts avant qu’on se déchire pour de bon.

Je l’ai quitté il y a donc tout juste un an. Au départ ça a fait pas mal jaser. J’ai du faire mon coming out public : oui j’ai changé de bord. Au début ça fait bizarre. Le regard des gens est différent quand ils se rendent compte que t’es pas avec “le truc normal” quoi.

Mais j’ai envie de dire : c’est quoi la normalité ?

Alors j’ai assumé et je me suis dis : RIEN A FOUTRE ! Pis à force tu te rends compte que t’es pas tout seul.

Aujourd’hui ça fait un an que je suis avec un sud coréen. Ouais, du pays du Gangnam Style. Alors ça fait bizarre hein. Les gens se moquent un peu de lui, sur sa taille et sa nationalité. Ca je peux vous dire que j’en ai entendu des trucs racistes sur lui hein. Genre “travail de chinetoc” “truc low cost” et tout. Mais lui et moi on est heureux.

Je sens qu’il est à moi et que j’en fait un peu ce que je veux. C’est sans doute mon côté dominateur actif. Tout n’est pas parfait mais je me sens plus libre avec lui. Et puis la communauté des gens comme nous sont des gens très cools qui partagent tout le temps leurs expériences, du coup ça donne des idées. Genre y’a quelques jours j’avais un peu soucis pour lui rentrer un truc, eh bah j’ai posé la question sur un forum et en quelques heures j’avais ma solution. Depuis je peux mettre tout et n’importe quoi dedans.

Je suis pas dupe hein, jme rends bien compte que parfois il est aussi là pour mon pognon et qu’il profute un peu de moi, mais bon, je crois que dans nos relations actuelles modernes c’est toujours un peu comme ça. En tout cas je le sens moins oppressant au quotidien et je me sens vraiment bien et comme me disent mes vrais amis : “tant que t’es heureux, vis ta vie comme tu veux.”

Alors voila aujourd’hui j’ai plus peur de le dire : j’ai dit non à Apple. Et je suis très heureux avec mon Samsung.

Beaffle #30 : la bande à Renaud

Pas plus tard que y’a pas si longtemps sortait La Bande à Renaud. Rien à voir avec la bagnole qui roule au gazole, mais plutôt avec l’ambulance qui carbure au pastis. On avait eu vent, mauvais vent même du projet, avec le Mistral Gagnant de Coeur de Pirate suivi d’une autre chanson venteuse, Dès que le vent soufflera, chanté par une dizaine de chanteurs.

Tout droit sorti des tiroirs d’Universal, l’album fait donc parti de ces nouveaux projets qui sous couvert d’hommage saccagent allégrement le répertoire d’un artiste en galère de droit d’auteur, et qui renflouent au passage les caisses des labels en faisant pas grand chose.

Après Jean Jacques Goldman, après France Gall et bien d’autres c’est donc autour de Renaud du subir le viol musical collectif de ses coreligionnaires, avec, nous dit on, l’aval de l’interprète original qui avale tout et n’importe quoi depuis longtemps. Aux commandes du bukake auditif : le père de Sinclair et un ex-musicien de Renaud reconverti en juré d’X Factor.

Au premier abord, le casting des assassins n’apparaît pas comme un flagrant délire. Le trio Renan Luce, Alexis HK et Benoit Doremus reprend Bande de jeunes, Bénabar nous fait La pêche à la ligne, Disiz laisse béton et Carla Bruni se demande C’est quand qu’on va où ?

Et c’est vrai d’ailleurs. C’est quand qu’on va où ?
C’est quand on arrête ses braquages en bande désorganisée des labels sur leurs ex gloires pour presser ses vieilles peaux jusqu’à ce qu’elles soient totalement desséchées ?
Quand est ce qu’on va arrêter de prendre les clients des labels pour des connards en leur réservant des soupes réchauffées au micro onde qui fini entre la vinaigrette 0% et une paquet de piles au fond d’un caddie ?
C’est qu’on va arrêter de vomir tantôt du régionalisme de bas étage et tantôt du nationalisme conservateur à base de curés, de marins, de chansons bretonnes et autres conneries ?
C’est qu’on va arrêter de pourrir la carrière d’un mec, allant jusqu’à servir une chanson révolutionnaire chantée par Nicola Sirkis, le plus conformiste des chanteurs engagés, le Cali des bites en fleurs, la version émo homo de Mylène Farmer ?

