Beaffle #28 : Yannick Noah

Pas plus tard que le mois dernier, Yannick Noah criait son dégoût du Front National au lendemain de élections municipales dans ce qu’on appelle trivialement une chanson. Histoire de bien passer pour un con il avait inviter dans clip Cali, le chanteur aussi perdu que ses causes. Et forcément, après le résultats des Européennes, et vu qu’il est en pleine promo de son album, Noah pouvait pas la fermer et explique sur BFM qu’il est déchiré et que ses amis l’appellent de l’étranger pour lui demander ce qu’il se passe en France. Tu sais ce genre d’ “amis” qui te disent les trucs qui justement t’as envie de raconter en société. Ce genre d’amis qui a répondu “CA” au bac philo à la question “Qu’est ce que l’audace ?” et qui a eu 20. Et puis il connaît bien l’étranger Yannick Noah puisqu’avec avoir traverser le monte avec sa raquette, il a posé pendant une dizaine d’années ses dreads en Suisse histoire de payer… moins cher les transports pour aller au ski. Bien sur. C’est d’ailleurs pour ces histoires de ski impayés que l’Etat français lui réclame un million d’euros depuis 15 ans. Mais bon si ça se trouve, il est juste pas organisé, genre comme moi, et il a perdu la facture. Tous comme les fiches de paye la nourrice de son fils…

Et c’est bien le problème de Yannick Noah et de ces artistes dit engagés qui soignent leur image plus que leurs idées. A force de frapper sur le Front National en ayant casseroles et hauts revenus, c’est confirmer leurs idées démagogiques qui consistes à faire croire que les nantis protègent les partis traditionnels. Que les chanteurs de variétoches continuent à faire des concerts pour les pauvres et les malades, même quand il n’y a pas de caméra. Qu’ils fassent des pubs pour les yaourts et les déos. Qu’ils prennent des centaines de milliers d’euros pour brailler dans les festivals. Mais qu’ils arrêtent de croire que la ménagère de moins de cinquante ans qu’ils arrivent à convaincre de bouffer du Bifidus Actif va changer de bord politique parce que le mec de Saga Africa a dit qu’il était, je cite hein, “plein de tristesse”. Surtout quand c’est pour dire le lendemain que Dieudonné le fait marrer. Je cite toujours là hein, c’était sur RTL hier matin.

Tu vois moi, je crois que l’engagement c’est exactement l’inverse. C’est pas faire des chansons et parler après une élections quand t’es en promo de ton album. C’est être présent au quotidien. C’est travailler sur de vrais projets. C’est pas gueuler ton dégoût de je sais pas quelle idée devant un parterre de bœufs déjà acquis à la cause. Et comme dirait Orelsan : essaye d’écrire de bonnes paroles avant de la prêcher !

Chronique diffusée le 3 juin 2014 sur Radio Néo

Beaffle #26 : les catholiques

Pas plus tard que la semaine dernière, alors que j’étais tranquillement en train de préparer mes vacances, parce que je vous ai pas dit mais je pars en vacances demain, et je serai pas là pendant deux semaines, mais ça sera bien quand même, vous pourrez écouter.
Pendant que je préparais mes vacances donc, voila pas que je tombe sur une pétition dont la provenance n’est bien entendue pas spécifiée, et signée par un peu plus de 11 000 personnes.

