Ingrid Betancourt : Pasionaria de la liberté

Ingrid Betancourt est devenue en 6 ans l’icône de la paix, de la réconciliation et du consensus en France et à travers le monde. La preuve a encore été faite hier lors de l’annonce de sa libération. Les deux principales chaînes de télévision ont arrêté leur programmation normale, la plupart des autres médias audiovisuels ont diffusé le message de sa libération et le Président de la République a tenu à intervenir en fin de soirée. S’il fallait un évènement de rassemblement cette année, ce serait sans aucun doute ce retour à la vie d’Ingrid Betancourt et cette libération militarisée intervenue sans fausse note.
Depuis l’année dernière, la libération de la sénatrice franco-colombienne était devenue une cause nationale et consensuelle malgré le fait qu’elle était inconnue avant sa capture par la majorité des français. C’est un des paramètres qu’ont du prendre en compte les hauts autorités intervenant tour à tour auprès des FARC pour faire évoluer les négociations, obligés à chaque action -plus ou moins hasardeuse- de fournir des résultats concrets aux centaines de millions d’yeux rivés sur la jungle.

Mélanie Delloye-Betancourt
Mélanie Delloye-Betancourt, le 20 décembre 2007

Aujourd’hui tout est différent ! Oubliées les opérations pieds nickelés du gouvernement Villepin. Oubliées les tensions presque guerrières entre les pays de l’Amérique du Sud. Oubliée le rôle déterminant des Etats-Unis dans le combat contre les FARC. Le 2 juillet 2008, le monde a découvert que quand on se mobilisait, quand on y croyait, on pouvait faire changer les choses. Car c’est bien les actions médiatiques et répétées des comités de soutien et de la famille d’Ingrid qui ont permis le couplage avec des actions politiques dans les plus hautes sphères qui ont aboutit hier à la libération de la sénatrice verte. Quand l’espoir est animé, il peut vivre jusqu’à la victoire.

Betancourt : à la recherche d’un consensus

L’arrivée hier a Caracas des quatre otages libérés par les FARC n’a pas seulement été marquée par les embrassades avec les familles reconstituées. Deux des quatre otages ont déclaré que la sénatrice franco-colombienne Ingrid Betancourt, détenue comme eux depuis 6 ans, était « très très très malade ».

Dans un communiqué, Yolanda Puleccio, la mère d’Ingrid a demandé un « d’urgence un geste humanitaire » et de libération « immédiate » de sa fille. Après la réaction de François Fillon estimant que la vie de l’otage tenait à une « question de semaine », le président de la République a aussitôt lancer un appel en direction de Manuel Marulenda, le n°1 des FARC, en vue de la libération d’Ingrid : « C’est une question d’urgence humanitaire » a t’il déclaré avant d’affirmer qu’il irait la chercher « [lui]–même à la frontière entre le Venezuela et la Colombie si ça devait être une condition ». Il a enfin insisté sur la position de la France qui La « reste mobilisée jusqu’à la sortie du dernier otage, je m’y engage. Il faut qu’on arrive à faire libérer Ingrid Betancourt ».


Lorenzo et Mélanie Betancourt le 23 février 2008 (c) B.LEMAIRE

Après la vague de messages officiels, une conférence de presse s’est tenu au Lutetia se matin. Lorenzo, le fils d’Ingrid y est apparu tremblant, au bord des larmes : « On n’a plus le temps. Maman, l’être que j’ai de plus cher au monde est en train de mourir ». Il a ensuite appelé la communauté internationale à se mobiliser encore une fois « pour le bien de la liberté, pour la vie ».

Son père, Fabrice Delloye, ex-mari d’Ingrid, ne s’est pas montré plus optimiste : « Ingrid est en train de mourir. Elle est atteinte depuis longtemps d’une hépatite et chaque crise est plus dangereuse que les autres ». Il a également lancé un appel au nom de toutes les familles des otages «aux chefs d’Etat du monde entier à apporter leur soutien au président Alvaro Uribe pour qu’il accepte courageusement dans les plus brefs délais de discuter d’un accord humanitaire» avec la guérilla des FARC. L’appel a été relayé par l’ex-parlementaire et otage Consuelo Gonzalez, libérée en janvier, qui a fondu en larmes. «Président Uribe. Donnez-nous la main pour que mes compagnons retrouvent la vie», a-t-elle lancé.

