Kheiron, (petit) prince du rire

J’ai toujours vu des spectacles exceptionnels à l’Européen. Je me rappelle encore la froide et terrible marche funèbre du piano de Soap&Skin et ses cris glaçants. Mais ce soir, c’est Kheiron et son micro qui sévissent sur la scène. Ils ne briseront pas ma règle.

kheiron

Kheiron c’est le mec de Bref. Pas LE mec de bref. L’autre. Bref. Issu du Jamel Comedy Club, Kheiron (c’est pas la première vanne du spectacle, c’est son vrai prénom), fait du stand up. Et il commence sur quelques blagues communautaires. Alors Kheiron serait il un cliché comme tous ces humoristes qui font les mêmes blagues sur les arabes et les cités ? Eh bien non.

En fait, Kheiron frôle toutes les ficelles faciles de l’humour actuel mais les évite au dernier moment. Pas question de faire une blague sur les habitudes des noirs ni de prendre un cliché du quotidien pour faire marrer son public varié tant dans l’âge que dans les différences apparentes (y’a des vieux, des arabes, des noirs et des pédés pour être clair). Il raille les gens qui arrivent en retard, interpelle une femme, puis un couple au hasard pour les faire se dévoiler. On sent que Kheiron a à coeur de partager et pas seulement de se produire devant les quelques centaines de spectateurs présents. Il enchaine, sans pause, sans aucun effet de mise en scène (à l’exception d’une chanson pour débuter et une pour finir) avec pour seul arme sa présence, son charisme et ses textes.

Peu à peu on ne sait plus si Kheiron est dans ses écrits ou s’il improvise. A la fin, il annoncera que chaque personne qui a laissé son e-mail sera invitée à vie à son spectacle et pourra le revoir pour comparer (Pendant Scriptum : Kheiron si tu me lis, j’ai oublié de mettre mon e-mail, fais pas ta pute, file moi une carte à vie. Merci.).
Et non seulement le spectacle devient rapidement drôle, malgré quelques facilités (sur Frederic Mitterand par exemple), mais surtout il est intelligent. Pas l’intelligence des mots d’un Desproges. Pas l’intelligence absurde d’un Dupontel. Pas l’intelligence grotesque d’un Coluche. L’intelligence de Kheiron. Celle d’un mec qui se livre pudiquement sur scène. Il commence le spectacle en parlant de la fausse couche de son ex femme au travers d’une blague horrible. Il reviendra par la suite sur ce début qui donne le ton en faisant réfléchir le public sur le fameux « peut on rire de tout ». Pourquoi une fausse couche serait elle plus ou moindre drôle qu’une blague sur les gros ?

En ça, il devient touchant et percutant. En somme, Kheiron montre son cul pour mieux cacher son coeur. Il rigole de tout pour ne pleurer de rien. Et si l’humour est un signe d’intelligence, Kheiron est un génie.

Réclame

Kheiron joue jusqu’au 4 janvier à l’Européen (grouille toi donc)