Tu seras, bienvenue chez moi

J’ai ouvert mon blog en 2003 ou 2004 pendant que j’étais étudiant. j’avais entendu parler de cette tendance dans un cours de Martial Martin qui nous enseignait la communication. Assez bien pour que ça en devienne mon métier d’ailleurs. L’idée de base était de digitaliser le journal intime. Je m’en servais pour donner mon avis. Ou plutôt l’inscrire quelque part et qu’il soit visible, à l’époque personne ne lisait quoi que ce soit de ce que j’écrivais. Une façon se garder quelque chose, en somme.

Mon blog en 2005

Mon blog en 2005

Avec le temps, j’en ai créé et ai participé à d’autres, de Soul Kitchen au Hiboo, de Rock Me Up à Megaconnard en passant par LeTransistor, j’avais mes espaces de liberté sans la moindre censure sur le contenu, sa forme ou sa présentation. La liberté absolue. C’était ça internet. (Même si ça m’a couté quelques procès et assignations 🙂 )

Quand j’ai eu l’idée avec Rod Maurice du Hiboo de commencer à filmer des musiciens avec nos appareils photo (hérésie à l’époque), nous étions confrontés à un problème de taille (un problème de taille de taille d’ailleurs) : celui du poids des vidéos. Non seulement les connexions rapides n’étaient pas généralisées, mais en plus, il était compliqué d’uploader des dizaines de vidéos d’1Go sur nos propres serveurs. Nous avons alors commencé à utiliser Dailymotion qui était français ET en pleine expansion (mais qui ne reversait rien à l’époque). Au début des années 2010, YouTube nous a proposé de venir chez eux pour publier également les vidéos, tout en nous rémunérant et en bénéficiant d’une audience parallèle, celle de Google. De l’audience gratos qui paye en plus de celle naturelle de nos supports. Tout bénéf.

Avec le temps, nous (je parle de Rod et de moi, mais plus généralement des vidéastes du web) avons abandonné Dailymotion pour donner à YouTube son quasi monopole sur la vidéo en ligne, tout en utilisant l’essor des réseaux sociaux pour promouvoir nos contenus. A l’époque consultant pour plusieurs grandes marques sur ces sujets, je faisais des réseaux sociaux mon métier. Vaillant mais un peu frileux, j’expliquais à mes clients que les réseaux sociaux était un « avant poste ». Eux qui avait payé parfois plusieurs centaines de milliers d’euros pour leur site internet, n’avait qu’une envie : avoir tout plein de visites. L’opération était claire : s’installer en avant poste sur les réseaux sociaux et ramener tout plein de traffic. D’autres investissaient massivement pour avoir la plus gros communauté possible, sans savoir jamais vraiment savoir s’ils pourraient la garder ou si la plateforme pouvait fermer (nous avions tous connu la fin de MySpace, Lycos et Caramail).

Chaine  YouTube de P20RIS

Chaine YouTube de P20RIS

Evidement les grandes plateformes sociales l’ont compris, Facebook en tête, et la multiplication des pages de marques, d’artistes etc. ont fait que le nombre de messages journaliers à afficher a explosé, alors que la capacité de lecture des utilisateurs est stable. C’est comme ça que Facebook et désormais Twitter / Instagram vendent leurs produits : payez pour être surs que vos fans voient votre contenu. Vos fans. En réalité une base de données constituée sur une plateforme qui appartient à un tiers.

Avec le temps, non seulement les sites sont devenus moins importants que la présence sociale, mais parfois même cette présence a été éditorialisée à la place du site internet, via des jeux concours, des micro news, des mini critiques etc. L’avantage principal étant évidemment de se servir de la masse d’utilisateurs de ces monstres sociaux là où avoir une masse critique sur un site internet est compliqué. Il faut dire que Google s’est largement servi du SEO et d’AdWords pour fonder son empire.

Et puis on a découvert la face cachée de cette relation polygame à sens unique (et dans unique, y’a nique). Censure, puritanisme, monétisation, transparence, vente de données… Il ne se passe plus un mois sans qu’une plateforme sociale démontre que se sont ses serveurs et ses règles avant tout et que ses utilisateurs n’y sont pas libres de faire ce qu’ils veulent, parfois de manière absurde ou contre les lois de plusieurs pays.

Cette semaine PewDiePie, plus gros youtubeur (un mot qui en dit long sur l’asservissement à la plateforme) du monde s’est vu suspendre son compte Twitter (avec lequel il avait déjà des soucis de certifications supprimé puis mise sur un compte parodique) pour une mauvaise blague sur Daesh.
Le lendemain, plusieurs autres youtubeurs se sont plaints que la plateforme qui représente la quasi totalité de leurs revenus aie refusé la monétisation de certaines vidéos (parfois pour quelques mots grossiers, parfois sans raisons), a priori sous pression d’annonceurs qui ne veulent pas se retrouver avant des contenus qui ne correspondent à leur image.

Mais elles ont raisons ces plateformes. On n’entre pas chez quelqu’un sans respecter les règles. D’aucuns brandiront la neutralité du net, notion ô combien discutée (et discutable). Et pourtant, le fait qu’une vidéo soit monétisée ou non ne sera pas vue de manière différente chez les internautes, ne remettant pas en cause la sacro-sainte neutralité souvent mise en avant sans raison. On préfère alors parler de censure (comme si Twitter était un service public) ou de la mort de la culture (alors que les vidéastes sur web ne vivent que de la pub et qu’aucun ne semble même remettre en cause cette anomalie dans l’industrie culturelle).

L’hégémonie des réseaux sociaux en apportant ses énormes tuyaux plein d’yeux prêts à tout absorber a obligé tous les créateurs de contenus à abandonner leurs propres moyens de diffusion en échange de quelques compromis. Comme si l’accès à la célébrité sociale se faisait au détriment de la liberté. Reste à voir quelle valeur sera la plus importante aux yeux des créateurs dans les années à venir. Je ne suis pas optimiste.

Extrait de "Keen'V" par Seb La Frite

YouTubeur n’est pas un métier

Tout a (re)commencé un 19 octobre lors d’une obscure conférence au ministère du travail qui serait passée inaperçu sans ce livetweet.
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Le message est aussitôt travesti en « le ministère dit que les youtubeurs ne foutent rien, ils sont cons, ils comprennent rien ». Les principaux youtubeurs s’emballement, trouvent que le gouvernement est en dehors des réalités, et le débat se polarise en un pamphlet manichéen « jeunes youtubeurs vs vieux du gouvernement ». Pour autant l’interrogation de la sociologue Marie-Anne Dujarrier (qui n’est pas représentante du gouvernement) fait sens.

Qu’est qu’un youtubeur ?

Au sens communément admis et repris par les médias ou le public (youtubeur en France, youtuber dans les pays anglophones), un youtubeur est une personne physique qui poste des vidéos réputées originales sur son compte (renommé depuis chaine par Google). Il peut s’y mettre en scène (c’est le cas de la plupart des personnalités connues de YouTube, l’incarnation y faisant beaucoup), simplement apparaitre en voix off ou encore produire un contenu sans rapport avec lui même (série, reportage, filmer des autres etc.).

