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Le garçon qui faisait pleurer

La première fois que je l’ai vu c’était sur un banc de la Place des Vosges. Inconsciemment je crois que j’étais Jamie Barrie à Kensington Gardens. La réplique de la Place Ducale carolomacérienne est un cadre typiquement victorien en fin de compte. Ses yeux verts m’attendaient sagement sur un des bancs verts également en fixant, l’air vide, la grille du parc. A l’instant où ses lèvres se sont retroussées pour dessiner un sourire et deux subtiles fossettes j’ai compris qu’il avait été sculpté pour moi. C’était un lundi d’automne, il faisait froid et Paris rougissait.

Nous sommes tombés amoureux avec le choc inattendu que suppose le mot tomber. La soirée semblait aussi banale que les sushis rapportés du restaurant japonais qui venait d’ouvrir en bas de chez moi. Au son de Patti Smith, encore elle, il m’a embrassé sur mon balcon alors que le soleil se couchait. Je le soupçonne d’avoir attendu ce moment précis. Il a éloigné son visage mat de quelques centimètres, m’a regardé sans sourire et dit : Je t’aime. Je m’en rappelle plus que ma première relation sexuelle tellement l’instant était fort et unique. C’était ma vraie première fois. Il m’a demandé pourquoi je pleurais. Difficile à expliquer. Parce que personne ne me l’avait jamais dit ? Parce que j’ai toujours eu l’impression que personne ne l’a jamais pensé ? Parce que pour la première fois j’ai eu l’impression de vivre quelque chose à deux. Il m’a pris dans ses bras. C’était un mercredi d’hiver, la soirée était douce mais Paris se couvrait.

Le temps passant j’ai appris à découvrir le garçon que j’aimais. Je voulais tout savoir. Mais je suis plus curieux qu’expansif. J’ai plus de facilité à raconter ma vie futile publiquement sur internet que me confier à quelqu’un à qui je tiens. En sortant de States Of Grace nous avons longuement parlé du film sur mon canapé Bocca. Il a senti que j’étais d’humeur « touché », ces rares moments où émotions, fatigue et d’autres critères que j’ai du mal à définir se combinent et me donnent envie de me confier. Je lui ai raconté ces quelques moments difficiles que tout le monde a en lui, ceux qu’on garde, ceux qu’on ne partage pas, ceux qu’on veut oublier, ceux qu’on ne raconte jamais totalement. La peur qu’il me juge et ne me comprenne pas était plus forte que la difficulté de raconter. Il m’a dit qu’il comprenait en effaçant mes larmes. Je l’ai cru. C’était un vendredi de printemps, la journée était belle et Paris bourgeonnait enfin.

Je n’oublierai jamais cet appel. Depuis deux semaines nous n’arrivions pas à nous voir à cause d’emplois du temps trop chargés. Entre temps j’étais parti quelques semaines à Los Angeles, conscient qu’il détestait que je m’éloigne de lui, effrayé que je trouve mieux ou que je l’abandonne. J’aurais du mal à lui en vouloir. Fin de matinée, mon téléphone vibre en affichant son nom. A regrets, je lui annonce que je préfère qu’on se sépare sans vraiment avoir de raison. C’est simplement différent. Incompatible sur des points que nous considérons chacun comme essentiel. Et pourtant je l’aime. Je crois que lui aussi. En tout cas c’est ce qu’il me répète. L’appel dure à peine quelques minutes. Je pleure seul, triste de ne plus l’avoir, de ne plus avoir, et d’être seul avec mes larmes. C’était un dimanche d’été, la journée était chaude et Paris avait envie de danser. Pas moi.

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Quand Pan oublie Peter

J’apprenais il y a tout juste deux ans l’arrivée de deux adaptations de Peter Pan. La première devait être produite par Joe Roth pour Sony qui a finalement opté pour Alice de l’autre côté du miroir pour Warner, la suite d’Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton (qui était lui même un mix des deux livres de Carroll). Le second était celui de Joe Wright commandé par Warner à Greg Berlanti. L’information n’est pas négligeable, car Berlanti est spécialiste des adaptations en série des superhéros en tant que producteur et/ou scénariste de Super Hero Family, Arrow, The Flash, Supergirl, Legends of Tomorrow mais aussi de Green Lantern.