J’ai jamais aimé Renaud. Je n’ai jamais été touché ni par contre flow, ni par ses textes. Question de génération sans doute. Mais marketé et pousser la bankabelité d’un artiste engagé qui n’est plus en mesure de prendre la moindre décision tellement il est délabré par la vie, est non seulement un paradoxe mais une honte.

La Bande à Renaud ne rend pas hommage à Renaud. Elle renie ses combats, assassine son hérité et tout ce qu’il a été pendant ses 40 ans de carrière. Et je ne parle pas que de Carla Bruni, qui est, et de loin, parmi les plus engagée politiquement de tous les artistes présents et que j’ai souvent vu auprès de Renaud dans divers concerts de soutiens.

Mais que vient faire Nolwenn Leroy, l’égérie de la beaufitude absolue avec un bande rouge révolutionnaire sur la pochette de cet album ?
Est il vraiment possible qu’une personne normalement constituée se soit dit que la gonzesse à qui on a imposé de chanter des reprises bretonnes sous peine d’avorter sa carrière, qui a fait de la reprise une religion, du régionalisme et donc du replis sur soi une tradition, est il vraiment possible que quelqu’un ai une seconde réfléchit avant de lui coller une chanson sur cet album ?
Et je ne parle même pas de son texte changé afin de ne choquer personne. “Tuez vos dieux” dans la Ballade nord irlandaise se transforme en un beaucoup plus conforme “Oubliez vos dieux”.

Une banale façon de javeliser les les textes pour qu’ils ressortent plus blancs que blancs sur les enceintes de la ménagère de moins de cinquante ans qu’Universal imagine beaucoup trop conne pour comprendre ce qu’elle entend.

Passés le casting et le marketing, le disque se déroule et la bande fait débander. Et c’est une absolue catastrophe. Coeur de Pirate miaule Mistral Gagnant en faisant un tsunami perdu au milieu de mièvreries que Métronews a qualifié de titre de l’été…

Le plus navrant dans l’histoire reste que les initiateurs du projet nous font croire que Renaud a entièrement validé le projet. Sauf qu’ils oublient de dire que Renaud était encore en contrat pour 2 albums avec EMI et qu’il est passé avec le rachat chez Universal. Sans soute incapable d’honorer son contrat, les deux albums ont été transformés en ce pot vraiment pourri de reprises qu’on annonce avec une suite en cas de succès.

Alors si vous avez envie de rendre hommage à Renaud, faites des brocantes, offrez un vinyle à vos ados pour qu’ils écoutent ça entre deux MP3 de Fauve chourrés sur internet. Parce que comme le disait Benabar au Parisien :

Personne ne peut chanter mieux les chansons de Renaud que Renaud. Elles sont intimes.

Et il a raison Bénabar, parce que quand t’as écouté le défilé sans aucune chaleur humaine d’une heure, c’est vraiment l’amer qui prend l’homme…

Chronique diffusée le 31 juin 2014 sur Radio Néo

Virgin Radio : Eugene McGuinness

Bon alors aujourd’hui j’ai à la fois un mois de retard parce que le titre dont on va parler est sorti en mai, et en même temps quelques semaines d’avance par contre son album sort le 7 juillet.
Et puis autant prendre un peu d’avance vu que c’est la dernière fois que je viens ici. Enfin cette année, puisqu’avec un peu de chance à la rentrée je viendrais encore vous filer plein de bon son. C’était un message presque pas caché à notre direction.

Donc pour finir l’année je te présente Eugene McGuinness, qui n’a donc rien à voir avec la bière même si il est à moitié irlandais. Comme je te disais juste avant il va sortir Chroma son 4e album en juillet alors qu’il est tout jeune. Vraiment jeune puisqu’il a mon âge en fait. Pour te situer le mec, c’est un pote de Miles Kanes et des Arctic Monkeys. D’ailleurs il avait bosser sur le projet de Miles en 2012 la même année qu’il sortait Invitation to the voyage, son 3e album, qui l’époque avait fait pas mal parlé de puis.