La définition exclut de fait les clips vidéos, les comptes qui publient aléatoirement des vidéos, les chaînes avec du contenus republiés. Pour autant il existe une part de flou sur une part (signification en nombre de contenus, mais pas en nombre de vues) des chaines qui publient : est-ce que mettre des vidéos d’évènements de sa vie plusieurs fois par an c’est être plus un youtubeur qu’une personne qui publie des vlogs quotidiens ? Et puis la question sans fin arrive : qu’est-ce qui est original et qu’est ce qui ne l’est pas ?
La notion qui semble néanmoins prédominer c’est la volonté de créer du contenu, et celle d’être adoubé par une communauté, peu importe son état. Finalement, est youtubeur celui qui publie sur YouTube pour l’être. Et, est considéré comme youtubeur, celui dont son auditoire lui dira qu’il le suit, où dont les pairs (youtubeurs également) confirmeront son statut.

Qu’est-ce que le travail ?

Bien que le mot travail soit sémiologiquement beaucoup plus encadré que celui de youtubeur (ne serait-ce que parce qu’il existe depuis des millénaires, que nombre d’ouvrages lui ont été consacrés, et qu’il a une définition reconnue par l’Académie Française), il existe plusieurs façon d’envisager le mot travail.

1- Au sens économique du terme, un travail est une activité (rémunérée sinon c’est de l’esclavagisme), déclarée ou non, qui produit de la richesse, via des biens ou des services. En produisant des vidéos, tous les youtubeurs ne sont pas rémunérés (il n’y a pas de raison à ce stade de différencier les vidéos de Norman, des vidéos d’un tout petit créateur amateur qui ne fait pas de vues).

2- Au sens social du terme, le travail (qu’on appelle plutôt emploi), est encadré par des lois propres à chaque pays, avec des conditions parfois propres à chaque occupation selon la hiérarchie des normes (un accord d’entreprise doit être conforme aux accords de branches, qui doivent être conformes au Code du Travail, qui doit être conforme à la Constitution, qui doit être conforme aux accords européens). Cet emploi peut être rémunéré de différentes façons :
– Un salaire (le plus commun) si l’employeur est une personne morale différente de l’employé.
– Un traitement si l’employeur est une personne publique.
– Des honoraires si l’employé exerce une profession libérale encadrée.
– Un cachet si l’employé exerce des professions artistiques dans une liste déterminée.
– Une pige si l’employé est journaliste.
– Un note de droits d’auteurs si l’employé est auteur.
– Des prélèvements sociaux sur les revenus si l’employé est indépendant mais n’entre pas dans les professions libérales encadrées, et qu’il est déclaré en tant que tel.
A ce stade il faut déjà bien séparer l’emploi du statut. Ainsi, un employé peut être journaliste sans avoir de carte de presse ou être artiste payé au cachet sans être intermittent.

Qu’est qu’un métier ?

Pour le Robert, un métier est un « travail dont on peut tirer des revenus pour gagner sa vie ». Pour le Larousse c’est une « profession caractérisée par une spécificité exigeant un apprentissage, de l’expérience ». Un métier est le nom donné à une tâche ou un ensemble de tâches ou de responsabilités à réaliser de manière régulière. Ils peuvent être anciens et avoir évolué avec le temps (forgeronnerie, agriculture), ou être apparus récemment (programmateur informatique, publicitaires).

En France, les métiers sont répertoriés par leur code APE, cinq caractères qui permettent à l’INSEE de catégoriser les entreprises au répertoire SIRENE (celui des entreprises). Le code APE permet également à Pole Emploi de cibler les recherches d’un demandeur afin de lui proposer des offres plus ciblées. Ces codes APE sont communs avec la NACE, son équivalent européen. Plusieurs milliers de métiers sont ainsi proposés et chaque années, de nouveaux sont ajoutés pour répondre aux innovations constantes de l’économie actuelle.

Un métier ne correspond ni à un statut ni à un travail. Un professeur peut être salarié du privé (salariat) ou fonctionnaire (traitement). Par ailleurs, un même emploi peut être couvert par plusieurs rémunérations. Traditionnellement, un réalisateur est rémunéré à 50% en droits d’auteurs et à 50% en cachet.

Youtubeur est il un métier ?

A ce jour, youtubeur n’est inscrit dans aucun répertoire et n’est reconnu par aucun organisme officiel comme étant un métier. Le travail est bien réel (la vidéo créée génère des pages vues, et ces visites sont directement ou indirectement monétisées via de la publicité ou de la récolte de données par Google) et personne ne le remet en question. De même, cette production de contenu nécessite un apprentissage (en pagaille : tournage, montage, diffusion, promotion…). Ainsi nous sommes exactement dans la définition du métier selon les dictionnaires.
Pour autant, ce que fait un youtubeur se décrit en 3 étapes distinctes. Elles se font successivement et dans l’ordre, sans que la précédente soit obligatoire : la conception, la production, et la diffusion.

La conception correspond à la préparation de la vidéo : trouver une idée, se demander comment la mettre en oeuvre, l’écrire, storyboarder… Cette étape peut ne pas exister dans le cas d’un Let’s Play non préparé par exemple, ou être réduite au minimum.
La production est la phase de tournage et de montage de la vidéo : prendre sa caméra, mettre en scène, jouer ou faire jouer, doubler, séquencer, découper, étalonner, monter, exporter… Là encore, cette étape peut être réduite au minimum si la vidéo est diffusée en live.
La diffusion est la phase pendant laquelle la vidéo est proposée au public : mise en ligne de la vidéo, utilisation des tags, choix du titre, relais sur les réseaux sociaux, achat d’espace…

Il apparait à ce stade très clairement que les apprentissages nécessaires à la réalisation de cette vidéo correspondent à des métiers très précis (scénariste, concepteur-rédacteur, producteur, monteur, acteur, étalonneur, social media manager, réalisateur). Quant à l’activité finale qui est de mettre à la portée du public une oeuvre audiovisuelle, elle déjà représentée de diverses façons par l’INSEE.
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Le statut des créateurs sur internet

Youtubeur est un terme restrictif qui ne fait sens que pour la plateforme qui exploite les vidéos des créateurs. Le manque d’alternative crédible (Dailymotion ayant perdu sa crédibilité pourtant forte il y a plusieurs années sur les contenus éditorialisés, Facebook arrivant seulement avec la monétisation des contenus et la gestion des droits) ainsi que le génie marketing et de communication de Google à aider ses créateurs à émerger en tant que personne et que média (le changement de compte en chaîne n’a pas été neutre) a fait que le terme youtubeur a pu émerger. Le manque d’encadrement du mot permet également au plus petit créateur de dire qu’il est youtubeur, et, de fait, l’égal de Cyprien ou PewDiePie, corollaire direct de ces réseaux sociaux qui en apparence donnent l’impression d’égalité et la facilité de contacts entre stars et anonymes.

A ce jour, les créateurs de contenus diffusés par YouTube sont des prestataires publicitiaires. Ils sont rémunérés sur la publicité vendue par AdSense ou par leur MCN autour de leurs vidéos. Le statut vis à vis des MCN n’est ni établi ni transparent. Les créateurs qui génèrent le plus de revenus ont le plus souvent créé une structure leur permettant de facturer (personne morale (SARL, SASU) ou personne physique (entreprise individuelle, auto entrepreneur)) légalement les montants générés. Ils sont alors prestataires via une entreprise ou indépendants. Pour l’écrasante majorité des créateurs, leur solde leur est versé sans le moindre encadrement légal sur un compte PayPal, sans que ces sommes ne soient jamais déclarées.

