Morsay feat Lim ‘Truand 2 la Galère’ (on s’en bat les couilles inside)

En véritable renard reconnu des talents d’après demain – voire encore après, je reçois régulièrement des e-mails de manageurs ou d’artistes souhaitant me présenter leur talent. Le singulier est volontaire, parce que le talent est unique. Inexistant parfois. Je me devais donc de partager ma découverte hebdomadaire afin que chacun puisse … apprécier à sa guise.

Mardi matin, comme chaque mardi et comme chaque matin, j’ouvre ma boîte e-mail pour découvrir si j’ai gagné quelques millions d’euros ou la possibilité d’acheter en promo du Viagro ou une Rallex. Bizarrement, ce mardi matin semble calme. Calme comme avant une tempête. Arrivé en haut de mes messages reçus, je découvre une personne, Morsay, qui se présente comme étant « producteure et manageure des c’est artistes », accompagné d’un petit panel « représentatif ». Curieux de nature, mon œil est attiré par le groupe « Truand 2la galere » (sic). Direction Dailymotion.

Faire un clip de rap, c’est pas compliqué. Il faut un mec qui sache rapper : grosso modo qui sache parler vite. Secondo, des potos qui ne sachent pas rapper mais qui seront contents de passer à la télé, auxquels on ajoute des « bonnes meufs ». Pour finir, un texte pour faire dire au rappeur : une histoire vraie à la sauce démago, un soupçon de mauvaise foi, on saupoudre de vulgarité et le tour est joué.

Pendant près de quatre minutes « Truand 2la galere » et ses potos – dont les quotients intellectuels ajoutés ne dépassent qu’exceptionnellement le chiffre de la température annale (© P.D.) – sautillent comme des Bambis sur une musique censurée de qualité tel un album de Johnny Hallyday. Le titre pourtant évocateur – qui répond au doux nom de « On s’en balle les couilles »- ne laisse en rien présager du niveau atterrant des paroles que, rigoureusement ma mère, m’a défendu de nommer ici. A défaut, je me suis livré à quelques statistiques sur les deux premières minutes de cette odieuse ode. Sur 372 mots, on entend à vingt-deux reprises le mot « couilles » et 85 mots (soit 23%) sont soit des mots orduriers ou qui n’existent pas. On apprend pêle-mêle que le héros à la voix de Christophe Willem fait l’amour avec des policiers, des racistes homosexuels, des animateurs de radios presque aussi détruits que lui, des gens qui ne veulent pas acheter ses CD’s, des prostituées, des riches et tout un tas de gens qu’il qualifie avec des mots dont il ne connaît sans doute pas l’ombre d’une définition à en croire son expression favorite « on va les enculer les pédés ».

Coté réalisation, le clip se veut sans doute comme une rébellion vis-à-vis des classiques du genre. Fini les gros seins, les filles huilées et les grosses voitures. « Truand 2la galere » casse les codes qui ont fait le rap version West Coast et tente la vidéo version Wesh Soce’. Au menu – presque aussi drôle que celui de W9, des gens de la téci qui font les weshwesh devant la mini DV de Jean-Marie, le beau-frère de Hakim, qui habite dans la Tour Diamant au 5e. Tout le clip n’est qu’une répétition de plans identiques aussi barbants qu’un film de Godard. L’apogée, le summum, le climax (…) du mauvais goût est atteint lorsque le Morsay clame haut et faux les départements qu’il représente en même tant que les numéros s’affichent sur l’écran sans pour autant préciser à quel numéro envoyer « 93 » pour que Morsay cesse de brailler comme un dernier Mohican sur le point de claboter.

Il y a quelques semaines, j’étais terriblement déçu d’une molle prestation d’I AM et du retour approximatif du Suprême. Aujourd’hui, j’en suis sur, même un duo visqueux des rappeurs marseillais et de NTM affreusement remixé par le couple Guetta et produit par Nègre ne pourra détrôner la Morsay Compagnie Ltd. dans le top 5 universel et intemporel de la daube indignement dite musicale. Jusqu’à ma prochaine trouvaille …

http://morsay-officiel.skyrock.com
http://www.dailymotion.com/video/x4dpmh_morsay-feat-lim-truand-2-la-galere_street

Publié sur Le Hiboo (La trouvaille de Benjamin : Morsay feat Lim ‘Truand 2 la Galère’ (on s’en bat les couilles inside)