Soyons directs et simples, la seule qualité de Pan est celle propre à son réalisateur, connu pour Atonement, Anna Karenina ou Hanna : c’est beau. La direction artistique, les costumes steam-punk, la photographie et les quelques minutes d’animation sont absolument magnifiques, même si le film ressemble plus à un romain de Dickens qu’à une histoire de Barrie. Et c’est tout.

A l’inverse de Peter Pan de P.J. Hogan (avec mon poto Jeremy Sumpter) qui était de loin l’adaptation la plus fidèle et textuelle à l’oeuvre de J.M. Barrie, le scénario de Pan pondu par Jason Fuchs, se veut comme une préquelle, le nouveau mot à la mode. Tout ça pour dire « l’histoire avant le truc qu’on connait ». Scénario si on peut l’appeler ainsi tellement l’histoire ne démarre pour ainsi dire jamais et ne s’arrête, de fait, pas vraiment. A croire que Fuchs a confondu Neverland et Neverending Story.

L’histoire débute pendant la seconde Guerre Mondiale en prétendant que Peter (Levi Miller) a été abandonné 12 ans auparavant. Allez savoir comment une préquelle peut se dérouler 40 ans après son histoire. Sur les marches d’un orphelinat il est recueilli par des religieuses qui ne l’aiment pas trop. Alors un jour Blackbeard (Hugh Jackman), capitaine de son état vient l’enlever sans que personne ne sache vraiment pourquoi. Peter se retrouve à bosser pour le méchant capitaine dans une de ses mines où il croise James Hook (Garrett Hedlund) qui lui n’est pas capitaine mais qui a par contre encore sa main (au moins 40 ans après l’avoir perdu donc). Et du coup, bah James aime bien Peter parce qu’il peut voler. Ah oui, Peter peut voler. Ça non plus on sait pas trop trop pourquoi. C’est la vie, y’a des gens qui peuvent voler et d’autre non.

Pan, qui à l’air d’être le seul à croire qu’il est Peter Pan, et Hook, sorte d’Indiana Jones des années 40, vont donc s’unir (histoire de montrer qu’ils étaient potes avant de se taper dessus) pour vivre une aventure sans intérêt qui ne convainc jamais, ne séduit jamais, et pire, un comble, ne fait jamais rêver. Ils vont y rencontrer Tiger Lily (Rooney Mara), que Warner France a encore traduit par Lily La Tigresse au lieu de Lys Tigré, des sirènes (Cara Delevingne en plein de fois) et des gens rendus célèbres par la pièce de Barrie qui semblent paumés, comme collés par erreur au milieu d’une histoire répétitive et lourdingue à laquelle ils ne participent pas. A l’image de ses anachronismes, de Smells like teen spirit (pire référence ever) à Blitzkrieg Bop (« The kids are losing their minds »), Pan est maladroit, raté et passe à côté de son sujet.

La seule bonne nouvelle c’est ce Peter Pan Begins, qui vient de faire péniblement 15M$ sur le premier week-end au lieu des 18 prévus (pour un budget d’environ 150M$), ne devrait normalement pas connaitre de suite.

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Pourquoi Wendy ne veut pas être une Darling ?

J’étais invité samedi dernier à la (nouvelle) première du Peter Pan de Guy Grimberg à Bobin’o. L’adaptation est très mauvaise, de la partition ratée aux interprètes qui semblent s’ennuyer entre leur texte mou et les chorégraphies ridicules. Parmi les détails librement interprétés de la pièce de Barrie il manquait un personnage essentiel : celui de Nana. Et je viens de comprendre son importance au fil de digressions.

Il faut distinguer dans Peter Pan deux endroits de récits très distincts. Celui de Londres au début du XXème siècle en pleine époque victorienne qui servait à l’époque de la pièce d’introduction mais qui cent ans plus tard est un réel cadre nécessaire à la compréhension. Ce cadre débute et clôt l’histoire. Et il y a Neverland, avec son voyage et son île, histoire qui commence et se termine sur le pas de la fenêtre. Le cadre « réel » est tellement figé et rigoureux que l’autre, que l’on pourrait qualifier de surréaliste, devient sans limite, ne serait-ce que par contraste. Sans équivoque, Barrie fait vivre à Wendy (parce qu’elle est la vraie héroïne de l’histoire et non Peter Pan) un voyage autour des questions de l’identité touchant notamment au sexe et au genre, et à celui des interactions sociales à l’adolescence. Le parallèle avec Alice’s Adventures in Wonderland est inévitable bien que la voyage soit sensiblement différent.