Donc il est dans cette vague très rock, genre guitares très présentes et avec sa voix juste devant. C’est peut être pas hyper parlant quand j’en parle mais quand tu vas passer Godiva qui est le premier extrait de son album je pense que tu vas vite comprendre le lien de copinage entre cette la bande du rock british.

Et puis qu’on se quitte pendant quelques temps, j’en profite pour te donner 3 albums qui s’annoncent très bien cet été et que je te conseiller d’écouter à leur sortie, histoire de patienter : Thousand forms of fear de l’australienne Sia qui revient enfin seule le 8 juillet, Trouble in paradise de La Roux qui sort le jour de mon anniversaire le 15 juillet et The Voyager de Jenny Lewis le 29 juillet qui s’annonce comme bien bien cool !

Chronique diffusée le 29 juin 2014 sur Virgin Radio

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Beaffle #29 : Michael Jackson

Pas plus tard que demain, ça fera 5 ans qu’il m’a quitté. La première fois que je l’ai rencontré j’étais au collège.
HIStory était déjà sorti depuis quelques années. Je ne l’avais pas acheté. De toutes façons j’avais déjà acheté Dance Machine 7 et La Plus Grande Discothèque du Monde. Mais une copine m’a fait une cassette pour que j’écoute. J’étais en 6e.

L’année suivant j’enregistrais avec mon magnétoscope le clip de Blood on the dance floor. Perfection absolue : Cendres de Lune de Mylène Farmer du live à Bercy 97 suivant. Et J’ai peur de tout de Patricia Kaas et son clip avec l’homme au globe tatoué sur la tête suivant. J’ai du regarder cette cassette des centaines de fois.

Mais la première fois que je l’ai vraiment rencontré c’était à l’été 98. On n’avait pas encore gagné la Coupe du Monde. J’étais à Lons Le Saulnier. Heal the world sonnait l’heure du repas du midi, Earth song celui du soir. Pendant un mois il venait me voir. Deux fois par jours. Sans que je sache vraiment que c’était lui je crois.

Ces deux titres se seront associés à mes souvenirs de cet été 98, celui où j’ai eu mon premier amoureux, celui où j’ai fait ma première boom, celui où on a gagné la Coupe Du Monde. Et jusqu’à maintenant ils restent associés à ces musiques. Et puis j’ai appris à le découvrir. Je découvre Thriller à la fin l’aube du bug de l’an 2000. La sortie d’Invicible m’amène à écouter Dangerous, Bad et Off The Wall. Mes activités personnelles m’emmènent vers Ben et Music & Me.

Depuis il était là avec moi à chaque des grands moment de ma vie. Il m’a chanté Man in the mirror avec Stéphane, il m’a susurré Rock with you quand j’ai rencontré mon premier grand amour, il m’a consolé avec Little Susie quand Anne-Sophie est partie, il m’a dit You Are Not Alone après une rupture difficile et il m’a dit expliquer qu’il ne fallait jamais abandonner ses combats parce que They Don’t Care About Us.

Et puis il un jour… Un soir pour être exact. Je m’en rappelle parfaitement. J’étais dans un restaurant à côté du MK2 Bibliothèque pour le lancement d’un produit. Je reçois un SMS d’un ami qui me dit qu’il serait parti. Personne ne confirme l’information. Aucun tweet officiel, rien. J’en parle à Thomas qui m’a invité à la soirée. Judith aussi. Visiblement c’est une rumeur. Nous partons ensemble à la soirée et dans le taxi la nouvelle se confirme. Sans que j’ai eu l’occasion d’utiliser mes billets pour l’O2.

Je crois qu’il y a des moments comme ça où tu te rappelles très précisément les circonstances dans lesquelles t’as appris une nouvelle. J’en ai plusieurs comme ça. Des trucs très personnels et d’autres très marquants comme le 11 septembre ou ce 25 juin.

Finalement j’aurais jamais jamais touché sa main. J’aurais jamais croisé son retard. Il n’aura jamais chanté pour moi. Et maintenant qu’il n’est plus là… et bien rien n’a changé. J’écoute Beat It le matin et Black & White dans le métro. Le vendredi j’écoute Bad pour me donner du courage.

