Tristesse pour tous

Familiphobie. Familiphobie… Ce mot m’a trotté dans la tête pendant des jours au point de me faire oublier la tristesse de revoir défiler La Manif Pour Tous. Quelqu’un aurait donc peur de la famille. Ou aurait une haine de la famille. Pourtant, chaque français, politicien ou non, de droite ou de gauche est, de fait, issu d’une famille et en fait partie.
Par familiphobie, il faudrait entendre la haine de la famille catholique traditionnelle, formée d’un homme et d’une femme qui se marient pour faire des enfants. Comme si la (ou les) religion avait une vision uniforme de ce qu’était une famille autour d’un mariage. Pourtant, il faut attendre 500 ans après la mort de Jésus de Nazareth pour voir apparaitre les notions de descendance, fidélité ainsi que le sacrement, et le XIIème siècle pour que le Vatican autorise les sourds et muets à se marier. Et encore quelques centaines d’années pour qu’il n’autorise plus le mariage avec des mineurs. Il n’y a que depuis la Révolution que la notion de mariage catholique semble figé. La société, selon laquelle l’évolution du mariage religieux était calée a quant à elle évolué. Les familles aussi. Elles se séparent, se recomposent, ajoutent des membres et ne sont plus figées. Et c’est refuser ces modèles qui est familiphobe.

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Il y a un an, les mêmes personnes, plus nombreuses, lançaient un mouvement qui marquera l’Histoire de France à n’en pas douter. On y entendra des gens associer homosexualité et anormalité ou faire l’amalgame avec la pédophilie ou mieux, la fin du monde. Ainsi, les bourreaux homophobes seront eux mêmes inventé une -phobie pour devenir des victimes. Comme si, être victime de quelque chose pouvait couvrir tout ce qu’on faisait et disait. Comme si « la France » était devenue familiphobe après avoir été antisémite, raciste, islamophobe, xenophobe, homophobe etc.

Je n’y crois pas. Moi je crois à cette France où l’on donne, pour des raisons d’audience jamais avouées, trop la parole à des gens qui ne la méritent pas, qui abusent de la liberté d’expression faire arroser des discours aussi haineux que minoritaires.

Parce que la devise nationale n’est pas qu’une maxime.

Je crois en la liberté. La liberté qui était marquée sur le portail de mon école. La liberté de penser, de croire, d’aimer, d’entreprendre, d’imaginer, de créer, de penser, d’apprendre, de posséder, de son corps, de savoir…
La liberté pour laquelle 150 000 français sont morts pendant la Révolution.
La liberté du 17 janvier 1975 pour que les femmes disposent de leur corps.
La liberté du 4 aout 1982 pour que les homosexuels vivent leurs amours.

Je crois l’égalité. L’égalité qui était gravée sur le fronton de ma mairie. L’égalité devant la justice, les salaires, les droits, les soins, l’éducation, les transports…
L’égalité pour laquelle 10 000 français ont été guillotinés.
L’égalité du 21 avril 1944 autorisant les femmes à voter, comme les hommes.
L’égalité du 17 mai 2013 autorisant les couples homosexuels à se marier, comme les hétérosexuels.

Je crois en la fraternité. La fraternité racontée dans le linteau de l’église. La fraternité entre les jeunes, les vieux, les arabes, les blancs, les chinois, les juifs, les protestants, les musulmans, les athées, les non définis, des engagés et ceux qui s’en foutent.
La fraternité obtenue après des millions de morts dans des dizaines de guerres.
La fraternité que tous les « pas classiques », qui se tiennent rarement la main, attendent depuis si longtemps.
La fraternité qu’une poignée d’irrésistibles bruyants médiatiques refusent d’accepter sous couvert de combats politiques et sociaux pour la régression, tels des soldats sans armée ou une nonne sans cause.

Peut-être est-ce le fond. Peut-être qu’installés dans leur confort occidental, certains français se voient pousser des ailes de révoltes lorsqu’ils voient le printemps arabes, la révolte Thaïlandaise, la Syrie ou l’Ukraine dans la journal de Jean-Pierre Pernault. Peut-être que ces quelques dizaines de milliers de manifestants qui se disent contre l’IVG, les homosexuels ou pour des causes perdues sont en manque d’engagement, tel un ado perdu dans sa chambre qui part faire le djihad. Et pourtant, nous en avons en France des causes à soutenir. Des pas marrantes. Des malades à visiter jusqu’aux SDF à soutenir.

Mais je continue à penser que quelques enragés télévisuels ne sont pas la France. Je continue à penser que 500 000 même 1 ou 2 millions de personnes qui rejoignent la Manif Pour Tous ne fait pas de la France un pays homophobe. Je continue à penser que quelques milliers de dieudonnistes qui manifestent aux côtés d’anti IVG intégristes et de musulmans convaincus ne fait pas de la France un pays antisémite. Je continue à penser que 18% bulletins de votants inscrit où il est écrit Front National représente 6,4 millions de votes et non 18% des français. Et je continue de penser que la France se fait une image d’elle même grandement travestit par les images que donnent ceux qui en vivent.
Désolé Maxime mais moi, je m’en fous pas de la France.

Mais pourquoi tu fais plus de photos Benjamin ?