Je suis également parti du postulat évident que toute l’histoire est une invention de Wendy puisque c’est elle qui raconte l’histoire à ses frères, puis à ses enfants.

Contexte familial

Wendy débute donc l’histoire en apprenant qu’elle est trop âgée pour rester dans la chambre de ses frères (« the nursery ») et qu’elle va devoir vivre seule. Une étape marquante de sa vie. Elle semble ignorer qu’elle va devenir une femme et c’est quand elle deviendra mère à Neverland qu’elle aura compris le changement qui s’opère. Ce n’est d’ailleurs pas elle qui choisit son statut de mère puisque dès qu’elle voit Peter Pan, sans être surprise -peut-être n’est-ce pas la première fois- elle projette sur lui ses désirs sexuels et amoureux. En ça, elle est une héroïne moderne de la littérature (et surtout des contes) parce que son histoire n’est pas basée sur sa condition de naissance mais sur ses propres changements intérieurs.

Mr. and Mrs. Darling sont des parents quelconques qui n’ont rien du cliché des contes d’enfants. Ils ne sont ni les parents détestables (archétype de la belle-mère de Blanche Neige) ni les parents doux et aimants qu’on aimerait voir pour se rassurer. Dans leurs costumes mal taillés de petits bourgeois londoniens, les Darling tentent d’élever leur fille comme une Lady, enracinés dans la culture ancestrale omniprésente des grands-parents. Par sa légèreté et sa distance (elle reste en robe de chambre, comme ses frères, pendant toute l’histoire), Wendy incarne la fracture entre l’ancienne aristocratie victorienne et la fin de la Belle Epoque (qui s’achèvera définitivement avec la première guerre mondiale, mais personne ne le sait à l’époque de l’écriture en 1903).

Mrs. Darling est une femme type de la bourgeoisie qui reprend tous les codes culturels de l’époque : elle ne travaille pas, se consacre à son foyer et suit les bonnes mœurs. Soumise, elle semble une épouse parfaite mais pas la mère idéale. Son rôle maternel est d’ailleurs endossé par un chien, dont la seule tâche est de s’occuper des enfants.
Mr. Darling quant à lui est un gentleman anglais qui semble un peu moins sérieux, frustré qu’un chien puisse être plus important que lui (on pourrait se demander si Barrie n’est pas le chien et que le père n’est pas Arthur Llewellyn Davies) au point qu’il en semble détaché. Il invoque à plusieurs reprises son autorité naturelle de chef de la maison, notamment en imposant à Wendy de grandir pour le lendemain.
Les figures parentales sont étonnamment pauvres, notamment ce père qui ne renvoie aucune image ni à sa femme ni à sa fille. Pour autant Peter Pan ne semble pas tellement traiter de l’absence du père mais plutôt de l’absence de rôle féminin. En partant de ce constat, on peut voir le voyage comme Wendy comme une quête de son identité de femme.

Les femmes

Il y a peu de femmes à Neverland. La première que rencontre Wendy c’est Tinkerbell, l’antithèse de toutes les fées des contes. Mise à part sa « fairy dust », Tink ne ressemble en rien aux gentilles fées qu’on peut imaginer. Tous les dessins et annotations de l’époque la montrent habillée de manière provocante. Le dessin animé de Disney l’a même popularisé avec une minijupe très courte pour l’époque. Elle est impulsive, jalouse et dangereuse (elle mettra en danger la vie de Wendy, de Peter, puis la sienne). Sa relation avec Peter est étrangère à Wendy qui ne semble jamais soupçonner qu’une trace d’amour puisse exister. Tink représente ces femmes que Wendy ne côtoient pas dans son monde londonien clôt.

La seconde forme féminine à apparaître sont les sirènes, beauté virginale et inaccessible, que personne ne peut toucher. Elles, ne semblent attirées par personne, mais tout le monde les regarde, les écoute, et le mythe de l’Odyssée renvoie immédiatement à ces beautés introuvables. Cette beauté fantasmée qui n’existe pas.

