Jacquou Le Croquant : Le dernier défi de Laurent

Deux mois avant la sortie de Jacquou le Croquant, retour sur la genèse de ce film événement, très attendu par les fans de Mylène. Révélations, anecdotes et résumé détaillé de ce tournage épique.

Texte Benjamin Lemaire

Le 8 octobre 1994, dans l’émission Écran Total, alors qu’il est en promotion pour Giorgino, Laurent Boutonnat déclare : « Je sais que j’avais envie de neige, de vent, de forêt, de loups. » On savait aussi Laurent fasciné par l’enfance, thème que l’on retrouve bien sûr dans Giorgino mais aussi dans La Ballade de la féconductrice ainsi que dans bon nombre de ses clips. Plus de dix ans après l’échec commercial de Giorgino, ce n’est finalement qu’une demie surprise de retrouver le maître aux commandes de Jacquou Le Croquant, adaptation cinématographique du roman épique d’Eugène Le Roy, déjà adapté pour la télévision par Stellio Lorenzi en 1969 sous forme d’une série de 6 épisodes de 90 minutes. Après Giorgino, certains pensaient que Laurent mettrait entièrement de côté sa carrière cinématographique au profit de la musique, mais c’est finalement avec l’appui de Pathé et de TF1 qu’il se retrouve aux commandes d’un film budgété à 20,3 M€, alors qu’un film français moyen se fait avec 4 ou 5 M€. Avec de tels moyens, Boutonnat n’a pas le droit à l’erreur : l’épreuve est de taille à plaire à l’artiste !

UN PROJET FOU
Comme tous les grands projets, c’est presque par hasard que Boutonnat s’attache au projet de Jacquou Le Croquant, alors qu’il planche sur un projet de thriller historique (sur le médecin nazi Mengele) qui se tournerait en Uruguay. Il reçoit une amie et son fils qui a emporté dans ses affaires les cassettes de la série populaire de Lorenzi. Rapidement, Laurent se plonge dans le roman et y retrouve des thèmes qui sont récurrents dans ses clips, mais aussi dans Giorgino : l’amour blessé, la nature, l’enfance, la neige… C’est décidé, Jacquou remplacera Mengele ! Laurent se met alors à plancher sur l’adaptation, chose peu aisée : « Notre premier travail, avec Franck Moisnard, a été d’éliminer, de réduire… Car si on avait adapté le livre tel quel, le film aurait fait plus de 8 heures ! (…) On a gardé que ce qui nous paraissait le plus excitant, et le plus cinématographique. On a fondu plusieurs scènes ensemble, on en a inventé d’autres, on a cristallisé plusieurs personnages dans un seul, on en a imaginé d’autres » (dossier de presse). Coutumier du genre, Boutonnat s’attaque une fois de plus à un projet fort en émotions et riche en symboles, mais aussi très lourd au niveau de la mise en scène et de la production – tourner avec des enfants est particulièrement compliqué et réglementé en France. Le film est co-produit par Pathé Renn Production (et notamment par Romain Le Grand, déjà producteur des Choristes), Heathcliff (la société de production de Laurent co-productrice de Giorgino), Square Productions International et Copro Median.
Comme pour la plupart des films à gros budget, le choix de l’équipe technique est important. Connaissant la précision et le côté perfectionniste de Laurent, il n’est pas étonnant que Mylène Farmer lui ait conseillé Olivier Cocaul pour s’occuper de la photographie, qui, même s’il n’en est qu’à son troisième long-métrage, a déjà plus de 160 spots publicitaires et clips à son actif. Il n’est pas non plus anodin de trouver des personnes plus que reconnues aux postes artistiques-clés : Jean-Daniel Vuillermoz aux costumes (César des meilleurs costumes en 2000 pour Saint-Cyr), Christian Marti aux décors (nominé au César des meilleurs décors pour Le Hussard sur le toit) et Jean-Max Guérin à la coiffure (ancien coiffeur personnel de Romy Schneider, Oliver Twist, Le Pacte des loups…). Mais comme à son habitude, et probablement afin d’éviter les fuites autour de son projet, Laurent s’entoure également de gens qu’il connaît. On retrouve à la direction de production Francis Barrois (régisseur sur Giorgino et sur le Mylènium Tour), au maquillage Benoît Lestang (le réalisateur de « QI » avait déjà travaillé sur Giorgino lui aussi) et Didier Lavergne (ancien maquilleur personnel de Coluche, Oliver Twist, Le Pacte des loups, Giorgino), Mario Luraschi, qui assure les cascades à cheval ainsi que les scènes de combats avec la société Cavalcade (comme sur Giorgino), Nicolas Trembasiewicz (monteur du Live à Bercy et du Mylènium Tour) qui conseillera Stan Collet au montage, et pour finir Dominique Boutonnat, qui assure la production exécutive et n’en veut visiblement pas à son grand frère Laurent de l’avoir fait mourir électrocuté dans une baignoire quand il était enfant sur La Ballade de la féconductrice ! Concernant la distribution, Laurent confie le rôle du père courageux de Jacquou à son vieux compère Albert Dupontel, auquel il avait offert son premier rôle au cinéma dans Giorgino. Et pour les enfants, on pioche encore parmi les proches, comme pour les rôles de Lina enfant (Clémence Gautier, la nièce de Mylène Farmer), la petite blonde (Lisa Gautier, autre nièce de la chanteuse) ou encore le petit brun (Elliott Marti, fils du chef décorateur).
Parallèlement, en décembre 2003, commence un casting national, orchestré par Françoise Menidrey, pour dénicher notamment le jeune Jacquou. Près de 500 enfants sont vus à Paris et en province et Léo retient vite l’attention de Boutonnat : « Il était timide et se cachait derrière ses cheveux longs, mais quand il était face caméra, il se passait un truc magique. » (dossier de presse). En avril 2004, Sud Ouest annonce publiquement le tournage de Jacquou Le Croquant en Dordogne au deuxième semestre 2005, pour une sortie au printemps 2006. En novembre 2004, alors que les répétitions des enfants ont commencé depuis quelque temps, le même Sud Ouest annonce un budget de 25 M€ et notamment le nom de l’acteur qui jouera Jacquou adulte : Gaspard Ulliel, tout juste auréolé du César du meilleur espoir masculin pour Un long dimanche de fiançailles. Au départ, Ulliel n’est pas chaud : « Je sortais du film de Jean-Pierre Jeunet, Un long dimanche de fiançailles, et je n’étais pas sûr de vouloir enchaîner avec un autre film populaire à grand spectacle » (dossier de presse). Finalement, la conviction de Laurent l’emporte et Gaspard se lance à corps perdu dans la préparation de ce rôle très physique : gymnastique, course, cours de danse, répétitions des combats…
À l’affiche également, du beau monde : Tcheky Karyo (prix Jean Gabin 1986, Nikita, Blueberry), Marie-Josée Croze (prix de la meilleure actrice à Cannes pour Les Invasions Barbares, Ne le dis à personne), mais aussi Malik Zidi (Le Grand Meaulnes), Gérald Thomassin (César du meilleur espoir masculin en 1990 pour Le Petit Criminel), Olivier Gourmet (révélé dans La Promesse des frères Dardenne en 1996), Dora Doll (L’Enfer, Je vous trouve très beau) et Jocelyn Quivrin (L’Empire des loups, L’Outremangeur). Pour le rôle de Nansac, Quivrin prendra 15 ans, à raison de 3 heures de maquillage par jour. Sud Ouest annonce également, en plus d’une sortie prévue pour le premier trimestre 2006, que le tournage pourrait avoir lieu en France ou en Roumanie, du fait du prix de la main-d’œuvre. Effectivement, l’information évoquée quelques mois auparavant dans les couloirs du Conseil Général de Dordogne se confirme : le département et la région n’ayant pas débloqué assez d’argent, le tournage n’aura lieu que partiellement dans le Périgord.