Voila la question qu’on m’a posé hier soir. Elle réalité elle est un peu faussée. J’en ai encore fait aux Transmusicales. Mais il est vrai que je suis incapable de donner directement le dernier concert que j’ai photographié dans une salle.
Les raisons sont aussi simples que diverses.
Je n’éprouve plus de plaisir à courir après les accréditations, ce fameux sésame que tu passes plusieurs ou appels à obtenir, qui te permet de venir équipé pour assister au concert et prendre des images le plus souvent sur les trois premiers titres.
Je n’éprouve plus de plaisir à attendre pendant des longues minutes (voire des longues heures) pour faire les mêmes images que plusieurs autres photographes à côté de moi.
Je n’éprouve plus de plaisir à rentrer chez moi plusieurs fois par semaine, à trier puis traiter mes photos jusqu’à 1H, les publier, pour qu’une centaine de personnes regardent ce que j’ai produit.
Je n’éprouve plus de plaisir à tenter de faire reconnaître la qualité de mon travail alors que le nombre des photographes de concert a explosé tandis que la qualité s’effondrait.
Je n’éprouve plus de plaisir à venir filmer un groupe pendant une heure, retoucher sa vidéo pendant deux et en passer plusieurs autres à la traiter ou la mettre en ligne.

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Je ne suis pas influent dans le musique. Je ne le serai jamais. Je ne ferai jamais vendre des millions d’albums. Je ne ferai jamais décoller des carrières. Ma plus-value n’a jamais été là. Elle a été dans mes découvertes et mes images. A leur niveau.
Jusqu’ici je ne m’étais jamais posé de question sur mon importance dans tout ça. Je faisais ma petite vie, derrière mon ordinateur et mes appareils photos. Et j’ai réalisé que je n’avais plus envie de négocier pendant des semaines pour assister au festival d’un grand magazine pour, au final, en faire la promotion gratuitement. J’ai réalisé également qu’un live tweet d’un festival avait plus d’impact qu’un article que j’avais pu écrire pendant des heures. Ou encore que 3 de mes coups de gueule avait été plus lus que tous mes reports de concert réunis.

Outre le fait que la presse se meurt et que la photographie n’est clairement pas sa priorité en terme d’achat, la place du blog en 2014 n’est plus celle de l’âge d’or de la blogosphère. Et puis quelle blogosphère ? Elle est morte la période où je croisais Benjamin Fogiel de Playlist Society, Romain Delak de MyGoodZik ou encore Jean-Sébastien Zanchi de GoodKarma, au détour de concerts, qu’on établissait un top des blogueurs et qu’on se faisait des soirées rien que pour nous. Elle est morte la période où je partais en festival avec Rod, où que je collaborais avec plusieurs photographes pour alimenter quotidiennement plusieurs blogs. Aujourd’hui cette blogosphère a été remplacée par des portails comme PureCharts ou Madmoizelle qui phagocytent l’attention des promotions, et la notion d’audience a remplacé celle d’influence. Surement plus à raison à qu’à tord.

Avec Le Hiboo, j’avais rapidement pris le virage de la vidéo, dès 2008. Une autre façon de voir les choses et de se démarquer de ce qu’il se faisait. Aujourd’hui les séances promos sont le plus souvent faites de nombreux tournages à la suite, du même morceau dans le même endroit. Alors j’en ai cherché des méthodes de me démarquer : des SK*(wat) Sessions à La Marquise en passant par P20RIS et son parti pris de réalisation. Sauf que mes interlocuteurs voient rarement la différence entre une session pour P20RIS et une session faite avec une caméra posée sur un pied. Et dans ceux qui voient la différence, rares sont ceux qui arrivent à comprendre qu’elle a un coût. Et encore plus rares sont ceux qui souhaitent la financer.

Et les déceptions sont nombreuses. Quand tu commences à bloguer et que tu reçois des CD et des places de concert, t’es content. Puis tu comprends le système. Comment un article ou un tweet peuvent faire de toi l’une des cautions d’un système qui en a besoin pour adouber des artistes, les signer, les promouvoir etc. Alors tu te prends au jeu, et tu fais tout ça gratuitement. Parce que c’est pas ton métier d’être journaliste. Tu fais ça parce que tu crois en ce que tu dis, parce que ça te fait plaisir, parce que t’as des idéaux et parce t’as tout plein de copains. Rapidement, tu te rends compte qu’en fait, les copains sont là quand ils ont besoin de toi. Tu te rends compte que beaucoup te considèrent comme un passe plat médiatique qui, en plus, n’a pas le droit d’avoir un avis négatif. Tu te rends compte que les déceptions s’accumulent, que les groupes t’oublient, que les labels trouvent plus importants que toi et que, de fait, tu prends de moins en moins de plaisir.

Je ne crache pas dans la soupe. J’aurai l’occasion de fêter mes 10 ans de blogging demain et de revenir sur tout ce que ça m’a apporté (y compris financièrement et en nature). Mais j’ai ma fierté et mon opinion de moi même. Mon besoin de reconnaissance. C’est sans doute mal, mais après avoir couvert plus de 1000 concerts, défriché des centaines et des centaines de groupe et en avoir soutenu des dizaines avec tout ce que je pouvais, après avoir donné tout son temps et toute son énergie à créer et à soutenir la création, il est sous doute un peu naturel de vouloir un peu de reconnaissance. Pas seulement en ayant un iPad ou téléphone. Simplement en ayant encore l’impression d’être « dans le coup », en continuant à recevoir des informations et à être mis sur des projets musicaux intéressants.