La dernière est la plus complexe. Tiger Lily est une princesse indienne. Le mot n’est pas choisi au hasard, Barrie savait que les indiens n’avaient bien entendu pas de princesse. La métaphore de Peter Pan le chevalier blanc, sorte d’histoire dans l’histoire, qui sauve la princesse est évidente. Contrairement à Tink ou aux sirènes, Tiger Lily fait réagir Wendy parce qu’elle s’y retrouve. Sa féminité s’éveille à son contact parce que Tiger Lily n’est pas une caricature (la représentation des indiens l’est). Elle incarne la féminité ancestrale liée à la tradition (à travers le côté indien) et son statut de princesse renvoie au degré noble du rang social de Wendy. L’équilibre entre le « sauvage » et le « noble » rend Tiger Lily fémininement acceptable aux yeux de Wendy. Elle n’est d’ailleurs pas jalouse de sa relation avec Peter parce qu’elle comprend que c’est à sens unique. Et surtout parce qu’elle vient d’apprendre quelque chose sur elle-même de bien plus important.

Les hommes

En réalité il faudrait parler de genre masculin pour qualifier les hommes de Neverland tellement la virilité est absente de l’île. Peut-être est-ce que cela renvoie à la propre absence de virilité de Barrie. En tout cas c’est un clair écho à l’absence de Mr. Darling en tant qu’homme de la famille. Peter Pan est un enfant, les Lost Boys jouent, les indiens passent leur temps à danser, les pirates passent leur temps dans des gamineries contre Peter et même Hook censé être l’incarnation du villain n’est qu’un grand garçon à barbe. A Neverland, masculinité rime avec légèreté. Jamais avec responsabilité. D’ailleurs c’est Wendy qui prend les responsabilités au camp des Lost Boys quand elle devient leur mère, mais c’est également le souhait de Hook quand il la fait venir à bord.

Dans le Neverland imaginaire de Wendy, ce manque de masculinité traduit clairement l’absence de figure paternelle et son manque de compréhension de la figure du père. Hook, qui est l’homme qui ressemble le plus à Mr. Darling (c’est aussi le postulat de Spielberg dans Hook d’ailleurs) fait preuve de cruauté arbitraire renvoyant aux décisions autoritaires de Mr. Darling qu’elle ne comprend pas. Seuls les indiens respectent la femme sur Neverland. Leur tradition (l’ordre et la loi) reconnait l’importance des femmes (symbolisée par Tiger Lily). C’est pour ça que c’est avec eux que Wendy y trouvera ce qu’elle est venue chercher.

Peter Pan

Le personnage de Peter Pan que s’invente Wendy est le produit de ses incompréhensions qui découle de l’absence paternelle. En ne lui renvoyant rien d’elle-même, il l’empêche de se créer son identité, et notamment son identité sexuelle. Peter est en réalité le côté obscur de Wendy : irresponsable, capricieux, refusant de grandir et… masculin. Tout ce qu’est Peter Pan n’est que le développement potentiellement déviant de Wendy. A mesure que le voyage avance, Peter perd sa représentation sexuelle : il embrasse Wendy de son plein gré au début mais refusera tout contact féminin jusqu’à la fin. La représentation de Peter que se fait Wendy lui permet d’expérimenter ce qu’elle souhaite, sorte de crise d’adolescence imaginaire. Peter Pan n’a d’ailleurs aucun sexe et ne manifeste aucun désir pendant tout son séjour à Neverland. Il n’est qu’un test psychologique de Wendy.

Devenir femme

De par son manque de compréhension de Peter (c’est à dire d’elle-même et de la masculinité) il est difficile à Wendy de le cerner. De le toucher même (il vole au premier contact, il ne tient pas en place). Dans les premières mises en scène de Barrie, Peter était même souvent à l’opposé de la scène par rapport à Wendy. Ses sentiments à l’égard de Peter sont ambigus. Elle est fascinée par cette part d’elle-même et ce monde adulte que représente ce qu’il y a après et son attitude ambivalente à l’égard de lui reflète son état en général. Être Peter Pan c’est la facilité absolue de vivre comme elle a envie. Devenir femme c’est accepter les règles de sa société, et sans doute devenir un jour comme ses parents.

Quand Peter sauve Wendy, le chef indien lui propose la main de sa fille. Wendy se retrouve face à ses propres contradictions. La rencontre Tiger Lily / Peter lui renvoie l’image d’une princesse qui prend sa place dans la rencontre homme / femme alors qu’elle aimerait jouer elle-même le rôle de la femme. Voir Peter refuser tout contact et toute relation avec Tiger Lily lui montre à quel point elle n’est pas Peter Pan. Parce qu’elle a envie de connaître l’amour et comprend désormais que la version Peter Pan d’elle-même ne pourra jamais aboutir à son épanouissement. Elle doit faire sans doute pour la première fois de sa vie un choix mature : si elle veut faire l’expérience de la rencontre, elle doit grandir.