UN TOURNAGE ÉPIQUE
Les premières répétitions commencent à la fin de l’année 2004. Elles s’enchaîneront pendant plusieurs semaines, notamment pour Léo Legrand et les autres enfants, jusqu’au mois de février 2005, date du scénario définitif signé Franck Moisnard et Laurent Boutonnat. Fin février, l’équipe s’installe au Hilton de Bucarest en Roumanie – dans lequel on peut croiser l’équipe de Je vous trouve très beau, la comédie d’Isabelle Mergault qui connaîtra le succès que l’on sait – pour tourner dans les studios Mediapro Pictures de Buftea, une petite ville de la province d’Ilfov à 20 km au nord de Bucarest. Après la semaine de pré-tournage, un mois s’écoule avant les vrais débuts en mars. De retour à Bucarest, l’équipe permanente s’installe dans le Centre Ville Aparthotel ainsi qu’au Hilton, alors que les techniciens et comédiens qui restent temporairement sont logés à l’Howard Johnson. Initialement, le tournage est censé durer jusqu’au 22 juillet 2005 en Roumanie.
Les studios n’étant cependant pas un lieu providentiel pour les forêts et les grands espaces naturels, c’est dans une véritable forêt que l’équipe va tourner une partie des scènes, au beau milieu de l’hiver roumain ! Amoureux de neige et de grands espaces, Boutonnat complexifie et durcit le tournage, et la fatigue s’installe rapidement chez les « permanents ». Le plan de travail étant un véritable casse-tête pour l’équipe de mise en scène, chaque imprévu est source de bouleversement. Le tournage prend rapidement du retard et certaines scènes doivent être simplifiées, voire annulées. Malgré ces retards, de petits moments drôles subsistent, comme la plupart des scènes qui mettent en scène des animaux : les cochons censés être hargneux qui étaient tout gentils ou encore ce mignon petit écureuil qui refusait de venir grignoter dans l’écuelle de Jacquou !
« Aucune photo ni vidéo n’est autorisée sur le tournage – merci de votre compréhension. » Ce message traduit en trois langues, présent sur toutes les feuilles de service, est clair : aucune information ne doit sortir des studios ! Pourtant, peu de monde aurait le temps d’aller bavasser, tant la tâche est grande ! À Buftea, c’est un village complet, le « Complexe village » qui est reconstitué tout en polystyrène et en plastique. Pourquoi reconstituer des décors du Périgord en Roumanie ? « Nous avons construit les décors à hauteur de 80 % ! Cela peut paraître beaucoup quand on sait les nombreuses ressources architecturales du Périgord. Mais le problème des décors d’époque, notamment en Dordogne, c’est qu’ils ont aujourd’hui tous été restaurés. Tout est presque trop beau », répond Christian Marti, le décorateur (dossier de presse). La réplique est parfaite : de la terre, de vieilles maisons en bois, un cimetière et enfin une église, parfaite reproduction du bel édifice de Rouffignac (Dordogne), qui trône sur la place du village, siège de la spectaculaire scène du bal que l’on découvrira en France le 11 juin 2006 dans « La Semaine du Cinéma » sur Canal+. Sur Sarabande de Haendel, on visionne un ballet de séquences majestueuses, orchestrée par un Laurent calme et serein. Contrairement à ce qu’on a souvent dit de lui, pendant tout le tournage, et notamment avec les enfants, Laurent est toujours resté très posé, malgré son investissement à tous les postes. La plupart des acteurs conservent le souvenir d’un Boutonnat déterminé, serein et sachant parfaitement résister à la pression. La palme de l’enthousiasme revient à Jocelyn Quivrin : « Une sorte de fou optimistique (ndlr : ah, un fan ?) ! C’est le calme avant la tempête. Il impose un rythme assez surréaliste de tourner avec 3 caméras en même temps, avec des ralentis, des zooms, des tas de trucs – techniquement, il est quand même très pointu – qui font que tout le monde est un peu paumé. Et pourtant les gens lui font confiance, tout le monde rentre dans son énergie, va dans le sens du film. » (dossier de presse)
Comme pour Giorgino et pour ses clips, c’est Laurent lui-même qui manie la caméra. Sur place, en plus des 200 techniciens présents en continue, on dénombre chaque jour près de 300 personnes qui s’activent dans les immenses studios. Pour les scènes les plus conséquentes comme celle du bal, qui compte 130 figurants, près de 400 repas sont préparés. C’est donc aussi 400 personnes à faire venir sur le plateau, avec chaque jour plus de 25 chauffeurs de production, transports auxquels viennent s’ajouter les arrivées à l’aéroport des comédiens, des techniciens, des producteurs où des visites moins attendues, comme celle d’Alice Taglioni (compagne de Jocelyn Quivrin), de la famille Boutonnat au complet ou encore de Mylène Farmer, venue à plusieurs reprises en Roumanie.
Mi-juillet 2005 : c’est le retour en France et notamment en Dordogne – dont le Conseil général a débloqué 100 000 € pour attirer le tournage en plus de l’aide logistique –, lieu du château de l’Herm et véritable endroit où se déroule l’histoire. « Jacquou est le personnage emblématique du département. C’est une légende qui a peut-être même vécu pour certaines personnes » déclare Nicolas Platon, responsable de la communication au Conseil général de la Dordogne. Sept lieux sont investis pendant cinq semaines par l’équipe de tournage afin de finaliser le film :
– Saint Génies : décors de certaines scènes importantes du film
– Sarlat : ville médiévale souvent utilisée pour les extérieurs du film
– Périgueux : la cathédrale Saint-Front a été filmée et la toiture a été remplacée par celle de l’époque au montage
– Besse : l’église est le lieu où Jacquou est recueilli par le curé Bonal et où il officiera en tant qu’enfant de chœur
– Beynac : ville dont le château a servi à plusieurs extérieurs
– Monpazier : Laurent y a tourné plusieurs scènes du Château de Nansac dans le Château de Biron (celui de L’Herm étant actuellement en ruines)
– Terrasson : le pont a été utilisé afin de reproduire celui de Périgueux