Extrait de "J'ai perdu des amis à cause de YouTube" de Wesley Krid

Extrait de « J’ai perdu des amis à cause de YouTube » de Wesley Krid

Parce que s’il est désormais établi que mettre des vidéos sur YouTube est à la fois un métier, un travail et potentiellement un emploi, les contraintes sociales liées à ces termes sont applicables, ce qui pose par exemple le problème du travail des mineurs (interdit avant 16 ans, sauf autorisation du préfet du département de l’employeur, et très encadré avec notamment séquestre des revenus et horaires réduits).
Par ailleurs, si les créateurs sont effectivement diffuseur de leurs oeuvres sur les plateformes (quelles qu’elles soient) et qu’en ça ils touchent des revenus publicitaires, ils sont également auteurs, réalisateurs et producteurs de leur contenus (où co-auteurs, co-réalisateurs et co-producteurs) et à ce titre devraient également toucher des droits voisins et droits d’auteurs (terme galvaudé par le Content ID/CMS de YouTube), la plupart des plateformes ayant des accords avec les sociétés d’auteurs (SACEM, SACD, SCAM). Rares sont aujourd’hui les créateurs sociétaires et les sociétés ne savent pas encore comment gérer ces créateurs.
Pour finir, le statut des plus grosses personnalités du web devraient également suivre les modèles déjà existants. C’est aujourd’hui un non sens de voir une opération publicitaire pour une marque facturée (avec ou sans SIRET d’ailleurs) par un créateur sur une structure sans qu’il ne soit légalement reconnu et donc payé en tant qu’auteur et réalisateur de son contenu.

youtube[1]

Et donc ?

Bien que le terme youtubeur ne soit pas en soit un métier, la création de vidéo en vue d’une exploitation sur une plateforme (commerciale ou non) en est un un, encadré par de conventions collectives, un code du travail et un certain nombre de statuts (droits d’auteurs, prestation, salariat et cachets notamment). On retrouve d’ailleurs ces statuts très encadrés dès lors que ces créateurs sortent d’internet (Norman en spectacle, Troye Sivan et son album chez EMI etc.) avec une logique d’encadrement (social et humain) qui se rapproche de ce qui est déjà établi.

Les créateurs ne doivent pas perdre de vue ce qu’ils sont au profit de la marque qui leur prend (et prend 50 à 60% de leurs revenus, avant même ceux de leur MCN) sous peine de devenir dépendant d’une appellation plus que d’un métier. La terminologie, aussi anecdotique paraisse elle, n’est pas neutre dans un contexte social « d’ubérisation » où l’on demande à des personnes en situation de travail de gérer leurs charges. Demander à un créateur de contenu d’émettre une facture (ou à un chauffeur Uber d’être auto entrepeneur) est à la fois une façon de simplifier la gestion des ressources (pas de charges à payer, moins de papiers à faire etc.) mais aussi une souplesse sociale (contrat souvent mal négocié facilement résiliable, aucune sécurité pour l’employé, pas de Comité d’Entreprise etc.) qui arrange tant les networks que YouTube (qui étrangement n’a pas de MCN), heureux de pouvoir se positionner en tant qu’hébergeur uniquement, statut qui n’est pas neutre dans les négociations européennes actuelles.

La mainstreamisation de l’activité de créateur de contenus sur internet ne pourra se passer d’un encadrement législatif a minima de ses pratiques. Le cas des placements de produits et de la publicité dissimulée (un grand network français fait actuellement l’objet d’une enquête diligentée par le parquet de paris pour ces faits) est un exemple flagrant : il s’agit de pratiques clairement encadrées par la LCEN totalement ignorée par nombre d’acteurs.
Un travail sur le statut des créateurs de contenus sur internet semble à ce jour indispensable, tant sur le réflexion autour du droit d’auteur, que sur l’encadrement du travail des mineurs (est-ce que les enfants de Studio Bubble Tea travaillent ?). Tout comme l’e-Sport a débuté la voix sur la création d’une fédération, la création sur internet se doit elle aussi de réfléchir à ce qu’elle va devenir, pour éviter qu’elle ne devienne prochainement la seule industrie culturelle financée uniquement par la publicité. Sa liberté en dépend.

YouTube Benjamin Lemaire

Pourquoi (et comment) avoir un manager sur YouTube ?

Un youtubeur avec qui je passais la soirée il y a quelques jours trouvait hyper cool mes activités du moment et le travail que je faisais avec lui et une marque musicale. En lui expliquant que SocialTube était avant tout une entreprise de management de talents, je me suis rendu compte que la différence majeure entre l’industrie du disque et celle de la création sur internet est que les périmètres de rôles, et l’accompagnement des artistes n’étaient pas du tout définis de la même façon. Voire pas du tout défini dans le cas du second.

En 2016, chaque musicien sait qu’il doit s’entourer. Un groupe, des musiciens en premier. Un manager pour l’accompagner et le conseiller. Un éditeur qui est souvent son premier partenaire professionnel. Un label. Un tourneur. Et parfois un avocat, un distributeur etc. L’arrivée d’internet a révolutionné plusieurs métiers. Celui de la distribution musicale par exemple, s’est largement recentré sur la distribution numérique et des entreprises comme Believe Digital sont devenues des incontournables en seulement quelques années. Les nouvelles activités créatrices professionnalisées que sont notamment les youtubeurs, sont apparues sans aucun cadre ni légal (il faudra un jour s’y intéresser), ni professionnel. Pour la plupart sortis directement de leurs chambres, les youtubeurs n’ont eu que pour seuls interlocuteurs jusqu’ici les MCN, sorte de régie publicitaire qui agrègent des chaînes en prenant un pourcentage contre une promesse d’augmentation de revenus publicitaires (rarement tenue).

Alors, à quoi sert un manager ?

Un manager est le contact privilégié de l’artiste qu’il accompagne. Il l’aide non seulement sur le développement de sa carrière (recherche de financement, accompagnement à la production, diversification des activités), mais le conseille aussi sur ses choix, aussi bien artistiques que juridiques. Son rôle, grâce à sa vision globale et ses expériences, est de guider l’artiste sur les choix qu’il doit faire pour sa carrière (faire un nouveau programme ou le remodeler, accepter ou refuser une proposition commerciale, gérer une participation télé, aider à la communication 360°) mais aussi l’aider à se structurer (créer la bonne forme d’entreprise, gérer ses impôts etc.).
Le manager sert uniquement les intérêts de la personne qu’il représente, à l’inverse d’une régie dont le métier est de vendre le plus possible, ou d’une agence de communication dont le métier sera de faire de l’audience. Ses compétences en négociations permettent généralement de faire aisément revaloriser un contrat. Et il est toujours plus simple de négocier pour un autre que pour soi.

Est-ce que je peux avoir un manager et un MCN ?

