Au cas où, si dans l’hypothèse que…

Aujourd’hui sera remis à 11H le Prix Nobel de la Paix. Bien que les dissidents chinois soient favoris -c’est leur année-, il reste quelque 196 autres candidats parmi lesquelles Ingrid Betancourt. Le comité de son ex-mari a d’ailleurs envoyé aujourd’hui en fin d’après-midi un communiqué de presse -sous embargo- avec invitation à une conférence de presse dans un grand hotel parisien, au cas où Ingrid Betancourt recevrait la récompense suprême.
Loin de moi de dire -encore une fois- que l’ex-otage des FARC en fait un peu trop depuis sa libération -et ce n’est pas Renaud qui me contredira-, mais je trouve, quand même, -et je ne vais pas me gêner pour le dire puisqu’on ne me pose pas la question- que l’envoi de ce communiqué est un peu déplacé. On sait tous que les discours et les réactions sont généralement écrits à l »avance de même que les nécrologies de Drucker et de Aznavour dorment au fond de tous les tiroirs de toutes les rédactions parisiennes, mais est-ce une raison pour tirer indécemment sur cette corde…
Voici donc quelques extraits du communiqué rédigé par Hervé Marro (auteur également de : « Pourquoi le match de foot France-Colombie doit être dédié à Ingrid Betancourt).
Merci de ne pas diffuser -tout comme moi- d’extrait, puisque comme le rappel l’auteur : « la réaction [est] SOUS EMBARGO jusqu’à l’éventuelle annonce ».

En attribuant le Prix Nobel de la Paix à Ingrid Betancourt, le Comité Nobel a décidé d’adresser un message fort aux preneurs d’otages et aux terroristes

Le Prix Nobel de la Paix est remis à Ingrid Betancourt au motif de ses combats menés en Colombie, avant son enlèvement en Colombie

Inévitablement, ce Nobel de la Paix doit inviter à la réflexion les puissants de ce monde car la prise d’otage devient sournoisement le fléau du XXIème siècle

Nous appelons de nos vœux l’organisation d’une convention internationale dans le prolongement de l’esprit de ce Prix Nobel de la Paix. Il est essentiel que des termes soient apposés face à l’infamie de la prise d’otage, il est urgent qu’un statut de l’otage soit défini pour mieux en prémunir chaque citoyen. Notre collectif fait part de sa disponibilité dans ce sens et agira dans l’optique de la concrétisation de cet objectif.

Remerciements : Chaque année depuis l’enlèvement d’Ingrid, nous avons remué ciel et terre pour qu’elle obtienne ce prix. Nous tenons à remercier chaleureusement les députés, les sénateurs et les universitaires français qui ont été forces de proposition auprès du Comité Nobel et sans qui Ingrid n’aurait jamais eu ce Prix.

Ingrid Betancourt

« Sans qui » hein ? Ils vont être contents les sénateurs et les députés demain à 11H…

Ingrid Betancourt : Pasionaria de la liberté

Ingrid Betancourt est devenue en 6 ans l’icône de la paix, de la réconciliation et du consensus en France et à travers le monde. La preuve a encore été faite hier lors de l’annonce de sa libération. Les deux principales chaînes de télévision ont arrêté leur programmation normale, la plupart des autres médias audiovisuels ont diffusé le message de sa libération et le Président de la République a tenu à intervenir en fin de soirée. S’il fallait un évènement de rassemblement cette année, ce serait sans aucun doute ce retour à la vie d’Ingrid Betancourt et cette libération militarisée intervenue sans fausse note.
Depuis l’année dernière, la libération de la sénatrice franco-colombienne était devenue une cause nationale et consensuelle malgré le fait qu’elle était inconnue avant sa capture par la majorité des français. C’est un des paramètres qu’ont du prendre en compte les hauts autorités intervenant tour à tour auprès des FARC pour faire évoluer les négociations, obligés à chaque action -plus ou moins hasardeuse- de fournir des résultats concrets aux centaines de millions d’yeux rivés sur la jungle.

Mélanie Delloye-Betancourt
Mélanie Delloye-Betancourt, le 20 décembre 2007

Aujourd’hui tout est différent ! Oubliées les opérations pieds nickelés du gouvernement Villepin. Oubliées les tensions presque guerrières entre les pays de l’Amérique du Sud. Oubliée le rôle déterminant des Etats-Unis dans le combat contre les FARC. Le 2 juillet 2008, le monde a découvert que quand on se mobilisait, quand on y croyait, on pouvait faire changer les choses. Car c’est bien les actions médiatiques et répétées des comités de soutien et de la famille d’Ingrid qui ont permis le couplage avec des actions politiques dans les plus hautes sphères qui ont aboutit hier à la libération de la sénatrice verte. Quand l’espoir est animé, il peut vivre jusqu’à la victoire.

