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Déjà vu

J’aime bien sortir un arrêt avant ou après ma station habituelle pour marcher, ou passer par une autre ligne. Pas seulement parce que j’aime changer mais aussi parce que j’ai la chance d’habiter un très joli quartier et de travailler sur la plus belle avenue du monde. Et les loyers étant bien plus chers que les abonnements aux transports en commun, c’est également plus rentable.
Ce soir là j’étais descendu à Gambetta. J’adore cette place qui vivote le soir, coincée entre le paisible Père-Lachaise et le tumultueux boulevard périphérique.

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En montant mes habituels escaliers, je réécoute Einstein On The Beach, dont le génie de la partition m’apparait beaucoup plus clair que sa lente mise en scène par Robert Wilson. Arrivé à côté de mon kiosque, je croise son regard. Il est adossé au kiosque comme s’il m’attendait depuis des heures. Caché derrière un nuage de fumée qu’il vient de rejeter, il me regarde fixement. Je l’interroge mais ses yeux ne répondent rien. Pourtant il n’est pas de ses regards perdus que l’on croise par inadvertance à qui l’on demande pardon pour le dérangement, mais bien de ces regards soutenus dont on peine à savoir ce qu’ils veulent dire. Comme ces gens qui te font parler jusqu’à ce que tu dises ce qu’ils veulent entendre.

Je lâche ses yeux pour l’inspecter de bas en haut. Il est grand, beau garçon, élégamment habillé depuis ses mocassins beiges faussement vintage jusqu’au col de sa chemise claire qui dépasse.
Il est troublant. Il n’a pas le regard interrogateur des gens qu’on croise et qu’on oublie le lendemain, ni de ceux qui viennent parler alors qu’on ne sait déjà plus qui ils sont, ni même s’ils ont déjà été. Ce n’est pas non plus celui de la personne qui cherche la confrontation ou l’attention. Il n’y a aucune animosité dans ces yeux là. Pas même la volonté d’un dialogue. Simplement celle d’une communication dont je n’arrive pas à distinguer le but.

Le reste de son visage est figé. Nul sourire. Juste des traits saillants qui entourent un visage se terminant par un menton plat au milieu duquel traine une fossette. C’est mignon. La légère pluie donne à son visage humide une apparence à la fois dure et profondément tendre. Il est un paradoxe à lui tout seul.

Pour prolonger l’instant je continue dans sa direction, pendant un mètre, évitant de partir avenue Gambetta où il se trouvera dans mon dos. A mesure que je m’approche, je vois ses yeux dans les miens. Il me regarde bien. Fixement. Lourdement. Je fais de même. Moins sur de moi. Je n’arrive pas à séparer son sombre regard mystérieux aux yeux clairs de son lumineux visage humide.

La scène a duré en tout et pour tout 5 secondes. Et pourtant sur tout le chemin, devenu plus long par la rue des Pyrénées, je ne peux m’empêcher de repenser à cette rencontre. Cette « espèce de » rencontre. Une sorte de coup de foudre visuel, sans amour ni amitié. Sans sentiment déterminé. Même s’il est de ces beautés imparfaites qui en font ma perfection c’est ce mystérieux échange de regards qui faisait de lui cette créature unique, presque irréel au milieu de la place.

Plusieurs semaines après l’évènement, alors que je n’y pensais plus guère, j’ai fait le rapprochement pour une raison totalement inconnue. Je m’en suis voulu de ne pas l’avoir reconnu même s’il avait beaucoup changé.
Ce garçon, je l’avais rencontré à l’occasion de ma première expérience professionnelle. On a souvent été amené à travaillé ensemble, au-delà des raisons qui nous avaient initialement liées. Il avait fait parti de ma vie pendant quelques temps avant de disparaitre dans les aléas de l’existence. On ne s’était jamais revus. Je ne sais pas s’il m’a reconnu ou s’il a eu une hésitation ou pire, la même amnésie décennale que moi.
Pourtant on avait partagé notre vie pendant quelques temps, et après avoir travaillé ensemble nous sommes devenus amis et il est vrai que je suis curieux de savoir ce qu’il est devenu, ce qu’il fait. Notre rencontre ne m’a jamais laissé indifférent et je ne sais pas si je l’ai vraiment oublié ou pas.

Ce garçon m’a reconnu, ou peut être pas.
Ce garçon se rappelle de moi ou peut être pas.
Mais ce garçon, c’était mon premier vrai amour.

Rêve éveillé

Ce matin j’ai pensé à lui. J’ai vu son sourire. je ne sais pas si je dormais ou pas. Je crois que j’étais dans cette phase où l’on est assez éveillé pour guider la pensée et assez endormir pour laisser son imagination rêver. Alors j’ai rêvé. Que je l’aimais et que lui aussi. Qu’on était ensemble et heureux. Mais même dans ce rêve on a été séparés avant même l’éveil, mon inconscient a décidé qu’il ne fallait pas que ça se passe. Peut être par morale. Ou simplement pour éviter de se faire du mal. Mais le soir, avant de laisser la place au travail du sommeil, je pense souvent à lui. Je ne crois pas qu’il me manque. Il était juste le vrai premier. Je crois quec ‘est ça sa place.Ni plus ni moins.

Je l’aime

Six moi sans nouvelles.
Enfin pas directement.
Je l’aime. Enfin pas comme ça.
Je l’aime pour de vrai. Comme un frère.
Peut être que lui aussi.
C’est pour ça qu’il m’appelait ?
Mais maintenant ?
Il me manque. Terriblement.
C’est un trou d’amour que j’ai en moi.
Et eux. Qu’est ce qu’ils croient ?
Ce sont eux les pervers. Des voyeurs.
Je t’aime.
Et apparemment…
pas toi.