Après l’épisode du sauvetage, le voyage est terminé et Wendy n’est déjà plus à Neverland. Elle semble finir l’histoire pour ses frères, pour qu’il se passe quelque chose, mais Wendy est d’ores et déjà une femme. Sa maison lui manque, elle veut revenir au réel. Elle n’a plus sa place ici parce qu’elle veut grandir. Elle a grandi. Elle est prête à devenir Wendy sans être une Darling. Elle a trouvé son identité.

Bibliographie
A New Interpretation of « Peter Pan » (2010) by Shelly Rakover
Making American Boys: Boyology and the Feral Tale (2004) by KB Kidd
The wounded woman: healing the father-daughter relationship (1982) by LS Leonard
Snow White and the Seven Dwarves: the Feminine Journey and the Wild Woman Archetype (2002) by S Rakover-Atar

Si on devait mourir demain

Je vais mourir. Ouais. Enfin toi aussi rassure toi. Un jour. Forcément. C’est la vie, ça se termine comme ça. Je crois qu’on le sait tous mais qu’on ne le réalise pas bien. Pourtant, j’ai souvent été confronté à des morts tout au long de ma vie. L’annonce du décès d’un proche est un des souvenirs les plus anciens -et les plus marquants- que j’ai. Eh puis depuis j’en ai connu. Anne Sophie, Sandrine et tous mes potes photographes : Hughes, Lorene, Remi, Lucas, Dominique. Mais jusqu’ici c’était comme les accidents, les maladies et les gains du loto : réservé aux autres.

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C’est arrivé d’un coup : bah ouais, moi aussi je vais y passer. Pas vraiment un fait négatif. Pas positif non plus, faut pas déconner. J’ai simplement réalisé ça comme le jour où tu t’extasies devant la porte de ton frigo ou le bouton de ton ascenseur parce que t’as découvert un truc que t’avais jamais vu alors que tu le vois tous les jours depuis des années. Alors j’me suis demandé, comme Natasha et Pascal, qu’est ce que je ferais si on devait mourir demain ?

La question n’est pas si simple. D’ailleurs en fait elle ne parait pas simple du tout, même au premier abord.

1- Bouffer. Je me suis dit que j’avais envie de me refaire un putain de burger. Déjà parce que j’avais faim. Et parce que j’adore ça aussi. Après retest, mes trois préférés sont Five Guys (Londres), Burger & Fils (Paris), Lazy Ox Canteen (Los Angeles).

2- Aimer. J’ai réalisé que j’avais envie de voir tous les gens que j’aimais. Du coup j’ai passé l’été à faire des câlins (ouais c’est un peu gay) à tous mes potos, à payer quelques coups, quelques repas et à voyager pour aller voir ceux qui habitent un peu plus loin. Ils sont cools mes copains.

3- Ecrire. Je crois que j’ai toujours voulu laissé une petite trace avant de partir. Pas comme un truc à la craie sur le tarmac qui disparaît avec la pluie. Plus comme un joli graffiti qui va mourir avec le temps, l’usure et la pluie, avant d’être recouvert. Alors j’ai écrit. J’ai fini un ouvrage. Surement pas une grande oeuvre littéraire, et peut être même pas un truc intéressant à lire, mais cent mille signes sur moi, ma vie, mes expériences et mes réflexions qui à défaut d’intéresser le monde, pourra intéresser des gens qui m’ont été proches.

4- Résumer. Je me suis demandé ce que j’aimais le plus, pour l’avoir toujours à portée de moi. Mon 5×5 : 5 albums, 5 livres, 5 œuvres d’art, 5 objets et 5 films. J’ai trouvé.