J’écris encore, souvent. J’écoute encore, tous les jours. J’en parle maintenant sur Radio Néo et sur Virgin Radio. Je continue à mon rythme d’alimenter LeTransistor. Et j’ai encore envie de donner mon regard, même sous forme de photographie, sur la musique. Mais pas en restant entre l’artiste et son public pendant trois titres. Je continuerai à répondre aux artistes qui ont des projets, qui souhaitent avoir des images de leur concert (et pas seulement un portrait derrière un micro), où on les voit avant et après leur prestation ou pendant une tournée. Et je continuerai à répondre à mes clients où aux marques qui ont de vrais investissements avec de réels buts. Mais je ne pense pas revenir un jour au rythme de 300 concerts par an comme j’ai pu le faire, ni me sentir obliger de produire pour exister.
Je n’arrête pas de bloguer. J’ai envie de bloguer différemment. Et à ma façon.

« Un de mes meilleurs amis »

Je ne sais plus si j’étais déjà bourré ou pas.
Je ne sais pas si ça a de l’importance ou pas.
Pas tant sur la véracité, mais plutôt sur l’importance accordée sur le coup.

C’était donc une soirée comme les autres. A la différence près que c’était la dernière que l’année. J’étais entre des dizaines de gens que je ne connaissais pas, dans un appartement que je connaissais pouvoir avoir uriner à sa fenêtre et tenu les cheveux d’un ami qui y vomissait. Autant dire des souvenirs mémorables donc, quand bien même ils ne sont probablement pas les plus glorieux.

Alors qu’on avait déjà prononcé les mots « résolution » et « à l’année prochaine », qu’on avait déjà dansé 2 fois sur Get Lucky et 3 sur Blurred Line (j’extrapole, y’avait que deux personnes qui dansaient (et comme par hasard c’était les deux seuls noires de la soirée (enfin je dis pas ça pour être raciste (et encore moins pour ouvrir des dizaines de parenthèses))), l’amie qui m’avait fait venir me présente avec son sourire blond : « ah bah ça c’est Benji c’est un de mes meilleurs amis ».

J’ai eu l’impression d’avoir une promotion. Pas tellement que notre relation a particulièrement changé avant ou après, mais l’annonce de « meilleur ami » m’a donné un sourire invisible que j’étais le seul à voir.

Tout ça remonte au temps où je suis arrivé dans un collège, dans mon 6e logement depuis que j’étais né, où je ne connaissais personne. J’y ai passé 3 ans, et y ai eu mes premiers vrais amis. Ceux avec qui on partage des trucs pendant une période assez longue pour qu’on prétende les connaitre. Et puis au bout de 3 ans, brutale séparation pour cause de nouveau déménagement, nouveau collège etc. A l’époque je n’avais ni portable, ni Facebook, ni e-mail. Une personne physiquement éloignée était donc une personne perdue. J’ai perdu celui que moi j’appelais mon meilleur ami, comme Montaigne le décrivait, et je n’ai que rarement retrouvé ça.

Avec le temps va tout s’en va mais pas l’amour que j’ai pour toi. Ca n’a rien à voir avec mon histoire mais j’ai toujours rêvé (je crois) de citer La Fouine qui cite Léo Ferré. Avec le temps, par contre, j’ai eu des amis. Du genre de ceux que tu gardes et que quand t’es dans la merde au point de t’imaginer que t’en es une aussi, ils sont là. Ce genre là.

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Mais le mot « meilleur ami » je crois que je l’avais un peu perdu de vue. Et qu’il ne m’avait jamais été attribué alors qu’autour de moi j’en voyais un peu partout. Aujourd’hui il a surement moins d’importance qu’il en aura eu y’a 15 ans, maintenant que je sais que j’ai plusieurs cercles d’amis (qui se mélangent rarement d’ailleurs) que je vois régulièrement. Mais l’arrivée de ce mot, subitement, de manière inattendue m’a rempli d’une joie intense et sans doute de fierté.

Finalement je crois que le mot meilleur ami, c’est un peu comme le coffret Maxi Burger Play Doh. Maintenant que j’ai la possibilité de l’avoir, il ne m’intéresse plus vraiment. Mais il est là. Et même si je dois avouer que j’hésite encore à m’acheter mon coffret de pâte à modeler pour passer mes dimanches pluvieux, je pense profiter encore longtemps de mon nouveau mot. Parce que c’est peut être ça devenir heureux : apprendre à apprécier les petites choses.

Post bonheur

Je n’ai jamais su si c’était une sensation normale ou si j’étais juste sur-réceptif aux émotions. Elle arrive souvent le dimanche en fin de journée. Je crois qu’elle a débuté quand j’étais au collège et que je regardais e=m6. Je savais que l’émission signait la fin du week-end et donc l’arrivée du dur lundi matin, des cours que je n’aimais pas et de tout ce qui les accompagnait.

