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EnjoyPhoenix ou l’ode au bashing

Zaz. Kenji Girac. DSK. Jack Lang. Kev Adams. Léa Seydoux. Gérard Depardieu.
Ces sept personnalités ont un seul point commun, celui d’être la cible facile de colibets aigris. Pas parce qu’ils sont mauvais dans ce qu’ils font, pas non plus qu’ils ont fait quelque chose de particulièrement désagréable. Juste parce qu’un « on » anonyme a fait d’eux une caricature : Zaz qui ne se lave pas, Kenji le manouche, DSK le détraqué sexuel, Jack Lang le pédophile, Kev Adams l’ado pas drôle, Léa Seydoux la pistonnée, Gérard Depardieu l’alcoolique. Non seulement la plupart de ces clichés sont faux, mais la répétition des vannes associées est une insulte à l’humour.
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Nouvelle arrivante dans la liste des gens qu’il fait bon de détester : EnjoyPhoenix. Youtubeuse de 20 ans, Marie parle de beauté, de fringue, de trucs d’ados et d’elle même. A travers une vie une peu storytellée elle décrit sa vie en donnant des conseils aux quelques 2 millions de jeunes qui la suivent. Ignorée pendant bien longtemps alors qu’elle touchait déjà des centaines de milliers d’adolescents, le bon Paris s’est mise à la détester (Les Inrocks et autres médias que personne ne lit en tête) lorsqu’elle a sorti #EnjoyMarie où elle raconte son histoire. Les mêmes qui ont trouvé savoureuses les confessions de Valérie Trierweiler sorties en même temps et tirées au même nombre d’exemplaire, trouvaient que le bouquin d’une ado n’était pas légitime car il serait mal écrit. Ah les jugements de valeurs… Sauf qu’en vendant 300 000 bouquins, Marie Lopez a fait lire 300 000 jeunes à l’heure où la jeunesse se désintéresse ouvertement de la lecture. La prose de Marie n’est effectivement pas Flaubert. Et tant mieux, sinon aucun ado ne l’aurait lu. Pire, si Marie avait eu la plume de Flaubert, les milieux autorisés l’aurait dénigré parce qu’elle ne respecte pas les codes admis pour faire parti des gens sur qui l’ont peut gaiement se branler dans les soirées de gens auto-autorisés.

Depuis, chaque sortie de EnjoyPhoenix est bonne à la ridiculiser. Elle fait Danse Avec les Stars ? Qui sera sa star ? Une vidéo de bouffe ratée ? Haro dans les grands médias. Un problème de maquillage ? Leçons d’éthique dans la presse. Cette même presse qui n’a aucun problème pour mettre en place du clic-bait et faire ses records d’audience et de retombées social sur tout ce qui n’est pas du journalisme. Ethique.

La vérité, c’est que les gens qui commentent la vie d’EnjoyPhoenix en prenant bien soin de la mentionner, au cas où elle voudrait répondre (fort à parier qu’ils nuanceraient aussitôt leurs propos) et pour capter son audience (on est quand même là pour faire du clic) lorgnent sur ce qu’elle fait depuis des années. Depuis des années ils font croire à leur influence en s’auto invitant les uns les autres et en se vendant entre potes à leurs clients qui n’y connaissent rien (allant jusqu’à exclure les youtubeurs de leurs opés comm alors qu’ils sont moins chers et bien plus gros communiquants) tout en se disant écrivain parce qu’ils ont un bouquin planqué dans leur tiroir qu’aucun éditeur ne veut et qui finira sur Amazon ou Edilivre, en espérant que quelques e-potes, perdus dans leurs errances parisiennes aigries, accepteront de dépenser les cinq balles nécessaires à la lecture de leur plume supposée flauberienne.

Perdue dans cette jungle cruelle des commentaires réputés virtuels, Marie s’en émeut (rarement) dans ses vidéos, ce qu’il est bon ton de noter afin de s’en moquer.
Mais tu sais Marie, quand le tout Paris prend le temps de te taper dessus, quand les auto proclamés influents se mettent au EnjoyBashing, quand la presse que personne ne lit tente de se raccrocher aux branches de ton audience, c’est que non seulement tu es bien au dessus d’eux, mais que tu rejoins le cercle très fermé des gens à l’image tellement puissante qu’elle en parait déshumanisée. Et de ces gens, dont on peut dire tout et n’importe quoi impunément, comme s’ils n’étaient personne. Mais après tout, être comparé à des gens comme Zaz, DSK ou Depardieu c’est pas si mal comme carrière non ?

Je me rappelle la première fois où je t’ai vu. Nous étions dans une salle d’attente et on venait de m’annoncer que deux blogueuses beauté arrivaient. J’avais un gros a priori parce que bon, j’en ai connu plein des blogueuses beauté, et j’avais peur de me retrouver avec deux clichés un peu pimbêches, sures d’elles et imbuvables. Le noir, le lama et les bizarreries aidant, j’ai découvert une meuf marrante et bon délire qui ressemble en tout point à l’image que tu dégages quand on regarde tes vidéos. Certes, je ne suis pas ton plus grand fan (mais je ne suis pas non plus la cible de ce que tu fais) mais j’ai un grand respect pour les gens qui créent quelque chose sincèrement, peu importe la portée de leur travail. Tu n’as aucun besoin de mon soutien pour faire ce que tu fais, mais en espérant te revoir bientôt, je te fais un e-bisous, et, comme dirait Sinsemilia, je te souhaite tout le bonheur du monde.