L’APRÈS TOURNAGE
C’est finalement à la toute fin du mois d’août 2005 que s’achève la majeure partie du tournage. C’est dans une petite ferme de Fontaine-Chaalis (Oise), endroit qui avait servi pour les répétitions des cascades et des combats orchestrés par Mario Luraschi, à environ 2 heures du matin, que Laurent lance un solennel « Coupez ! » Après quelques regards échangés, on entend : « C’était la dernière scène d’Elliott Valence », puis il en est de même pour Vincent Valladon et enfin pour Léo Legrand, le petit Jacquou. Les applaudissements de l’équipe accompagnent les larmes qui coulent sur certains visages. Puis c’est le départ, un retour à la réalité pour des enfants, et notamment pour le jeune Léo Legrand (voir notre interview), alors âgé de 9 ans, après 8 mois intenses de tournage. Un départ vers des vacances méritées, qui sera suivi quelque trois semaines après par l’ensemble de l’équipe technique et artistique.
C’est en effet seulement le mardi 27 septembre que le tournage de Jacquou s’achève définitivement, dans l’ambiance festive d’un restaurant du sixième arrondissement de Paris : le K Saint-Germain. Dans une ambiance pub, toute l’équipe, ainsi que Mylène Farmer, fêtent la fin de cette dure épreuve. À cette date, on sait la musique déjà composée par Laurent – éditée par Calliphora, une autre société de Laurent qui avait pris en charge l’album éponyme de Nathalie Cardone – et le film prévu pour octobre 2006. Désormais c’est au compte-gouttes que les informations et les images concernant le film vont être diffusées. La première photo arrive en novembre sur le site Internet Allociné : on y découvre Gaspard Ulliel en costume de Jacquou qui semble être à la tête d’un groupe de paysans armés. Le 29 décembre, c’est au tour de TF1, partenaire télé qui a acheté les droits pour deux diffusions en soirées en plus de l’exploitation DVD d’ores et déjà prévue, de montrer les premières images du film. On y découvre le tournage ainsi que des images fortes, sombres mais contrastées : Boutonnat est de retour. On peut y entendre la voix de Léo Legrand : « Mon père est mort au bagne et ma mère est morte de chagrin le jour même. C’est moi qui ai mis le feu à la forêt du comte de Nansac. J’ai même tué ses chiens ! Et s’il y avait un dieu, il aurait mieux fait de me laisser mourir ! ». Le journaliste l’annonce comme « l’un des films français les plus attendus de 2006 ». Cependant, on apprend rapidement que ce n’est plus pour 2006 mais début 2007 que le film est prévu. La raison officielle ? La sortie de World Trade Center, le blockbuster d’Oliver Stone en septembre. Certains bruits chez Pathé font pourtant état de manque de moyens financiers suite aux incidents et aux retards sur le tournage.
Le 27 mars 2006, c’est au tour de Canal+ de présenter une mini bande-annonce un peu plus longue que celle de TF1, où l’on découvre les thèmes majeurs de l’histoire. Quelques jours après, Jean-Pierre Lavoignat, ancien directeur de la rédaction de Studio qui avait passé une journée en Roumanie, publie un dossier de 8 pages sur le film, accompagné de nombreuses photos. Aucune révélation majeure, seules quelques vagues informations et des images pour la plupart déjà vues dans les vidéos télé. Le mois de mai arrive et avec lui les premiers retards majeurs se font ressentir : la post-synchronisation (réenregistrement des voix) n’aura plus lieu en mai mais fin juin. Elle sera finalement décalée en août aux Auditoriums de Boulogne-Billancourt en utilisant le nouveau système américain : ADR. Il faut attendre la rentrée 2006 (date initiale de la sortie !) pour obtenir de nouvelles informations. Le Monde de l’éducation publie un dossier pédagogique dans ses pages à destination des enseignants, le but étant d’inciter les classes à travailler autour du film, et donc de le visionner. On y découvre notamment l’affiche du film : une affiche « à l’américaine » faisant mention des principales têtes d’affiches du film. Cette fois la promotion est lancée. Dans la foulée, Allociné propose dès octobre le premier teaser du film : le montage est rapide, la musique envoûtante, les images sont belles. « Il s’agit d’un Jacquou Le Croquant revisité, il ne faut pas être puriste dans la matière en étant en 2006. L’histoire semble fidèlement reprise malgré quelques ajouts. Mais il paraît beaucoup plus percutant que la série de Stellio Lorenzi », précise Nicolas Platon. Tout cela donne furieusement envie… Pourtant, à l’heure où nous bouclons (mi-novembre)… le film n’est toujours pas complètement terminé en encore en post-synchronisation pour certaines scènes. Et Laurent de conclure : « (…) je suis un peu maniaque, le travail n’est jamais fini. On pourrait ne jamais terminer. En fait, un film, ça ne se finit pas, ça s’abandonne ! » (dossier de presse). Rendez-vous le 17 janvier 2007…