Je n’ai pas le souvenir de m’y être fait, mais je sais que plus récemment, il est devenu rare ce syndrome du dimanche soir. Et pourtant il réapparait parfois, au détour d’un week-end entre amis ou en amoureux, d’un voyage ou d’un grand événement. L’agitation se meurt, le calme meuble et une sensation de profond vide se fait sentir. Et rien ne peut le combler. Je crois que plus les jours précédents ont été forts, plus le vide est violent et plus le syndrome du lundi matin persiste pendant la semaine.

Je n’ai jamais trouvé de remède à mon syndrome que j’ai appelé de post bonheur. La parade du « dodo tôt » ne fonctionne pas. Celle du film permet d’oublier pendant quelques heures à condition qu’il ne soit ni triste, ni en rapport avec le week-end. J’ai songé à prendre une journée de réadaptation comme on fait quand on revient de loin pour se remettre de ce qu’on pourrait nommer le happinesslag, mais en réalité rien n’y fait.

J’en suis venu à la conclusion que la vie était un contraste. L’intelligence, c’est le seul outil qui permet à l’homme de mesurer l’étendue de son malheur disait Pierre Desproges. Eh bien je crois que l’étendu de son malheur est le seul outil qui permet de mesurer l’étendue de son bonheur. Car même s’il est vrai qu’à l’instant le plus sombre du dit dimanche soir j’ai du mal à relativiser de cette façon, ce post bonheur reste le signe que j’ai passé quelques jours mémorables. Et parfois, quelques minutes d’une rencontre extraordinaire ou d’un moment incroyable valent bien les quelques heures de deuil nécessaires.

Il aura 9 ans

Je me rappelle de son premier regard. Je n’étais pas revenu ici depuis un an. Peut être deux. Au hasard des rencontres, quelqu’un m’avait dit : « Si vraiment ça t’intéresse tu peux venir les samedis. Une ou deux fois par mois par exemple ». Alors je suis revenu. Officiellement, parce qu’on me l’avait demandé. Au fond, pour moi. Et un peu pour elle.

Il était assis sur une chaise semblant ne rien attendre du tout mais avec un sourire ineffaçable au milieu du visage. Il me prêta le livre qu’il avait dans la main et me donna son nom. Enzo. Visiblement il n’avait pas le droit d’être là puisqu’on le fit rapidement partir. Mon contact me fit faire un tour du propriétaire. J’avais encore quelques bribes des lieux pour y être passé quelques fois. En fait si je devais être honnête, j’ai des souvenirs très précis de mon unique visite. Et c’est surtout parce qu’elle fut unique que j’eu l’envie de venir ici, comme pour dire « Voilà, tu vois, je suis là, j’ai le courage de venir ». Après un tour d’honneur où tout le monde me regarde, intrigué, j’ai eu le droit aux quelques règles primordiales ici : s’amuser et ne pas poser de question. Un bon programme. Simple.

Je n’ai pas revu Enzo ce jour là, et son livre est resté dans mon sac jusqu’au mois suivant. Quand je suis venu lui rendre, il était avec d’autres de divers âges, visiblement tous à l’aise avec les gens qui venaient épisodiquement les voir, pour un atelier théâtre, une animation de clown, une projection de film… N’étant spécialiste en rien, je faisais un peu ce qu’on me demandait. Au fil de mes visites, j’en ai appris plus sur l’organisation. Qui fait quoi, qui aime qui, qui est où… J’ai compris que s’il ne fallait pas poser de question, c’est parce que les réponses viennent sans qu’on les y attend. Un jour Enzo me dit qu’il avait 8 ans, plus de cheveux, mais toutes ses dents. Certains m’ont raconté comment ils étaient arrivés là, ce qu’ils y faisaient, le prénom de leurs amis, les bêtises de leur chat à la maison.

Enzo, jamais.
Pourtant à chacune de mes venues il était là, et si c’était des visites individuelles il demandait à ce que je passe le voir.
Un samedi, je suis arrivé et il n’était plus là. Il avait subitement disparu après plusieurs mois. J’ai appris qu’il était parti à Rouen pour se rapprocher de ses parents. Quelques semaines plus tard, il a envoyé une série de dessins dont un m’était destiné. J’étais à la fois content de l’attention et heureux parce qu’ici les gens partent toujours plus joyeux que quand ils sont arrivés.

S’en sont passés depuis, des samedis. Je me suis promené dans les alentours pour aller voir aussi des plus âgés, dont j’ai découvert la solitude. Bizarrement je n’ai jamais oublié Enzo, parce qu’il était mon premier nouveau souvenir ici. Je n’avais jamais eu de nouvelles de lui, et j’avais appris à ne pas en demander, jusqu’à ce soir.

La maladie qui l’avait poursuivi pendant visiblement longtemps a eu raison de lui et l’a emporté peu après Noël. Je l’ai appris brutalement, deux jours après.
Je suis resté stupéfait, seul à côté de mon téléphone. J’ai cherché son dessin, enfouit quelque part dans ma boite à chaussures qui sert de boite de Pandore pour souvenirs. Il était là, comme s’il attendait que je le sorte un jour. C’était un peu mon doudou à moi.

Je n’ai pas su comment réagir. Alors j’ai écrit. Et puis j’ai décidé de le publier… Parce que j’ai appris qu’il y avait trop d’Enzo. Que personne ne pourrait jamais leur rendre hommage. Que rien ne pourra faire changer les choses. Mais que j’ai peut être été plus utile pendant ces quelques mois avec lui et les autres, que pendant tout le temps que je peux passer à écrire des âneries.
Alors c’est mon petit hommage à moi. Ma pensée dans mon coin. Pour Anne-Sophie. Pour Enzo. Pour les autres.