Pour sa 9e édition, le groupe étiqueté catholique, reproche au Hellfest de faire venir des groupes satanistes comme Behemot, qui chante une parodie de l’Ave Maria qui répond au doux nom de Amen, insulte la Vierge Marie et simule une messe noire sur scène. Il reproche également la venue de Tsjuder ,qui devrait franchement être condamné pour nom à caractère imprononçable. Mais plus que leur nom pourri, ce qui choque notre petit groupe c’est qu’il récite dans une chanson, je cite hein, me crucifiez pas :

Je suis le guerrier satanique suprême. Mon épée vous clouera au sol. Vos entrailles sont la peinture sur mes murs. Votre chair est la nourriture de mes loups/Viol de la chrétienté (3 fois)/(exclamation obscène)

Bon ok, c’est pas très très gentil de violer des gens. Et c’est encore moins cool de violer un concept, parce que franchement c’est pas hyper hyper clair comme délire à visualiser.
Et finalement on en revient toujours au même débat du droit des artistes à la caricature, violente, outrancière ou grossière et leur droit d’expression. Je ne vais pas ré-exposer des nombreux arguments, on a pas parler de Dieudonné depuis 3 mois, c’est pas franchement le moment de le ressortir de son placard. Mais la conclusion de la pétition me choque particulièrement. Elle fait référence à la condamnation récente de quatre bretons pour avoir incendié des édifices religieux et dit :

“À force de s’exciter en paroles, on en vient aux actes. En mars 2009 les tribunaux de notre pays ont condamné un groupe de black metal”

Eh bien c’est faux parce que bien qu’ils signaient True Armorik Black Metal, on notera d’ailleurs c’est amusant d’avoir un nom anglais quand on défend des valeurs traditionnelles, eh bien le TABM n’était pas du tout un groupe musical mais simplement un groupuscule extrémiste anti religieux. Une partie minime de ce qu’est le mouvement métal dans le monde.

Parce que oui, y’a des tarés dans le métal. Mais y’a t’il plus que tarés qui écoutent le métal que des tarés qui écoutent du rap ou de la pop ? Les irréductibles demeurés du mouvement métalleux ne finalement que le pendant extrémiste du courant musical, tout comme les décérébrés de Civitas ne font qu’une infime partie des catholiques. Aucun des deux n’est représentatif de l’ensemble de ce qu’ils représentent, et ni l’un ni l’autre ne devraient être érigés en symbole ni par la population, ni par les médias.

Quant au fait qu’après les paroles viennent les actes, j’ai l’impression d’entendre appliqué à la musique le fameux “c’est la faute aux jeux vidéo”. Mais n’oubliez pas que tous ces gosses qui courent dans les rues, qui volent, qui agressent, qui incendient, tous ces gosses là, condamnées dans les tribunaux de France, ils ont été élevés. Et pour ceux qui en ont eu, ce sont bien leurs parents les premiers responsables de la connerie des envies. Ce sont bien les parents qui inculquent à leurs enfants les valeurs morales du bien vivre en société, le respect des autres ou des croyances. Et c’est ces mêmes parents qui doivent apprendre à leur enfant à respecter l’autre et lui faire comprendre que nos différences ne sont pas une tares, quand même bien on aie une couleur de peau différente, une religion différent, ou pire, qu’on écoute une musique différente.

Allez y au Hellfest les catholiques. Vous serez surpris. Moi j’y suis allé. L’ambiance y est particulièrement étonnante. Ca ne sent pas plus le vomi qu’aux Vieilles Charrues. Ca ne sent pas plus la drogue que dans le camping de n’importe quel festival. Et même mieux que ça : tous ces gens ont une même passion de la musique et un vrai respect des différents courants qu’elle a créé. Et figure toi que j’ai été profondément étonné du respect qui existe entre les gens. Les mêmes qui se défoncent la gueule contre le dos de leur voisin au premier rang de Slayer, tu les retrouve plus loin allongés dans l’herbe à côté d’une vieille qui écoute The Final Countdown en dansant. Leur passion pour leur musique fait que contrairement à tous les autres festivals que j’ai connu, et j’en ai connu, ils ne se barrent pas à la moitié d’un concert parce que le tube est passé. Ils sont là, ils vivent leur festival. Alors ouais, j’y vais vu des trucs bizarres, comme un mec qui simulaient deux crucifixions sur scène ou un autre qui vomissait. Mais assez étonnamment quand Lady Gaga vomit sur scène, pas un catholique n’élève la voix.