Mes albums : Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (The Beatles), Horses (Patti Smith), Nevermind (Nirvana), Thriller (Michael Jackson), Kid A (Radiohead).
Mes livres : Peter Pan (Barrie), Une saison en enfer (Rimbaud), Manifeste du surréalisme (Breton), Œuvres poétiques (Verlaine), Zadig (Voltaire).
Mes œuvres : La persistance de la mémoire (Dali), Le Violon d’Ingres (Man Ray), The game of chess is a sport. A violent sport. (Duchamp), The Healer (Magritte), Convex and Concave (Escher).
Mes objets : ma statue en bronze de Peter Pan, moulage en résine d’un livre avec Voyelles de Rimbaud, baguette cassée d’un concert du Wigwam Squaw, recueils de mes lettres de l’hiver 2011, dessus d’oreiller chat.
Mes films : Métropolis (Lang), Sixième Sens (Shyamalan), Le Cabinet du docteur Caligari (Wiene), Shining (Kubrick), Requiem for a dream (Aronofsky).

En attendant tout ça, je suis pas hyper hyper pressé de mourir non plus, j’ai deux trois trucs à faire sur les prochaines années quand même. Mais j’me dis que j’ai fait le minimum, que j’ai rencontré des gens bien cools, que j’ai fait des choses que je n’aurais jamais imaginé faire (genre sortir un film au cinéma ou serrer la main de Patti Smith et de Tim Burton) et que je ne regrette pas grand chose. En tout cas je sais me comprendre et j’accepte les erreurs que j’ai pu faire. Ce fut long, mais bon, c’est déjà ça.

Et comme disait l’autre PD, vivons heureux en attendant la mort !

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Dans l’ombre de Peter Pan

S’il est un génie que l’on peut attribuer à J.M. Barrie c’est d’avoir su faire de Peter Pan une oeuvre pour enfants, même si les adaptions de la 2e moitié du XXème siècle l’ont aidé, avec entre les lignes des thèmes adultes. Peu de mises en scène récentes ont su jouer ce double jeu subtile qu’avait fait Barrie pour qu’elle soit à la fois l’histoire pour les enfants Llewelyn Davies, qui lui inspira Peter, et une pièce parmi les nombreuses qu’il a écrite. Parce que même s’il a signé une des plus belles et des plus célèbres histoires du siècle passé, l’écossais n’en reste pas moins un dramaturge et non un auteur jeunesse.

Le symbolisme fait partie intégrante de la pièce, depuis les pirates jusqu’aux fées. Mais c’est dans le premier acte, la nursery, que le plus fort des symboles apparait : l’ombre de Peter Pan qui se détache. Ce n’est pas seulement un fait surréaliste et amusant, Barrie y ajoute des notions de peur et de courage omniprésentes dans ses oeuvres. Mais derrière elles se cachent également la notion d’enfance, cette suite d’images que l’on garde sans jamais s’en détacher, qui forme l’être adulte que l’on devient.

Les Darling sont une famille victorienne bourgeoise tout à fait classique composée d’un chef de famille autoritaire, une mère douce et aimante et des enfants turbulents qui préfèrent rire et s’amuser qu’aller au lit. L’ombre est la première notion irréelle de l’histoire. Ni les parents pour qui il semble normal de trouver une ombre par terre, ni Wendy qui ne comprend pas pourquoi l’ombre ne veut pas coller, ne sembler trouver cette présence surréelle étrange. Et qui plus est sait comment la recoudre.

L’ombre est décrite dans les didascalies comme « a flimsy thing, which is not more material than a puff of smoke, and if let go would probably float into the ceiling without discolouring it ». L’ombre n’est pas vue comme une absence de lumière. Dans Peter Pan, l’ombre a une couleur, une forme, une texture, une masse. Elle a sa propre existence. Elle n’est pas seulement l’obscurité qui résulte d’un obstacle à la lumière, deux notions qui reviendront souvent. Alors que l’obscurité représente généralement l’ignorance, la peur ou la tristesse, la lumière, au contraire, symbolise le bonheur, le courage et la connaissance.

Une fois l’ombre recousue à Peter, elle ne revit pas totalement. C’est seulement quand la lumière arrive que l’ombre se réveille. C’est un paradoxe qui revient souvent dans l’oeuvre de Barrie qui voit chaque notion comme allant de paire avec son contraire. Il faut avoir été malheureux pour être heureux. La volonté de vivre et d’exister de Barrie (pour sa mère notamment) vient d’ailleurs en grande partie de la mort de son frère David. Peter Pan développe cette thématique. Les enfants de Neverland sont heureux et libres, parce que Peter leur a dit que leurs parents ne voulaient pas d’eux. Peter lui même n’aurait jamais connu la joie de Neverland s’il n’avait connu la déception de trouver la fenêtre de chez lui fermée. De la même manière que l’ombre et la lumière coexistent pour former une forme, l’expérience de l’enfance se fonde à la fois sur le bonheur et la tristesse.