Michael ne me manque pas. Il est parti pour certains. Mais pour moi il est toujours là. Il me raconte toujours ce dont j’ai besoin. Il est là quand j’ai besoin d’une chanson. Et je sais qu’il sera toujours là. Et si un jour j’ai l’occasion de parler dans un poste ou d’écrire pour ses 10 ans de disparitions, ses 20 ou ses 30 ans, je suis sur que j’aurais encore plein d’histoire à vous raconter, que je pourrai encore étaler ma vie en l’associant avec ses titres. En attendant, ce soir dans ma salle de bain, je penserai un peu à lui, comme à cet ami imaginaire qu’on trimbale quand on est gosse. Et je serai un peu The Man In The Mirror.

Virgin Radio : Christine and the queens

Je suis venu te présenter une artiste que j’ai découvert y’a 3 ans aux Bars en Trans à Rennes.
Elle venait présenter un projet au fond d’un petit bar. Elle était tout seule sur scène avec une paire de ciseaux et son ordinateur.

Depuis son projet est sorti en EP sous le nom de Nuit 17 à 52 l’année dernière et son premier album vient d’arriver en même temps que l’été. Ça s’appelle Chaleur Humaine et pour faire simple et te spoiler la fin de ma chroniquer : c’est le meilleur truc que j’ai entendu depuis des années. Et pourtant ceux qui me lisent savent que je suis plutôt avare de compliments.

C’est musicalement très travaillé, exactement dans l’air du temps et ça s’inscrit dans des genres hypers populaires voir galvaudés même tout en les élevant à leurs meilleurs niveaux.
Tu es à la fois dans le rnb comme iT qui ouvre l’album et que franchement Rihanna n’aurait pas renié.
Parfois t’es dans la pop comme sur Ugly Pretty.
Parfois dans à la limite de l’electro comme avec Science fiction. Et puis souvent t’es au milieu de tout ça, comme dans une sorte d’ovni qui survole tout ça sans jamais se poser, à l’image du titre qu’on va écouter qui symbolise au mieux l’album.

Ça s’appelle Paradis perdus. Les plus âgés auront reconnu le titre de Christophe. Et c’est effectivement une reprise. Mais c’est en fait deux reprises parce que tu reconnaîtras aussi sûrement Heartless de Kanye West. Et tu sais quoi ? Dans ma vie j’en ai vu, j’en ai entendu, j’en ai subi des reprises. Je crois que c’est un des trucs les plus intelligents, les plus beaux et les plus subtils que j’ai eu la chance d’écouter. Comme dans tout l’album c’est un mélange entre une écriture en français très travaillée, des productions touchantes, souvent très douces et posées et des textes anglais qui t’enivrent, qui t’emportent.

Alors on va se laisser porter par Paradis perdus et j’invite vraiment tous les gens qui aiment les belles découvertes à écouter Christine and the Queens et son album Chaleur Humaine. C’est ma claque de la semaine et c’est définitivement ma claque de l’année.

Chronique diffusée le 22 juin 2014 sur Virgin Radio

Virgin Radio : Plug&Play

Alors aujourd’hui vraie découverte. La titre que je vais te faire écouter a été écouté 246 fois sur leur Soundcloud. C’est une bande de polonais qui vient de Lublin et qui s’appelle Plug&Play. Je ne les ai pas découvert totalement par hasard, parce qu’en réalité ils sont finalistes de l’Euromusic Contest où je suis jury et c’est un de mes deux groupes préférés. Pour ceux qui ne connaîtrait pas encore l’Euromusic Contest c’est genre comme l’Eurovision, sauf que t’écoutes pas les groupes juste pour te marrer mais parce que quand même c’est cool.

Alors autant de dire qu’un groupe qui vient du fin fond de la Pologne c’est pas facile d’en savoir plus sur eux. Je peux te dire que leur groupe a été créé en 2006 et qu’ils sont 5. Mais que des fois ils sont 3. Et des fois ils sont 4. Et que en fait ça dépend. Et aussi que leur dernier EP qui s’appelle Reisefieber, ce que Google a traduit ^par “nerf voyageur”, eh bien cet EP est sorti sur un label écossais.