ENCADRE
Fiche technique
Jacquou le Croquant
Sortie 17 janvier 2007
Durée : 2h35
Jacquou 24 ans Gaspard Ulliel
Jacquou 9 ans Léo Legrand
Le Touffu 25 ans Malik Zidi
Le Touffu 10 ans Vincent Valladon
Le Bigleux 25 ans Gérald Thomassin
Le Bigleux 10 ans Elliott Valence
Comte de Nansac Jocelyn Quivrin
Le Curé Bonal Olivier Gourmet
La mère de Jacquou Marie-Josée Croze
Le père de Jacquou Albert Dupontel
Lina 23 ans Judith Davis
Le chevalier Tcheky Karyo
Fantille Dora Doll
Lina 8 ans Clémence Gautier
La Galiote Bojana Panic
La Bertille Sissi Duparc

Réalisateur Laurent Boutonnat
Scénario Laurent Boutonnat et Franck Moisnard
Compositeur Laurent Boutonnat
Producteurs Jean-Claude Fleury, Romain Le Grand, Richard Pezet
Producteur exécutif Dominique Boutonnat
Directrice de casting Françoise Menidray
Chef opérateur Olivier Cocaul
Chef décorateur Christian Marti
Chef costumier Jean-Daniel Vuillermoz
Chef maquilleur Didier Lavergne
Chef coiffeur Jean-Max Guérin
Monteur Stan Collet

Interview – Eric Damain
L’ancien comédien reconverti enfant dans la chanson puis maintenant producteur de spectacle fut le célèbre Jacquou de la série de Stellio Lorenzi

Comment êtes vous arrivé sur la série ?
Tout a fait par hasard. Je n’avais jamais émis le souhaite d’être acteur et mes parents n’étaient pas dans le métier. Mon père lisait l’Humanité et a vu une annonce qu’avait passé le réalisateur, qui s’appelait Stellio Lorenzi et il a envoyé ma photo. On a reçu un téléphone, car on avait pas le télégramme nous demandant de venir dans le 19e à l’ORT.

Vous aviez la télévision à l’époque ?
Je crois qu’on l’a acheté pour la sortie du film. Le film s’est tourné de début 67 jusqu’à aout 67 et ensuite le temps du montage et de la programmation il a été diffusé en novembre 69.

Quelles ont été les suites de Jacquou ?
J’eu eu plein de propositions. J’ai tourné avec Gabin, j’ai fais Le Petit Prince, j’ai fais aussi des feuilletons radiophoniques, j’ai enregistré Le Petit Prince en disque, j’ai aussi tourné une série aussi

Interview – Léo Legrand
Le jeune acteur de Jacquou le Croquant
Voilà une lourde charge qui pèse sur les épaules d’un petit bonhomme… Léo Legrand, 11 ans interprète le rôle de Jacquou enfant, aux côtés de Gaspard Ulliel. Il revient pour nous sur le tournage.

Comment tu es arrivé sur Jacquou ?
J’ai fait le casting, comme d’habitude ! Après ils m’ont rappelés, ils m’ont re-rappelé trois ou quatre fois et voilà !

Tu as su que tu étais pris longtemps après le début du casting ?
Oui, assez longtemps. D’ailleurs je me souviens parfaitement, j’étais en bas en train de jouer au ballon. Ma mère était en haut dans la chambre de ma sœur qui était avant sa chambre. Elle a reçu un coup de fil de Françoise Menidray comme quoi « Jacquou », je le faisais.

Combien de temps a duré le tournage ?
51 jours. 56 avec les jours supplémentaires.

Le tournage a donc duré 3 mois ?
(il acquiesce) Enfin trois, quatre, oui cinq.
(rires)
Valérie (la maman) : Tu as commencé au mois de février et tu as fini au mois de septembre. Donc ça fait plutôt 8 mois.
Léo : Ouais mais j’ai pas tourné tous les jours !

Tu as compris toute l’histoire dès le début ?
Dès le début ? Non. J’ai du le relire… D’ailleurs j’ai relu les notes de ma mère. Elle me faisait des résumés. Après j’ai relu le scénario entier. Je l’ai relu plusieurs fois parce qu’il y avait des choses difficiles à comprendre mais après j’ai tout compris.