Oui. Un seul MCN français refuse de négocier avec les intermédiaires (agents, managers et autres producteurs), principalement pour imposer ses propres conditions, qui ne sont pas en faveur des talents. Tous les autres acceptent sans trop de problème puisque ça ne leur coûte rien à eux, et qu’avoir un talent accompagné est du travail en moins pour eux, et potentiellement une chaîne qui va plus se dévleopper et donc leur rapporter pus d’argent. Donc oui, on peut avoir et un manager et un MCN !

Combien coûte un manager ?

Excellente question que je me remercie de me poser. Dans le cinéma, un agent artistique prends 10% des contrats des artistes qu’il représente. Dans la musique, un manager prend 15% des revenus. Dans les deux cas, ce sont des pourcentages exclusifs, c’est à dire que le représentant prend un pourcentage quand bien même le contrat ne vient pas directement de lui (c’est un travail global commun qui fait que ça fonctionne et que des gens donnent du travail à l’artiste). La pratique veut qu’un talent ne reverse jamais rien directement à son manager. Comment ? Le manager négociant lui même le contrat, il inscrit au contrat sa rémunération et se fait directement payer par l’employeur. Ainsi, l’artiste ne paye jamais directement son manager, ce qui est beaucoup plus simple. Le métier de manager d’influenceurs du web n’est pas règlementé (pas encore) alors on peut imaginer des tas de formes différentes sur les contrats. Le pourcentage peut notamment dépendre du travail fait pour l’artiste et des rôles joués (par exemple, si le manager devient producteur du contenu en le finançant (ce qui est interdit dans le cinéma)).
Dans tous les cas, il ne faut JAMAIS payer un manager d’avance ni le payer pour des prestations non réalisées ou des promesses. Un représentant d’artistes ne peut gagner QUE sur l’argent que gagne réellement son artiste. Et quelque soit le contrat, un manager qui prendrait plus de 20 ou 25% des revenus globaux d’un artiste est un escroc.

Qu’est-ce qu’un contrat de management ?

Le contrat de management est établi entre l’artiste et l’entreprise du manager. Il doit forcément indiquer des mentions légales précises : nom et coordonnées du talents (ou de son représentant), nom de l’entreprise mandataire et de son représentant, adresse, RCS/SIRET/raison sociale, numéro de licence au besoin, les activités couvertes par le contrat (voire les noms exacts des comptes concernés), la rémunération/revshare, un mandat autorisant le manager à commercialiser les réseaux ou l’image du talent.
Le contrat peut être à durée déterminée (généralement de 1 à 3 ans) ou non (actif jusqu’à résiliation), exclusif ou non. Il peut être utile de se faire entourer (par un avocat ou un juriste) lors de la rédaction.
La signature de ce contrat est très important. Il existe de nombreux cas de contrat de management qui ont coûté très cher à être cleané (annulé) parce que l’artiste n’avait pas correctement lu toutes les clauses ou qu’il s’était engagé pour des années et des années dans des conditions qui ne lui étaient pas du tout avantageuses.

Comment je choisis mon manager ?

Il y a autant de profils que de manager. Le plus important est d’avoir quelqu’un avec qui le feeling est bon et en qui on a totalement confiance. Idéalement, il a un background dans la l’artistique ou la représentation artistique, de nonnes bases juridiques pour la négociation du contrat et surtout une excellente connaissance du milieu dans lequel on évolue.
Avant de chercher un manager, il faut se demander la même chose qu’en cherchant un MCN : qu’est ce que j’attends de lui ? Il faut se poser les bonnes questions pour exiger les bonnes réponses de la personne qu’on a rencontrer. Est-ce que je veux passer à la télé ? Avoir mon émission ? Sortir un livre ? Faire plus de vidéo ? Pouvoir tourner en studio ? Avoir plus de moyens ? Augmenter mon nombre d’abonnés ? Si oui, pourquoi faire ? Tourner des fictions sur YouTube ? Avoir des plus gros invités sur ma chaîne ?
Il est très important de savoir pourquoi l’on veut un manager. Et savoir si, effectivement, on en veut un, et le cas échéant, si celui à qui l’on parle répondra à nos attentes.

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Pourquoi les taxis parisiens sont des cons

Quiconque a un jour interpellé Uber, Heetch et autres Chauffeur Privé sur les réseaux sociaux a forcément déjà vu débouler dans ses notifications la horde des taxis numérisés, tels des rageux masqués sur un forum obscur du 15-18. Se servant de toutes les plaintes des clients, ses comptes trolls aux biographies évocatrices (« anti-VTC » « macronisation de l’économie » etc.) racontent comment, contrairement à l’idée de ses crétins de clients qui les utilisent, ces services de VTC sont tout nazes. Et que finalement, bah les taxis c’est cool.
Bah non les gars, malgré tous vos arguments, vous êtes tous des crétins. Et voila pourquoi, en suivant chacun de vos arguments à la con.

Les VTC maraudent

Ah, la fameuse rumeur qui voudrait que les VTC tournent et accostent des clients au hasard des rues… Je passe ma vie dans Paris, et de toute ma vie je n’ai JAMAIS été accosté par le moindre VTC (appli ou autre). Jamais… D’ailleurs, les chauffeurs ne viennent que s’ils ont été appelés via téléphone ou application, et vérifie l’identité du client. Par contre, j’ai été plus d’une fois refusé par des taxis sous prétexte que j’habitais en petite couronne ou dans une direction qui ne leur allaient pas (c’est illégal, un taxi se doit de charger le client qui se présente à lui, peu importe sa destination). Par contre, bien avant la guéguérre VTC/taxis, les aéroports grouillaient déjà de chauffeurs qui se proposaient de ramener des voyageurs à Paris, en dehors de tout cadre légal. Ils sont toujours là d’ailleurs. Ils ne sont ni VTC, ni taxis. Mais ça, ça emmerde personne.

Les applis de VTC précarisent l’emploi

C’est vrai. En employant pour la plupart des chauffeurs auto-entrepreneurs, statut qui n’a jamais été pensé pour être un emploi à temps complet, les sociétés de VTC leur imposent d’entreprendre alors qu’ils créent surtout de la richesse pour le compte de l’entreprise qui leur donne leurs courses. Sauf que les taxis oublient de dire qu’il y ont eux-mêmes trois statuts très différents. Les salariés (principalement dans les 3 grandes entreprises que sont G7, Taxis Bleus et Alpha Taxi) qui travaillent huit heures par jour pour un salaire fixe, qui sont les moins nombreux, et qui travaillent surtout pour des services premium. Les artisans, qui ont leur propre véhicule et leur propre licence, qui sont des entrepreneurs… comme les chauffeurs VTC. Ils payent des charges à la fois sur leurs revenus et sur leurs véhicules. Et le plus souvent, ils sont affiliés à des radios qui leur filent du taf, radios auxquelles ils reversent de la thune comme un con de VTC. Bah ouais… Et j’ai gardé le meilleur statut pour la fin, les locataires. Alors mon poto, si tu sais pas ce qu’est un taxi locataire tu vas te marrer. Imagine, tu bosses pour une boite. Mais tous les matins, pour entrer dans la boite, tu dois payer ton bureau, ton ordinateur et ton internet. Et en cas de problème tu te démerdes avec. Alors ton ordinateur t’apportes un peu de boulot. Par contre si t’en as pas assez, tant pis pour ta gueule. Bah c’est le principe des taxis locataires. Ils n’ont pas de statut précaire parce qu’ils n’ont même pas de statut du tout. Ils ont juste le droit de filer de la thune à leur bailleur, en espérant à la fin de la journée avoir gagner assez d’argent pour rembourser leur loc’ du jour, et dégager des bénéfices pour bouffer (et payer le carburant, parce que bien sur, ça c’est pas dans la loc’ faut pas déconner). Et à ton avis, qui est le premier loueur de taxi à Paris ? Bah G7 bien sur. Et contrairement aux chauffeurs, les bagnoles travaillent 3 x 8H par jour. C’est bien plus rentable.

