Perdre pour regretter

C’est une réflexion que je me suis faite il y a longtemps. J’en comprend désormais la portée universelle.

J’avais ce mug. Il m’avait été offert par Rudy pour mes 13 ans. J’étais en 6e et j’avais ma première vraie bande d’amis. A douze ans. Pour mon anniversaire, Rudy m’avais offert ce mug Bart Simpsons. Je crois que c’est le premier cadeau que j’ai reçu d’une personne extérieure à ma famille. J’étais content et excité. A tel point qu’il est toujours resté dans son emballage. Dix ans après, je le retrouve dans un carton de déménagement, toujours dans son emballage. Et je décide de prendre le premier thé de mon nouvel appartement dedans. Fier et un peu ému, je l’utilise alors quotidiennement. Tous les matins je bois mon thé dans le mug de Rudy, dont je n’ai plus de nouvelles depuis pas loin de 15 ans. Mais qu’importe, ce mug de Rudy c’est le souvenir de mon collège, de mes premiers amis, de mon premier amour, de mon séjour en Angleterre, de rires et de quelques pleurs. A mesure que le temps passe, le mug de Rudy devient le mug Simpsons. C’est le mug du matin. Celui du thé.

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En déménageant l’année dernière, il s’est retrouvé en première ligne de ma belle étagère/container. Mon mug à thé. Plus celui de mes 12 ans. Plus celui qui a trainé 10 ans dans mes cartons. Plus celui de mon collège. Plus celui de mon ancien nouvel appartement. Mon mug, que même des fois je prends le Disneyland qui me vient de chez mes parents (et sans doute de la même époque). Puis, mon mug, le mug, est devenu un mug.

Jusqu’à un jour de décembre 2013. Au cours d’une vaisselle tout ce qu’il y a de plus banale, la anse de du mug s’est cassée. D’un coup, tout est revenu. Mon nouvel ancien appartement. Mon déménagement étudiant. Ma fête d’anniversaire. Mes amis du collègues. Rudy. Mes 13 ans… Ce mug est redevenu le mug. Il s’est re-personnifié (ou re-évènementé). Au moins d’avoir eu l’impression d’avoir cassé ce souvenir enfermé loin dans mes neurones, d’avoir cassé toutes traces de ces évènements. Comme si, finalement, mon anniversaire, mon collège et mes amis s’étaient brisés avec.

Et puis plus récemment j’ai compris que finalement je vivais la même chose avec les gens et avec beaucoup de choses. On possède quelque chose, pendant un temps, sans vraiment s’en préoccuper. Il est là, présent, quotidiennement. Il fait partie des meubles, même si parfois on ne peut pas le toucher physiquement. On finit par ne plus s’en préoccuper. On s’habitue. L’exceptionnel devient normalité. La normalité devient la banalité. Et un jour, la chose, l’objet ou la personne disparait. Et on se rend compte à quel point elle était importante. Plus le manque est important, plus l’on se rend compte à qu’elle était importante et plus l’on est triste.

Je ne sais pas si c’est une incapacité à se satisfaire de ce que j’ai ou me rendre compte que je suis heureux quand je le suis. Ou si tout simplement c’est dans la nature humaine de désire ce qu’on n’a pas, d’ignorer ce qu’on a, et de regretter ce que l’on a plus. J’ai décidé qu’on ne m’y reprendra plus. Que la prochaine fois c’est sur, j’allais être heureux de la première à la dernière seconde. Que j’allais profiter de tout ce dont je pouvais. Que j’allais aimer. Et puis je me suis rappeler qu’à chaque rupture, à chaque décès, à chaque perte j’avais la même réflexion.

Alors j’imagine que finalement c’est ça le bonheur : être capable de se rendre compte qu’on peut être heureux !

« Un de mes meilleurs amis »

Je ne sais plus si j’étais déjà bourré ou pas.
Je ne sais pas si ça a de l’importance ou pas.
Pas tant sur la véracité, mais plutôt sur l’importance accordée sur le coup.

C’était donc une soirée comme les autres. A la différence près que c’était la dernière que l’année. J’étais entre des dizaines de gens que je ne connaissais pas, dans un appartement que je connaissais pouvoir avoir uriner à sa fenêtre et tenu les cheveux d’un ami qui y vomissait. Autant dire des souvenirs mémorables donc, quand bien même ils ne sont probablement pas les plus glorieux.

