Séisme : le bon plan des haïtiens

« Toute façon ce qu’il nous faudrait c’est une bonne guerre » lâchait récemment non pas Luc Vigneron -qui ferait bien d’avoir un métier à propos avec son patronyme plutôt que d’enlever les AK-47 des mains de candides enfants afghans pour tenter de leur glisser les siennes- mais une personne totalement sans intérêt à tel point que je me suis demandé s’il ne serait pas animateur –les professionnels cathodiques rectifieront en présentateur- de journal télévisuel pour non-comprenant. Et s’il avait raison le con ? Si c’était ça la solution ? Après tout rien n’est plus florissant que le marché de la guerre : destruction, marché des armes, construction et hop c’est reparti.

C’est en partant que ces questions auxquelles je me refuse catégoriquement de réponse avoir s’y avoir réfléchie comme tout chef d’Etat qui se respecte –ou pas-, au moins quelques heures, que j’en suis venu à me demander si finalement le tremblement de terre –même si la trademark mondiale est ‘séisme’- en Haïti n’était pas une bonne chose. Avec à peine 120.000 morts et moins de 200.000 blessés, Haïti a non seulement réussi à faire venir les télévisions du même entier -chose que Paris Hilton, même en perdant sa culotte, n’a jamais réussi à faire- mais a également réussi à se faire financer la reconstruction du pays pour quelques milliards de dollars, dont la moitié provient d’autres pauvres du monde entier qui eux meurent sans caméra. Dans l’intimité en quelques sortes. C’est mieux.

C’est aujourd’hui que la réponse m’est apparue, quand le collectif qui s’est auto-appelé les « pays amis d’Haïti » -dont la plupart siègent à l’ONU qui a donc laissé crevé pendant des années Haïti mais c’était avant ça compte pas, pouce !- en la voix du premier canadien Stephen Harper ils ont conclu que la reconstruction du pays prendrait au moins dix ans. Dix ans… Dix longues années semblent penser les intellectuels donneurs d’ordre et bouffeurs de terres, liberticides et néocolonialismes. En seulement dix ans, les pays les plus puissants du monde vont donc faire d’Haïti leur cheval de bataille contre la pauvreté, applique leur plan Marshall à eux et recoloniser l’île comme à la bonne époque de l’Empire. En seulement dix ans, les puissances mondiales vont stabiliser le pays en abolissant le communisme –forcement- et en injectant la culture moderne featuring hôtels cinq étoiles de McDonald.
Bref, en 10 ans, Haïti va devenir la réplique exacte de son voisin Saint-Domingue –qui est en réalité l’ancien nom d’Haïti-, lieu touristique en vogue dans les soirées mondaines.

Finalement à coup de milliards de dollars, l’occident devrait facilement réussir à se redonner bonne conscience envers ce pays (de) barbare abandonné dans la misère depuis deux siècles et la haïtiens devraient finalement y trouver leur compte. Avec trois-cent-vingt fois moins de morts qu’une bonne guerre mondiale de chez nous, ils arrivent à se faire payer un pays tout neuf, tout à l’égout inclus et probablement CNN et FoxNews. Tout le monde et content non ? Reste à espérer que la conscience collective soit aussi restrictive que l’est la mémoire.

Les morts sont toujours plus verts dans les pays voisins

Hier, alors que je glandouillais machinalement sur internet en ne faisant rien d’autre que de préparer une nouvelle chronique en cherchant la recette du sorbet à la fraise -parceque Lidl ne vends plus celui que j’aimais bien et la nouvelle marque qu’ils ont mis à l’étalage ne vole pas bien haut-. Hier, donc, écrivais-je avant de digresser grassement, un ami photographe de presse m’envoie un e-mail pour me signaler son départ pour Haïti, où, comme vous le savez une centaine de milliers de plus ou moins pauvres personnes sont morts. « Et deux français » rajouterait notre ministre des affaires étranges, Bernard ‘couche toi là’ moins chauve mais plus chauvin que Thierry Roland.

Ainsi donc, cet ami qui travaille pour une agence de presse presque quelconque m’annonce t’il qu’il part pour Haïti afin de montrer au monde l’horreur actuelle de ce pays. Le voici donc en route pour l’autre bout du monde dans le but de satisfaire l’économie de marche de l’information qui consiste à surabonder d’images –puisqu’une information c ‘est une image, on ne va quand même pas la lire- tout en surabandonner tous les autres sujets anciennement dans l’information, ou pire, les sujets qui ne sont jamais traités sous prétexte qu’ils n’intéressent personne. C’est le cas d’Haïti par exemple.

En réalité ce fut le cas d’Haïti jusqu’à ce joli 12 janvier 2010 Mère Nature usa un peu trop violemment de son vibromasseur géant et péta la gueula à ces sales pauvres d’haïtiens. Pour ma part, je n’ai rien contre les haïtiens, je ne doute pas un seul instant que tout petit bout d’ile puisse contenir un petit peu de gens biens. Néanmoins, puisque depuis son indépendance il ya 200 ans le pays a été tantôt pillé économiquement par la France, laissé avec une dette extérieure parmi la plus haute du monde si on la rationne par habitant et étant le pays le plus pauvre du monde avec 80% d’habitants vivant sous le taux de pauvreté, j’avais conclu que ce pays était à la Terre ce que le FC Saint-Germain en Laye était au football élitique, c’est-à-dire pour les moins footballistiquement informés d’entre vous, approximativement rien.

Dans un élan formidable de générosité, une bande de dirigeants ont enregistré depuis leur salons dorés une vidéo faisant appel à la générosité des « gens » (ça c’est vous) pour aider les pauvres Haïtiens qui crèvent de faim et de froid et qui n’ont plus d’habitats sur leur îlot abandonné alors qu’avant ils devraient de faim, ils devraient de froid, mais, ils vivaient dans des bidonvilles. Ainsi, nos jolis dirigeants onuesques tentent de refaire cette magnifique opération à 17 milliards de dollars qu’ils avaient lancé pour ce qui est resté dans les anales -tous les mots en –al ne font pas leurs pluriels en –aux- comme LE tsunami (on a d’ailleurs appris ce jour là à 6 milliards de personne ce qu’était un’ tsunami’).

Après les appels des grands de ce monde viennent généralement les appels des célébrités. Entre les deux, arrivent normalement les virements bancaires de célérités comme le fut Michael Jackson qui font des dons mais sans caméras pour filmer leurs chèques de 12m² qu’ils mettent dans une enveloppe. Les célébrités donc. A défaut de mettre leur compte en bancaire à disposition des causes humanitaires, elles acceptent volontiers contre un peu de caméras de se montrer pour qu’on récolte sur leur dos –et sans avoir à leur reverser de pourcentage- quelques centaines de milliers de dollars pour racheter des bidons aux bidonvilliers. On notera notamment le très généreux appel aux dons de James Cameron –le décérébré à lunettes qui a commis le remake des Schtroumpfs à 1.3 milliards de dollars recettes et qui avait déjà commis le Titanic à un autre milliard.

Bien heureusement c’est bientôt le retour de la Ferme Célébrités, et on devrait enfin retrouver des images agréables à regarder pendant le repas familial du soir. J’en suis navré, mais j’ai toujours eu du mal à finir mon assiette en regardant une bande de somaliens crever en plein désert sans dessert. Petit nature…