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Allez, écris !

Je ne suis ni écrivain, ni journaliste, ni scénariste, ni lié à un métier qui nécessite l’obligation de se mettre à écrire chaque jour. Alors j’écris à ma façon et à mon rythme.
Pourtant j’entends souvent des gens dire que pour écrire un film, un livre ou en tout cas terminer une oeuvre il faudrait s’y mettre un peu tous les jours, comme une sorte de routine normée entre la météo le JT.
N’ayant pas d’autre contrainte que ma simple envie, je sais que je peux écrire ce que je veux quand je veux, mais je sais surtout que je peux pas écrire quand je n’en ai pas envie. Même si j’ai une idée. Si l’envie d’écrire n’est pas là, alors je n’écris pas. Je griffonne quelques idées et je la garde pour plus tard.

Il est vrai que j’ai plein d’histoires que je n’ai jamais terminé (encore plus que je n’ai jamais publié) et flopée de petits billets jamais achevés ici, souvent par manque de temps. Alors je me suis dit que peut-être j’étais un peu borné et qu’il faudrait suivre un peu ce conseil au lieu d’attendre que l’inspiration soit assez (trop) forte pour m’obliger à me poser et à raconter ce qui me vient.

Tous les jours pendant dix jours, je me suis forcé à écrire divers trucs, principalement sur un roman sur lequel je travaille depuis un an (sans volonté réelle de le publier un jour). Je me suis assis cet après midi pour relire ce que j’avais écrit et voir où j’en étais. Dans ma tête, l’histoire avait continué à évoluer. A chaque douche, j’imagine comment mes deux personnages se parlent, ce qu’ils vont faire, et comment ils réfléchissent. Mais les mots ne correspondaient pas à ce que j’avais imaginé. Froids et détachés, ils n’étaient qu’une suite descriptive de mots sans passion. Un documentaire au lieu d’un vrai film.

Comme souvent, j’ai du mal à revenir en arrière et à recommencer ce que j’ai déjà fait alors au lieu d’avancer, j’ai juste bloqué mon travail en l’abîmant. Et en m’abîmant un peu, au passage. J’espère (je pense) que j’aurai prochainement l’envie de réécrire sur ce livre que j’aime. Mais je le ferai quand j’en aurai l’envie et le besoin sans me soucier des conseils que chacun distille. L’écriture est un acte trop personnel pour qu’un autre puisse l’accompagner.

Réflexion sur l’utilisation des talents du web (souvent mineurs) par des marques

Un grand pureplayer français lançait hier une opé avec 4 talents du web. Des influents. Pas de ceux qu’on invite à toutes les soirées parce qu’ils sont potes des gens qui bossent en agence de comm’, mais des OVNIs que les conseillers des marques n’arrivent pas à cerner et ignorent. Ce pureplayer surfe d’ailleurs depuis plusieurs mois sur cette vague des nouveaux influents en les utlisant dans des campagnes vendues très chères à des marques (ISIS, Accord, Voyage SNCF etc.).
Depuis vendredi donc, quatre artistes du web, dont deux mineurs (15 et 17 ans), s’affrontent dans une course au selfie où ils doivent s’affronter à travers des défis pour promouvoir le dernier téléphone de Sony et, au passage, le pureplayer en question. L’opération, comme toutes celles d’avant, serait passée inaperçu dans les milieux autorisés de la communication et de la publicité sans ce selfie posté par le plus jeune des participants. Banal, ce selfie pose quelques questions majeures sur le web et cette génération émergentes de nouveaux influenceurs.
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Selfie à tout prix

Apogée de l’égocentrisme de nos vies en 2015, le selfie est sans doute symptomatique d’une société où chacun est en recherche d’attention et de reconnaissance. Par facilité, parce qu’on fait croire qu’il suffit de passer à la télévision pour être une star et faire sa vie. Par substitution, parce que les réseaux sociaux sont un moyen de combler une déficit d’attention.
Ce qui est marquant dans la photo du concours est le décalage entre le café Starbucks (cher) et la situation précaire des deux personnes dont on ne connait rien (et dont il ne connait probablement rien non plus). Leur misère n’est que l’amorce de la mise en scène : moi > aide > héros. La notion d’aide n’est que la prétexte à la mise en avant de soi et l’autre intervient pour légitimer le discours (« il était très content »). La scène m’a fait pensé à cette célèbre chanteuse française qui a refusé deux jours avant une intervention dans un hôpital de s’y rendre parce qu’il n’y aurait pas de caméra. Aider les gens, c’est les faire passer en premier, c’est aimer l’autre. On ne peut aider l’autre en voulant y gagner quelque chose.

Mais après tout, peut-on reprocher à ce jeune de 15 ans de se servir de la misère de deux personnes pour faire sa promo sur leur dos, alors que deux marques se servent de son incompréhension du système pour faire leurs promos sur lui ?

Une exploitation sans cadre

En France, le travail est interdit avant 16 ans. Seul le préfet du département où est implanté l’employeur peut autoriser un mineur de 16 ans à travailler à travers une commission DDASS où sont représentés la Direction du Travail, la DDASS, la justice et parfois des représentants artistiques. Le travail est limité à un certain nombre d’heures et dans des conditions strictes. Ces dispositions sont directement liées à ce qu’on a appelé aux Etats-Unis la loi Coogan (le California Child Actor’s Bill), du nom de Jackie Coogan, le Kid de Chaplin, connu pour avoir été dépouillé de son argent par ses parents (comme les Culkin, les Jackson ou Jordy). En France, une grande partie, quand ce n’est la totalité, des revenus des enfants du spectacle sont bloqués à la Caisse des Dépôts et Consignations jusqu’à leur majorité où ils seront les seuls bénéficiaires. Seuls des cas très précis et encadrés permettent de débloquer une partie des fonds.

