Tristesse pour tous

Familiphobie. Familiphobie… Ce mot m’a trotté dans la tête pendant des jours au point de me faire oublier la tristesse de revoir défiler La Manif Pour Tous. Quelqu’un aurait donc peur de la famille. Ou aurait une haine de la famille. Pourtant, chaque français, politicien ou non, de droite ou de gauche est, de fait, issu d’une famille et en fait partie.
Par familiphobie, il faudrait entendre la haine de la famille catholique traditionnelle, formée d’un homme et d’une femme qui se marient pour faire des enfants. Comme si la (ou les) religion avait une vision uniforme de ce qu’était une famille autour d’un mariage. Pourtant, il faut attendre 500 ans après la mort de Jésus de Nazareth pour voir apparaitre les notions de descendance, fidélité ainsi que le sacrement, et le XIIème siècle pour que le Vatican autorise les sourds et muets à se marier. Et encore quelques centaines d’années pour qu’il n’autorise plus le mariage avec des mineurs. Il n’y a que depuis la Révolution que la notion de mariage catholique semble figé. La société, selon laquelle l’évolution du mariage religieux était calée a quant à elle évolué. Les familles aussi. Elles se séparent, se recomposent, ajoutent des membres et ne sont plus figées. Et c’est refuser ces modèles qui est familiphobe.

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Il y a un an, les mêmes personnes, plus nombreuses, lançaient un mouvement qui marquera l’Histoire de France à n’en pas douter. On y entendra des gens associer homosexualité et anormalité ou faire l’amalgame avec la pédophilie ou mieux, la fin du monde. Ainsi, les bourreaux homophobes seront eux mêmes inventé une -phobie pour devenir des victimes. Comme si, être victime de quelque chose pouvait couvrir tout ce qu’on faisait et disait. Comme si « la France » était devenue familiphobe après avoir été antisémite, raciste, islamophobe, xenophobe, homophobe etc.

Je n’y crois pas. Moi je crois à cette France où l’on donne, pour des raisons d’audience jamais avouées, trop la parole à des gens qui ne la méritent pas, qui abusent de la liberté d’expression faire arroser des discours aussi haineux que minoritaires.

Parce que la devise nationale n’est pas qu’une maxime.

Je crois en la liberté. La liberté qui était marquée sur le portail de mon école. La liberté de penser, de croire, d’aimer, d’entreprendre, d’imaginer, de créer, de penser, d’apprendre, de posséder, de son corps, de savoir…
La liberté pour laquelle 150 000 français sont morts pendant la Révolution.
La liberté du 17 janvier 1975 pour que les femmes disposent de leur corps.
La liberté du 4 aout 1982 pour que les homosexuels vivent leurs amours.

Je crois l’égalité. L’égalité qui était gravée sur le fronton de ma mairie. L’égalité devant la justice, les salaires, les droits, les soins, l’éducation, les transports…
L’égalité pour laquelle 10 000 français ont été guillotinés.
L’égalité du 21 avril 1944 autorisant les femmes à voter, comme les hommes.
L’égalité du 17 mai 2013 autorisant les couples homosexuels à se marier, comme les hétérosexuels.

Je crois en la fraternité. La fraternité racontée dans le linteau de l’église. La fraternité entre les jeunes, les vieux, les arabes, les blancs, les chinois, les juifs, les protestants, les musulmans, les athées, les non définis, des engagés et ceux qui s’en foutent.
La fraternité obtenue après des millions de morts dans des dizaines de guerres.
La fraternité que tous les « pas classiques », qui se tiennent rarement la main, attendent depuis si longtemps.
La fraternité qu’une poignée d’irrésistibles bruyants médiatiques refusent d’accepter sous couvert de combats politiques et sociaux pour la régression, tels des soldats sans armée ou une nonne sans cause.

Peut-être est-ce le fond. Peut-être qu’installés dans leur confort occidental, certains français se voient pousser des ailes de révoltes lorsqu’ils voient le printemps arabes, la révolte Thaïlandaise, la Syrie ou l’Ukraine dans la journal de Jean-Pierre Pernault. Peut-être que ces quelques dizaines de milliers de manifestants qui se disent contre l’IVG, les homosexuels ou pour des causes perdues sont en manque d’engagement, tel un ado perdu dans sa chambre qui part faire le djihad. Et pourtant, nous en avons en France des causes à soutenir. Des pas marrantes. Des malades à visiter jusqu’aux SDF à soutenir.

Mais je continue à penser que quelques enragés télévisuels ne sont pas la France. Je continue à penser que 500 000 même 1 ou 2 millions de personnes qui rejoignent la Manif Pour Tous ne fait pas de la France un pays homophobe. Je continue à penser que quelques milliers de dieudonnistes qui manifestent aux côtés d’anti IVG intégristes et de musulmans convaincus ne fait pas de la France un pays antisémite. Je continue à penser que 18% bulletins de votants inscrit où il est écrit Front National représente 6,4 millions de votes et non 18% des français. Et je continue de penser que la France se fait une image d’elle même grandement travestit par les images que donnent ceux qui en vivent.
Désolé Maxime mais moi, je m’en fous pas de la France.

A gauche du fric

Peut-on être de gauche et avoir du fric ? On sait tous depuis la dernière campagne pour les présidentielles que oui. Est-ce que ça donne pour autant mauvaise conscience ? A en juger par le réponse abusif de Séoglène Royal, évidemment que non. Nouvelle preuver hier dans le JDD où 52 artistes lancent à appel au soutien de la loi Hadopi (accronyme d’un truc imprononçable) permettant la « riposte graduée » -livre blanc sur la défense oblige- sur les méchants téléchargeurs de musiques universaliennes.
Étienne Daho, Christophe Maé, Kery James, Sinik, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Stanislas, Raphaël, M Pokora, Keren Ann, Thomas Dutronc, Eddy Mitchell, Isabelle Boulay, Maxime Le Forestier, Martin Solveig, Marc Lavoine, Calogero, Gérard Darmon, Pascal Obispo, Jacob Devarrieux, Elie Seimoun, Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Rachid Taha, Bob Sinclar, Psy4delarime, Abd Al Malik, Anis, André Manoukian, Charles Aznavour, Alain Souchon, Mademoiselle K, Soprano, Arthur H, BB Brunes, Liane Foly, Emmanuelle Seigner, Ridan, Renan Luce, Zita Swoon, Johnny Hallyday, Empyr, Kenza Farah, Shine, Camaro, Diam’s, Renaud, Romane Cerda, Cali et la Grande Sophie… Parmi cette brochette, on retrouve bon nombre d’artistes « de gauche » qui prône LA Liberté, celle qui réunit toute les libertés individuelles et collectives, ces mêmes artistes qui hurlent à l’anti-sarkozysme en se délectant de caviar sur des yachts pendant des vacances payées grâces aux ristournes du paquet fiscales. Oui, ces mêmes artistes qui vivent du pognon dépensé par le public à travers les taxes sur la copie privée (tous supports confondus), la redevance télévisuelle, les concerts, les CD dont les ventes ne chutent pas plus que le mur de Berlin dans les années 70’s. Aujourd’hui ces artistes dont près d’un tiers dépassent les millions de revenus annuels se disent « inquiets, très inquiets » car « aujourd’hui, de bonnes âmes essaient de faire croire que la liberté de tout faire, donc de faire tout et n’importe quoi sur Internet est un droit de l’homme que rien ne saurait contrarier sauf à tomber dans une forme de dictature préhistorique. Eh bien non ! ».
Revolutionnaires certes, mais contre les autres seulement !