La peur du noir est courante chez l’enfant. Être entouré d’obscurité c’est faire face à un inconnu total, sans repère. Ms. Darling ne laisse pas ses enfants dans le noir, elle allume des veilleuses : « They are the eyes a mother leaves behind her to guard her children ». La nursery est en réalité le symbole de l’enfance, avec l’expérience la lumière et de l’obscurité. Parce que même si les veilleuses protègent les enfants, l’obscurité dans la pièce est écrasante pour les enfants Darling. Ms. Darling donne l’expérience aux enfants de la peur et de la tristesse pour qu’ils puissent apprécier le courage et le bonheur.

Quand Peter apparait la première fois dans la pièce, c’est à travers son ombre, qu’ont rangé Mr. and Ms. Darling. Avant qu’il n’entre dans la nursery, l’arrivée de Peter est annoncée par la lumière de Tinkerbell. Les veilleuses s’éteignent et la seule lumière de la féé éclaire la pièce. Par sa mise en scène et la présentation des deux éléments seuls, Barrie explique l’importance de l’ombre et de la lumière. Dans ses notes, l’auteur compare les enfants à des veilleuses : « They (les veilleuses) blink three times one after the other and go out, precisely as the children (whom familiarity has made them resemble) fall asleep ». Les enfants sont donc du bon côté de l’histoire ; à la lumière. C’est en réalité l’enfant et non les enfants qui implique la peur, les faiblesses et la tristesse. D’ailleurs, quand Wendy aura grandit et sera avec sa fille, le seul changement dans la nursery est le lumière au gaz qui est devenue électrique. Barrie montre ainsi que même si les enfants changent et grandissent, l’expérience de l’enfance reste la même.

A Neverland, les notions d’ombre et de lumière ne sont plus aussi clairs, à l’image de Peter. Tinkerbell, qui est une boule lumineuse, est une fée jalouse, impolie et plutôt désagréable avec sa phrase fétiche « you silly ass ». Trop heureux d’avoir retrouver son ombre, Peter en oublie Tinkerbell dans le tiroir tandis qu’il la décrit à Wendy comme « not very polite », « quite common » et « naughty ». De même à la fin de la pièce, alors que Wendy veut allumer la lumière, les didascalies indiquent que Peter est « frightened » et « husky ». Peter n’a pas peur du noir, il craint la lumière. Il veut rester dans le noir et dans l’ignorance pour ne pas grandir. Quand Wendy allume la lumière, il recule. Il est déçu que Wendy aie grandi. Barrie utilise cette contradiction ombre/lumière pour montrer la singularité de Peter.

Son bonheur pour les ténèbres semblent justifier le désir qu’il a de conserver son ombre attachée. En réalité l’explication est plus complexe. Traditionnellement, les ombres symbolisent le passé. Elles sont une représentation déformée de leurs objet, toujours derrière. Une des composantes essentielles de Peter, qui explique son enfance éternelle, est son manque de mémoire. Sans elle, il ne peut acquérir les connaissances nécessaires et retenir ses expériences pour grandir. Il n’a pas le poids de son passé, et Barrie le matérialise en le faisant voler en apesanteur sans qu’il n’aie besoin de poudre de fée.

Pour comprendre le raisonnement de Peter, il faut se mettre au niveau d’un enfant. Comme un enfant, il ne comprend pas comment le manque de mémoire et d’expérience l’empêche de grandir. Il veut simplement jouer et avoir son ombre pour jouer avec. Ne pas grandir est une notion irréaliste et Peter Pan ne veut pas être réaliste. Il ne comprend et n’accepte pas ce concept, c’est un enfant. Les enfants n’ont pas de compréhension globale du fonctionnement du monde dans lequel ils évoluent. Peter se complait dans son état et se rassure avec.