Internet, et notamment YouTube, a fait émerger une nouvelle génération d’enfants du spectacle qui, initialement, s’emploie seul en créant des contenus en dépit des règles ou des apprentissages traditionnellement établis et avec pour seule contrainte, celle de l’envie. Et surtout, comme force majeure de susciter l’empathie et l’identification des jeunes du même âge qui voient, à travers ces vidéos amateures pas très bien réalisées et un peu maladroites, une image parfois idéalisée d’eux mêmes. Plusieurs entrepreneurs l’ont bien compris et les plus gros groupes (Webedia et Melty en tête) se sont positionnés sur le sujet pour monétiser cette audience et driver leur trafic à leur profit en ignorant le plus souvent des règles essentielles pour protéger ces créateurs.

Exploiter l’oeuvre d’un mineur ne nécessite que l’acception écrite des représentants légaux et du mineur. Faille du système ou non, le législateur considère que le mineur n’est pas employé lorsqu’il créé et que son travail est acheté, au même titre que n’importe quel autre créateur. C’est le cas youtubeurs, instagrameurs, vineurs, et même avant, des mineurs qui publient des ouvrages ou des photographies. Ce vide juridique pose néanmoins la question des affaires Coogan et de ces mineurs dépouillés de leurs revenus par leurs parents avant leur majorité ou dont les revenus n’ont jamais été ni protégés ni gérés correctement (parfois même, jamais déclarés). Avec les audiences en croissants exponentielles et le changement d’orientation des investissements publicitaires, il y a fort un parier que les premiers millionnaires numériques mineurs devraient apparaître d’ici quelques mois aux Etats-Unis et dans quelques années en France, reposant la même question qu’il y a 50 ans.

Reste que des mineurs produisant spécifiquement du contenus pour une marque, et encore plus lors qu’ils sont physiquement impliqués dans une activité à l’extérieur, ne peuvent pas être couverts par la régime du droit d’auteur, mais bien par celui du salariat qui, de fait, est plus onéreux et contraignant pour l’employeur mais sécurisant pour les mineurs engagés. Sauf qu’eux ne peuvent pas le comprendre. Pire, on leur fait comprendre que c’est une chance, qu’ils vivent quelque chose d’extraordinaire et de fantastique, qu’ils peuvent rencontrer leurs fans ou gagner des cadeaux. Sans jamais expliquer qu’ils font implicitement la promotion d’un portail ou d’un produit pour des brands qui gagnent bien plus sur leurs talents/audiences que l’inverse.

Portraits of Jerome LAVRILLEUX

Jérôme Lavrilleux, l’enculeur enculé

Je suis tombé cette nuit via l’excellente Klaire fait grr sur une interview de Jérôme Lavrilleux le patron de Bygmalion, au centre de l’affaire du même nom. Pour résumé l’affaire en une demie phrase : Bygmalion a magouillé les facturations de l’UMP, notamment pendant la campagne de Sarkozy, de manière à faire payer au parti des factures de campagne et ainsi ne pas dépenser le maximum légal autorisé pour la campagne. En question sous-jacente : est-ce que Sarkozy était au courant de ces magouilles ou son équipe a tout géré pour lui ?

Dans cette interview « exclusive », Lavrilleux se livre sur un ton pathétique aux relents misérabilistes. Il parle de son linge sale comme s’il s’agissait du métaphore d’introduction, cache derrière ses lunettes, sa barbe de trois jours et son costume décontracté. Las, il raconte péniblement comment il a été éjecté de l’UMP « comme un malpropre » et qu’on fait « courir des rumeurs » sur lui. Comme si l’affaire médiatique ne se suffisait à elle même. Il insiste lourdement sur la responsabilité de Sarkozy en prononçant sa culpabilité à chaque question, suintant de mépris et rancœur. Après avoir dit qu’on l’a laissé « à poil » (mais quand même député européen) il prend le lecteur à partir par les sentiments en expliquant qu’il se sent menacé.

Je n’ai pas envie d’apprendre à nager dans 20 centimètres d’eau comme Robert Boulin. J’ai dit à mes proches que si un jour j’avais un accident de voiture, il faudrait faire une expertise.

Sa campagne de victimisation qu’il vomit depuis des mois est à son image : égocentrique. Lavrilleux c’est l’histoire d’un mec qui aurait voulu être une star de la politique mais qui est resté dans l’ombre de Buisson qui ne voulait pas de lui en lumière. C’est l’histoire d’un mec qui a chié des mois sur Fillon pour défendre Copé avant de retourner sa veste. C’est l’histoire symbolique mais non anecdotique d’un opportuniste qui achète lechangementcestmaintenant.com. C’est l’histoire d’un mec qui s’est trouvé la lumière qu’il cherchait en passant à la télé en tant que consultant, au nom de Bygmalion. C’est l’histoire classique de ces ratés qui vivent à travers les autres autant qu’ils peuvent avoir de vomir sur le système qui les a fait bouffer.

En fait, Jérôme Lavrilleux c’est juste l’histoire de l’enculeur enculé qui décide de faire un livre sur la sodomie en disant qu’il a l’expérience de s’être bien fait enculer. Mais en oubliant de préciser que s’il connait si bien la sodomie c’est qu’il beaucoup pratiqué sur les autres.