Les VTC appliquent des tarifs aléatoires

Alors là, tu vas entendre tout et n’importe quoi. Certains vont te dire « ouiiiii tout çaaaaa ils utilisent pas de compteuuuuur, du coup c’est n’importe quoiiiiii ». Et d’autres vont te dire « ouiiii tout çaaaa, ils utilisent un compteuuuuur, alors que c’est réservé aux taxiiiiiis ». Bon, bref, les deux existent. Mais dans tous les cas, tu peux toujours estimer combien tu vas raquer à peu près, tu peux choisir un servir qui te fixe le montant dans la course ou d’autres qui font ça au compteur. C’est cool le choix en fait. Mais chez les taxis y’a pas ça. Non. T’as juste le droit de payer si y’a trop de gens dans la bagnole et pour foutre un bagage dans le coffre.

Uber tue la concurrence

Que les débats se résument autour d’Uber est un fait. Principalement médiatique d’ailleurs. Pour autant, il existe une multitude d’alternatives, plus d’une dizaine juste pour les VTC par application mobile. Quant aux taxis ? G7 possèdent plusieurs milliers de taxis affiliés et… son principal concurrent Les Taxis Bleus qu’il a racheté dans une opacité financière brillamment mise à jour par Dominique Nora pour finalement représenter plus de 10 000 taxis via leur centrale radio sur à peine 15 000 véhicules à Paris. Soit 66% du marché. Et histoire d’être sur de niquer le marché à donf’, G7 vend des formations de taxi, gère une sorte de bourse aux licences, et possède Taxirama et Gamma, deux des plus grandes entreprises qui équipent les taxis (de compteur, des petites loupiottes sur le toit etc.). Sacré marché concurrentiel.

Les VTC fraudent

Qu’on parle d’évasion fiscale pour des sociétés comme Uber (et tous ses gros copains du web installés entre Dublin et Amsterdam) fait sens. Les chauffeurs eux, sont soumis aux mêmes charges que n’importe quel entrepreneur et doivent déclarer leurs revenus puisque tout est facturés à leur(s) société(s) référentes… ce qui n’est pas le cas de tous les chauffeurs. Parce que si les terminaux de CB marchent aussi souvent dans les taxis, ce n’est pas tant pour éviter de payer le coût par transaction que pour faire transiter de l’argent en liquide, comme les pourliches si souvent réclamés qui n’apparaissent jamais sur les justificatifs de course. Ni aucun justificatif d’ailleurs.

Les VTC ne payent pas leur licence

Bonne nouvelle pour tous les taxis ! La licence (dont la suppression ou l’augmentation du nombre a créé des blocages monumentaux à l’époque Attali/Sarkozy), c’est à dire l’ « autorisation de stationnement de taxi » est gratuite. Oui, gratuit. Gratos. Même pas dix balles. Ketchi. Alors me direz vous, « bah pourquoi qui gueulent ? ». Bah tout simplement ma bonne dame parce que leur nombre étant limité (aucune licence attribuée en 1990 et 2002 par exemple), et la licence étant cédable, les gros malins se sont dit qu’ils allaient se la refourguer quand ils auraient fini, histoire de s’assurer une retraire. Qui achète en priorité ? Allez, je te le donne en 200 000, comme le cours actuel… c’est G7. Parce que la location de licence est une de leur activité, qui rapporte 29M€ par an pour un peu moins de 800 plaques. Alors oui les copains, la licence est chère. Mais uniquement parce que vous le voulez bien.

Le service VTC finalement c’est nul

C’est faux. Non seulement le service ne s’est pas dégradé (il y a juste plus d’utilisateurs, plus de chauffeurs, donc, mathématiquement plus de problèmes, et plus d’abrutis pour les retweeter), mais surtout les VTC offrent un service client qu’aucun taxi (et encore moins cette vaste blague qu’est le service de contrôle des taxis rue des Morillons) ne propose. Chaque client qui se retrouve face à un problème est pris en charge, dédommagé ou remboursé. Le plus souvent sans même avoir à justifier outre mesure. Là où la totalité des mes recommandés à la préfecture et aux Morillons sont restés sans réponse.

Les chauffeurs VTC ne connaissent pas Paris

Alors vu le nombre de fois où j’ai fait répété une adresse à un taxi pour aller à côté de Bastille, ou de mecs qui m’ont mis le GPS pour faire Gare de l’Est-Ménilmontant, je me dis que je préfère largement foutre mon adresse dans une application qui va automatiquement filer l’itinéraire à mon chauffeur via un truc qui va éviter les embouteillages. Et au moins je serai pas obligé de me taper RMC pendant une demie heure.

Laurent Solly, Directeur Général de Facebook France, ici dans son bureau, à l'occasion d'un entretien avec Le Figaro.

Cher Laurent Solly

Cher Laurent Solly,

ça fait des années que je me connecte sur le site dont tu as pris la tête en France il y a maintenant deux ans. Quand t’es arrivé, aller sur Facebook c’était mon métier et c’est un terrain qui m’a souvent fait galérer d’ailleurs, avec ses règles qui lui sont propres et ses mystères. J’ai depuis vogué vers d’autres horizons et Facebook est un canal parmi d’autres, même si, au moins à titre personnel, je m’y connecte tous les jours, comme plusieurs centaines de millions de personnes.

Vendredi soir, comme une majorité de français, j’étais scotché entre ma télévision et mon téléphone pendant les tragiques événements parisiens. Entre Twitter, Facebook et SMS je tentais de savoir où étaient mes proches, mes amis, puis mes connaissances. Tu venais d’activer Safety Check, au grand bonheur de ma famille qui a pu voir que moi, j’allais bien. J’ai rapidement su que ce n’était pas le cas de plusieurs personnes de mon entourage. Via ta messagerie, j’ai dialogué toute la nuit avec mes amis pour savoir où étaient les autres tandis que toutes les rumeurs les plus horribles s’étalaient en toute impunité sur ton site. Tu me diras « c’est quand même pas toi qui casse les couilles à tout le monde avec la liberté d’expression qui va me reprocher que les gens puissent parler ». Enfin je sais pas si tu me le dirais, mais t’aurais raison. Laisse parler les gens comme disait Passi.