Confusion totale en Amérique du Sud

On savait que la mort de Raul Reyes entamerait considérablement le moral des FARC et qu’elle aurait des conséquences sur leurs futures actions. Personne ne s’attendait à ce que cette frappe colombienne plonge l’Amérique latine dans un profond bordel diplomatique dont personne ne semble pressé de sortir à l’amiable.
« Ne t’avises pas de faire ça chez nous » avait lancer Hugo Chavez à Alvaro Uribe avant d’envoyer chars et bataillons à la frontière. Hier soir, l’Equateur et le Venezuela ont continué leur processus de rupture diplomatique. Après la fermeture des ambassades en Colombie ils ont expulsés le corps diplomatique colombien limitant ainsi tout contact.
Non content de la situation qui indigne la scène internationale qui appelle à l’accalmie, Alvaro Uribe a rendu public plusieurs documents saisis dans le camp de FARC après les bombardements. On y retrouve notamment plusieurs lettres de Raul Reyes adressé au secrétariat des FARC où il s’inquiétait de «la pression croissante sur Ingrid Betancourt» après les déclarations des otages libérés la semaine passée, affirmant que les guérilleros « s’acharnent sur elle ». L’ex-numéro 2 des FARC s’explique : « Que je sache, cette dame a un tempérament volcanique, elle est grossière et provocatrice avec les guérilleros chargés de s’en occuper. En prévision des plaintes de l’émissaire français, je dois l’informer de cette situation ». Oscar Naranjo, chef de la police colombienne affirme également que des accords secrets auraient été en cours entre les FARC et l’Equateur. «Quel est l’état de la relation entre le gouvernement équatorien et un groupe terroriste comme les Farc ?» s’est il interrogé. Ils auraient envisagé l’échange « d’informations pour le contrôle de la délinquance » dans la zone de frontièr, arguant qu’Uribe était « dangereux ». Le président Equatorien a immédiatement réagit, dénonçant la mise à mal délibérée de la « souveraineté » de son pays.
Michelle Bachelet, présidente du Chili, s’accordait avec ses homologues voisin en estimant que la situation «méritait une explication de la Colombie».Une partie des débats risque d’avoir lieu vendredi au sommet du groupe de Rio à Saint-Domingue. Seuls les Etats-Unis se sont étonnés de la «curieuse» réaction de Chávez, qui a fait observer une minute de silence à la mémoire de Reyes.

MAJ 15h12 – Le ton est encore monté d’un cran entre la Colombie et le Venezuela après l’annonce il y a quelques minutes d’Alvaro Uribe. Après que les autorités vénézuéliennes aient annoncé la fermeture de la frontière par l’intermédiaire du ministre de l’Agriculture Elias Jaua, le président colombien a annoncé vouloir poursuivre son homologue vénézuélien devant la Cour Pénale Internationale de La Haye pour « financement de génocide » pour son aide apportée aux FARC. Dans le même temps, le vice-président colombien annonçait à Genève avoir la preuve que les FARC étaient en train de produire des « armes sales » insinuant que Chavez en était le principal financeur.
Les FARC sont principalement connus pour être les principaux exportateurs de cocaïne dans le monde.

La situation s’aggrave en Amérique du Sud

La mort de Raul Reyes fait trembler toute l’Amérique du Sud. Les présidents equatorien et vénézuelien ont fait rapatrié leurs émissaires et fait fermer leurs amabassades. Hugo Chavez a également annoncer en direct à la télévision le déploiement de troupes à la frontière : « M. le ministre de la Défense, envoyez immédiatement dix bataillons à la frontière avec la Colombie, des bataillons de chars. L’armée de l’air doit se mobiliser. Nous ne voulons pas la guerre ».
Samedi, Chavez avait mis en garde la Colombie contre une action similiaire à celle faite à la frontière avec l’Equateur sans son pays. Il avait affirmé que ce serait « un motif de guerre ». Le lendemain, il avait indiqué qu’il enverrait des chasseurs d’origine russe en Colombie – pays allié des Etats-Unis – si les forces colombiennes menaient une attaque en territoire vénézuélien. La France a demandé à l’esemble des parties une certaine retenue préconisant « une solution négociée qui passe nécessairement par le règlement de la douloureuse question des otages détenus par les FARC ». Chavez a ensuite eu des mots très dur envers son homologue colombien affirmant que Uribe était « un criminel. Non seulement c’est un menteur, un parrain de la mafia, un paramilitaire qui dirige un narco-gouvernement et qui dirige un gouvernement laquais des Etats-Unis (…), mais il dirige, depuis son palais, une bande de criminels »
Ce matin, le gouvernement vénézuélien annonce qu’il a reçu un communiqué des FARC où ils estiment que la mort d’un de leurs dirigeants ne doit pas affecter les initiatives en faveur des captifs qui vise probablement à calmer les tensions. De son côté, la Maison Blanche a qualifié d’ « étrange » le comportement de Chavez dans la crise diplomatique.