J’aurai sans doute oublié ce passage dès demain quand je raconterai tout et n’importe quoi. Mais dans ce moment où je donne un autre sens au mot « relativité » d’Einstein, j’ai envie de me rappeler à quel point les Enzo m’ont appris sur moi et sur la vie pendant cette année.

Alors je pense à lui. Lui qui aura 9 ans. Toujours.

Ma visite à André Breton

Je sortais d’un spectacle, c’était un dimanche un peu gris comme je les exècre. De passage dans le XVIIème, je passe à côté du cimetière des Batignolles. J’en profite pour claquer la bise à Paul Verlaine. J’aime bien ça. Ça a finalement peut d’intérêt, ça pourrait être le tombeau de n’importe qui, malgré les quelques fleurs supplémentaires qui l’ornent mais ça me donne l’impression d’être un lui, d’être avec le mec des livres, celui qui m’enchante. Celui qui a connu Rimbaud aussi. Comme disait Brassens, son caveau est plein comme un œuf. Mais Verlaine est là entre ses deux parents et son fils, recouvert d’une pierre pleine d’écritures. Non loin de lui repose Blaise Cendrars sous une lourde croix de pierre où est sobrement écrit « Famille Lamberjack ».

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Après un rapide tour, je m’apprête à partir quand je vois écris sur une banale et morne tombe « André Breton ». Ça n’a rien d’amusant mais ça m’amuse de voir cet homonyme. Puis à quelques mètres de là apparaît le nom d’un autre poète surréaliste, Benjamin Péret. Je prends le temps de vérifier et Google m’apprends qu’en effet, les deux chefs de file du surréalisme morts respectivement en 1966 et en 1959 sont inhumés à quelques mètres l’un de l’autre ici, entre un stade, le périphérique et le lycée Balzac (qui lui dort tranquillement au Père Lachaise).

De fait j’en ai profité pour taper une causette intérieure où on se rappela Duchamp, son exil à New York pendant la guerre et sa théorisation de tout un tas de théories. Péret ne devait pas être là. Ou il écoutait sagement. J’aurais aimé avoir un manifeste du surréalisme pour lui faire expliquer quelques passages, ou comprendre le pourquoi de certaines photos de Nadja. Je me suis contenté de mes réflexions intérieurs et de mes souvenirs de lectures émues.

Je suis parti avec le jour, heureux comme après la rencontre fortuite d’un ami de longue date dans la rue à qui on avait beaucoup de choses à dire. J’aurais appris qu’André Breton repose en paix et bien accompagné. Et j’espère que depuis 1966, il a trouvé l’or du temps…

Beaffle #12 : Les NRJ Music Awards

Pas plus tard que tard que samedi soir se déroulaient les NMA. Alors c’est quoi les NMA me direz vous. Wikipedia dit : “An enema is the procedure of introducing liquids into the rectum and colon via the anus”. Eh bien les NMA en français, c’est à dire les NRJ Music Awards c’est exactement l’inverse : il s’agit d’expulser tout ce qu’on a engrangé pendant l’année dans le rectum et dans colon via TF1 qui joue donc le rôle d’anus.

C’est d’ailleurs à cette occasion il y a deux que j’avais découvert 1789, la comédie musicale qui fait passer la Révolution Française pour un épisode de Plus Belle la Vie. Elle était nommée dans la catégorie “troupe francophone de l’année” alors même qu’elle n’avait jamais jouée publiquement. J’en aurais presque oublié que le spectacle était co-produit par NRJ. Et j’avais également découvert l’année passée Keen’V, l’inverse de Kevin mais pas d’un beauf, qui avait interprété un magnifique playback. Sauf qu’il y avait un son différent dans ses esgourdes et à l’antenne et que le Bonnet, c’est son nom, s’était retrouvé en direct à bouger ses lèvres sur des blancs musicaux.