N’était-ce pas dur d’appendre le scénario par cœur, comme à l’école ?
C’est-à-dire qu’une leçon d’école c’est petit. Il y a une grosse différence de lecture. Lire un scénario c’est plus du plaisir, apprendre une leçon c’est par cœur. Après, disons qu’il faut savoir gérer quoi, même si j’ai arrêté l’école pendant le tournage évidemment. Je pense qu’il ne faut pas faire que ça non plus. Tu l’apprends de temps en temps et puis si tu ne connais pas la scène avant de le tourner tu l’apprends.

Tu as quitté l’école pendant 4 mois ? C’était dur ?
(il marque un temps). Non (rires) Au contraire.

Et Laurent ? Tu connaissais son travail ?
Ah non pas du tout. Je me souviens, je l’avais vu sur une boite d’un single d’Alizée. J’ai juste vu son nom comme ça, juste avant de le connaître. Parce que ma sœur achetais les CD’s d’Alizée et donc j’ai vu son nom comme ça : Laurent Boutonnat, Mylène Farmer… Enfin ils avaient un lien avec Mylène Farmer. Elle avait je ne sais plus quel rôle.

Comment s’est passé le travail avec Laurent ?
Super ! Il était sympa. Je le voyais sur le tournage ; souvent sur le tournage. En dehors je ne le voyais pas beaucoup. Il était dans sa chambre, il regardait les rushes.

Sur le tournage c’est lui qui t’expliquait ce qu’il fallait faire ?
Oui, ce qu’il fallait faire, ce qu’il fallait ne pas faire aussi. J’aimais bien proposer mes propres idées, après s’il n’aimait pas je faisais ses idées.

Sur le tournage tu proposais tes idées ?
Oui. Je disais : « C’est pas mieux de faire comme ça. » Alors il me disait « Bah si ! » ou alors « Non, je préfère… ».

En Roumanie tu étais logé comment ?
Pendant les 5 jours de pré tournage j’étais au Hilton et après je suis allé dans le Centre Ville Aparthotel

C’était mieux que le Hilton ?
Ouais ! Parce que le Hilton c’est petit. La chambre est petite alors qu’à l’Aparthotel c’est plus grand.
Valérie : Disons que l’Aparthotel ça fait plus maison.

Tu étais tout seul dans l’appartement ?
Non j’avais toujours une coach, ils me laissaient pas tout seul dans l’appartement quand même.

Est-ce que tu as trouvé des points communs entre le personnage de Jacquou et toi ?
(très sérieusement en hochant la tête) La tête ! (rires)

Et sinon ?
Lui il est plutôt très autonome parce qu’il est orphelin, qu’il n’a plus de parents, moi je suis plus protégé par mes parents, j’ai une maison…

Quelle est ta scène préférée ?
La tyrolienne.

Et celle que tu as le moins aimé ?
Le moins aimé… Couché dans la neige, allez hop ! Tu sais, là où je suis dans le cimetière et je me mets torse nu. J’étais déjà malade ! Sinon sur la colline, il faisait -17°C et j’étais torse nu ? (ndlr : rassurez-vous il ne faisait pas si froid mais on avoisinait quand même les -5°C)

La plupart du film se tourne dans la neige en hiver ?
Oui. Pour cette scène, c’était de la vraie neige, mais après c’est de la fausse neige mais il faisait quand même froid.

Tu as une jambe cassée aussi…
D’ailleurs ce n’est pas facile de boiter. Je n’ai pas réussi du premier coup. On a du faire quelques répétitions.

Le maquillage, l’habillage, combien de temps cela durait ?
Ca dépends. Parce qu’il y avais de gros maquillages pour la neige… Le plus long maquillage a duré deux heures, c’était pour me mettre plein de terre partout, ils ont du me le faire à chaque prise.

Tu aimes bien te faire maquillé ?
Non ! Enfin, ça dépends, parce que la (il montre le dessous de ses narines), je suis très sensible. Je n’aime pas que l’on me mettre un truc gluant. Je déteste ça.

Et dans les cheveux tu avais quoi ?
Et bien, de tout ! De la graisse, du noir et tout ce que tu veux. Quand je prenais un bain, il était noir. On a fait 3 shampooing une fois et y’avais toujours de la graisse. IM-PO-SSIBLE a retirer.

Qu’est ce que tu as appris sur Jacquou… ?
Que six mois de tournage c’était dur mais que j’avais envie de le faire.

Tu as déjà vu les images ?
Oui, pendant la post-synchronisation. J’aime bien ! Ma mère elle a un peu pleuré quand elle a vu la bande annonce pour les pays étrangers.

As-tu peur de voir le film ?
Non, je stresse parce que… je nr sais pas. Quand je vais arriver, je vais me voir et je n’aime pas trop me voir. Enfin, me voir ça ne me dérange pas, mais m’entendre, ce n’est pas l’idée que je me fais de ma voix en fait.

Depuis Jacquou, tu as fait d’autres tournages ?
J’ai failli faire La Saison des Orphelins mais le tournage a été annulé. Et sinon j’ai fait Les Yeux Bandés de Thomas Lilti.

Interview – Vincent Valladon
Tout jeune comédien qui joue le rôle du Touffu à 9 ans, le compagnon de Jacquou.

Comment s’est passé le casting pour toi ?
Mon agent m’a envoyé le casting, j’y suis allé et j’ai été pris. Je ne sais plus combien de temps cela a duré, c’était il y a presque deux ans.

Combien de temps as-tu tourné sur le film ?
Environ dix jours. Pour chaque jour de tournage je devais prendre trois jours : un pour y aller, un pour tourner et un pour repartir. Des fois je restais un peu mais c’était rare.

