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Mon métier expliqué à mon papy

S’il y a bien une question qui revient à chaque Noël (on n’a pas d’oncle raciste dans la famille, il faut bien s’occuper à quelque chose) c’est de savoir ce que les petits enfants font de leur vie. C’est devenu un rituel depuis que j’ai l’âge de répondre à autre chose que « ça va l’école ? C’est sérieux maintenant », chaque année aux alentours de l’heure de la dinde mon papy me demande ce que je fais comme métier. Pas seulement parce que ça l’intéresse, mais aussi parce que « tout le monde demande ». Globalement, chacun a une réponse claire avec un métier qu’on comprend bien. Enfin pas moi. J’ai été tour à tour webmaster, digital producer, community manager, social media manager, responsable de brand content, consultant en communication, directeur artistique dans une MCN et maintenant manager de youtubeurs. En général mes grands-parents ne retiennent qu’une partie marquante, et c’est celle là qui fera le tour du village. On y a dit que je réalisais des films ou que je travaillais dans le cinéma. Même qu’une fois j’ai croisé Michel Drucker et qu’il est vraiment sympa en vrai il parait.

Alors pour prendre d’avance la question qui tombera entre les pommes dauphines et la dinde quelque part ce 24 décembre quand le champagne alimentera les blagues (j’espère) salaces et les moqueries contre tout ceux qu’on n’aime pas, je vais tenter de lui répondre ici dès maintenant pour qu’on passe plus de tenter à boire, à bouffer et à raconter des conneries le 24 au soir.

Juridiquement je suis gérant d’une entreprise qui s’appelle SocialTube. Ce n’est pas tant un métier mais plutôt une fonction. C’est une SAS que j’ai créé il y a quelques mois, après de longs mois d’analyses et de recherches.
SocialTube comprend les mots Social, comme les réseaux sociaux, et Tube, à l’image de YouTube (et autres équivalents pornos) qui désigne ces sites qui agrègent des contenus video.
Je suis parti de mes expériences (agent artistique, consultant en communication, social media manager, réalisateur) pour créer quelque chose qui se sert de mes compétences principales pour faire ce que j’aime faire : voir grandir des carrières et produire du contenu.

Alors qu’est ce que je fais exactement ? Eh bien j’ai deux activités principales.
La première consiste à accompagner des créateurs qui produisent du contenu sur internet (photos et videos notamment) et qui ont une audience importante (ou qui veulent y arriver) afin de pérenniser leur carrière ou de la développer. Le panel de services est large et va de l’accompagnement à la création d’entreprise jusqu’à la production de contenu ou la recherche de financement. II s’agit avant tout de s’adapter à chaque créateur en fonction de ses besoins. En ça, je suis un peu manager d’artiste.

La seconde activité consiste à accompagner des marques qui veulent créer du contenu sur internet afin de parler à leurs clients ou à de nouveaux clients. Soit en créant un contenu qui sera diffusé sur leur réseau, soit en les associant à des gens qui ont déjà une audience suffisante qui correspond à leur cible. On appelle cela du brand content. En ça, je suis consultant en communication.

Alors pour faire simple, quand un voisin du village demandera ce que je deviens, on pourra simplement leur dire que j’accompagne cette nouvelle génération d’artistes qui s’expriment sur YouTube. Et que j’en suis très fier. Apres tout c’est ça le plus important.

Benjamin Lemaire - Entrepreneur jour 1

Entrepreneur : jour 1

Résumé des épisodes précédents : Travailler pour les autresComment je n’ai jamais travaillé pour YouTube Label

Après des semaines et des mois de réflexion, poussé par quelques amis et collaborateurs proches, j’ai décidé de me lancer dans la difficile voie de l’entrepreneuriat. Chaque jour ressemble à une montagne russe entre joie des petites réussites et gouffres des déceptions. Parfois tout s’équilibre. Souvent l’équation tire vers le bas. Mais, bon, j’y suis.
Bref résumé des semaines passées…

Trouver quoi faire

Avoir avoir quitté YouTube Label (ou après que YTL m’aie quitté, au choix) je savais que je voulais rester dans ce business auquel je crois, proche des gens que j’ai appris à connaitre et dont certains me font confiance. Après avoir été contactés par des grandes entreprises pour discuter de ces sujets, j’ai eu plusieurs propositions, plus ou moins directes, avec toujours cette mauvaise expérience du printemps qui venait me répéter « attention, ne signe pas n’importe quoi ». J’ai tout refusé.
J’ai d’abord voulu créer un MCN. Un business model différent. Un truc vraiment fait pour les créateurs de contenus, mais toujours confronté à ces deux problèmes que j’avais déjà noté à l’époque de YTL : une concurrence violente (dont certains avec des méthodes d’enculé) et surtout la nécessité d’avoir une bonne régie commerciale pour vendre de l’espace (ce que seuls TF1, M6 et Canal+ ont, pour fait simple). Tout ce qui demande une structure complexe (bureaux, commerciaux seniors, fonds de roulement, trésorerie décalée etc.). J’ai imaginé un truc encore plus différent, oubliant que l’égo des créateurs étaient parfois plus fort que leurs volontés de réussir. Il fallait trouver autre chose.

Alors je me suis dis (parce que parfois je me parle à moi même) : qu’est ce que tu aimes dans ce bordel de business ? Réponse : les créateurs et la création. Alors du coup, qu’est ce que je pouvais bien faire dans ce bordel de business avec des créateurs qui créationent sans avoir à créer un MCN ? Qu’est ce que je sais faire qui pourraient plaire à des créateurs ? Bah oui, suis-je con. J’ai été agent artistique, j’ai encore ma licence, j’adore défendre les gens que j’aime et une de mes principales qualités est de dénicher les nouveaux talents : pourquoi pas agent de créateur, de youtubeur ? J’avais trouvé ma voie dans ce milieu encore trouble où les créateurs sont livrés à eux mêmes devant des MCN gérés par des gens qui connaissent parfaitement la propriété intellectuelle et la production audiovisuelle. Accompagner, protéger, développer. Tout en gardant près à disposition ma longue expérience auprès de marques autour de la communication, du digital et du brand content.