Pour ceux qui n’auraient pas pu voir la cérémonie, et j’espère que vous êtes nombreux, voici un récapitulatif de ce qu’il fallait absolument manquer.
21 heures zero zero. Stromae chante Papaoutai avec Will.I.Am. Jusque là, tout va bien.
21H10. Zaz chante On ira. Elle a la décence de ne pas finir par “tous au paradis”. On garde espoir donc.
21H17. One Direction gagne le prix du groupe de l’année. Passons.
21H19. Louis Delors devient l’année francophone de l’année. Si comme moi vous ne savez pas qui sais, je vous épargne la recherche. Ce n’est pas le frère de Martine Aubry et donc le fils de Jacques Delors, c’est un mec qui a gagné The Voice. Sur TF1 donc. Tu commences à la sentir l’embrouille ? En face de lui on avait Axel Tony, Brice Conrad et Maude. J’ai pas eu le courage de chercher qui ils étaient démerdez vous.
21H20 : Max Boublil le mec le point drôle de France arrive à moitié à poil pour demander à Shy’m de venir dans sa chambre pour niquer. J’ai même pas souri.
21H28 : Katy Perry subit le même sort que Keen’V l’année dernière. Je parle pas du fait d’avoir une coiffure de beauf et la coupe de barbe d’un passionné de tuning mais du fait d’avoir un mauvais playback en fond sonore. Classe.
21H35 : « Merci à toute l’équipe Tal grâce à qui je peux vivre ce rêve ». C’est Tal qui gagne le prix de meuf de l’année donc. Richard Gasquet lui remet son prix. Il expliquait avant qu’il était « très mauvais en chanson ». Donc finalement il a sa place ici autant que les autres.
21H40 : Je zappe sur France 2. Soit Philippe Bouvard est mort et c’est une émission hommage, soit c’est en direct et ça va pas tarder.
21H42 : Christophe Maé reçoit un truc d’honneur remis par Alizée. J’ai cru rêvé mais non.
21H57 : Alizée reste sur scène et tente Bang Bang en duo avec Will.I.Am. Et si tu crois qu’on a touché le fond, attends la suite, c’est un puits, que dis-je, c’est un forage.
22H00 : Adriana Karembeu et un mec que je sais pas qui c’est, jouent une parodie de Titanic. Ça fait marrer les gens. OK.
22H04 : On refourgue un prix Katy Perry. En même temps vu le cachet qu’elle a du prendre pour venir ils peuvent bien faire ça. Elle sera meuf internationale de l’année.
22H08 : Auto promo encore. Les mecs de la série Nos Chers Voisins se pointent et dégagent vite fait.
22H10 : 2e prix pour One Direction. Visiblement, plus tu prends chers, plus tu prends de prix.
22H16 : Un autre déchet de The Voice arrive sur le plateau et baragouine je ne sais quelle chanson.
22H18 : Je fais pipi.
22H33 : Claudia Tagbo, Chris Marques et Jean-Marc Généreux remettent un nouveau prix à Katy Perry. J’ai aucune putain d’idée de qui ils sont.
22H39 : Hommage à Florent Pagny. Là je pense que le fond est presque touché.
22H41 : J’avais tord, on pouvait descendre plus bas : une flopée de chanteurs reprennent Ma Liberté de Penser, en oubliant les paroles.
22H45 : Ça n’en finit plus. Bruno Mars gagne un prix. Voila.
22H51 : Ma pizza arrive
23H00 : Katy Perry est rentabilisée encore une fois et chante je sais pas trop quoi.
23H05 : Titoff danse sur scène avec une gonzesse. Je n’arrive pas à savoir si c’est plus pathétique ou plus misogyne.
23H12 : James Arthur est révélation de l’année. Un mec qui sort de la même émission de One Direction.
23H22 : Joyce Jonathan monte sur scène et un danseur avec une coiffeur extrêmement chelou s’excite autour d’elle.
23H25 : Stromae gagne un prix.
23H31 : Pic de la soirée : hommage à Mandela qui meurt encore une fois. Des dizaines d’artistes qui n’avaient sans doute jamais entendu parler de lui avec qu’ils meurent chanteur pour lui sur TF1.
23H46 : Duel entre 1789 Les amants de la Bastille, Daft Punk, Génération Goldman et Robin des Bois. C’est les derniers qui gagnent. Voila.
23H48 : Florent Pagny chante. Et annonce qu’il sera bientôt dans The Voice. Sur TF1 donc.
23H55 : Stromae gagne encore un prix. On ne sait pas où est passée Zaz.
23H57 : Je me rends compte que cette histoire a quand même durée 3 putain d’heures, ce qui est globalement long. Moi quand je fais caca ça ne dure quelques minutes.

Eh bien sache que TF1 a quand même réunis 5.6 millions de téléspectateurs pour sa foire aux bestioles radiophonique, soit un peu plus de le pré enterrement de Philippe Bouvard. pendant ce temps, à 22H30 débutait l’excellent Behind The Wall, document sur le film des Pink Floyd qui réunissait à peine un demi million de personnes. Triste ? Peut être pas. The Wall a fêter ses 30 ans l’année dernière. Et je suis prêt à parier que dans trente ans, on s’en souviendra encore. Alors qu’on aura sans doute oublier l’immense majorité des lauréats de samedi soir. En tout cas, j’espère bien !

Yann Barthès : quenelle mediatique

Je ne regarde plus la télévision. Pas tellement que les fictions formatées à l’extrême me gênent, je choisis mes films et mes séries via internet. Mais depuis un moment, la parisianisation de la télévision et ses règlements de compte en direct me boursoufle le cortex cérébral comme un prof de maths dans une soirée avec Nabila.

On savait que Morandini n’avait d’ambition que de passer à la télévision pour (se) taper (sur) des confrères et consoeurs et prouver sa supériorité en humiliant ses équipes alors que ses audiences n’atteignent d’exceptionnellement la mesure de son quotient intellectuel.
On savait aussi que les émissions d’Ardisson, Salut les terriens en tête, ne grappillaient guère plus d’un millier de téléspectateurs une fois le périphérique franchis.
Puis on a eu cette fameuse histoire Thuram, ex-gloire du football français invité sur un plateau alors qu’il n’avait rien à vendre, déballe ses SMS tel un « Si tu reviens j’annule tout » espérant intéresser le français moyen. Ou sur les conseils de son avocat qui imagine pouvoir éviter un procès pour violences conjugales en utilisant la presse.
Enfin la semaine dernière, une miss météo inconnue règle ses comptes à coups d’allusions sexuelles avec son ex (petit) ami Nicolas Bedos en direct dans Le Grand Journal. Un grand moment de solitude pour qui n’est ni miss météo ni Nicolas Bedos.