Le métal finalement, c’est un peu comme le catch. Une sorte de défouloir, qui fait marrer beaucoup de gens, qui en indiffère encore plus et qui en énerve certains. Alors qu’au fond, tout le monde sait que c’est surtout du spectacle.

Chronique diffusée le 29 avril 2014 sur Radio Néo dans Des dièses et des bémols

Laissez moi rire

« L’humour est la politesse du désespoir » disait Pierre Desproges, alors qu’il jugeait Jean-Marie Le Pen, et qui était loin d’imaginer qu’on l’exhumerait à tout bout de spectacle pour cautionner les fourbes apophtegmes d’amuseurs publics qui tentent de dissimuler derrière d’immondes galéjades leur absence abyssale de talent tel un ado qui drague vulgairement en lâchant, comme un cache sexe masquant son manque d’aisance, « eh mamoizelle tu baises ? ».
Les Coluche’s de son époque se servaient de l’humour pour parler de politique. Dénoncer en se moquant. Parodier pour mettre en exergue. Puis rire pour oublier. Ils pouffaient. Avant toute chose. Et de tout. Parce qu’après tout, chaque individu individualiste de la société pourra mal prendre ou comprendre la première fumisterie venue. Le cancer pour les cancéreux, les maths pour les matheux, le viol pour les violeux, le chômage pour les socialistes etc. Et avec tout le monde. Car même si Desproges tenta de démontrer avec brio et toujours Jean-Marie Le Pen, que l’on pouvait s’amuser de tout et de rien, mais pas avec n’importe qui, il a passé son temps rien qu’à parler dans les postes radiophoniques et télévisuels avec plus de spectateurs affables que Louis Jouvet, Molière et La Fontaine réunis n’en auront vu devant leurs scènes. Parmi eux : des gens dont beaucoup sont n’importe qui.

rires[1]

Mais l’humour ne se mesure pas au nombre de cerfs que son roi fait marrer. Elle n’est pas jugeable.
Riez. Rions. Ensemble ou pas. Mais rions. De tout. De n’importe quoi. De n’importe qui. C’est gratuit. C’est sain. Puis la vie est tellement triste chaque jour où des enfants ne peuvent profiter plus de quelques années de leur SIDA, où des viols ont lieu -parfois même sur des moches, où des africains se génocident la gueule à coup d’AK47 parce qu’ils n’ont toujours pas les moyen d’avoir la bombe atomique ou des chars d’assaut.

Alors pourquoi rit on sacrebleu, pour reprendre une expression jeune ? Pas seulement pour passer le temps comme Sophia Aram, pas seulement pour vendre des DVD comme Kev Adams, pas seulement pour vendre des places à 41€ comme Gaspard Proust, pas seulement pour prendre 40 000 € par mois comme Stéphane Guillon. On rit pour oublier. « L’humour, c’est l’euphorisant de la souffrance » a lancé un jour Jérôme Touzalin, qui était certes était plus maçon que franc, mais qui ne pouvait passer un nycthémère sans faire gigoter ses zygomatiques.

Moi je ris comme ça vient. Je ris quand je trouve un mot rigolo comme cuniculiculture, cryogénie ou saprophyte. Je ris aussi quand un thaumaturge scénique devient ridicule tellement il n’est pas fin. Mais je ris surtout quand un pitre aborde un sujet qui n’est pas propre à l’humour. Coluche avait son alcool, Desproges avait son cancer, Elie Semoun avait son talent etc. La drôlerie n’est pas plus seulement fendante mais elle éclaire ce qui est sombre. Elle fait oublier son quotidien. Elle dédramatise. Elle prête à rire, là où l’Homme donne souvent à pleurer (et ça c’est pas une phrase de pédé).

