Si on devait mourir demain

Je vais mourir. Ouais. Enfin toi aussi rassure toi. Un jour. Forcément. C’est la vie, ça se termine comme ça. Je crois qu’on le sait tous mais qu’on ne le réalise pas bien. Pourtant, j’ai souvent été confronté à des morts tout au long de ma vie. L’annonce du décès d’un proche est un des souvenirs les plus anciens -et les plus marquants- que j’ai. Eh puis depuis j’en ai connu. Anne Sophie, Sandrine et tous mes potes photographes : Hughes, Lorene, Remi, Lucas, Dominique. Mais jusqu’ici c’était comme les accidents, les maladies et les gains du loto : réservé aux autres.

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C’est arrivé d’un coup : bah ouais, moi aussi je vais y passer. Pas vraiment un fait négatif. Pas positif non plus, faut pas déconner. J’ai simplement réalisé ça comme le jour où tu t’extasies devant la porte de ton frigo ou le bouton de ton ascenseur parce que t’as découvert un truc que t’avais jamais vu alors que tu le vois tous les jours depuis des années. Alors j’me suis demandé, comme Natasha et Pascal, qu’est ce que je ferais si on devait mourir demain ?

La question n’est pas si simple. D’ailleurs en fait elle ne parait pas simple du tout, même au premier abord.

1- Bouffer. Je me suis dit que j’avais envie de me refaire un putain de burger. Déjà parce que j’avais faim. Et parce que j’adore ça aussi. Après retest, mes trois préférés sont Five Guys (Londres), Burger & Fils (Paris), Lazy Ox Canteen (Los Angeles).

2- Aimer. J’ai réalisé que j’avais envie de voir tous les gens que j’aimais. Du coup j’ai passé l’été à faire des câlins (ouais c’est un peu gay) à tous mes potos, à payer quelques coups, quelques repas et à voyager pour aller voir ceux qui habitent un peu plus loin. Ils sont cools mes copains.

3- Ecrire. Je crois que j’ai toujours voulu laissé une petite trace avant de partir. Pas comme un truc à la craie sur le tarmac qui disparaît avec la pluie. Plus comme un joli graffiti qui va mourir avec le temps, l’usure et la pluie, avant d’être recouvert. Alors j’ai écrit. J’ai fini un ouvrage. Surement pas une grande oeuvre littéraire, et peut être même pas un truc intéressant à lire, mais cent mille signes sur moi, ma vie, mes expériences et mes réflexions qui à défaut d’intéresser le monde, pourra intéresser des gens qui m’ont été proches.

4- Résumer. Je me suis demandé ce que j’aimais le plus, pour l’avoir toujours à portée de moi. Mon 5×5 : 5 albums, 5 livres, 5 œuvres d’art, 5 objets et 5 films. J’ai trouvé.

Mes albums : Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (The Beatles), Horses (Patti Smith), Nevermind (Nirvana), Thriller (Michael Jackson), Kid A (Radiohead).
Mes livres : Peter Pan (Barrie), Une saison en enfer (Rimbaud), Manifeste du surréalisme (Breton), Œuvres poétiques (Verlaine), Zadig (Voltaire).
Mes œuvres : La persistance de la mémoire (Dali), Le Violon d’Ingres (Man Ray), The game of chess is a sport. A violent sport. (Duchamp), The Healer (Magritte), Convex and Concave (Escher).
Mes objets : ma statue en bronze de Peter Pan, moulage en résine d’un livre avec Voyelles de Rimbaud, baguette cassée d’un concert du Wigwam Squaw, recueils de mes lettres de l’hiver 2011, dessus d’oreiller chat.
Mes films : Métropolis (Lang), Sixième Sens (Shyamalan), Le Cabinet du docteur Caligari (Wiene), Shining (Kubrick), Requiem for a dream (Aronofsky).

En attendant tout ça, je suis pas hyper hyper pressé de mourir non plus, j’ai deux trois trucs à faire sur les prochaines années quand même. Mais j’me dis que j’ai fait le minimum, que j’ai rencontré des gens bien cools, que j’ai fait des choses que je n’aurais jamais imaginé faire (genre sortir un film au cinéma ou serrer la main de Patti Smith et de Tim Burton) et que je ne regrette pas grand chose. En tout cas je sais me comprendre et j’accepte les erreurs que j’ai pu faire. Ce fut long, mais bon, c’est déjà ça.

Et comme disait l’autre PD, vivons heureux en attendant la mort !

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Beaffle #29 : Michael Jackson

Pas plus tard que demain, ça fera 5 ans qu’il m’a quitté. La première fois que je l’ai rencontré j’étais au collège.
HIStory était déjà sorti depuis quelques années. Je ne l’avais pas acheté. De toutes façons j’avais déjà acheté Dance Machine 7 et La Plus Grande Discothèque du Monde. Mais une copine m’a fait une cassette pour que j’écoute. J’étais en 6e.

L’année suivant j’enregistrais avec mon magnétoscope le clip de Blood on the dance floor. Perfection absolue : Cendres de Lune de Mylène Farmer du live à Bercy 97 suivant. Et J’ai peur de tout de Patricia Kaas et son clip avec l’homme au globe tatoué sur la tête suivant. J’ai du regarder cette cassette des centaines de fois.

Mais la première fois que je l’ai vraiment rencontré c’était à l’été 98. On n’avait pas encore gagné la Coupe du Monde. J’étais à Lons Le Saulnier. Heal the world sonnait l’heure du repas du midi, Earth song celui du soir. Pendant un mois il venait me voir. Deux fois par jours. Sans que je sache vraiment que c’était lui je crois.