Vive l’Europe donc, et en attendant d’avoir les résultats du gagnants de l’Euromusic Contest le 30 juin au Divan du Monde, d’ailleurs si tu veux venir c’est public, en attendant donc, et en attendant que j’arrête de faire des phrases aussi longues au point que j’en oublie le début, en attendant tout ça, on va écouter Sahara Beach, et être dans doute le première radio a faire bouger des corps sur cette musique !

Chronique diffusée le 15 juin 2014 sur Virgin Radio

Beaffle #28 : Yannick Noah

Pas plus tard que le mois dernier, Yannick Noah criait son dégoût du Front National au lendemain de élections municipales dans ce qu’on appelle trivialement une chanson. Histoire de bien passer pour un con il avait inviter dans clip Cali, le chanteur aussi perdu que ses causes. Et forcément, après le résultats des Européennes, et vu qu’il est en pleine promo de son album, Noah pouvait pas la fermer et explique sur BFM qu’il est déchiré et que ses amis l’appellent de l’étranger pour lui demander ce qu’il se passe en France. Tu sais ce genre d’ “amis” qui te disent les trucs qui justement t’as envie de raconter en société. Ce genre d’amis qui a répondu “CA” au bac philo à la question “Qu’est ce que l’audace ?” et qui a eu 20. Et puis il connaît bien l’étranger Yannick Noah puisqu’avec avoir traverser le monte avec sa raquette, il a posé pendant une dizaine d’années ses dreads en Suisse histoire de payer… moins cher les transports pour aller au ski. Bien sur. C’est d’ailleurs pour ces histoires de ski impayés que l’Etat français lui réclame un million d’euros depuis 15 ans. Mais bon si ça se trouve, il est juste pas organisé, genre comme moi, et il a perdu la facture. Tous comme les fiches de paye la nourrice de son fils…

Et c’est bien le problème de Yannick Noah et de ces artistes dit engagés qui soignent leur image plus que leurs idées. A force de frapper sur le Front National en ayant casseroles et hauts revenus, c’est confirmer leurs idées démagogiques qui consistes à faire croire que les nantis protègent les partis traditionnels. Que les chanteurs de variétoches continuent à faire des concerts pour les pauvres et les malades, même quand il n’y a pas de caméra. Qu’ils fassent des pubs pour les yaourts et les déos. Qu’ils prennent des centaines de milliers d’euros pour brailler dans les festivals. Mais qu’ils arrêtent de croire que la ménagère de moins de cinquante ans qu’ils arrivent à convaincre de bouffer du Bifidus Actif va changer de bord politique parce que le mec de Saga Africa a dit qu’il était, je cite hein, “plein de tristesse”. Surtout quand c’est pour dire le lendemain que Dieudonné le fait marrer. Je cite toujours là hein, c’était sur RTL hier matin.

Tu vois moi, je crois que l’engagement c’est exactement l’inverse. C’est pas faire des chansons et parler après une élections quand t’es en promo de ton album. C’est être présent au quotidien. C’est travailler sur de vrais projets. C’est pas gueuler ton dégoût de je sais pas quelle idée devant un parterre de bœufs déjà acquis à la cause. Et comme dirait Orelsan : essaye d’écrire de bonnes paroles avant de la prêcher !

Chronique diffusée le 3 juin 2014 sur Radio Néo

Beaffle #27 : Jenifer

Pas plus tard que le jour de mon retour en France, alors que j’étais péniblement en train de subir la température inférieure à celle du QI de Florent Pagny, je me connecte aux internets pour avoir des nouvelles aussi fraiches que le temps. Et que vois je ? Qu’ouie je ? Que subis je ?
Un album de reprises de NTM est en train d’être produit. Et je te le donne en un, parceque je te le donner en mille ça serait un peu ridicule : Jenifer va reprendre La Fièvre et sur l’album y’aura aussi Al.Hy, la refoulée de la Star Academy et de The Voice et Zaho. Roh je vois trop l’album, ça va être de la bombe bébé à base de STOPOPOPOPOP.