L’humour n’est qu’un vulgaire art comme tous les autres. Quand il est douteux, ou faussement séditieux, il devrait simplement tomber dans cet oubli amplement mérité, le même dans lequel repose paisiblement Aziz de Loft Story. Inutile de s’en offusquer au point de prendre le risque de contaminer son entourage. Le rire est une maladie contagieuse qui s’attrape sans besoin de relation sexuelle. Alors partagez le vôtre. Et tant pis pour ceux qui voudraient mettre des capotes sur toutes les blagues venues !

« L’affaire Dieudonné » doit s’arrêter

J’ai beaucoup écrit sur cette affaire Dieudonné puis j’ai finalement renoncé à publier à cause des débats étonnants dans mes contacts sociaux sur le sujet. Des débats passionnés dont je n’arrive pas vraiment à comprendre pourquoi ils sont encore plus violents que ceux sur Leonarda ou sur le Mariage pour Tous. Mais l’actualité du jour est particulièrement délirante :
– Le propriétaire du théâtre de La Main d’Or veut expulser Dieudonné, alors qu’il paye son loyer et n’a pas de soucis d’exploitation, pour ses idées. C’est une décision totalement discriminatoire car nul n’a le droit de refuser une location à cause d’idée politique, aussi nauséabondes soient elles. Seule la justice peut décider de l’illégalité des propos de Dieudonné. Et quand bien même Dieudonné sera (encore) condamné, un propriétaire n’a pas le droit de se séparer d’un locataire aussi justiciable soit il. D’autant qu’il s’agit en l’occurrence de Dieudonné en tant que personne morale et non physique.
– Le Point publie un article de quelques lignes sans aucune autre description que « salmigondis imprécateur » (histoire de montrer sa supériorité à ses lecteurs). Sans aucune contextualisation, explication ou données, le journal balance l’intégralité de l’1H10 du spectacle arguant en prime que ses deux journalistes ont du payer 40€. C’est non seulement illégal (c’est de la contrefaçon, et à but commercial qui plus est) mais ce n’est surtout pas du journalisme puisqu’il n’y a aucune explication sur ce qui est dit, et chaque lecteur devrait prendre une heure de son temps pour écouter. Le Point se positionne en sorte de Wikileaks…

dieudonne[1]

Je ne ferai pas l’affront à Voltaire de citer sa fausse citation disant que même s’il n’était pas d’accord avec quelqu’un il se battrait pour qu’il ai le droit d’en parler. Je n’oserai pas non plus dire que c’est un combat quotidien que j’ai, certains propos publics me poussant parfois à un salutaire « ta gueule. »
J’ai tendance à penser que la liberté d’opinion et celle d’expression qui est son pendant public est la liberté la plus importante que nous ayons gagné au cours des 300 dernières années, et que nombre de pays n’ont pas encore acquis. En tant qu’ultra libertaire, j’ai tendance à croire que n’importe qui devrait pouvoir dire n’importe quoi. Mais ce n’est pas la loi française.

En France, on a notamment sorti les insultes publiques, la diffamation, les discriminations et le négationnisme du débat public en considérant qu’ils étaient non pas des opinions, mais des délits. Je ne sais pas si c’est une bonne chose ou non, et c’est sans doute un débat plus philosophique qu’idéologique. Mais nous vivons donc dans un pays avec un loi très claire, écrite, et appliquée dont l’Etat et ses dirigeants sont garants : « on peut tout dire sauf… ».

Certains usent et abusent et cette liberté d’expression et surtout de cette privation de liberté pour des motifs délictuels. C’est le cas de la victimisation du Front National depuis 30 ans, qui tient des propos à la limite de la légalité, et que les partis dits républicains -parce qu’ils sentent les électeurs partir à la facilité- tentent d’interdire. Cette victimisation rend non seulement le Front National plus fort parce qu’ils ont toujours les mêmes parades et qu’il est le plus souvent légalement couvert, mais le rend surtout plus sympathique et humain aux yeux du grand public.