#JeSuisCharlie… mais seulement quand c’est hype

Bordel de putain de merde, y’a des jours où je me demande vraiment ce que je branle dans cette putain de société hypocrite. Et ça m’énerve. Je m’explique. C’est mieux.

Je sais pas si vous vous rappelez, mais en janvier y’a eu des attentats dans les locaux de Charlie Hebdo. Y’a eu des morts. C’était triste et tout. C’était des arabes qui ont fait le coup mais fallait pas faire d’amalgame. Comme dit Didier Super : y’en a des biens. Alors du coup, tout le monde s’est reconnu dans les valeurs de la liberté d’expression. Et tu vois moi j’étais content parce que la liberté d’expression je la défends. Toujours. Tout le temps. Mais la liberté d’expression tu vois, petit twittos engagé par le hashtag, petite ménagère qui pleure un journal qu’elle n’a jamais lu, petit étudiant qui a fait un exposé sur des journalistes qu’il n’a jamais compris, c’est pas un truc qu’on choisi en fonction de son humeur. La liberté d’expression on la défend ou on lui chie dessus. On ne défend pas seulement la liberté d’expression des gens qu’on aime bien ou dans les cas qui nous arrange.

La liberté d’expression permet à chacun de raconter ce qu’il veut. Parce qu’il a envie de le dire. Peu importe son motif. On l’a cadré par des lois. Si c’était moi, je la cadrerais même pas. Mais bon, c’est comme ça, avec des lois votées démocratiquement, donc ok. Et laisser les gens raconter ce qu’ils veulent ne veut pas dire être d’accord avec tout le monde. Tolérer et écouter quelqu’un, aussi Morano soit il, ce n’est pas le cautionner. Au contraire. Ecouter, c’est comprendre. Comprendre, c’est pouvoir contrer.

En janvier donc, tout le monde était Charlie. Bien sur que la grande majorité ne savait pas ce que c’était et qu’ils l’ont découvert ce jour là. Qu’ils l’ont acheté ce jour là. C’est cool. Pas pour défendre Charlie Hebdo, mais au moins dans la symbolique. Mais la symbolique avait déjà des failles. Parmi ces mêmes personnes qui manifestaient pour défendre Charlie, nombre d’entre elles (parmi lesquelles des centaines de politiques mais ils ne sont plus à une récupération/contradiction près) s’étaient pourtant opposés à la tenue des spectacles de Dieudonné sans aucune voie judiciaire. Plus récemment, les #JeSuisCharlie bien pensants se sont opposés à la création d’une filiale du Front National à Sciences Po, sous couvert de bien pensance et d’on ne sait quel combat politique qui permettrait d’interdire à d’autres de penser autre chose que les deux pensées majoritaires acceptées.

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Il aura fallu 10 mois à Charlie pour refaire polémique. En cause sa une où le Général de Gaulle tient Nadine Morano, titrée « Morano, la fille trisomique cachée de De Gaulle ». Sacrilège. Les trisomiques on n’a pas le droit de se moquer. Les assos montent au créneau, et comme dans toutes les histoires qui doivent toucher tout le monde, la polémique est incarnée. Pour aujourd’hui ça sera Caroline Boudet, « maman de 2 ans et journaliste ». Dont un enfant trisomique (comme le Général d’ailleurs). Tu vois la blague arriver ?

Caroline Boudet se dit lectrice de Charlie Hebdo depuis longtemps (avant la hype dit elle). Lectrice qui « rigole à [leurs] mauvaises blagues depuis pas mal de temps ». Sauf que là, Caroline Boudet ça l’a fait pas rire du tout qu’on rigole des trisomiques, parce que ça la concerne. Elle qui fut Charlie naguère quand c’était cool trouve que quand même, c’est pas trop trop drôle.

Parce que oui, quand un musulman trouve la une de Charlie Hebdo choquante, on lui explique qu’on est dans un pays Charlie où chacun peut s’exprimer. Mais quand le sujet touche plus personnellement, ça fait bizarrement moins rire. « Rigolez, des autres, mais pas de moi » comprend t’on en trame de fond. Et pourquoi ne pourrait on pas rire des trisomiques ? Est-ce qu’ils ne sont pas dignes de cette forme d’intelligence qu’est l’humour les trisomiques ? Est-ce qu’ils ne méritent pas quand les traite comme n’importe quels autres humains les trisomiques ? Et pourquoi on ne pourrait pas de marrer sur les chômeurs, les sidaïques et les cul terreux ? Faudra t’il bientôt faire une liste des gens dont on peut se moquer et une liste d’intouchables de l’humour ?

En lisant les commentaires des dizaines de partages de ce pamphlet anti-liberté d’expression sur Facebook j’en ai vu un qui résumera à lui même cette histoire.
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Josée aura au moins l’avantage d’être honnête.

Bah tu vois Caroline Boudet, depuis un an et demi moi y’a un autre truc qui m’a rendu triste. C’est que jamais aucun de mes potes qui savait que j’étais malade ne m’a fait une vanne sur mon cancer. Et c’est pas faute d’en raconter des saloperies sur tous mes potes juifs, arabes, pédés, noirs, chinois ou socialistes. Eh bah pas un seul n’a osé me faire une petite vanne qui m’aurait bien fait marrer. Comme si ça m’aurait rendu plus malade. Comme si, parce que j’étais concerné maintenant, on aurait plus le droit de se moquer de moi. Tu vois Caroline Boudet, je trouve pas que ça soit drôle d’être trisomique ou d’avoir un cancer, mais je préfère rire que pleurer. Et quitte à choisir, je préfère qu’on me trouve un vaccin qui m’empêche d’être malade plutôt qu’un qui m’empêche de me marrer.