Uribe veut la mort d’Ingrid Betancourt

Le chef des armées colombien vient d’annoncer la mort de Raul Reyes, tué par 17 guérilleros, suit eau bombardement d’un camp à la frontière avec l’Equateur.
Raul Reyes, de son vrai nom Luis Edgardo Devia, était le porte-parole des FARC, gendre et proche de Manuel Marulenda et pressenti à sa succession. Ex-conseille municipal communiste, il était devenu le contact privilégié des relations avec l’extérieur qu’elles soient médiatiques ou politiques.
Quelques heures après sa mort, le ministre de la Défense (sic !) colombien, Juan Manuel Santos annonçait : « C’est le plus gros coup jamais porté aux FARC ». C’est sans doute également le plus gros coup jamais porté aux accords humanitaires en cours et aux actions portées par les présidents Chavez et Sarkozy. Un ancien détenu dément cette position « Quand un guérillero meurt, j’ai observé en captivité, ils l’enterrent, ils le remplacent… et ils continuent » affirme Orlando Beltran. De nombreux coups durs auraient déjà touché les guérilleros sans pour autant provoqué de durcissements des conditions de détention.
Désormais on peut se réjouir de l’importance des manifestations pour Ingrid Betancourt. Son « prix » est certes devenu élevé, mais les FARC savent également que s’il ne rendait pas la sénatrice en vie, il perdrait toute légitimité dans leur combat et tout crédit sur la scène politique internationale. Alvaro Uribe en profiterait alors pour anéantir militairement la guérilla marxiste. Reste la proposition de Chavez qui demandait aux FARC de placer l’otage franco-colombienne dans un lieu sur et médicalisé ne attendant un accord ferme sur sa libération.

Betancourt : à la recherche d’un consensus

L’arrivée hier a Caracas des quatre otages libérés par les FARC n’a pas seulement été marquée par les embrassades avec les familles reconstituées. Deux des quatre otages ont déclaré que la sénatrice franco-colombienne Ingrid Betancourt, détenue comme eux depuis 6 ans, était « très très très malade ».

Dans un communiqué, Yolanda Puleccio, la mère d’Ingrid a demandé un « d’urgence un geste humanitaire » et de libération « immédiate » de sa fille. Après la réaction de François Fillon estimant que la vie de l’otage tenait à une « question de semaine », le président de la République a aussitôt lancer un appel en direction de Manuel Marulenda, le n°1 des FARC, en vue de la libération d’Ingrid : « C’est une question d’urgence humanitaire » a t’il déclaré avant d’affirmer qu’il irait la chercher « [lui]–même à la frontière entre le Venezuela et la Colombie si ça devait être une condition ». Il a enfin insisté sur la position de la France qui La « reste mobilisée jusqu’à la sortie du dernier otage, je m’y engage. Il faut qu’on arrive à faire libérer Ingrid Betancourt ».


Lorenzo et Mélanie Betancourt le 23 février 2008 (c) B.LEMAIRE

Après la vague de messages officiels, une conférence de presse s’est tenu au Lutetia se matin. Lorenzo, le fils d’Ingrid y est apparu tremblant, au bord des larmes : « On n’a plus le temps. Maman, l’être que j’ai de plus cher au monde est en train de mourir ». Il a ensuite appelé la communauté internationale à se mobiliser encore une fois « pour le bien de la liberté, pour la vie ».

Son père, Fabrice Delloye, ex-mari d’Ingrid, ne s’est pas montré plus optimiste : « Ingrid est en train de mourir. Elle est atteinte depuis longtemps d’une hépatite et chaque crise est plus dangereuse que les autres ». Il a également lancé un appel au nom de toutes les familles des otages «aux chefs d’Etat du monde entier à apporter leur soutien au président Alvaro Uribe pour qu’il accepte courageusement dans les plus brefs délais de discuter d’un accord humanitaire» avec la guérilla des FARC. L’appel a été relayé par l’ex-parlementaire et otage Consuelo Gonzalez, libérée en janvier, qui a fondu en larmes. «Président Uribe. Donnez-nous la main pour que mes compagnons retrouvent la vie», a-t-elle lancé.

Consuelo Gonzalez @ Rassemblement pour le 6e anniversaire de la détention d'Ingrid Betancourt
Consuelo Gonzalez le 24 février 2008 à Paris (c) B.LEMAIRE / WOSTOK