Et ce n’est ni à un parti politique, ni à ses représentants, ni même au gouvernement d’un Président élu d’imposer l’application d’une loi envers quelqu’un à travers des décrets et autres circulaires. Nous avons un système judiciaire en place, que l’on peut contester, que l’on peut réformer, mais qui doit être le même pour tous. Quand les plus hautes instances de la République se mettent, comme c’est arrivé depuis quelques jours, à lancer une chasse à l’homme idéologique pour interdire un individu ou une idée, dans le cas présent Dieudonné, elles nous mettent face à de sérieux problèmes.

Le premier est que Dieudonné n’attend que ça. Depuis des années il harangue les médias pour parler d’antisionisme, terme et débat qui dépasse la plupart des gens au passage alors qu’il est quand même le fond de la polémique, et n’existe qu’à travers la publicité que lui font tous les organes de presse au moindre dérapage. Cette victimisation le rend plus fort auprès de son publique et sympathique pour d’autres. Ceux qui ne l’aimaient pas à la base ne changeront pas d’avis. Il est bien évident que personne ne s’est dit après ces deux semaines médiatiques : « Oh bah tiens finalement je vais plus l’aimer Dieudonné ».

Le second est la liberté d’expression. Dieudonné doit pouvoir donner son avis et raconter ce qu’il à dire, faire son métier d’humoriste et d’agitateur de conscience. Sa limite ? Le troisième problème, celui de la légalité. C’est la justice et elle seule qui doit être la limite de Dieudonné, sans quoi n’importe quel ministre nommé pourra se permettre par « jurisprudence » et sous couvert de bonne morale d’interdire un opposant un peu trop dérangeant de parler.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme a en partie déjà tranché la question dans les années 70’s

« La liberté d’expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels, il n’est pas de « société démocratique ». »

Quant aux arrêtés proposés par Manuel Valls, ils ont déjà été mis en place de nombreuses fois avant d’être cassés en référé par tous les tribunaux administratifs locaux.

On ne combat pas une idéologie en la muselant. Même la haine. Il n’existe pas de vaccin contre le racisme, les discriminations ou la connerie. Ces déviances de la liberté d’expression doivent être intelligemment combattues sur le terrain de l’idéologie et au quotidien. Je ne crois pas à cette France qu’on nous a décrit comme islamophobe et dont on nous fait croire qu’elle serait devenue antisémite. Je ne crois pas à la généralisation du racisme anti blanc. Je ne crois pas contrairement à Pascal Bruckner que le raciste anti blanc soit l’antisémitisme.
Je crois simplement en une partie de l’opinion publique qui se laisse influencer par ce qu’elle voit et entend à longueur de journée dans les médias qui se complaisent à surfer sur des vagues de merde pour vendre de la publicité. Chaque mois a sa nouvelle affaire : son Leonarda, son bijoutier de Nice… Les seuls qui y gagnent sont les médias qui ont tout intérêt à intéresser les français pour leur vendre de la publicité, et les politiques pour démontrer qu’ils sont les meilleurs. Sauf qu’on oublie bien souvent les faits et qu’on laisse des stratégies de communication et commerciales prendre le dessus de la valeur de l’information.

D’ici quelques semaines l’affaire Dieudonné s’arrêtera. On reparlera vaguement de crise et de chômage puis des élections municipales qui feront augmenter les audiences et les tirages. On devrait rapidement avoir un fait divers qui agitera la France histoire de combler le vide l’avant été. Sauf si on trouve encore mieux d’ici là.

Quand Le Parisien sert la soupe et crache dedans

EDIT 12H02 : je viens de voir que c’était un classement Voici et non Le Parisien. Ce qui finalement est bien pire sur la conclusion

C’est le megabuzz trash people putasserie (comme dirait Morandini) du matin : le classement des personnalités détestées des français. Et il est franchement étonnant. Tant sur les présents que sur les absents. On passera sur le fait que les 3 personnalités les plus détestées sont 3 musulmans.