On arrête les conneries là. Sérieusement. Qu’on se branlotte l’esprit sur les Brigittes qui reprennent ma Benz pour lancer leur carrière passe encore. Mais l’apologie de la médiocrité atteint son point inception avec Jenifer. Une gonzesse déterrée d’une émission de télé réalité où on formerait des stars en leur faisant faire des reprises, qui juge dix ans après d’autres pecnos qui comme elles font des reprises à la téloche, qui sortent des albums dont les singles sont des reprises et qui sort elle même une compilation de massacres de France Gall qu’elle appelle hommage…

J’ai rien contre les reprises… Tous les tubes de Fugees sont des reprises, Cobain a sublimé The Man Who Sold The World au MTV Unplugged, Cindy Lauper n’était pas la première meuf à vouloir du fun, l’Hallelujah de Buckley était une la reprise d’une adaption et même le Mambo n°5 de Lou Bega n’était pas de lui.

Non, ce qui me gêne, presque autant de faire croire dans tous les chambres et tous les salons qu’il suffit de passer à la téloche pour devenir une star et qu’être une star est un accomplissement en soi, ce qui me gêne PRESQUE PLUS que ça, c’est utiliser le prétexte des hommages pour tomber dans la facilité des reprises. C’est prétendre comme Cyril Hanouna que les gens sont tellement cons qu’ils préfèrent entendre des chansons qu’ils connaissent plutôt que de découvrir d’autres choses, où pire une chanson des Pixies qu’il a avoué ne pas connaître, ou de Jimmi Hendrix. Je déconne là hein, il l’a vraiment dit.

Moi je pense que même si c’est vrai qu’on attrape pas des mouches avec du vinaigre, pour reprendre une expression de jeunes, ces émissions se doivent, enfin se devraient, de présenter la diversité musicale, quand bien même elle reste mainstream. Et même s’il faut sans doute du Lana Del Rey pour attirant la ménagère comme on dit, rien n’empêcherait les mecs de leur faire composer une chanson ou de les faire bosser sur des textes ou même.

Mais non. Alors Jenifer continue sa médiocrité et s’attaque cette fois à NTM. Il faut dire qu’au moins en reprenant les textes des autres, elle prend moins le risque de brailler les banalités habituelles de ses comptines pour vendre du soda. Qu’elle n’a d’ailleurs jamais écrites. Et jamais composé non plus.

Pour autant je ne crois pas que la création musicale soit morte ou se meurt. Elle continue, comme avant à prendre des chemins tortueux pour tenter d’exister. Sans être une star. Parce que même si c’est vrai que comme dit Didier Super les artistes si c’est pas des stars, c’est pas des vrais artistes, c’est la création qui est une fin en soi, et non les valeurs dont Jenifer se fait l’icone.

Comme si l’emballage était plus beau que le cadeau qui était dedans. Comme s’il était plus important de montrer à tout le monde qu’on a le plus gros et le plus beau cadeau sous le sapin, sans même savoir ce qu’il y a dedans. Et surtout en oubliant la valeur sentimentale et affective que le cadeau porte. Parce qu’un artiste, comme un cadeau, véhicule un message, une émotion, une pensée. C’est un acte profond et intime avant d’être un objet avec une valeur. Et nous, c’est ça qu’on veut retenir.

Chronique diffusée le 20 mai 2014 sur Radio Néo

Beaffle #26 : les catholiques

Pas plus tard que la semaine dernière, alors que j’étais tranquillement en train de préparer mes vacances, parce que je vous ai pas dit mais je pars en vacances demain, et je serai pas là pendant deux semaines, mais ça sera bien quand même, vous pourrez écouter.
Pendant que je préparais mes vacances donc, voila pas que je tombe sur une pétition dont la provenance n’est bien entendue pas spécifiée, et signée par un peu plus de 11 000 personnes.

Pour sa 9e édition, le groupe étiqueté catholique, reproche au Hellfest de faire venir des groupes satanistes comme Behemot, qui chante une parodie de l’Ave Maria qui répond au doux nom de Amen, insulte la Vierge Marie et simule une messe noire sur scène. Il reproche également la venue de Tsjuder ,qui devrait franchement être condamné pour nom à caractère imprononçable. Mais plus que leur nom pourri, ce qui choque notre petit groupe c’est qu’il récite dans une chanson, je cite hein, me crucifiez pas :