La journée de samedi a été une angoisse sans nom, au lieu des hommages de la Terre entière, dont le tiens, en mettant ta photo de profil avec un drapeau bleu blanc rouge tout en remerciant publiquement ton grand patron Mark. Après tout, un peu de personal branling/lèche ne fait de mal à personne. Pendant ce temps, le gouvernement, la Police, la Gendarmerie et la Préfecture de Paris donnaient des instructions très précises afin de limiter rumeurs et mouvement de panique et surtout, la diffusion des contenus choquants sur les attentats. Pendant la journée, j’apprends via ton site qu’un ami est mort. Puis un deuxième. Puis un troisième. Qu’un autre est gravement blessé. Puis un autre. Qu’une autre s’en est sorti. Je ne raconte peut être plus les choses dans l’ordre. J’ai perdu le fil du temps, et même des jours, embué dans ma tristesse. Ce n’est surement pas à toi que je vais apprendre la cruauté de perdre quelqu’un qu’on aime…

Dimanche après midi, enfermé chez moi avec mes larmes, je likais péniblement les messages d’amis parlant de leurs morts, les hommages déchirants de ces connaissances qu’on lit plus qu’on ne les voit mais avec qui on a l’impression de vivre, un peu grâce à toi. Quand soudain je tombe sur une publication de SudPresse dans mon fil d’actualité :

C’est une photo (non floutée) extrêmement choquante et effroyable qui circule actuellement sur les réseaux sociaux.

Le texte est suivi d’un lien au texte évocateur « Une photo effroyable des victimes du Bataclan circule sur les réseaux sociaux ». Sauf que la photo est en image d’illustration. Qu’elle m’arrive en plein face. Une photo avec des morts que les proches n’ont même pas encore vus. Qui n’étaient alors même pas encore tous identifiés. Peut être que mes copains étaient là, froidement allongés dans la fosse du Bataclan. Comme l’a demandé Christiane Taubira (l’article le stipule d’ailleurs…), j’ai signalé la photo pour qu’elle soit supprimée de Facebook comme Twitter l’a fait et comme tes cousins d’Instagram se sont attelés à le faire. SudPresse a refusé de la supprimer arguant de son droit à l’information, ajoutant que supprimer la photo, c’est se voiler la face. Excuse moi de vouloir jouir de mon droit à me voiler la face plutôt qu’à le ma faire violer par la première pute à clics venue !

Sauf que voila, suite à mon signalement, j’ai eu la désagréable surprise de constater (deux jours après) que Facebook considérait que cette photo remplie de cadavres respectait les conditions d’utilisation. Pourtant tes règles sont très claires, et la traduction parfaitement identique à la version anglaise :

Nous attendons des utilisateurs qui partagent du contenu sur Facebook qu’ils le fassent de façon responsable, notamment en choisissant soigneusement qui pourra voir le contenu en question. Nous demandons également aux utilisateurs d’avertir leur audience du contenu qu’elle est le point de voir, si celui-ci implique des scènes de violence explicites.

Si un tas de cadavres n’est pas une scène de violente explicite, j’ai du mal à comprendre ce que tu entends par là. Alors certes, tu pourrais me dire que SudPresse m’a avertit, sauf que je m’étais déjà pris la photo en pleine gueule.

Tu vois y’a quelques semaines j’avais liké (on dit comme ça hein ?) un article avec un nibard apparent dans l’image qui est remonté automatiquement dans mon fil d’actualité. Délit pour lequel j’ai eu un rapport à l’ordre de ta part. Brrrrr. Alors pourquoi mon cher Laurent Solly aujourd’hui, voir des photos de gens morts sur ton site c’est parfaitement acceptable ? Est-ce que toi tu aurais accepté de voir la photo de celle qui te fut chère affichée sur ton site pour on ne sait quel prétexte informatif ? Est-ce que toi, en tant que personne humaine, tu trouves parfaitement normal de se voir infliger une publication non désirée de la sorte et qu’elle reste pendant des jours à la vue de tous avec des centaines de partages. C’est ça que tu appelles le « partage responsable » des publications ? Moi j’en ai fait une autre de publication où je me permettais de interpeller via ton site, mais elle a subitement disparue (un bug de ton site surement…) avant que tu puisses me répondre. Je ne m’en fais pas, en publiant ici où rien de s’effacera, je n’ai aucun doute que tu verras mon petit texte et que tu pourras enfin m’expliquer pourquoi c’est totalement acceptable qu’on puisse voir la dépouille d’un de ses copains qu’on ne sait même pas encore mort sur son site.

PS : n’oublie pas de liker mon article et de le partager sur tes réseaux.

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Video City : entre fascination et malaise

Juin 2015. Quelques jours avant la tenue de la VidCon (qui vient alors de fermer ses portes pour la 5e fois) française, la première convention dédiée aux créateurs YouTube, la nouvelle tombe abruptement : l’événement est annulé. Tous les fans seront remboursés, mais les frais annexes de ceux qui ont dû réserver hôtel et train, souvent accompagnés, ne seront pas pris en charge. En trame de fond, une forte mésentente entre les organisateurs (Mixicom en partenariat avec M6) et ceux qui sont la caution d’une partie des créateurs, sur fond de marques un peu trop présentes. Quand la nouvelle date sera annoncée, elle sera amputée de la plupart des e-sportifs et des youtubeurs gaming.

A l’inverse de VidCon, Video City ne présente aucune réelle conférence autour du business et des enjeux YouTube, seules quelques animations de kermesse sur la grande scène pendant que des milliers de jeunes font la queue dans un décors très sommaire de barrières et de branding. Il faut dire que les sponsors sont légions : Fanta pour le naming, Riffx du Crédit Mutuel pour le sponso principal, puis Fun Radio (groupe RTL), D17 (groupe Canal+, co-organisation et propriétaire de Studio Bagel), W9 (groupe M6, co organisateur et propriétaire de Golde Moustache), tipeee, Kaporal, Ricoh, Sinful Colors, Divimove (MCN), Asus, Insolites Board, Créations & Savoir Faire, Conservatoire du Maquillamaisge, Vélo Smoothie, Bic, Make Up For Ever, Enorme TV. De quoi rentabiliser la location du lieu (à 6 chiffres) mais visiblement pas de quoi payer tous les créateurs, malgré les milliers d’entrées vendues (20€ la journée, 35€ les deux jours). Les tarifs varient entre 150 et 300€ par jour de présence, avec ou sans défraiement en fonction des négociations.

Ce qui est marquant à Video City c’est qu’on retrouve deux grosses catégories de talents : ceux qui sont entourés et professionnalisés et les autres. Les premiers sont dans un modèle qui ressemble à celui qu’ont mis en place les plus grosses MCN américains comme Maker ou Fullscreeen, à base de cross-promotion et de tentatives de 360°. Pourtant rares sont professionnels du milieu dans les allées. Mixicom, principal organisateur du salon, récemment racheté pour 19M€ par Webedia (qui détient également Melberries) règne en maître sur son hall et mis à part Divimove, présent sur le stand de Frementle et Golden Moustache, présent sur l’espace InDaPlay de Fanta (géré par M6), aucun MCN n’a de stand sur la convention. Tous les agents et managers ont d’ailleurs été exclus des invitations.
Sous le manteau pourtant, on parle transfert (comprendre « passer d’un MCN à un autre ») et en souterrain le salon ressemble d’avantage à un grand mercato qu’au Festival de Cannes. Pendant la période de promotion du festival, plusieurs invités signeront d’ailleurs chez le principal organisateur qui s’est parfois servi de ses rendez-vous Video City comme d’un espace de recrutement. L’autre catégorie de créateurs sont ceux qui ne comprennent pas le business dans lequel ils pataugent. Signés dans un MCN sans en comprendre ni les bénéfices (ou les pertes, ce qui est le plus fréquent), ni les enjeux, ils rêvent autant d’être dans une table à signer des autographes qu’à rencontrer leurs idoles. Dès lors, la signature en MCN, accepter de travailler pour des marques, venir à un salon payant sans être ni payés ni déclarés en incitant sa communauté à le faire, sont autant de moyens de ressemble en apparence à la célébrité qu’ils désirent.