As-tu des souvenirs particuliers du tournage ?
Les costumes ! Ils n’étaient pas classiques. Ils étaient tout abîmés. J’avais déjà tourné avec des costumes d’époque mais là ils étaient vraiment tout abîmes. Et le maquillage aussi. Nous étions complètement sales.

La préparation avant de tourner était longue ?
Je crois que ce n’était pas très long, environ 30 minutes.

Connaissais-tu l’histoire de Jacquou ?
Non, je ne connaissais pas. Et la série et je ne l’ai pas vu, c’était il y a quarante ans !

Et Laurent, tu connaissais son travail ?
Non, pas du tout.

Tu connaissais d’autres gens avec qui tu as tourné ?
Gaspard Ulliel, je voyais qui c’était. Sinon, je connaissais Denis Imbert (ndlr : 1er assistant réalisateur), je le connaissais de Fanfan La Tulipe.

Ton travail avec Laurent s’est bien passé ?
Il était un petit peu pointilleux mais ça allait ! Il est plutôt cool. En général tous les réalisateurs sont assez cools. Je n’ai encore jamais vu de réalisateur qui n’était pas sympa ou qui nous battait ! (rires)

Interview – Jean-Daniel Vuillermoz
Le costumier de Jacquou Le Croquant
Costumier réputé (Saint Cyr, Le pacte des loups), Jean-Daneil Vuillermoz a eu l’insigne honneur d’habiller les acteurs de Jacquou le Croquant, sous l’oeil avisé de Laurent Boutonnat

Quand et comment êtes-vous arrivé sur le film ?
C’est grâce à Cathy Lemeslif (ndrl : directrice de production, déjà présente sur Giorgino et sur plusieurs clips de Mylène) et Nathalie Engelstein (première assistante) que j’ai rencontré Laurent Boutonnat. Nous nous sommes vus pratiquement un an avant le début du tournage et très vite une confiance s’est instaurée. Laurent avait une idée très précise sur son film, il savait ce qu’il voulait.

Connaissiez-vous le travail de Laurent ? Aviez-vous vu Giorgino ?
Je connaissais le travail de Laurent à travers ces clips et sa musique que je trouvais superbe, mais je n’ai toujours pas vu Giorgino.

À l’inverse, est-ce que Laurent Boutonnat connaissait votre travail, sur Saint-Cyr, notamment ?
Je ne sais pas mais quand nous nous somment vu la première fois, j’avais mon book avec les photos de mon travail et il s’y est intéressé a posé des questions sur certains partis pris.

Comment s’est passée la phase d’élaboration des costumes ? Où avez-vous puisé la documentation ?
J’ai beaucoup travaillé à partir du livre d’Eugéne Le ROY, en repérant tout ce qui concernait la description des personnages. Puis, pour tout ce qui est des costumes de la noblesse et de la bourgeoisie, je me suis inspiré des œuvres de Jean-Auguste-Dominique Ingres et de toute la peinture du XIXe siècle, notamment Daumier, Prud’hon, Goya, Delacroix, Constable…
Pour les paysans, j’ai cherché du côté des peintres du XIXe qui s’étaient intéressé au monde rural, comme Louis-Léopold Boilly, Jean-François Millet, bien sûr, également Géricault ou le peintre russe Ilia Répine, qui est une des sources d’inspiration de Laurent Boutonnat pour ce qui est des atmosphères paysannes. Je me suis également inspiré de peintres du XVIIe, tels Greuze, Le Nain, l’Italien Ceruti… Et même du photographe contemporain espagnol Sébastien Salgado, pour les amis de Jacquou enfant. Il a en effet réalisé des portraits d’enfants des rues dans le monde entier. Globalement, je me suis donné la liberté d’aller chercher des atmosphères et des ambiances d’autres pays et d’autres époques que celle des années 1820 ou 1830.

De par son travail sur les clips de Mylène Farmer, qui revisitent souvent des périodes historiques, on sait Laurent Boutonnat très féru de décors et de costumes. Etait-il particulièrement dirigiste sur votre travail ou aviez-vous le champ libre ?
Les deux. Les choses avaient été mises bien au point en préparation, Laurent savait exactement ce qu’il voulait et pendant le tournage il m’a toujours fais confiance.

Est-ce que ce tournage comportait des particularités ou des difficultés particulières ?
Oui, beaucoup de costumes en fabrication (800 costumes), beaucoup de rôles (plus de 60 rôles), et Laurent Boutonnat tenait à des costumes très crédibles, crades. C’est notamment pour cela que l’on est allés assez loin dans la patine (salis, usés, graissés pour leur donner de la vie) des costumes, pour montrer qu’ils ont une histoire, qu’ils ne sont pas arrivés là comme ça, juste pour le film. Ainsi, dès qu’on habillait quelqu’un, on se demandait préalablement ce qu’avait été son histoire, d’où il venait, ce qu’il avait vécu avant. Nous voulions que le spectateur ressente l’usure du temps. C’est cette patine qui fait l’authenticité.

De combien de personnes était composée votre équipe et comment se déroulait concrètement le travail ?
Pour le bon déroulement de la préparation et du tournage, je travaillais avec une chef costumière, Séverine Demaret, et nous avons fabriqué 500 costumes complets pour la figuration, 100 pour les rôles ce qui représente près de 4 000 pièces de vêtements. Et nous avons loué environ 200 costumes (ce que j’appellerais les costumes un peu « passe-partout », c’est à dire qui ne donnent pas le caractère du film). Nous avons également fait fabriquer 200 chapeaux par un modiste, Olivier Falconier et 500 paires de chaussures par la maison Pompeî. Tous ces costumes ont été confectionnés dans deux ateliers, à Paris, chez Mantille et Sombrero (Stéphan Rollot), pour les costumes des rôles (bourgeois et des nobles), et en Roumanie pour les rôles populaires et toute la figuration ces costumes sont coupés par Patricia Faget et Antoine Saffray et les teintures et patines par Chantal Glasman. Ils ont requis l’utilisation d’environ 10 000 mètres de tissu, et dix mois de préparation et de réalisation.

