Betancourt : évacuation sanitaire nécessaire mais compliquée

Les 3 hélicoptères de la CICR viennent d’arriver dans la nuit à Caracas avec à leur bord les 4 otages qui viennent de retrouver leurs familles. A l’issue de la conférence de presse, un des quatre otages e exprimé son inquiétude vis à vis d’Ingrid Betancourt, retenue depuis 6 ans dans la jungle colombienne. Luis Eladio Perez déclare l’avoir croisé pour la dernière fois le 4 février : « Elle était très très très malade ». « Elle souffre d’une hépatite B récurrente et est proche de la fin », a ajouté Gloria Polanco, autre otage libérée lors de la dernière opération. L’ex-otage affirme également que les FARC sont « sans pitié » avec elle : « Elle est enchaînée, entourée de personnes qui ne lui ont pas rendu la vie facile. Ils ont passé leur colère sur elle »
Le président vénézuelien Hugo Chavez a aussitôt demander aux FARC de changer Ingrid Betancourt d’endroit : « Transportez-la dans un camp près de vous, pendant que nous continuerons à travailler à sa libération définitive ». Dans un communiqué adressé à la radio privée Caracol, les FARC ont annoncé c’était la fin des libérations unilatérales –6 depuis janvier- et qu’ils attendaient désormais un retrait militaire à Pradera et à Florida dans le sud-ouest de la Colombie et un corridor d’approvisionnement stratégique dans les Andes, pour poursuivre les libérations, une condition toujours refusée jusqu’ici par les autorités. Cette précisément cette zone démilitarisée que refuse de leur céder le président colombien Alvaro Uribe.
Les FARC retiendraient encore plusieurs centaines d’otages comme Ingrid Betancourt, devenue la symbole des otages dans le monde. Cependant, la mobilisation médiatique sans précédant pour sa libération ont considérablement fait augmenter son « prix ». Aujourd’hui, il est certain que quand la sénatrice franco-colombienne sera libérée, les FARC perdra leur plus grosse monnaie d’échange mais également leur présence sur la scène politique internationale ou certaines organisations proposent de les retirer de la liste des organisations terroristes. Ainsi, on peut aisément penser que sans geste important de la part du président Uribe, Ingrid Betancourt sera parmi les derniers otages libérés, conséquence perverse de la mobilisation intense des différents comités de soutiens. Selon la FICIB, cette affirmation « ne tient pas. Tout d’abord, cela a été une question de vie ou de mort… Peu de gens se souviennent probablement aujourd’hui que lorsque Ingrid a été enlevée, ses ravisseurs avaient donné au gouvernement colombien un délai maximum d’un an pour procéder à un échange de prisonniers, faute de quoi ils ne répondaient pas de la vie de leur otage. ». C’est d’ailleurs l’adage que les comités de soutien avaient choisis en 2002 : Parlez d’Ingrid, elle vivra ; oubliez-la, elle mourra !

Emmanuel, fils de Clara Rojas : une vérité subjective

Alors que les FARC viennent de confirmer que le garçonnet retrouvé dans un orphelinat colombien est bien le fils de l’ex-directrice de campagne d’Ingrid Betancourt, et que les tests ADN confirment également cette information, le président colombien Alvaro Uribe continue sa pression sur les FARC. Un membre de la FICIB (Fédération Internationale des Comités Ingrid Betancourt) se confie « Si les échecs se poursuivent, Uribe aura le sang de dizaines d’otages sur les mains et la planète entière le saura ». Car c’est bel et bien l’annonce du président colombien le 1er janvier concernant le petit Emmanuel qui a définitivement sonné le glas de la mission d’échange.
Né en juin 2004 d’une liaison entre sa mère et un de ses gardiens, Emmanuel est très rapidement atteint de malaria, de gastro-entérite et aurait le bras cassé selon les propos de John Franck Pinchao l’otage qui s’est enfuit du camp l’année passée. Selon une source proche des FARC, le guérillo aurait été exécuté à cause de sa relation sexuelle proscrite avec Clara, bien loin de la version officielle qui veut que le guerillero ait été placé « loin de la ligne de front ». L’état de santé du nourrisson devenu inquiétant, les responsables du camp décident de placer l’enfant dans une famille de fermiers sans en parler ni à Clara Rojas ni à leur hiérarchie. En juin 2005, devant la santé toujours aussi mauvaise de l’enfant, Juan Christosanto Gomez Tapiero, le père adoptif, emmène Emmanuel, devenu Juan David, à l’hôpital de San José del Guaviare. Les médecins concluent immédiatement que l’enfant est victime de maltraitance : bras cassé, coups, brûlures… Juan David est aussitôt placé en juillet 2005 dans un foyer pour enfants abandonnées, un ICBF -Institut Colombien de Bien Etre Familial-. C’est seulement en décembre quand la direction des FARC a annoncé que trois otages dont Emmanuel allaient être libérés que tout s’est accéléré dans le camp. Le commandant Jéronimo, un des chefs du groupe local, est chargé de reprendre contact avec Gomez Tapiero afin de récupérer l’enfant. Il lui apprend alors que l’enfant est placé à Bogota. Menacé par les FARC, l’homme part à la capitale le 28 décembre pour récupérer son fils adoptif. La police colombienne, déjà au courant depuis septembre lors d’interception de communications téléphoniques par satellite, l’accueille et l’interroge. Gomez Tapiero affirme alors que les mauvais traitements constatés par les médecins lui ont été affligés en captivité allant même jusqu’à accuser Clara Rojas pour se blanchir.
Les FARC ont finalement été victimes de leur système « régionalisé » laissant à chaque camp local ses propres libertés de décider. En annonçant la libération de la sénatrice colombienne, Clara Rojas et son fils les dirigeants des FARC ne pensaient pas devoir faire face à la disparition d’Emmanuel, fait cependant connu par le gouvernement colombien.
Emmanuel devrait être prochainement recueilli par la famille de Clara, notamment par sa mère, en attendant la mise en marche d’un nouveau processus de négociation entre Hugo Chavez et les FARC qui pourrait se faire discrètement comme l’avait annoncé en début de semaine l’émissaire brésilien.

Une journée pour Ingrid Betancourt

A deux jours de la visite d’Hugo Chavez, le président de la République Bolivienne du Venezuela, les comités de soutien à Ingrid Betancourt se sont mobilisés hier. Après une marche au départ de la place des libertés du Trocadéro, un concert a été organisé en seulement douze jours- au Zénith de Paris. Contrairement à ce qui avait été annoncé, Piedad Cordoba, la sénatrice facilitatrice des négociations avec les FARC n’était pas présente. Le président Vénézuélien lui a en effet demandé de ne pas venir en France avant lui.


Hier soir au Zénith : Yolanda Pulecio -la mère d’Ingrid Betancourt- accompagnée de Mélanie et Lorenzo -les enfants d’Ingrid-

Plus d’une vingtaine d’artistes étaient donc réunis hier soir grâce au fidèle soutien de Renaud, parmis lesquels Michel Delpech, La Grande Sophie, Salvadore Adamo ou encore Renan Luce. Les ambassadeurs colombien et venezueliens avaient également fait le déplacement ainsi qu’une dizaine d’autres personnalités telles que l’ancienne otage Florence Aubenas, l’actrice Marisa Berenson ou la président de la Ligue Internationale des Droits de l’Homme, Souhayr Belhassen.

Renaud
Renaud hier soir à la conférence de presse

Michel Delpech
Michel Delpech interprétant « White is white »