Côté politique, on retrouve François Hollande, sans grande surprise, accompagné de son épouse et un peu plus loin Nicolas Sarkozy et la sienne, pourtant plébiscité dans les sondages d’opinion. Bizarrement, aucune autre personnalité politique ne remonte. Pas de Marine ou Jean-Marie Le Pen. Pas de Cahuzac, Woerth, Guaino ou autres mis en examen. Pas de ministre en exercice non plus, alors que les français disent exprimer « un ras le bol fiscal » dans les sondages. Et dans les politisables, aucune trace de Frigide Barjot, Dieudonné, Christiane Taubira, Manuel Valls ou Alain Escada.

Côté sport, on retrouve Franck Ribery, en lice pour le Ballon d’Or, qui admet souffrir d’une mauvaise image en France, mais aucun autre joueur français. Pas même Evra qui a pourtant été assez violent récemment dans ses propos. Pas non plus de Lilian Thuram qui règle ses disputes conjugales dans les médias. Et encore plus surprenant la 19e place est attribuée à… Yannick Noah, souvent nommé personnalité préférée des français dans le classement JDD/IFOP, et 10e cet été.

Et la comparaison ne s’arrête pas là. Gérard Depardieu est 46e personnalité préférée des français et 9e la plus détestée. Alain Delon est quant à lui respectivement 48e et 7e. Encore plus étonnant Laurent Ruquier est 46e et 16e alors qu’aucun de ses chroniqueurs n’est cité, pas plus que Eric Zemmour. Et aucun autre polémicien.

Le Parisien oublie de donner sa méthodologie. Pour le JDD, IFOP est très clair sur la méthode

Vous allez voir une série de 50 personnalités françaises. Nous aimerions savoir quel(le)s sont, parmi les suivant(e)s, les dix Français(es) qui comptent le plus pour vous aujourd’hui, et que vous trouvez les plus sympathiques.
1) Pour chaque personnalité qui va s’afficher, merci d’indiquer si vous considérez qu’elle compte et/ou que vous l’aimez bien ou si vous ne l’aimez pas (ou que vous ne la connaissez pas).
2) Parmi les personnalités que vous avez retenu comme étant des personnes qui comptent pour vous ou que vous aimez bien, quelles sont les dix qui comptent le plus pour vous ou que vous aimez le mieux ?

Ainsi les gens ont le choix entre une liste prédéfinie de personnalités. C’est à dire que le JDD choisit lui même les 50 personnalités, et demandent aux gens de voter. De fait, le classement est biaisé. Et il y a fort à parier que Le Parisien a fait de même, avec sans doute une liste de plus de 20 personnalités et une question genre « Qui vous agace le plus ».

Et quand on regarde la liste, ce qu’on peut noter c’est que les deux premières, Zahia Dehar et Nabilla Benattia ont un peu le même profil : deux filles parties de rien qui ont réussi grâce à leur corps, d’abord avec la prostitution puis avec leur image. Et elles ont bénéficié du peu ramdam (c’est le mot français pour buzz) médiatique. D’ailleurs dans la liste on retrouve aussi Léa Seydoux dont on a longuement parlé sur les réseaux sociaux pour sa présence médiatique à outrance. Et c’est finalement le cas de tout ceux qui sont cités. Ainsi les français sembleraient sanctionner non pas des personnalités qu’ils ne connaissent pas mais bien leur présence médiatique. Sauf que…

La présence médiatique comme son nom l’indique, vient des médias. Que Le Parisien est un média. LeParisien.fr a 3230 résultats sur Nabilla, 8030 sur Zahia (6040 sur Frigide Barjot, 286 000 sur Nicolas Sarkozy). Et le journal, comme ses confrères, s’est largement fait l’écho de ces personnalités dont il s’est servi pour écouler des tirages ou faire des pages vues sur son site internet pour vendre un maximum de publicité. C’est pourquoi le classement est doublement faussé. Et sans doute que la question aurait du être :

Parmi toutes ses personnalités dont on vous a boursouflé le cortex pendant l’année qui vient de s’écouler, lesquelles vous on le plus énervé ?