Les allées en sont remplies. Il n’est pas rare de croiser un attroupement autour de quelqu’un qui n’a ni stand ni accréditation, qui a payé sa place mais dont la notoriété est tellement concentrée dans les visiteurs qu’il en devient une star pour eux, devant les yeux éberlués de journalistes un peu dépassés tournant à la dérision la situation qui leur semble si virtuelle, alors qu’ils ont parfois devant eux des personnalités faisant plus d’audience que leurs médias. Devant un alignement de box blancs dignes du salon de l’agriculture, un journaliste d’une grande radio me parle de mode éphémère. Il y a fort à parier qu’on disait pareil de la télévision après la guerre. Sans doute les mêmes qui ont été réfractaires aux rédactions web il y a 10 ans.

Ce qui émerge de Video City est bien plus profond et puissant qu’une simple mode et la réussite pendant 5 ans de la VidCon ne peut que conforter dans ce sens : la génération 2000 se détourne ouvertement des médias traditionnels. Nés alors qu’on diffusait Star Academy et que les industriels de la culture rejetaient internet, ils ont compris qu’ils pouvaient s’affranchir des médias pour devenir les stars. Parce que c’est bien d’une génération de wannabe stars (et non artistes) que la génération 2000 est en train d’accoucher. Dans les allées c’est celle que les plus âgés appellent « la nouvelle génération de youtubeurs », en référence à la première génération, popularisée en France par Norman et Cyprien. La nouvelle génération serait insipide, basée sur l’image et avec des contenus qui seraient tous les mêmes. Ils en oublieraient presque qu’ils sont tous issus de la « génération podcast », format dont ils se détournent depuis peu.

La notion de starification est omniprésente pendant les deux jours de salon et dépasse autant le public jeune, ses parents, les journalistes et les créateurs. L’événement est d’avantage basé sur la mise en avant des youtubeurs en tant que personne au milieu de multiple marque que sur ses contenus ou ce qu’il produit. Il est loin le temps du projet Video City et de ses animations permanences conçus pour et par les créateurs.
En arrivant par la porte V, les VIP (c’est ainsi que les décrivent leur badge) sont séparés de l’espace fumeur public par une grille dont il ne faut surtout pas s’approcher. Un vigile ajoutera même qu’il ne faut pas leur parler parce que ça les énerve et que ça créé des mouvements dangereux. Don’t feed the public. La sécurité est d’ailleurs au cœur du salon. Plusieurs très jeunes youtubeurs sont présents, parfois déclarés, parfois non. Plusieurs mineurs se sont vu retirer de l’affiche dans les derniers jours et déprogrammés pour des raisons légales. Le travail des mineurs est pourtant tout à fait possible lorsqu’il est prévu en amont. Pour éviter tout problème, les organisateurs avaient prévu une armée de gardes du corps pour permettre aux créateurs de circuler entre les différents espaces. Les plus gros sont néanmoins restés cloîtrés dans un espace VIP où se côtoyaient les stars du net et de plus petits youtubeurs leur courant après pour un selfie. On y retrouve les deux mêmes catégories de créateurs. Les professionnels, habitués des foules, des conventions et rodés à l’exercice éprouvant des signatures à la chaîne. Et ceux qui leur ressembler, qui s’aventurent dans la meute pour prendre des photos devant un parterre de jeunes composés à 100% de leur public, appelant parfois la sécurité pour se déplacer, tant pour leur confort que pour l’importance que donne leurs massifs accompagnateurs. De gros poissons dans une petite marre.

La marre est d’ailleurs tellement petite que certains égos s’y trouvent à l’étroit. En même temps que les personnages virtuels deviennent réel aux yeux de ceux qui hier encore les regardaient à travers un écran, les inimitiés d’un tweet où d’une vidéo se personnifient. Deux grosses youtubeuses beautés qui refusent de se croiser. Deux spécialistes du muscle qui s’écharpent dans l’espace VIP. Trois humoristes qui s’insultent dans une allée. Petits règlements de compte entre créateurs. Rumeurs sur les MCN. Piques contre les organisateurs. Une vaste cours de récréation qui ressemble finalement à n’importe quel autre business de l’entertainment en vase clôt.

Malgré une organisation amateure (pourtant 1,4M€ de budget géré par Mixicom qui vient de l’événementiel) dans une déco sommaire, Video City aura eu le mérite de réunir la presse français au grand complet ce que son pendant indépendant au budget bien inférieur, la Cavicon, n’a jamais su faire à Lyon. Alors que YouTube s’arrêtaient aux portes des pages numériques des magazines économiques où dans certaines colonnes people spécialisées, Video City Paris aura permis de montrer cette facette du web méconnue du grand public, et, sans doute, de poser les bases d’un business encore naissant.

ON EST PAS COUCHE 2011 - 2012
LAURENT RUQUIER

L’incompréhension d’un système

Septembre 2015 : Webedia rachète l’agence/MCN Mixicom. Tous les médias titrent que Webedia s’offrent Cyprien et Norman alors que l’entreprise gère les droits YouTube d’une dizaine de créateurs sans pour autant s’occuper de leur carrière.

Octobre 2015 : EnjoyPhoenix et Wartek sont invités au Grand Journal dans un passage gênant et dénigrant où Clémentine Celarié, après avoir avoué qu’elle interdit à ses enfants d’avoir des téléphones portables, explique à EnjoyPhoenix qu’elle n’aime pas ses vidéos, à deux doigts de les qualifier d’incipides. Wartek/Anil, gêné d’être catalogué comme mec qui fait des jeux de guerre à côté d’une meuf qui fait des trucs de beauté n’ose pas intervenir.

Novembre 2015 : Natoo, en promo pour son livre Iconne, attérit en dernière partie d’On n’est pas couché coincée entre Yann Moix qui lui demande de se justifier sur les robots qui fausseraient la publicité, Léa Salamé qui la presse de s’expliquer sur son salaire (alors qu’elle a refusé de dévoiler le sien) et Laurent Ruquier qui remet en cause les chiffres d’audience.

Trois exemples sur trois mois où les médias vieillissants et mourants, qui passent d’investisseurs en spéculateurs, qui mendient des subventions et cherchent des mécènes, ne comprennent pas le moindre mot de ceux qui sont, non pas les stars de demain, mais celles d’aujourd’hui. Un sondage de MCV aux USA fin 2014 donnaient 10 stars sur les 20 préférées des jeunes américains parmi les célébrités du net dont… les cinq premières places (Smosh, The Fine Bros., PewDiePie, KSI, Ryan Higa, et 6e Paul Walker qui venait de mourir). Il y a fort à parier que si le classement des personnalités préférées des français du JDD changeait de méthode et incluait les stars du net et des panels d’adolescents, Norman, Cyprien, Squeezie et autres EnjoyPhoenix côtoieraient Jean-Jacques Goldman, Yannick Noah et Omar Sy.