Le tournage s’est déroulé dans plusieurs endroits, voire dans plusieurs pays. Les costumes étaient-ils acheminés d’un endroit à l’autre ?
Oui dans deux pays d’abord en Roumanie puis en France ou tous les costumes on été rapatrié en camion.

Quelle est la période historique sur laquelle vous préférez travailler ?
J’ai déjà travaillé sur pas mal d’époque comme le moyen âge (La chambre obscure), le XVIIIème siècle (Le pacte des loups), le XVIIème siècle ( Saint-Cyr), le XVIème siècle (La Reine Margot), début XXème (L’Amant)…. et j’ai pris beaucoup de plaisir de m’adapter au contrainte de chaque époque.

Vous avez habillé les plus grands acteurs (Delon, Huppert…). Comment s’est passée la relation avec les acteurs de Jacquou ? Avez-vous des souvenirs ou des anecdotes à nous faire partager ?
Tous les comédiens ce sont appropriés les costumes avec beaucoup de facilité. Une difficulté supplémentaire pour les personnages qui jouais sur les deux périodes où Didier Lavergne (chef maquilleur) a fais un très beau travail.

Connaissiez-vous le Jacquou le Lorenzi ? Est-ce que cela a influencé votre travail ?
Oui je connais bien le téléfilm de Lorenzi, mais il n’a pas influencé le travail des costumes. Nous nous sommes orientés vers une tout autre direction, un autre univers artistique.

Que pensez-vous du résultat général du film ?
Très heureux, pas une seule déception. Mon équipe et moi avons travaillé comme des fous et cela en valait la peine car nous n’avons pas été trahis par le résultat final.

Article et interviews – Benjamin Lemaire
Remerciements : Caroline Bee, Jean-François Kowalski, Jean-Daniel Vuillermoz, Nadia Cherrouk, Nicolas Platon, Léo Legrand, Valérie Legrand, Didier Legrand, Gregory Malheiro, François Roelants et Nicolas (Moteur)
Paru dans Mylène Farmer et Vous de déc/jan/fév 2006-07
Textes et interviews non libres de droits. Toute reproduction totale ou partielle est strictement interdite

Rencontre avec Léo Legrand

Né de parents hors cinéma, rien de prédestinait Léo à tenir un jour un rôle dans l’adaptation cinématographique de l’un des feuilletons les marquants de la télévision française Jacquou Le Croquant. Né le 5 novembre 1995, Léo se retrouve sur un plateau de photos par l’intermédiaire de sa tante. Suite à cette expérience, Valérie, sa mère, l’inscrit dans une agence d’enfants mannequins. A tout juste 4 ans, Léo enchaîne les photos puis rencontre Jacky Henser, agent artistique, qui le prend dans son agence. Il fait son premier film en 2004, Saison , un court-métrage de Julien Sallé sur lequel Léo part pendant 5 jours dans la Marne. L’année suivante, le tout jeune comédien tourne Tout Pour Plaire où il joue le fils d’Anne Parillaud, aux côtés de Mathilde Seigner et de Judith Godrèche pendant dix jours. En 2007 il sera également à l’affiche de Les Yeux Bandés de Thomas Lilti.


Lina (Clémence Gauthier) et Jacquou (Léo Legrand) – Pathé Films – © Cos Aelenei

BL : Comment es-tu arrivé sur Jacquou ?
Léo : J’ai fait le casting, comme d’habitude ! Après ils m’ont rappelé, ils m’ont re-rappelé trois ou quatre fois et voilà !

BL : As-tu su que tu étais pris longtemps après le début du casting ?
Léo : Oui, assez longtemps. D’ailleurs je me souviens parfaitement, j’étais en bas en train de jouer au ballon. Ma mère était en haut dans la chambre de ma sœur qui était avant sa chambre. Elle a reçu un coup de fil de Françoise Menidray comme quoi Jacquou, je le faisais.

BL : Combien de temps a duré le tournage ?
Léo : 51 jours. 56 avec les jours supplémentaires.

BL : Le tournage a donc duré environ 3 mois ?
Léo : (il acquiesce) Enfin trois, quatre, oui cinq.
(rires)
Valérie (la maman) : Tu as commencé au mois de février et tu as fini au mois de septembre. Donc ça fait plutôt 8 mois.
Léo : Oui mais je n’ai pas tourné tous les jours !

BL : As-tu compris toute l’histoire dès le début ?
Léo : Dès le début ? Non. J’ai du le relire… D’ailleurs j’ai relu les notes de ma mère. Elle me faisait des résumés. Après j’ai relu le scénario entier. Je l’ai relu plusieurs fois parce qu’il y avait des choses difficiles à comprendre mais après j’ai tout compris.

BL : N’était-ce pas dur d’appendre le scénario par cœur, comme à l’école ?
Léo : C’est-à-dire qu’une leçon d’école c’est petit. Il y a une grosse différence de lecture. Lire un scénario c’est plus du plaisir, apprendre une leçon c’est par cœur. Après, disons qu’il faut savoir gérer, même si j’ai arrêté l’école pendant le tournage évidemment. Je pense qu’il ne faut pas faire que ça non plus. Tu l’apprends de temps en temps et puis si tu ne connais pas la scène avant de le tourner tu l’apprends.

BL : T’as quitté l’école pendant 4 mois ? C’était dur ?
Léo : (il marque un temps). Non (rires) Au contraire.