Consuelo Gonzalez @ Rassemblement pour le 6e anniversaire de la détention d'Ingrid Betancourt
Consuelo Gonzalez le 24 février 2008 à Paris (c) B.LEMAIRE / WOSTOK

Clara Rojas bientôt libre

C’est désormais confirmé, Clara Rojas sera bientôt libre. L’assistante d’Ingrid Betancourt, détenue elle aussi depuis plus de cinq ans, a été libérée ce matin avec son fils Emmanuel, dont le père est un guerillo, ainsi que Consuelo Gonzalez, une parlementaire colombienne. Clara, ancienne avocate, était la directrice de campagne de la candidate écologiste. Elle avait été enlevée le 23 février 2002 par les FARC à 600km au sud de Bogota. En pied de nez au président Uribe, les FARC ont déclaré qu’il s’agissait d’un geste de reconnaissance envers les familles, le président Hugo Chavez et la sénatrice Piedad Corboda dont la mission de négociation avait été annulée en novembre dernier. Les trois otages devraient être remis au président vénézuélien ou à une personne de son choix. La présidence de la Colombie s’est quant à elle interrogé sur la véracité du communiqué qui date, selon elle, du 9 décembre. Peu après l’annonce de cette nouvelle, Yolanda Pulecio, la mère d’Ingrid Betancourt a demandé aux FARC de « prendre en compte le fait que [sa] fille souffre tellement ». Sur la même chaîne vénézuelienne, le fils de la franco-colombienne a souligné le rôle « très important » du Vénézuela.
Dans le même communiqué, les FARC interpellent cependant le président Uribe en jugeant « inacceptable » sa proposition d’échange de prisonniers guerillos et le groupe de 45 otages dont fait partie Ingrid Betancourt.

Ingrid est en vie !

C’est dans la nuit que les autorités colombiennes ont diffusé un document vidéo prouvant, après 2106 jours de détention par les FARC pour Ingrid Betancourt et Clara Rojas, que l’ex-candidate à la présidentielle colombienne est en vue. Selon cette même source, les documents seraient datés du 24 octobre et auraient été saisis lors de l’arrestation d’un commando FARC. Selon une source colombienne, les guérilleros avaient pour objectif de remettre ces preuves à la sénatrice vénézuelienne Piedad Cordob, facilitrice des négociations dont le travail a été récemment compliqué par la décision soudaine du président colombien Uribe de stopper la mission de médiation de son homologue vénézulien, Hugo Chavez. Cela faisait quatre ans qu’aucune preuve de vie n’avait été fournie par les FARC, mais malgré un certain soulagement de la famille, Ingrid apparaît tête baissé, enchaînée et très maigre.

Mise à jour : on apprend ce soir qu’une lettre de douze pages signée par Ingrid et destinée à sa mère était dans les documents saisis : « C’est une lettre d’une mère aussi qui nous adore, qui pense à nous. C’est une lettre d’une femme qui n’en peut plus » a déclaré ce soir Lorenzo Delloye, le fils d’Ingrid (photo)


Lorenzo Delloye-Betancourt en octobre dernier
Liens : Article du FICIB
Video sur YouTube

Une journée pour Ingrid Betancourt

A deux jours de la visite d’Hugo Chavez, le président de la République Bolivienne du Venezuela, les comités de soutien à Ingrid Betancourt se sont mobilisés hier. Après une marche au départ de la place des libertés du Trocadéro, un concert a été organisé en seulement douze jours- au Zénith de Paris. Contrairement à ce qui avait été annoncé, Piedad Cordoba, la sénatrice facilitatrice des négociations avec les FARC n’était pas présente. Le président Vénézuélien lui a en effet demandé de ne pas venir en France avant lui.


Hier soir au Zénith : Yolanda Pulecio -la mère d’Ingrid Betancourt- accompagnée de Mélanie et Lorenzo -les enfants d’Ingrid-

Plus d’une vingtaine d’artistes étaient donc réunis hier soir grâce au fidèle soutien de Renaud, parmis lesquels Michel Delpech, La Grande Sophie, Salvadore Adamo ou encore Renan Luce. Les ambassadeurs colombien et venezueliens avaient également fait le déplacement ainsi qu’une dizaine d’autres personnalités telles que l’ancienne otage Florence Aubenas, l’actrice Marisa Berenson ou la président de la Ligue Internationale des Droits de l’Homme, Souhayr Belhassen.

Renaud
Renaud hier soir à la conférence de presse

Michel Delpech
Michel Delpech interprétant « White is white »