Un an de Sarkozysme

Ce soir à l’UMP c’est champagne et cotillons. Même si on sait que Nicolas Sarkozy ne devrait pas devenir, les militants accrochent déjà les banderoles et rassemblent les confettis.
Sarkozy, candidat c’était la rupture et la réforme. Sur le terrain de la rupture, autant dans le fond que dans la forme, le chef de l’Etat a surpris -trop parfois-, changer les traditions et s’est installé dans une non conformité qui lui a valu une chute vertigineuse de sa cote de popularité : on peut changer les choses, mais pas trop vite ont semblé vouloir dire les français qui seraient -selon un sondage de cette semaine- plus nombreux à voter Sarkozy si le premier tour arrivait aujourd’hui. Le style, qualifié de trivialement de bling-bling, est lui aussi définitivement en rupture avec ses prédécesseurs. Sous couvert de transparence promise, le Président montre et se montre –chose due-, il ne cache rien, pas même son salaire qu’il augment dès ses premiers mois de mandat, augmentation du pouvoir d’achat oblige. Le pouvoir est lui aussi en rupture et ça sera probablement l’un des grands changements de la réforme des institutions qui devrait amener là France en finir avec le régime parlementaire et aboutir à un régime présidentiel, à l’américaine. Sarkozy c’est aussi la rupture qui fait mal à l’opposition. C’est la rupture de la fracture gauche-droite tant critiquée par François Bayrou –qui n’est ni de gauche ni de droite ou alors pas tout le temps- avec l’ouverture de son gouvernement à des personnalités issues de milieux politiques différents.
Concernant les réformes, les français les ont jugé majoritairement nécessaires unes à unes, mais désapprouvent pourtant le Président. Pourquoi ? Sans aucun doute un énorme souci de communication de la part du Président qui a accumulé les bourdes publiques pour se tenir chaud. Quand on s’appelle Sarkozy et qu’on est un fin stratège de la communication, on n’a bien évidemment pas le droit à l’erreur. Néanmoins, les réformes annoncées sont lancées. Parfois timidement, parfois moins. Parfois urgente, parfois sur le long temps. Mais Sarkozy s’était surtout illustré pendant sa campagne par ses nombreux discours autour du pouvoir d’achat. C’est ce qui obscurcit aujourd’hui son image. Malgré la loi Travail Emploi Pouvoir d’Achat –la loi TEPA dite « paquet fiscal »-, les français sont loin d’être satisfaits. La raison est double : la crise économique arrivée quelques mois après le début du mandat de l’ex patron de l’UMP et surtout le fait que nombreux sont ceux qui se sont imaginer que leurs salaires allaient doubler. Contrairement à sa principale rivale de l’époque, speedy Sarko n’avait pas annoncé une hausse démesurée du SMIC mais une foule de mesures telles que la loi TEPA (votée), le RSA (en cours, réfuté par les socialistes), la hausse des minimums vieillesses et surtout la concentration des aides à ceux qui en ont en plus besoin. C’est probablement là que Sarkozy arrivera à long terme à prouver l’utilité de son action : en rééquilibrant les minima sociaux et les différentes aides en faisant sortir la société de l’assistanat laissée par mai 68 et en incitant à la reprise au travail. Le RSA est de ce fait la mesure la plus symbolique sur ce terrain.
Le bilan au bout d’un an n’est pas littéralement castrophique, surtout au vue des différentes analyses des apôtres de la social-médiocratie faites il y a un an. Finalement, la seule chose qui rassemble consensuellement politiques et journalistes aujourd’hui c’est qu’il reste quatre ans à tirer.

Sarkozy s’accorde une augmentation

La nouvelle fait trembler la gauche, sourire la droite : le chef de l’Etat doit il ou non s’augmenter son salaire ?
En France les salaires des hauts fonctionnaires sont fixés par le Parlement pour les membres du gouvernement (13.471 € pour un ministre, 12.124 € pour un secrétaire d’état auxquels s’ajoutent les allocations mensuelles pour les indemnités et les avantages en nature comme les transports, le logement etc.) et par une ordonnance de 1958 pour les députés et les sénateurs (6.857,66 € auxquels s’ajoutent les indemnités et les avantages en nature). Le premier ministre dont le statut est lui aussi fixé par le Parlement touche un peu plus de 20.000 € auxquelles s’ajoutent un peu plus de 6.000 € de frais et tous les avantages en nature dont un logement de fonction à Matignon ainsi que plusieurs résidences secondaires (la Lanterne à Versailles dans les Yvelines, et le Château de Champs-sur-Marne).
Le statut du Président est fixé par lui-même au sein de la dotation globale de l’Elysée votée chaque année par les Parlementaires (de 2.32M€ pour De Gaulle en 1960 à 31,9M€ pour Chirac en 2005). Le chef de l’Etat touche actuellement un salaire mensuel avoisinant 8.000 €. La « fameuse » note de service qui fait la une des journaux –de gauche- préconise l’alignement du salaire de Nicolas Sarkozy sur celui du premier ministre ce qui en soit n’est en rien choquant. Certains y voit un pied de nez aux syndicats, d’autres une façon de payer la pension de Cécilia (dont personne ne connait le montant). Ce qui est certain c’est qu’avec 20.000 € mensuel, Nicolas Sarkozy arrive au niveau de la plupart des chefs d’Etat européens. Notons au passage que ce chiffre est bien loin des salaires des gros chefs d’entreprise ou spéculateurs. Être Président de la République, c’est une responsabilité. Et puis, entre un Sarkozy qui prend officiellement 20.000 €par mois dans le budget Elysées et un Chirac qui fait 800 € de frais de bouche par jour dans son coin, que choisir ? L’ouverture ou la cachoterie ?
On murmure cependant que Fillon menace de faire grève pour obtenir une augmentation pour cause de « statut précaire ». Allez, plus que quelques mois !