BL : Et Laurent ? Tu connaissais son travail ?
Léo : Ah non pas du tout. Je me souviens, je l’avais vu sur une boite d’un single d’Alizée. J’ai juste vu son nom comme ça, juste avant de le connaître. Parce que ma sœur achetait les CD’s d’Alizée et donc j’ai vu son nom : Laurent Boutonnat, Mylène Farmer… Enfin ils avaient un lien avec Mylène Farmer. Elle avait je ne sais plus quel rôle.

BL : Comment s’est passé le travail avec Laurent ?
Léo : Super ! Il était sympa. Je le voyais sur le tournage ; souvent sur le tournage. En dehors je ne le voyais pas beaucoup. Il était dans sa chambre, il regardait les rushes.

BL : Sur le tournage c’est lui qui t’expliquait ce qu’il fallait faire ?
Léo : Oui, ce qu’il fallait faire, ce qu’il fallait ne pas faire aussi. J’aimais bien proposer mes propres idées, après s’il n’aimait pas je faisais ses idées.

BL : Tu proposais tes idées ?
Léo : Oui. Je disais : « C’est pas mieux de faire comme ça. » Alors il me disait « Bah si ! » ou alors « Non, je préfère… ».

BL : En Roumanie comment étais-tu logé ?
Léo : Pendant les 5 jours de pré tournage j’étais au Hilton et après je suis allé dans le Centre Ville Aparthotel

BL : C’était mieux que le Hilton ?
Léo : Ouais ! Parce que le Hilton c’est petit. La chambre est petite alors qu’à l’Aparthotel c’est plus grand.
(rires)
Valérie : Disons que l’Aparthotel ça fait plus maison.

BL : Tu étais seul dans l’appartement ?
Léo : Non j’avais toujours une coach, ils ne me laissaient pas tout seul dans l’appartement quand même.

BL : Est-ce que tu as trouvé des points communs entre le personnage de Jacquou et toi ?
Léo : (très sérieusement en hochant la tête) La tête ! (rires)

BL : Et sinon ?
Léo : Lui il est plutôt très autonome parce qu’il est orphelin, qu’il n’a plus de parents, moi je suis plus protégé par mes parents, j’ai une maison…

BL : Quelle est ta scène préférée ?
Léo : La tyrolienne.

BL : Et celle que tu as le moins aimé ?
Léo : Le moins aimé… Couché dans la neige, allez hop ! Tu sais, là où je suis dans le cimetière et je me mets torse nu. J’étais déjà malade ! Sinon sur la colline, il faisait -17°C et j’étais torse nu.

BL : La plupart du film se tourne dans la neige en hiver ?
Léo : Oui. Pour cette scène, c’était de la vraie neige, mais après c’est de la fausse neige. Mais il faisait quand même froid.

BL : Tu as une jambe cassée aussi…
Léo : D’ailleurs ce n’est pas facile de boiter. Je n’ai pas réussi du premier coup. On a du faire quelques répétitions.

BL : Le maquillage, l’habillage, combien de temps cela durait ?
Léo : Ca dépends. Parce qu’il y avais de gros maquillages pour la neige… Le plus long maquillage a duré deux heures, c’était pour me mettre plein de terre partout, ils ont du me le faire à chaque prise.

BL : Tu aimes bien te faire maquiller ?
Léo : Non ! Enfin, ça dépends, parce que là (il montre le dessous de ses narines), je suis très sensible. Je n’aime pas que l’on me mettre un truc gluant. Je déteste ça.

BL : Et dans les cheveux tu avais quoi ?
Léo : Et bien, de tout ! De la graisse, du noir et tout ce que tu veux. Quand je prenais un bain, il était noir. On a fait 3 shampooings une fois et il y avait toujours de la graisse. IM-PO-SSIBLE à retirer.

BL : Qu’est ce que tu as appris sur Jacquou ?
Léo : Que six mois de tournage c’était dur mais que j’avais envie de le faire.

BL : Tu as déjà vu les images ?
Léo : Oui, pendant la post-synchronisation. J’aime bien ! Ma mère elle a un peu pleuré quand elle a vu la bande annonce pour les pays étrangers.

BL : As-tu peur de voir le film ?
Léo : Non, je stresse parce que… je ne sais pas. Quand je vais arriver, je vais me voir et je n’aime pas trop me voir. Enfin, me voir ça ne me dérange pas, mais m’entendre, ce n’est pas l’idée que je me fais de ma voix en fait.

BL : Depuis Jacquou, tu as fait d’autres tournages ?
Léo : J’ai failli faire La Saison des Orphelins mais le tournage a été annulé. Et sinon j’ai fait Les Yeux Bandés de Thomas Lilti.

Article et interview – Benjamin Lemaire
Remerciements : Léo, Valérie et DIdier Legrand

Jeannot’s back !

Peu fier d’avoir fait tourner Môssieur Senejoux il y a déjà 3 ans de celà dans le très médiocre (mais ardennais) Sous Le Lit, j’ai eu le plaisir de partir avec lui (et Môssieur Léo Legrand) du côté de Saint-Etienne pour Les Yeux Bandés (un film de Thomas Lilti, produit par Sombrero Productions ayant obtenu l’aide de la Fondation Gan). Jamais fatigué, Jean est (encore une fois) en tournage pour Les Vauriens.
Le nouvelle fait grands bruits dans les canards locaux. Voici notamment un extrait que j’aime beaucoup :
Cette fiction, inspirée par le bagne des enfants qui existait à Belle-Ile-en-Mer (56) au siècle dernier, est tournée en ce moment dans l’enceinte du vieil hôpital psychiatrique de Léhon. Elle raconte les mésaventures de Loulou dont le seul crime est d’avoir été abandonné par ses parents. « Au début, j’ai peur et après j’apprends à me battre et surtout à me défendre contre l’injustice », résume avec aplomb Jean, alias Loulou. Le petit Parisien de 13 ans est le seul enfant à pouvoir se vanter d’en être à son dixième tournage et d’avoir un agent professionnel.