Alors qu’on avait déjà prononcé les mots « résolution » et « à l’année prochaine », qu’on avait déjà dansé 2 fois sur Get Lucky et 3 sur Blurred Line (j’extrapole, y’avait que deux personnes qui dansaient (et comme par hasard c’était les deux seuls noires de la soirée (enfin je dis pas ça pour être raciste (et encore moins pour ouvrir des dizaines de parenthèses))), l’amie qui m’avait fait venir me présente avec son sourire blond : « ah bah ça c’est Benji c’est un de mes meilleurs amis ».

J’ai eu l’impression d’avoir une promotion. Pas tellement que notre relation a particulièrement changé avant ou après, mais l’annonce de « meilleur ami » m’a donné un sourire invisible que j’étais le seul à voir.

Tout ça remonte au temps où je suis arrivé dans un collège, dans mon 6e logement depuis que j’étais né, où je ne connaissais personne. J’y ai passé 3 ans, et y ai eu mes premiers vrais amis. Ceux avec qui on partage des trucs pendant une période assez longue pour qu’on prétende les connaitre. Et puis au bout de 3 ans, brutale séparation pour cause de nouveau déménagement, nouveau collège etc. A l’époque je n’avais ni portable, ni Facebook, ni e-mail. Une personne physiquement éloignée était donc une personne perdue. J’ai perdu celui que moi j’appelais mon meilleur ami, comme Montaigne le décrivait, et je n’ai que rarement retrouvé ça.

Avec le temps va tout s’en va mais pas l’amour que j’ai pour toi. Ca n’a rien à voir avec mon histoire mais j’ai toujours rêvé (je crois) de citer La Fouine qui cite Léo Ferré. Avec le temps, par contre, j’ai eu des amis. Du genre de ceux que tu gardes et que quand t’es dans la merde au point de t’imaginer que t’en es une aussi, ils sont là. Ce genre là.

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Mais le mot « meilleur ami » je crois que je l’avais un peu perdu de vue. Et qu’il ne m’avait jamais été attribué alors qu’autour de moi j’en voyais un peu partout. Aujourd’hui il a surement moins d’importance qu’il en aura eu y’a 15 ans, maintenant que je sais que j’ai plusieurs cercles d’amis (qui se mélangent rarement d’ailleurs) que je vois régulièrement. Mais l’arrivée de ce mot, subitement, de manière inattendue m’a rempli d’une joie intense et sans doute de fierté.

Finalement je crois que le mot meilleur ami, c’est un peu comme le coffret Maxi Burger Play Doh. Maintenant que j’ai la possibilité de l’avoir, il ne m’intéresse plus vraiment. Mais il est là. Et même si je dois avouer que j’hésite encore à m’acheter mon coffret de pâte à modeler pour passer mes dimanches pluvieux, je pense profiter encore longtemps de mon nouveau mot. Parce que c’est peut être ça devenir heureux : apprendre à apprécier les petites choses.

Post bonheur

Je n’ai jamais su si c’était une sensation normale ou si j’étais juste sur-réceptif aux émotions. Elle arrive souvent le dimanche en fin de journée. Je crois qu’elle a débuté quand j’étais au collège et que je regardais e=m6. Je savais que l’émission signait la fin du week-end et donc l’arrivée du dur lundi matin, des cours que je n’aimais pas et de tout ce qui les accompagnait.

Je n’ai pas le souvenir de m’y être fait, mais je sais que plus récemment, il est devenu rare ce syndrome du dimanche soir. Et pourtant il réapparait parfois, au détour d’un week-end entre amis ou en amoureux, d’un voyage ou d’un grand événement. L’agitation se meurt, le calme meuble et une sensation de profond vide se fait sentir. Et rien ne peut le combler. Je crois que plus les jours précédents ont été forts, plus le vide est violent et plus le syndrome du lundi matin persiste pendant la semaine.

Je n’ai jamais trouvé de remède à mon syndrome que j’ai appelé de post bonheur. La parade du « dodo tôt » ne fonctionne pas. Celle du film permet d’oublier pendant quelques heures à condition qu’il ne soit ni triste, ni en rapport avec le week-end. J’ai songé à prendre une journée de réadaptation comme on fait quand on revient de loin pour se remettre de ce qu’on pourrait nommer le happinesslag, mais en réalité rien n’y fait.

