Je suis une star

Benjamin Lemaire - Vu à la télé
Crédit photo : Rod | Le-HibOO.com

Hier fut ma journée de gloire. Espérons pour Warhol qu’il n’en sache rien, que je puisse récupérer un quart d’heure un peu plus tard. Tout comme lorsqu’une connaissance m’informe par email « y’a bellak qu’à collé ta tronche sur purepeople ». Grande nouvelle effectivement, alors que je tentais aléatoirement au péril de ma vie de prendre une photo d’un coach sportif cathodique et d’une star télévisuelle presque aussi connue que le nom scientifique des huitres de Bretagne du sud, sur un tricycle atomique à mi chemin entre une trottinette Blédichef et un 103 SP de 89. Me voici donc au sommet de ma gloire, non pas en fond d’une photo d’une quelconque camarade du parisien, non pas derrière un vulgaire ministre lors d’une conférence de presse, mieux : au côté de deux inconnus notoirement célèbre au milieu d’une soirée où le champagne s’est arrêté à 23H.
« Mass medias, Mass medias » chantait France Gall parée de Cristal dans la comédie musicale révolutionnaire et de plus en plus actuelle qu’était Starmania. Eh bien, en plein centre du star system, me voici élevé au sommet de la célébrité tel un brailleur endemolien, quand, à 19H55, je reçois un SMS dont je me permets d’étaler ici la teneur : « Fé cor 1 peu de sport et tu pourras te faire joel pdt les fotocall ». Que peut bien vouloir dire cet étranger SOS lancé par SMS à mon égard ? Un coup de fil plus tard, j’apprends, tenez vous bien (tenez vous mieux) : je suis passé à la télé. En plus d’être invité parmi la jet-set populaire de l’infortune, de subir la connerie –ou la violence- de quelque photographe (ou qui se définit comme tel), me voici récompensé pour la sueur qui a coulé de mon front : on m’a vu à la télé. Parceque passer dans le poste c’est une chose, mais être vu, c’est carrément mieux qu’un premier rôle dans un film de Godard !

Congrats M.Karmitz

Marin Karmitz est un homme qui vaut bien quelques lignes sur un site internet aussi modeste soit il. En raison de la politique de Antonescu, la famille Karmitz se retrouve à Nice alors que Marin n’a que 9 ans. Il y fait sa scolarité et rentre à l’IDHEC juste après son bac. Il échoue au concours de metteur en scène mais réussit celui de chef opérateur. Il travaille bientôt avec Pierre Kaast, Agnès Varda et Jean-Luc Godard. Souhaitant réaliser ses propres films, il crée sa propre maison de production et finance des courts métrages : il réalise alors ‘Nuit noire, Calcutta’ et ‘Comédie’. Après mai 1968, Marin Karmitz délaisse ses recherches formelles pour ‘Camarades’, l’histoire de la prise de conscience politique d’un ouvrier, puis pour ‘Coup pour coup’, film pour lequel il est confronté à un problème de diffusion. C’est la raison qui le pousse à devenir exploitant et à ouvrir, le 1er mai 1974, le premier cinéma 14 juillet à Bastille. Cette activité ne l’empêche pas de relancer ses activités de producteur, métier pour lequel il est bientôt reconnu. Son combat contre les multiplexes, puis contre la carte de réduction cinéma n’aboutissent pas mais font de lui le hérault des professionnels. Karmitz accompagné de sa nouvelle société issue de la fusion avec 14 Juillet, MK2 créé en 1992, se développe et diversifie ses activités : exploitation, distribution, production, diffusion, DVD, loirsirs. Avec près le 30M€ de chiffre d’affaire en 2003 pour sa société mère, Karmitz passe dans le même temps un accord avec Europalace pour la carte Pass, qui lui permettra d’élargir son public de cinéphiles avertis à un public plus large.
En 2005, MK2 c’est 11 cinémas, 64 salles, 4,5M d’entrées par an, 5 restaurants, 5 boutiques mais aussi l’énorme réseau de distribution TV, cinéma, DVD et de production qui représenté déjà 19 Césars, 7 prix à Cannes, 5 aux Oscars et 8 à Venise. Mais MK2 n’est pas seulement devenu un énorme empire de cinéma, maintenant sous le contrôle de Nathanaël, le fils de Marin Karmitz, c’est aussi une vraie entreprise respectueuse du cinéma et de son public, capable de passer de magnifiques films sachant avant même la diffusion qu’ils ne seront pas d’énormes succès. MK2, c’est un des rares distributeurs à avoir distribué (et à encore distribuer aujourd’hui), le dernier Araki, Mysterious Skin mais aussi Le livre de Jeremie d’Asia Argento, Le cauchemar de Darwin. Au passage, les salles MK2 font partis des rares salles à ne pas rallumer agressivement la lumière pendant les génériques
Pour oser, pour ce courage de passer ces films dits « d’auteur » dans ces salles, mais aussi pour l’accueil toujours chaleureux dans les salles j’aimerai vraiment remercier tout l’équipe de MK2 et les encourage à continuer dans cette belle voie qu’est celle du vrai cinéma.