Malgré un marché qui arrive à maturation, le métier d’agent de youtubeur (ou de créateur web en général) n’existe que peu en France et certain MCN (un en fait) refuse même totalement l’entourage des créateurs, comme c’était le cas à VideoCity. Anyway, une place est à créer.

Expliquer ce qu’on va faire

Si j’ai découvert un truc d’entrepreneur, c’est que c’est hyper compliqué d’expliquer aux autres ce qu’on a dans la tête. Déjà y’en a toujours un pour trouver des défauts auquel j’avais pas pensé qui remettent tout en question (d’où les 412 allers retours avec le paragraphe précédent avant d’en arriver là). Ensuite parce que ce qui ME semble évident n’est pas évident aux yeux de gens qui sont loin du milieu dans lequel je suis. Et puis finalement, pareil pour ceux qui sont dedans. Entrepreneur c’est pas facile. Pionnier c’est un chemin de croix.

Alors j’ai d’abord raconté mon histoire à des potentiels clients/marques, qui pourraient être intéressés de travailler avec des créateurs web. Des entreprises de cinémas bien sur, avec qui j’ai longuement collaboré, et des gens de la musique, que je connais bien. Plus largement, des marques culturelles. Ce sont aussi les marques avec lesquelles les youtubeurs ont le moins peur de se maquer, parce qu’elles sont peu engageantes. Il est moins difficile de faire un tweet pour parler du prochain Star Wars que de signer une opé pour le prochain Activia.

Après des semaines de rendez-vous, de soirées blogueurs à expliquer ma démarche, tout semble s’empiler correctement. Les copains valident et les marques approuvent : le système semble bien tenir la route, et ne demande pas d’autre investissement que mon temps. Une fois que j’aurai déterminé ce qu’il faut que je gagne chaque mois, Pole Emploi aidant, je saurai si mon projet peut être viable rapidement.

Reste à tâter le terrain côté MCN. Je ne suis ni contre leur business, ni un concurrent. Simplement un intermédiaire entre eux et les talents, qui peut aussi, finalement, jouer un rôle de talent scout ou de recruteur. Un possible casse couille qui complexifie les négociations aussi. Les premiers contacts sont plutôt positifs.

Trouver avec qui le faire

Représenter des créateurs c’est hyper cool. Reste qu’il faut désormais les convaincre EUX. Aucune des talents signés chez YouTube Label n’a souhaité continuer l’aventure avec nous. Je dis nous parce que j’avais embarqué un ex-associé de YTL avec moi, qui finalement ne sera pas associé avec moi même s’il me conseille de près. La Paris Games Week et VideoCity sont l’occasion de recroiser beaucoup de têtes connues et de parler de mes activités actuelles. Au détour d’un espace VIP, un gamer me dit qu’il aimerait que nous collaborions ensemble. Mon premier. Large sourire !

Les semaines s’enchaînent et à chaque fois la même question : « Tu travailles avec qui pour le moment ? ». La réponse est un exercice pour lequel il faut être particulièrement souple. Répondre « personne » signifie que je n’ai convaincu personne (et pourtant il en faut bien un premier) et donner des noms alors que ce n’est pas officiel est compliqué (et pas très fair). Il faut slalomer entre les « j’attends des réponses » « je signe bientôt » et autres réponses vagues, avant de fixer la conversation sur ce qui est vraiment important : notre relation et ce que je vais apporter au talent.

Contrairement aux autres industries culturelles, celle des créateurs web n’a pas de standard d’entourage. Dans la musique il faut un manager, un label, un éditeur, un tourneur. Dans le cinéma, il faut un agent. Dans le jeu vidéo, il faut un éditeur et un studio. Sur YouTube, il faut un MCN. Personne ne sait vraiment pourquoi d’ailleurs. Mais la notion d’agent ou de manager est non seulement indéfinie mais surtout obscure pour la plupart des talents. Pourquoi devrais je avoir un mec qui s’occupe de moi alors que je me suis toujours occupé de moi tout seul ? Mon argumentaire est clair et, je pense, solide : négociation des contrats, networking, accompagnement financier/juridique/social, production, management au quotidien etc. Les réactions sont très diverses. Parfois épidermiques. On sent que beaucoup de mauvaises personnes sont passées avant. Reste à faire mes preuves.

Faire

Les clients ok l’air opé’. Les talents aussi. Mon business a l’air tenir la route. Reste une étape pas simple. Et je sais à quel point elle n’est pas simple parce que j’y suis déjà passé et que je propose aux talents de les aider sur ce point : créer une entreprise.

Ecrire les statuts, réunir des fonds, ouvrir un compte, trouver des bureaux, trouver un nom, faire un site, ouvrir des comptes sociaux etc. La liste est longue et fastidieuse. Rien n’est simplifié, à aucun moment. Tout y est payant, alors mieux vaut être sur de soi. Mais en ce mois de novembre 2015, j’ai décidé, je vais créer mon entreprise de management de talents de socialtubeurs (qui fera aussi du consulting en brand content), et elle s’appellera SocialTube. Je ne sais pas ce qui m’attend, sans doute beaucoup de problèmes et d’embûches. J’espère juste que les joies et les réussites seront encore plus grandes !