J’en suis venu à la conclusion que la vie était un contraste. L’intelligence, c’est le seul outil qui permet à l’homme de mesurer l’étendue de son malheur disait Pierre Desproges. Eh bien je crois que l’étendu de son malheur est le seul outil qui permet de mesurer l’étendue de son bonheur. Car même s’il est vrai qu’à l’instant le plus sombre du dit dimanche soir j’ai du mal à relativiser de cette façon, ce post bonheur reste le signe que j’ai passé quelques jours mémorables. Et parfois, quelques minutes d’une rencontre extraordinaire ou d’un moment incroyable valent bien les quelques heures de deuil nécessaires.

Le jour où… j’ai compris mon bonheur

Ce matin j’ai compris que j’étais heureux. Pendant longtemps je me suis demandé ce que ça pouvait vouloir dire. Ce que ça pouvait être. A quoi ça pouvait ressembler.
Sans jamais vraiment l’accepter, sans le savoir, j’ai été heureux. Ces petits instants de complicité, cette main dans la mienne, ce premier baiser dans le tramway, ce câlin à la gare, ce sourire après une longue séparation, ce « je t’aime » numérique…

Toute ma vie j’ai pensé que le bonheur était une fin en soi. Quelque chose après lequel on devait courir pour finalement un jour l’attraper, ne serait-ce qu’en partie. Quelque chose de concret. Qu’on touche. Qu’on garde. Et dont on profite. Comme cet objet tant désiré pour lequel on s’assoit confortablement afin d’en profiter un maximum, le choyer, le découvrir.

Je me suis trompé. Le bonheur est n’est pas une supernova au milieu de l’univers. C’est au contraire des tas des petites étoiles que l’on peut admirer chaque fois. Être heureux, c’est savoir profiter du bonheur quand il est là. Être capable de s’en rendre compte et le regarder en face au lieu d’essayer d’aller voir toujours plus loin.

En repensant à ce que j’ai vécu en 2012, à ce qu’on m’a donné en amour, en amitié, en affection et en attention, j’ai compris que j’ai été heureux. Sans doute pour la première fois. En tout cas, c’est celle qui m’apparaît comme la plus évidente. Pour ça il a fallu que je perde ce bonheur. Comme s’il fallait se séparer d’une chose pour se rendre compte qu’elle nous manque… Ce matin j’ai compris que j’ai été heureux.

Ce que j’aimerais

J’aimerais partir
Sans revenir
Aller loin
Là où on n’attend rien
Dans un endroit où l’ont ne me connait pas
où je pourrais recommencer, revenir sur mes pas
J’aimerais réinventer ma vie,
ne garder que quelques amis
refaire une nouvelle existence
oublier les pénitences
Mais ce que j’aimerais surtout oublier
c’est ce dont je suis affublé
faire disparaitre mes erreurs
et tenter de connaitre le bonheur

Créer sans lui

Finalement sans lui, je me sens bien peu de choses. Mais que serais je avec lui ? C’est cette souffrance, cette absence et ce manque, qui chaque jour, me fait écrire, créer, jouer, penser ou réfléchir. Comment arriverais je à créer sans cette souffrance ? Est-ce que je trouverais une autre raison de souffrir si j’étais avec lui ? Cela impliquerait alors qu’il n’est finalement pas l’ultime solution comme je le pensais, et que je suis né pour souffrir. Ou alors être alors lui me rendrait heureux tout en perdant mon art et ma créativité. Mais c’est peut-être ça le vrai bonheur : s’exprimer directement et simplement à une personne que l’on aime, sans détour ni complexité. Dans ce cas, l’art ne serait qu’une masturbation émotionnelle sans limites. Les artistes sont ils tous malheureux ou construits sur des faiblesses .

Cet instant

Il est des jours que rien ne semble pouvoir égayé. Des heures où tout nous semble plus sombre que jamais. Mais si nous tentons d’être sûrs du passé, passons notre temps à nous rassurer du présent, rien n’est moins prévisible que le fuir, ce temps que l’on attends mais qui ne semble jamais arriver. Puis arrive ce qu’on nomme trivialement un « fait ». Une banalité bien souvent. En un instant, rarement mesurable, tout change et peut devenir rose comme un sourire lancé à l’inconnu. Un bref moment, il nous est donné le choix d’être heureux, même éphémèrement. Heureux tout de même. Rien n’est plus beau qu’un moment comme celui là, où une banalité se met à changeur une noirceur sans fond, sans issue de secours.