Que la rédaction de PureMedias/Ozap trouve que Le Grand Journal est la meilleure émission du monde dans une dizaine d’articles parce que leurs rédacteurs en chef sont partis en vacances ensemble ne me choque plus. J’ai vu tellement d’articles écrits uniquement par connivence, qu’à force, l’éditorial de la presse influencé directement par les copinages ne m’étonne plus. Je ne relève même plus les énormités que certains scribouillards à qui l’on fourgue un abattement fiscal une carte de presse peuvent écrire. Sans compter le nombre de rédaction qui diffusent des communiqués de presse, en traitant l’information d’un simple copier-coller.

Mais depuis quelques années, fleurissent ceux qu’on appellent les émissions médias : Le secret des source, Medias le magazine, Le grand bain, L’atelier des médias, LCI est @vous le mag, Le grand direct des médias, Touche pas à mon poste etc. Pas une seule n’a relevé le manque de distance entre les journalistes qui font la télévision, et ceux qui y viennent pour vendre leurs soupes. Pire, rares sont les émissions qui osent objectivement attaquer un confrère, sans aller à l’attaque personnelle comme le font systématiquement les Morandini ou Hanouna son un ton moralisateur.

Les rares a faire ce travail de journalisme média comme acrimed ou @rret sur images sont obligés de faire uniquement avec les dons/abonnements de leur public. NDLR

Et puis il y a Le Petit Journal, 26 minutes caustique et acide qui n’hésite pas à afficher ostensiblement toutes les marques qui aident (financièrement ?) à sa réalisation. Son présentateur Yann Barthès n’hésite pas à donner de sa personne et de sa morale pour dénoncer un reportage trafiqué de TF1 ou encore s’excuser lorsqu’un spectateur du public se met à faire la quenelle de Dieudonné en arrière plan. Sauf que visiblement, le geste n’a pas toujours gêné Yann Barthès, comme le montre cette photo datée du 4 juillet 2012.
quenelle yann barthes

Bien qu’il soit probable qu’il n’était pas conscient du geste qu’il exécutait, la photo peut surprendre, quelques jours après son recadrage à l’antenne. (salutaire NDLR)

Alors quoi ? Yann Barthès est il antisémite ? Probablement que non il ne connaissait visiblement pas la signification de son geste. Reste que l’image que renvoie du pays audiovisuel, dans un contexte où le populisme est au plus haut, dans une France qui rejette violemment quelqu’un qui gagne plus de 2 fois le SMIC, est une image profondément gênante. Celle d’une télévision à deux discours, consanguine et parisienne.
On oubliera vite l’incident Yann Barthès parce qu’en bon communiquant il saura s’expliquer simplement et se faire entendre. Ses confrères qui entre temps auront monté l’affaire en épingle, en buzz comme ils disent, verront qu’elle disparaitra et se sentiront encore une fois intouchables. Et ainsi la télévision des copains continuera. Jusqu’au prochain micro buzz.

Initialement publié sur Megaconnard.com

Pourquoi Karl Lagerfeld est un con

J’ai lu le livre de Karl Lagerfeld et de ses 3 nègres.
Ouais, Karl Lagerfeld, le mec qui a ouvert une boutique dans le Marais à sa propre effigie, avec son nom et ses photos de lui partout. Ouais, ça.

Le vêtement ne doit pas t’aller ; c’est toi qui doit aller au vêtement

Voila ce que Karl vomit entre autres aphorismes à mi chemin entre le skyblog de jenny du 58 et les réflexions de Yaniis L’mec Mignon Askiparai (auxquels j’aurais bien ajouté quelques étoiles, chatons et autres cœurs)

Eh bien permets moi de te tutoyer Karl, et de te dire que t’es un gros con. Non seulement parce que tu voudrais soumettre le monde aux formes que tu griffonnes pour lui, mais en plus parce que ton affirmation est, de fait, fausse.

Je m’explique. Et j’explique pourquoi t’es un con en deux points (dans ta gueule).

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1- Tu es créateur de mode. Ça fait rêver tous les pédés de 16 ans. Bosser dans la mode, les défilés, machin, toussa. Bon. Moi j’ai allé à un de tes défilés Channel (j’écris comme je veux). Je connais le prix de tes pièces haute couture qui font ta renommée. Et j’ai vu qui achetait ça. Ce qui est clair c’est qu’aucune des acheteuses de tes nippes ne rentre dans les tailles 32 que tu fais défiler. Donc de fait, quand tu refourgues tes loques à 15 000 boules pièces avenue Montaigne, bah tu les fais sur-mesure. Parce que c’est ça la haute couture. Et ça marche comment ? (je dis pas ça pour toi, mais pour d’autres qui pourraient lire notre conversation) Eh bah quelqu’un prend les mesures et HOP fait la pièce pour la personne. Du coup, le vêtement va à la personne parce qu’il est fait pour elle.
Donc déjà, point 1, tu (ou tes nègres) écris de la merde.