Peter n’est pas pour autant inhumaine. Il est courageux, il a peur, il a des faiblesses, des joies et des tristesses, des émotions profondément humaines. L’ombre de Peter rappelle ces sentiments forts. Quand il retrouver son ombre, il est heureux. Mais quand il se rend compte qu’elle ne veut pas se coller à lui, il pleure. Wendy pense qu’il pleure parce qu’il n’a pas de mère, mais Pan est formel : « I wasn’t crying about my mother. I was crying because I can’t get my shadow to stick on. Anyway, I wasn’t crying ». Il affiche un attachement émotionnel plus fort à son ombre, et donc à lui même, qu’à sa mère. Mais en un sens, son ombre est la symbolique de sa mère. Il perd d’ailleurs son ombre de la même manière qu’il a perdu sa mère : à cause de la fenêtre de la nursery. L’ombre étant l’avatar de sa mère, sa perte l’attriste donc forcément.

Peter Pan a besoin de son ombre pour s’humaniser. Mais en même temps, il ne peut avoir d’ombre parce qu’elle symbolise passé et mémoire. Barrie développe le concept d’une ombre si complexe qu’elle est en devient en réalité un personnage à part entière de ka pièce. De nombreuses mises en scène de Peter Pan ont donné lieu à une ombre jouée par un acteur. Bien que Barrie ne l’aie pas fait lui même, il la rend vivante dans les didascalies « The shadow awakes and is glad to be back with him as he is to have it. He and his shadow dance together ». Si l’ombre n’était pas un personnage, Peter danserait seul. Le fait qu’il s’agit d’une figure parentale donne également à l’ombre des qualités humaines. Peter en parle également comme un personnage humaine en disant que « it isn’t quite itself yet » et même « perhaps it’s dead ». De la même manière que l’ombre donne des caractéristiques humaines à Peter, Peter apporte l’ombre à la vie.

Le développement subtile de l’ombre par Barrie dans la pièce contribue grandement à la richesse de Peter Pan. L’ombre porte différentes significations en fonction de personnages. Pour les enfants qui regardent, elle est simplement un amusement. Ils n’y voient pas une métaphore de l’enfance. Pour Tinkerbell, l’ombre est un concurrent à l’attention que lui porte Peter. Mr. Darling y voit un attrait financier en vendant l’ombre à un musée. Pour Wendy, l’ombre est une manière d’être une mère, en aidant Peter. Chaque spectateur ou lecteur y verra l’interprétation qu’il veut en fonction de ses expériences, de sa façon d’être et des personnages auxquels il s’identifie. Element fascinant et central de Peter Pan, l’ombre est propre à la pièce et ne sera retrouve dans aucune autre oeuvre de Barrie. C’est une des particularités qui fait de Peter Pan une oeuvre riche, profonde et à la lecture complexe.

Peter Pan @ Richmond Theatre

Il n’est jamais facile de parler en français et en France d’un pantomime londonien. C’est une tradition, souvent liée à Noël, qu’il est difficile à transcrire tellement elle est typique du théâtre populaire britannique et absent de la culture français. Ce mélange typique est la comédie musicale et le théâtre traditionnel est la forme la plus fréquente des adaptations de Peter Pan ici.

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Pour ce Noël 2013, c’est le Richmond Theatre qui s’y colle avec comme tête d’affiche Henry Winkler dans le rôle de Crochet (sur toutes les affiches) particulièrement connu pour être le Fonzi de Happy Days. Le spectacle y fera longuement référence, au point que les clins d’oeil deviennent rapidement aussi subtils qu’un « he’ mamoizelle » dans la rue. Le parti pris musical, qui navigue entre les Gun’n’Roses, Katy Perry et Ylvis donne plus l’impression d’assister à des épisodes sonores qui meublent entre des scènes souvent bâclées. On a rapidement l’impression que l’auteur fait trainer sa pièce en rajoutant des passages, et même en continuant à parler de l’histoire et en faisant monter des enfants sur scène avec déjà 1H30.

La mise en scène est également ternie par des décors clinquants et brillants à un point où l’on a presque mal à distinguer les comédiens sur scène. Si l’on ajoute une Tinkerbell interprète par une naine suspendue à deux fils un touche le mauvais gout.

Finalement le spectacle ne décollera jamais, la faute à un show millimétré où même les contacts avec le public semblent faux. Même si les comédiens, convaincants (mention spéciale à Philip Scutt), donnent toute leur énergie et que les plus jeunes apprécient finalement ce qu’ils voient (c’est après tout le but initial) la mise en scène de Ian McFarlane n’offre rien de nouveau à part un truc industriel dont on sent que même la distribution (une star de téléfilm et une présentatrice de JT interprètent Peter et Wendy) a été plus pensée pour vendre les places que pour supporter l’histoire.