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Pourquoi Wendy ne veut pas être une Darling ?

J’étais invité samedi dernier à la (nouvelle) première du Peter Pan de Guy Grimberg à Bobin’o. L’adaptation est très mauvaise, de la partition ratée aux interprètes qui semblent s’ennuyer entre leur texte mou et les chorégraphies ridicules. Parmi les détails librement interprétés de la pièce de Barrie il manquait un personnage essentiel : celui de Nana. Et je viens de comprendre son importance au fil de digressions.

Il faut distinguer dans Peter Pan deux endroits de récits très distincts. Celui de Londres au début du XXème siècle en pleine époque victorienne qui servait à l’époque de la pièce d’introduction mais qui cent ans plus tard est un réel cadre nécessaire à la compréhension. Ce cadre débute et clôt l’histoire. Et il y a Neverland, avec son voyage et son île, histoire qui commence et se termine sur le pas de la fenêtre. Le cadre « réel » est tellement figé et rigoureux que l’autre, que l’on pourrait qualifier de surréaliste, devient sans limite, ne serait-ce que par contraste. Sans équivoque, Barrie fait vivre à Wendy (parce qu’elle est la vraie héroïne de l’histoire et non Peter Pan) un voyage autour des questions de l’identité touchant notamment au sexe et au genre, et à celui des interactions sociales à l’adolescence. Le parallèle avec Alice’s Adventures in Wonderland est inévitable bien que la voyage soit sensiblement différent.

Je suis également parti du postulat évident que toute l’histoire est une invention de Wendy puisque c’est elle qui raconte l’histoire à ses frères, puis à ses enfants.

Contexte familial

Wendy débute donc l’histoire en apprenant qu’elle est trop âgée pour rester dans la chambre de ses frères (« the nursery ») et qu’elle va devoir vivre seule. Une étape marquante de sa vie. Elle semble ignorer qu’elle va devenir une femme et c’est quand elle deviendra mère à Neverland qu’elle aura compris le changement qui s’opère. Ce n’est d’ailleurs pas elle qui choisit son statut de mère puisque dès qu’elle voit Peter Pan, sans être surprise -peut-être n’est-ce pas la première fois- elle projette sur lui ses désirs sexuels et amoureux. En ça, elle est une héroïne moderne de la littérature (et surtout des contes) parce que son histoire n’est pas basée sur sa condition de naissance mais sur ses propres changements intérieurs.

Mr. and Mrs. Darling sont des parents quelconques qui n’ont rien du cliché des contes d’enfants. Ils ne sont ni les parents détestables (archétype de la belle-mère de Blanche Neige) ni les parents doux et aimants qu’on aimerait voir pour se rassurer. Dans leurs costumes mal taillés de petits bourgeois londoniens, les Darling tentent d’élever leur fille comme une Lady, enracinés dans la culture ancestrale omniprésente des grands-parents. Par sa légèreté et sa distance (elle reste en robe de chambre, comme ses frères, pendant toute l’histoire), Wendy incarne la fracture entre l’ancienne aristocratie victorienne et la fin de la Belle Epoque (qui s’achèvera définitivement avec la première guerre mondiale, mais personne ne le sait à l’époque de l’écriture en 1903).

Mrs. Darling est une femme type de la bourgeoisie qui reprend tous les codes culturels de l’époque : elle ne travaille pas, se consacre à son foyer et suit les bonnes mœurs. Soumise, elle semble une épouse parfaite mais pas la mère idéale. Son rôle maternel est d’ailleurs endossé par un chien, dont la seule tâche est de s’occuper des enfants.
Mr. Darling quant à lui est un gentleman anglais qui semble un peu moins sérieux, frustré qu’un chien puisse être plus important que lui (on pourrait se demander si Barrie n’est pas le chien et que le père n’est pas Arthur Llewellyn Davies) au point qu’il en semble détaché. Il invoque à plusieurs reprises son autorité naturelle de chef de la maison, notamment en imposant à Wendy de grandir pour le lendemain.
Les figures parentales sont étonnamment pauvres, notamment ce père qui ne renvoie aucune image ni à sa femme ni à sa fille. Pour autant Peter Pan ne semble pas tellement traiter de l’absence du père mais plutôt de l’absence de rôle féminin. En partant de ce constat, on peut voir le voyage comme Wendy comme une quête de son identité de femme.

Les femmes

Il y a peu de femmes à Neverland. La première que rencontre Wendy c’est Tinkerbell, l’antithèse de toutes les fées des contes. Mise à part sa « fairy dust », Tink ne ressemble en rien aux gentilles fées qu’on peut imaginer. Tous les dessins et annotations de l’époque la montrent habillée de manière provocante. Le dessin animé de Disney l’a même popularisé avec une minijupe très courte pour l’époque. Elle est impulsive, jalouse et dangereuse (elle mettra en danger la vie de Wendy, de Peter, puis la sienne). Sa relation avec Peter est étrangère à Wendy qui ne semble jamais soupçonner qu’une trace d’amour puisse exister. Tink représente ces femmes que Wendy ne côtoient pas dans son monde londonien clôt.