2- Tu es créateur de mode reconnu. Ça veut dire que quand tu racontes ou que tu fais un truc, tout le monde le fait. Ça veut dire que quand tu montres à la moitié de la planète que les gamines du Lycée Buffon doivent ressembler à des somaliennes des années 90’s, elles le croivent (sur Facebook on croive). Alors oui, elles sont connes de croive n’importe quoi. Alors non, je ne croive pas que tu portes la misère sociale du monde sur tes épaules. Mais quand même Karlou tu peux pas imposer ton carcan physique au monde en échange de l’accès à tes guenilles. Même H&M avec qui t’as pourtant un peu bossé a fait sa comm’ en foutant une taille 40 sur ses affiches.
Parce que t’es très clairement en train de dire que t’as pas à faire des fringues pour les grosses. Mais c’est pas à toi que je vais apprendre que tout ça n’est qu’une affaire de mode ou d’époque et qu’il y a quelques siècles, être grosse à la Cour de France, bah c’était cool.
Donc, point 2, t’es un connard un peu réac sur les bords.

Et tu vois à force, les gens comme toi ou l’autre gros débiboloss d’Abercrombie dont j’ai même pas envie de chercher le nom, ça me paît le cortex. J’hésite encore à savoir si vous ne cherchez que le sacro-saint buzz morandinien ou si vraiment, vous êtes des arrières. J’avoue que j’ai un peu mon idée sur la question. Mais quand même les mecs, regardez le Monde (la Terre, pas le journal) et comprenez que vous êtes juste des fabricants de loques, rien de plus. Tes potes de mondanités te filent des prix et te disent que t’es le meilleur d’entre eux, mais t’as pas juste l’impression d’être le plus gros poisson d’un aquarium que personne ne regarde ? Enfin, t’as l’air bien dans ton petit monde qui n’a toujours pas inventé la couleur. Mais sache jusque que tout ne monde n’est pas né dans la dorure avec le pognon pour se payer un ravalement de gueule qui vaut 2 fois de prix d’une maison.

Tiens, vu qu’il me reste une Minute et qu’on parle beaucoup de lui depuis hier, je te laisse avec mon Pierre Desproges qui parle de la mode bien mieux que moi. Et que toi.


Initialement publié sur Megaconnard

Citoyens démission !

J’ai été élevé dans une certaine tradition républicaine. Tout a commencé un 14 juillet. Pendant que mon père défilait pour commémorer la Fête Nationale, ma mère perdait les eaux et gagnait un enfant. Fils, petit fils, arrière petit fils (etc.) de musiciens, j’ai passé les dix huit premières années de ma vie à défiler à toutes les cérémonies. Quand j’apprenais à l’école notre Histoire, j’avais déjà en moi, les dates, des batailles et surtout la notion de souvenir.

Des années, après, je me rappelle encore du nom des morts de 14-18 inscrits sur le monument de mon village.
Basque Samuel, mort au champ d’honneur
Berthe Emile, mort au champ d’honneur
Duval Armand, mort au champ d’honneur…
Une cinquantaine de noms qui ne m’ont jamais paru abstraits. Peut être parce que mes grands parents m’ont parfois raconté ou montré la guerre. Peut être parce qu’on m’a appris le souvenir.

En quittant mon village pour mes études, j’ai arrêté de revenir pour les cérémonies. Puis mon grand père a du arrêter les défilés aussi. Mais même en profitant de ces jours comme du repos supplémentaire, même en me levant à midi, même sans regarder la cérémonie à la télévision, je pense à ces dizaines de millions de morts pour leurs idées ou leur liberté. Notre liberté.
Je n’y pense pas tous les jours, je suis sans doute plus croyant que pratiquant. Je n’aime pas la repentance, mais à chaque 11 novembre, à chaque 8 mai je repense à eux.

Aujourd’hui, j’ai été choqué de voir des citoyens français, dont la liberté était entre les mains de ceux qu’on honore chaque année, perturber une cérémonie d’hommage pour des raisons politique en demandant la démission du Président de la République. Le respect de nos morts et de nos ancêtres n’est pas politique. Il n’est pas sujet à instrumentalisation. Il n’est pas sujet à un clivage gauche droite. Il est une raison d’union nationale et de pause des débats. Il ne doit pas et ne devra jamais être l’objet de récupération par des mouvements ou pour des causes quelles qu’elles soient.

La perturbation des cérémonies du 11 novembre par des militants anti éco-taxe ou anti mariage gay prouve une fois de plus que les causes sont bien souvent desservies en premier lieu par ceux qui les soutiennent. La prise en otage des usagers à travers des grèves ou autre opération escargots (au lieu de favoriser une gratuité) en est déjà un bel exemple : on ne peut pas quémander une opinion publique favorable tout en faisant des français les victimes de ces revendications. Les perturbations d’aujourd’hui sont du même acabit. Une revendication doit être républicaine, et donc respecter la souveraineté nationale. Et on ne peut pas se dire républicain en salissant la mémoire de notre Histoire, la mémoire de ceux qui morts collectivement pour notre pays, et pas pour des idées personnelles et locales.

J’aimerais qu’un jour, les débats nationaux prennent de la hauteur et relativisent leurs enjeux. Et j’espère qu’un jour, on pourra débattre publiquement et nationalement de problèmes dans un respect de notre démocratie et des valeurs républicaines.