It don’t matter if you’re black or white

Un ami avec qui je dinais ce soir me faisait remarquer, avec la même régularité qu’il m’aurait annoncé les périodes d’indisposition de sa mère, que les Islandais avait élu en tant que premier ministre Johanna Sigurdardottir, une « lesbos » comme il dit. Premièrement, ne dit pas « lesbos » mais « broute minous » et secondement, ce n’est pas le peuple qui élit le premier ministre Islandais mais le président qui a trouvé là l’occasion de faire parler un peu de lui à travers le monde à moindre cout puisqu’il s’agit uniquement d’une vacation en attendant les très prochaines élections législatives. Plutôt concentré à déguster mes makis de chez Asian, je rétorque que c’est plutôt bien. Je lis soudainement dans ces yeux une once d’émerveillement qui me remercie : « aah, c’est grâce à des raisonnements comme le tiens qu’on aboutit à des progrès sociaux comme l’élection d’un noir comme président des Etats-Unis ». Alors là non ! Autant je veux bien qu’on me rende responsable de l’accession au second tour de l’élection présidentielle de Ségogol -parce qu’après tout, les cons représentant une part non négligeable de la population ils ont le droit à être représentés-, mais de là à me mettre sur le dos l’élection d’Obama, je proteste vigoureusement !

En effet, le fait de voir 83% de la population française se réjouir de l’élection de Barack Obama alors que 92% de ces mêmes probamistes considèrent que l’élection d’Obama est une réussite parce qu’il est noir c’est bien entendu tout sauf du progrès social. Parce que dans les années 20 en France nous avions déjà notre noir à nous qui faisait de la politique, Félix Eboué, sans parler de nos footballeurs rarement moins bronzés qu’un parisien au mois d’aout, auxquels viennent s’ajouter nos sportifs naturalisés, notre Harry Roselmack propre sur lui. Oui, parce que nos noirs sont français, contrairement à Obama qui est à la fois noir ET étranger. Moi les gens comme ça, j’te les renvoie dans leur pays ! D’autant que dans leur pays, ça fait longtemps que leurs noirs et leurs arabes sont présidents !
Mais pourquoi donc nous gonfle-t-il le bulbe rachidien avec des propos tantôt populistes tantôt lepenodieudonistes, vous dites-vous ? Tout simplement parce que réellement, je pense que le fait de s’émerveiller de voir un pédé (ou pire, une femme) premier ministre (ou ministre chez nous) et un noir (ou pire, un arabe) président n’est pas une d’avancée sociale mais est au contraire la preuve flagrante d’une immaturité d’une couche de la population pour qui le fait d’être noir ou homosexuel rends différent au point qu’on se doit de le faire remarquer. S’étonne-t-on aujourd’hui d’avoir des députés ou des ministres protestants ? Il y a 500 ans, ça n’aurait même pas été possible (et de toutes façons y’avait pas de parlement), pas plus qu’un député homosexuel, ni même un député femelle. Aujourd’hui, l’espèce « femme député » n’est plus montrée du doigt comme un objet de foire (ou comme un président occidental noir) car il est désormais socialement admis qu’on peut-être femme et faire de la politique, alors qu’être noir et obtenir un poste à responsabilité (qu’il soit président de la république, présentateur du JT de 20H ou préfet pour citer des exemples récents) est encore de l’ordre de l’évènement national tellement ces nominations ne sont le fait de quelques populistes qui veulent se donner bonnes consciences.

Néanmoins, malgré mes insinuations parfois douteuses, le monde évolue et les différents peuvent non seulement voter mais être élus. Reste que comme disait l’autre y’en a qui sont « noirs, petits et moches, et pour eux ça sera très dur ».