La seconde forme féminine à apparaître sont les sirènes, beauté virginale et inaccessible, que personne ne peut toucher. Elles, ne semblent attirées par personne, mais tout le monde les regarde, les écoute, et le mythe de l’Odyssée renvoie immédiatement à ces beautés introuvables. Cette beauté fantasmée qui n’existe pas.

La dernière est la plus complexe. Tiger Lily est une princesse indienne. Le mot n’est pas choisi au hasard, Barrie savait que les indiens n’avaient bien entendu pas de princesse. La métaphore de Peter Pan le chevalier blanc, sorte d’histoire dans l’histoire, qui sauve la princesse est évidente. Contrairement à Tink ou aux sirènes, Tiger Lily fait réagir Wendy parce qu’elle s’y retrouve. Sa féminité s’éveille à son contact parce que Tiger Lily n’est pas une caricature (la représentation des indiens l’est). Elle incarne la féminité ancestrale liée à la tradition (à travers le côté indien) et son statut de princesse renvoie au degré noble du rang social de Wendy. L’équilibre entre le « sauvage » et le « noble » rend Tiger Lily fémininement acceptable aux yeux de Wendy. Elle n’est d’ailleurs pas jalouse de sa relation avec Peter parce qu’elle comprend que c’est à sens unique. Et surtout parce qu’elle vient d’apprendre quelque chose sur elle-même de bien plus important.

Les hommes

En réalité il faudrait parler de genre masculin pour qualifier les hommes de Neverland tellement la virilité est absente de l’île. Peut-être est-ce que cela renvoie à la propre absence de virilité de Barrie. En tout cas c’est un clair écho à l’absence de Mr. Darling en tant qu’homme de la famille. Peter Pan est un enfant, les Lost Boys jouent, les indiens passent leur temps à danser, les pirates passent leur temps dans des gamineries contre Peter et même Hook censé être l’incarnation du villain n’est qu’un grand garçon à barbe. A Neverland, masculinité rime avec légèreté. Jamais avec responsabilité. D’ailleurs c’est Wendy qui prend les responsabilités au camp des Lost Boys quand elle devient leur mère, mais c’est également le souhait de Hook quand il la fait venir à bord.

Dans le Neverland imaginaire de Wendy, ce manque de masculinité traduit clairement l’absence de figure paternelle et son manque de compréhension de la figure du père. Hook, qui est l’homme qui ressemble le plus à Mr. Darling (c’est aussi le postulat de Spielberg dans Hook d’ailleurs) fait preuve de cruauté arbitraire renvoyant aux décisions autoritaires de Mr. Darling qu’elle ne comprend pas. Seuls les indiens respectent la femme sur Neverland. Leur tradition (l’ordre et la loi) reconnait l’importance des femmes (symbolisée par Tiger Lily). C’est pour ça que c’est avec eux que Wendy y trouvera ce qu’elle est venue chercher.

Peter Pan

Le personnage de Peter Pan que s’invente Wendy est le produit de ses incompréhensions qui découle de l’absence paternelle. En ne lui renvoyant rien d’elle-même, il l’empêche de se créer son identité, et notamment son identité sexuelle. Peter est en réalité le côté obscur de Wendy : irresponsable, capricieux, refusant de grandir et… masculin. Tout ce qu’est Peter Pan n’est que le développement potentiellement déviant de Wendy. A mesure que le voyage avance, Peter perd sa représentation sexuelle : il embrasse Wendy de son plein gré au début mais refusera tout contact féminin jusqu’à la fin. La représentation de Peter que se fait Wendy lui permet d’expérimenter ce qu’elle souhaite, sorte de crise d’adolescence imaginaire. Peter Pan n’a d’ailleurs aucun sexe et ne manifeste aucun désir pendant tout son séjour à Neverland. Il n’est qu’un test psychologique de Wendy.

Devenir femme

De par son manque de compréhension de Peter (c’est à dire d’elle-même et de la masculinité) il est difficile à Wendy de le cerner. De le toucher même (il vole au premier contact, il ne tient pas en place). Dans les premières mises en scène de Barrie, Peter était même souvent à l’opposé de la scène par rapport à Wendy. Ses sentiments à l’égard de Peter sont ambigus. Elle est fascinée par cette part d’elle-même et ce monde adulte que représente ce qu’il y a après et son attitude ambivalente à l’égard de lui reflète son état en général. Être Peter Pan c’est la facilité absolue de vivre comme elle a envie. Devenir femme c’est accepter les règles de sa société, et sans doute devenir un jour comme ses parents.

Quand Peter sauve Wendy, le chef indien lui propose la main de sa fille. Wendy se retrouve face à ses propres contradictions. La rencontre Tiger Lily / Peter lui renvoie l’image d’une princesse qui prend sa place dans la rencontre homme / femme alors qu’elle aimerait jouer elle-même le rôle de la femme. Voir Peter refuser tout contact et toute relation avec Tiger Lily lui montre à quel point elle n’est pas Peter Pan. Parce qu’elle a envie de connaître l’amour et comprend désormais que la version Peter Pan d’elle-même ne pourra jamais aboutir à son épanouissement. Elle doit faire sans doute pour la première fois de sa vie un choix mature : si elle veut faire l’expérience de la rencontre, elle doit grandir.