Je suis le guerrier satanique suprême. Mon épée vous clouera au sol. Vos entrailles sont la peinture sur mes murs. Votre chair est la nourriture de mes loups/Viol de la chrétienté (3 fois)/(exclamation obscène)

Bon ok, c’est pas très très gentil de violer des gens. Et c’est encore moins cool de violer un concept, parce que franchement c’est pas hyper hyper clair comme délire à visualiser.
Et finalement on en revient toujours au même débat du droit des artistes à la caricature, violente, outrancière ou grossière et leur droit d’expression. Je ne vais pas ré-exposer des nombreux arguments, on a pas parler de Dieudonné depuis 3 mois, c’est pas franchement le moment de le ressortir de son placard. Mais la conclusion de la pétition me choque particulièrement. Elle fait référence à la condamnation récente de quatre bretons pour avoir incendié des édifices religieux et dit :

“À force de s’exciter en paroles, on en vient aux actes. En mars 2009 les tribunaux de notre pays ont condamné un groupe de black metal”

Eh bien c’est faux parce que bien qu’ils signaient True Armorik Black Metal, on notera d’ailleurs c’est amusant d’avoir un nom anglais quand on défend des valeurs traditionnelles, eh bien le TABM n’était pas du tout un groupe musical mais simplement un groupuscule extrémiste anti religieux. Une partie minime de ce qu’est le mouvement métal dans le monde.

Parce que oui, y’a des tarés dans le métal. Mais y’a t’il plus que tarés qui écoutent le métal que des tarés qui écoutent du rap ou de la pop ? Les irréductibles demeurés du mouvement métalleux ne finalement que le pendant extrémiste du courant musical, tout comme les décérébrés de Civitas ne font qu’une infime partie des catholiques. Aucun des deux n’est représentatif de l’ensemble de ce qu’ils représentent, et ni l’un ni l’autre ne devraient être érigés en symbole ni par la population, ni par les médias.

Quant au fait qu’après les paroles viennent les actes, j’ai l’impression d’entendre appliqué à la musique le fameux “c’est la faute aux jeux vidéo”. Mais n’oubliez pas que tous ces gosses qui courent dans les rues, qui volent, qui agressent, qui incendient, tous ces gosses là, condamnées dans les tribunaux de France, ils ont été élevés. Et pour ceux qui en ont eu, ce sont bien leurs parents les premiers responsables de la connerie des envies. Ce sont bien les parents qui inculquent à leurs enfants les valeurs morales du bien vivre en société, le respect des autres ou des croyances. Et c’est ces mêmes parents qui doivent apprendre à leur enfant à respecter l’autre et lui faire comprendre que nos différences ne sont pas une tares, quand même bien on aie une couleur de peau différente, une religion différent, ou pire, qu’on écoute une musique différente.

Allez y au Hellfest les catholiques. Vous serez surpris. Moi j’y suis allé. L’ambiance y est particulièrement étonnante. Ca ne sent pas plus le vomi qu’aux Vieilles Charrues. Ca ne sent pas plus la drogue que dans le camping de n’importe quel festival. Et même mieux que ça : tous ces gens ont une même passion de la musique et un vrai respect des différents courants qu’elle a créé. Et figure toi que j’ai été profondément étonné du respect qui existe entre les gens. Les mêmes qui se défoncent la gueule contre le dos de leur voisin au premier rang de Slayer, tu les retrouve plus loin allongés dans l’herbe à côté d’une vieille qui écoute The Final Countdown en dansant. Leur passion pour leur musique fait que contrairement à tous les autres festivals que j’ai connu, et j’en ai connu, ils ne se barrent pas à la moitié d’un concert parce que le tube est passé. Ils sont là, ils vivent leur festival. Alors ouais, j’y vais vu des trucs bizarres, comme un mec qui simulaient deux crucifixions sur scène ou un autre qui vomissait. Mais assez étonnamment quand Lady Gaga vomit sur scène, pas un catholique n’élève la voix.

Le métal finalement, c’est un peu comme le catch. Une sorte de défouloir, qui fait marrer beaucoup de gens, qui en indiffère encore plus et qui en énerve certains. Alors qu’au fond, tout le monde sait que c’est surtout du spectacle.

Chronique diffusée le 29 avril 2014 sur Radio Néo dans Des dièses et des bémols