Ces deux titres se seront associés à mes souvenirs de cet été 98, celui où j’ai eu mon premier amoureux, celui où j’ai fait ma première boom, celui où on a gagné la Coupe Du Monde. Et jusqu’à maintenant ils restent associés à ces musiques. Et puis j’ai appris à le découvrir. Je découvre Thriller à la fin l’aube du bug de l’an 2000. La sortie d’Invicible m’amène à écouter Dangerous, Bad et Off The Wall. Mes activités personnelles m’emmènent vers Ben et Music & Me.

Depuis il était là avec moi à chaque des grands moment de ma vie. Il m’a chanté Man in the mirror avec Stéphane, il m’a susurré Rock with you quand j’ai rencontré mon premier grand amour, il m’a consolé avec Little Susie quand Anne-Sophie est partie, il m’a dit You Are Not Alone après une rupture difficile et il m’a dit expliquer qu’il ne fallait jamais abandonner ses combats parce que They Don’t Care About Us.

Et puis il un jour… Un soir pour être exact. Je m’en rappelle parfaitement. J’étais dans un restaurant à côté du MK2 Bibliothèque pour le lancement d’un produit. Je reçois un SMS d’un ami qui me dit qu’il serait parti. Personne ne confirme l’information. Aucun tweet officiel, rien. J’en parle à Thomas qui m’a invité à la soirée. Judith aussi. Visiblement c’est une rumeur. Nous partons ensemble à la soirée et dans le taxi la nouvelle se confirme. Sans que j’ai eu l’occasion d’utiliser mes billets pour l’O2.

Je crois qu’il y a des moments comme ça où tu te rappelles très précisément les circonstances dans lesquelles t’as appris une nouvelle. J’en ai plusieurs comme ça. Des trucs très personnels et d’autres très marquants comme le 11 septembre ou ce 25 juin.

Finalement j’aurais jamais jamais touché sa main. J’aurais jamais croisé son retard. Il n’aura jamais chanté pour moi. Et maintenant qu’il n’est plus là… et bien rien n’a changé. J’écoute Beat It le matin et Black & White dans le métro. Le vendredi j’écoute Bad pour me donner du courage.

Michael ne me manque pas. Il est parti pour certains. Mais pour moi il est toujours là. Il me raconte toujours ce dont j’ai besoin. Il est là quand j’ai besoin d’une chanson. Et je sais qu’il sera toujours là. Et si un jour j’ai l’occasion de parler dans un poste ou d’écrire pour ses 10 ans de disparitions, ses 20 ou ses 30 ans, je suis sur que j’aurais encore plein d’histoire à vous raconter, que je pourrai encore étaler ma vie en l’associant avec ses titres. En attendant, ce soir dans ma salle de bain, je penserai un peu à lui, comme à cet ami imaginaire qu’on trimbale quand on est gosse. Et je serai un peu The Man In The Mirror.

Michael Jackson, l’enfant qui ne voulait pas grandir

C’est le sous titre du roman de JM Barrie : the Boy Who Wouldn’t Grow Up. C’est bien entendu cette histoire d’enfant éternel qui fuit toutes ses responsabilités qui a poussé le roi de la pop à nommé sur ranch de 1100ha Neverland, qui vient d’être vendu pour 35M$, continuant à faire exister la célèbre pièce de 1904 dans la culture populaire.

Parce que finalement tout le monde a un lien avec Peter Pan dans son enfance et garde quelque part cette idée que contrairement au jeune garçon, il faut grandir, passer de l’état d’enfant à adulte pour devenir quelqu’un. En somme ce que disait Platon sur le « Devenir » (cf. Théétète) : l’homme cherche toujours à atteindre une étape supérieur, pour ne pas rester ce qu’il est et évoluer. Entrer dans le carcan social et grandir c’est changer pour atteindre l’état d' »Être ».

Ce désir de changement est finalement directement liée à ce qu’on a appelé le Syndrome de Peter Pan (puer aeternus) pour ceux qui refusent de grandir. Comme si certains, las d’atteindre l’état d' »Être » parce qu’il était trop dur avaient abandonner et refusaient tout changement. Pourquoi tenter un objectif qu’on sait ne pas pouvoir atteindre ? Ils pensent pouvoir rester comme ils sont, dans un endroit confortable et ne jamais en sortir, de peur d’être déçu ou agressé par l’inconnu dehors. C’est ce que Peter Pan tente d’enseigner à Wendy. C’est ce qui a poussé Michael Jackson a créé son Neverland.

A l’instar de Peter Pan, tout le monde connait Michael Jackson. Il est dit « personnalité la plus connue du monde ». Tout le monde a déjà entendu ses chansons, et vu sa vie dans les journaux. En créant Neverland, Bambi comme il se surnomme (en référence au film de Disney, qui a aussi adapté Peter Pan), voulait revivre son enfance. Enfance qu’il a physiquement connu, mais qu’il n’a jamais vraiment vécu du fait d’un père qui l’a souvent battu et qui mettait tous ses espoirs de carrière qu’il n’a pas eu dans ses enfants. N’ayant pas eu d’enfance heureuse, probablement que Jackson n’a pas vouloir « devenir » adulte, de peur de ne pas être heureux non plus. Alors il n’a pas chercher à l’être. Il est resté dans son monde, à la place qu’il souhaitait avoir. Et son statut social le lui a permis.

Est-ce qu’il grandira un jour ? Peu de chance… Il est désormais dans une vie et un confort qui semble lui plaire, sans contrainte. Pourquoi chercher chose ?