Après l’épisode du sauvetage, le voyage est terminé et Wendy n’est déjà plus à Neverland. Elle semble finir l’histoire pour ses frères, pour qu’il se passe quelque chose, mais Wendy est d’ores et déjà une femme. Sa maison lui manque, elle veut revenir au réel. Elle n’a plus sa place ici parce qu’elle veut grandir. Elle a grandi. Elle est prête à devenir Wendy sans être une Darling. Elle a trouvé son identité.

Bibliographie
A New Interpretation of « Peter Pan » (2010) by Shelly Rakover
Making American Boys: Boyology and the Feral Tale (2004) by KB Kidd
The wounded woman: healing the father-daughter relationship (1982) by LS Leonard
Snow White and the Seven Dwarves: the Feminine Journey and the Wild Woman Archetype (2002) by S Rakover-Atar

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Pendant ce temps au Zimbabwe

Dans le junte, terrible junte
Le lion Cecil est mort ce soir
Les hommes blancs traquent le mécréant
Le lion Cecil est mort ce soir
Toujours plus de rage, toujours plus de carnage
Le lion Cecil est mort ce soir
Mais les hommes blancs, pleurent le flamboyant
Le lion Cecil est mort ce soir

Depuis bientôt deux semaines, la planète médiatique s’enflamme pour un lion. Elle va même jusqu’à relayer pétition et appel au meurtre du braconnier présumé. Les stars des bonnes consciences en recherche de media cred’ sortent leurs plus beaux mouchoirs et leur plus belles plumes pour un dernier hommage à cet animal nommé en hommage à l’impérialiste nationaliste qui a colonisé ce qui fut la Rhodésie. Deux semaines où le Zimbabwe a vu défiler journalistes et envoyés spéciaux. Comme il n’en avait jamais vu.
Plus d’attention que ce 31 juillet 2013 où Robert Mugabe est réélu pour le 5e fois consécutive dans un scrutin douteux.
Plus d’attention que les 4 millions d’habitants qui vivent dans des bidonvilles, où les 10 millions qui vivent sous les seuil de pauvreté.
Plus d’attention que pour les homosexuels locaux que leur président appelle à la castration et à la décapitation.

Pas un seul article ne prend le temps de s’attarder sur ce qu’est ce mot étrange. Zimbabwe. 16% de la population touchée de la SIDA, 26% qui n’a pas accès à l’eau potable, 21% qui n’a pas accès à l’éducation.

Jamais le mot de dictature. C’est pourtant bien d’elle dont il s’agit. La dictature. Celle de l’émotion. Quand LesInrocks se demandent pour l’histoire du lion Cecil fait autant de bruit, ils oublient de s’auo citer et de se rendre responsable de ce pseudo buzz qui se solde par une chasse à l’homme en dénigrant le système pénale. La dictature de l’émotion. L’émotion créé l’adhésion. L’adhésion créé le clic. Le buzz. L’audience. La pub. La thune.
L’histoire du lion Cecil qui fait pleurer Twitter est celles des bien lotis qui aiment pleurer pour les autres. Parce que c’est triste un joli lion bien pris en photo qui meurt assassiné. Alors que celle de noirs qui vivent en moyenne 44 ans bien loin des villes où l’on projette des photos d’un lion qui n’était connu que des touristes, c’est sans doute moins fun.

En 2 semaines dans ce pays qu’on n’aura même pas fait l’effort de localiser, 9500 petits noirs sont morts à la naissance. 5800 autres noirs ont succombé au SIDA. Le noir moyen a gagné 14$. 1300 encore autres noirs sont morts faute d’eau portable, et sans doute 650 autres noirs sont morts faute de toilettes.

Mais dans la jungle qu’on regarde, cette terrible jungle
Le lion Cecil est mort ce soir
Et les hommes blancs tranquilles s’endorment
Le lion Cecil est mort ce soir

Mitterand et Delanoë : #BringBackOurGays

Depuis quelques jours fleurissent dans Paris (et sans doute ailleurs) des affiches pour la promotion de la Tunisie, sans doute suite aux attentats du mois dernier. A la façon de « Je Suis Charlie » ou « Bring Back Our Girls », plusieurs personnalités dont Charles Aznavour, Juliette Gréco, Hugues Aufray ou encore Michel Boujenah sont prises en photos un peu à l’arrache avec une affiche « #TUNISIE, J’y vais ».

Soit.

Sauf que parmi les personnalités qui s’affichent pour la Tunisie se trouvent Bertrand Delanoë, ex-maire de Paris et Frédéric Mitterand, ex-ministre de la culture (entre autres). Deux personnalités qui ont pour particularité de parler de leur homosexualité depuis plusieurs années. Un discours public qu’ils n’auraient jamais vu tenir dans le pays qu’ils se mettent soudainement à soutenir parce que bon, ça fait bien d’être sympa avec les trucs de la télé qui rendent tristes.

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La Tunisie est certes le pays d’Afrique du Nord où la répression homosexuelle est la moins violente. Mais l’article 230 du Code Pénal tunisien prévoit 3 ans de prison pour sodomie entre adultes consentants depuis 1964. En 1993, la Cour d’Appel de Tunis a rejetté le truc à un transexuel de changer de sexe. Depuis 2002, les différentes dirigeants ont ouvertement condamnés le mariage homosexuel. Même après l’air Ben Ali, le ministre Samir Dilou déclare son opposition à la publication et considère l’homosexualité comme un trouble médical qu’il faut soigner. Aucun intellectuel français n’a trouvé bon de faire la moindre pancarte pour s’en offusquer.

S’ils avaient été tunisiens, messieurs Delanoë et Mitterand n’auraient jamais pu exercer la moindre fonction politique ou électorale. Ils auraient été comme des millions de tunisiens opprimés et victimes d’homophobie quotidienne, obligés de cacher leur sexualité et leurs sentiments. S’ils ne l’avaient pas fait ? Peut être auraient ils fini comme ce suédois résidant en France, condamné en février dernier à deux ans de prison ferme pour acte homosexuel.

Frédéric, Bertrand : à quand une photo #BringBackOurGay ?

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Et si on pouvait tout changer ?

Un jour, sans pour tester ma culpabilité (ou ma capacité à en avoir une), un psy m’a dit « est-ce que vous aimeriez changer ? ». La réponse était évidente : « oui! ». Le changement est le début de la perfection supposée à atteindre, le moyen de se rendre meilleur, autre, différent, pour moi et pour les autres. La facilité supposée de changement, de part la simplicité de la question, rend la réponse d’autant évidente. Changer sans rien faire, ni effort, ni concession. L’autre supposition, confirmée par la question suivante, induit par l’exposé que ce serait un changement de l’état d’aujourd’hui vers le future. « Que changeriez vous de votre passé, de votre enfance ? ». Pas moins personnelle, la question attend une réponse. Précise. Étayée. Avec des faits marquants, basée sur des souvenirs. Ils défilent dans un ordre chronologique approximatif. Des histoires de parents, des futilités écoles, d’amis, d’amour, des mots. Tous constituent une petite part de ce que je suis et chacun influe sur moi à sa façon, sans vraiment que je sache ni comment si dans quelle proportion. Le reste est oublié.

Alors que changerais-je ? Supprimer les événements malheureux pour rajouter des sourires et plus d’amour ? Et quels seraient les effets papillons de ce triturage spatio temporel impossible ? Ma vie aujourd’hui est un équilibre entre ce qui va et ce qui ne va pas, résultant des bientôt trente années qui sont passées.
Les poids ne s’équilibrent que depuis peu, et j’apprends encore à stabiliser l’équation. Un emploi fixe qui contrebalance des activités photo et vidéos, des tristesses et des faiblesses qui s’expriment dans des écrits ou des expressions qui me font me sentir bien, que je publie, seule façon de communiquer que j’ai trouvé, et provoquent des retours, parfois rassurants. Parfois qui remettent question.
Ce sont ces briques enchevêtrées, parfois maladroitement, qui sont le mur de ma vie. Il n’est pas parfait, il a ses faiblesses, ses briques manquantes ou fêlées et son ciment qui parfois ne soude pas très bien. Si je n’avais plus de malheurs du passé, de mauvais souvenirs, de déception, que serait devenu l’émotionalité et la sensibilité qui me font m’exprimer et écrire depuis des années et qui fait ce que je suis ? Qui me fait m’accomplir personnellement, mais aussi maintenant professionnellement ?

Non. Je garderais mon passé tel qu’il est , parce que même si je ne suis pas fier de tout ce que j’ai fait et suis, je veux « devenir », et non me faire archéologue des souvenirs qu’il serait opportun ou non de changer. C’est demain que je serai mieux, en utilisant ce que je suis aujourd’hui.

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The show might go on

J’ai entendu “Show must go on” à la radio ce matin. C’est une des rares qualités que je trouve à Queen. Une belle chanson, pleine de belles paroles, portées par une belle mélodie.
The show must go on.
Je me le suis dit en voyant Anne-Sophie, 16 ans, mourir en quelques mois sous mes gens , quand Lilyan parti ou quand Hughes, Rémi ou Lucas sont morts pour une photo.
Mais aujourd’hui, j’emmerde le cliché musical, facile, orné des violons lacrymaux qui émeuvent la ménagère dans les films. J’emmerde l’éternel optimisme qui consiste à faire croire qu’il faut toujours aller mieux et que ça ira forcément mieux. J’emmerde la facilité extérieure, subjective et passagère qui voudrait imposer sa bonhomie à tout bout de pleurs.

Show must go on, without me – Mashup by Benjamin
J’y revendique mon droit à m’effondrer comme une merde.
J’y revendique mon droite à être malheureux.
J’y revendique mon droit à avoir envie de crever, d’être dépressif et au bout du rouleau, d’abandonner tout. De m’abandonner.
J’ai envie de me voir mourir pour mieux vivre. J’ai envie de toucher le fond pour mieux me propulser à la surface. J’ai envie de rire parce que je n’ai plis de larmes. J’ai envie d’aimer parce que je me suis détesté.

Pendant 10 ans je me suis mis en scène pour qu’on ne voit que ce que j’en voulais. Une photo, une idée, une rencontre, plus rarement un amour. Ce spectacle est usé, les ficelles sont tellement émoussées qu’elles finissent par lâcher et l’histoire est tellement rabâchée que tout le monde la connaître par (et sans) coeur.
Show must stop.
Pour moi. Pour que j’ai le temps de le comprendre et de ne pas me répéter.
Pour que je trouve les bons auteur pour écrire la suite, et les bons comédiens pour m’accompagner. Je fais le bilan, calmement, comme Jacky & Ben J, en (ré)écrivant mes histoires d’avant à l’aube de mes 30 ans.

Quand je serai prêt, que j’aurai pris assez de temps, que mon histoire et ma préparation seront assez solides pour être présentés, alors je repartirai devant le public des critiques quotidiennes, dont j’aime être l’acteur, qui se moque du temps passé, des efforts et des souffrances endurées.
Et alors, the show will go on.