Les remarques réac’ du trio Ruquier/Salamé/Moix m’int rappelé mon expérience de six mois chez YouTube Label. Parmi les quatre actionnaires, Tim Newman, producteur de télévision qui s’est longtemps occupé de De Caunes avant de produire notamment Drucker depuis quelques années. J’avais été séduis par son approche innovante : conscient de la mort annoncée (à long terme sans doute) de la télévision et de sa perte d’influence, il voulait parier sur des jeunes talents du web et mettre à disposition sa longue expérience de producteur afin de les aider et, dans le fond, de se relancer. Parmi les deux talents que nous travaillions au corps, un youtubeur science et une gameuse professionnelle. Après plusieurs semaines, Tim m’explique que le youtubeur science est fait pour la télévision. Il le sent. Il le sait. Et il sait aussi que c’est ce qu’il veut, le youtubeur. « Passer à la télévision, c’est ça leur rêve à tout ces gens. D’ailleurs, me dit il, c’est un peu le rêve de tout le monde ». Alors quand on parle de la gameuse, déjà animatrice sur une chaîne de jeu vidéo, sa réaction est plus mitigée : « Le jeu vidéo n’a jamais pris à la télévision et c’est clairement pas avec elle qu’on peut faire de l’argent ». Ça tombe bien, on venait de boucler un budget de 75K€ pour son développement.

Un mois plus tard, j’ai rendez vous avec le directeur général de la filiale numérique de France Télévisions. Ils ont un MCN géré par une personne particulièrement talentueuse et visionneur, qui manque de budget. C’est lui qui me reçoit. Le courant passe rapidement parce qu’il sait de quoi je parle. Il aime la création, il comprend internet. Tim Newman arrive au rendez-vous avec une heure de retard et croise dans le couloir le directeur général qu’il connait pour travailler avec lui sur d’Art d’Art qu’il produit. Le DG m’explique en quelques mots que YouTube est un formidable laboratoire pour faire éclore des talents. Mais que sans la télévision « ils ne sont rien ». Et de conclure que l’argent « c’est à la télévision qu’ils vont le gagner ». Avant d’avouer qu’il n’a aucun budget pour acheter des programmes, que France 4 va sans doute fermer, qu’il veut faire une émission de jeu vidéo sans savoir ni le format ni le concept et que, de toutes façons, il n’y a pas beaucoup de place pour les youtubeurs que je lui propose. Ces mêmes youtubeurs qui gagnent entre 1000 et 4000€ uniquement grâce à leurs chaines.

Pendant longtemps j’ai cru que les médias et les institutions culturelles avaient une réelle incompréhension de ce qu’était internet. Je crois que c’est pire : le mépris. Quand Tim Newman parle du jeu vidéo, il y voit des boutonneux comme on les a décrit dans les films clichés des années 90’s que ses amis ont diffusé sur tous les écrans. Quand le DG de FTV Numérique parle des youtubeurs, il y voit des ados dans leurs chambres qui veulent être les stars de Secret Story à qui il donne la chance d’avoir quelques secondes dans On n’est pas que des pigeons. Quand Léa Salamé demande à Natoo si elle va faire des vidéos jusqu’à 50 ans, elle voit YouTube comme un média tremplin primaire qui permet d’accès à ce qu’elle perçoit comme l’aboutissement d’un carrière, la télévision. Internet. Presse écrite. Radio. Télévision. Et si tu réussis vraiment ta vie de journaliste, tu présentera un JT. C’est pour les mêmes raisons de Bruno Masure ou PPDA ont passé toutes ces dernières années à vomir sur la télévision qui les a nourri pendant des années sans qu’ils n’y trouvent à redire. Une sorte de rancœur envers un système qui les a jeté.

Laurent Ruquier clôture l’interview de la façon la plus brillante qui soit en remettant en cause l’audience de Natoo, et plus généralement des stars françaises d’internet. Comment expliquer que Cyprien le puceau branleur aie 8M d’abonnés, que Natoo la gamine blonde un peu conne fasse 9M de vues sur une vidéo ou que Squeezie le beauf nerd qui ne sait rien faire d’autre que jouer aux jeux vidéo cumule 1,6 milliards de vues ? Oui, les chiffres sont extravagants face au 850K spectateurs moyens d’On n’est pas couché. Oui, les chiffres sont frappants face aux 8-10M de spectateurs que représentent un bon prime pour TF1. N’est-ce pas là le meilleur reflet qu’ils ont en face d’eux des médias et qu’ils ont devant leurs vidéos ceux que le Grand Journal cherchent partout ? N’est-ce pas là la meilleure opportunité pour un Laurent Ruquier, dénicheur de talent devant l’éternel, de toucher du doigt un business et un monde qu’il n’imagine pas ?
Non. Au lieu de s’ébahir des 300 000 livres d’EnjoyPhoenix ou des 1,8M d’abonnés de Natoo comme ils le font devant toutes les promos de leurs potes venir vomir leurs actualités en plateau, ils remettent en question les audiences alors qu’ils surfent depuis des années sur les chiffres que tout le monde sait surestimés avec un canal de mesure unique qu’est l’audimat de Médiamétrie.

Finalement, ces nouvelles stars ne sont que ce que fut internet il y a 10 ans, quand toute la presse papier s’est sentie menacée alors qu’elle avait là le meilleur outil pour son développement. En refusant l’innovation et en laissant le web aux stagiaires (les vrais journalistes n’étant que ceux qui signaient sur le papier, allant jusqu’à refuser d’être publier en ligne) ils se sont laissé dépasser par des pure players, n’ont jamais habitués le public à payer pour accéder à l’information et sont tous, sans exception, devenus déficitaires. Pour la première fois depuis sa création, alors que la radio a été beaucoup moins stupide, la télévision va entrer dans une phase de crise. Et il semble bien qu’elle ne soit pas prête à accueillir ce qui est son avenir. Tant pis pour elle, l’avenir est déjà là et existe(ra) sans elle.

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Du sexisme contre le racisme

Si y’a bien un truc qui est pas bien et dont il est de bon ton de s’indigner quand on est de bonne famille et de bonnes mondanités, c’est le racisme. C’est pas très très Charlie le racisme. Quand on en voit, il est opportun sortir son hashtag pour défendre l’opprimé dont on se fout le reste du temps. C’est ce qu’a fait le photographe allemand Olli Waldhauer avec une photo que tout le monde s’est empressé de partager sur ces bons vieux réseaux sociaux où l’on « ose critiquer Pinochet à moins de 10 000 km de Santiago ».
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A travers une mise en scène qu’il imagine subversive, Waldhauer veut démontrer que sa photo sera censurée parce que Facebook interdit la nudité et non à cause du contenu raciste. Alors il fout une gonzesse les nibards à l’air et tient une pancarte « n’achetez pas chez les Kanaks » (en référence aux migrants et à « n’achetez pas chez les juifs », propagande de la Seconde Guerre Mondiale). Et le voila en train de conclure (maladroitement placé) sur son image « L’une de ces personnes viole les règles de Facebook ». Comprenez : Facebook censure un nibard et pas les propos racistes. Deux jours après : sa photo est supprimée, la démonstration est faite. Mais des centaines de milliers de gens ont partagé. CQFD.

Sauf que… C’est pas vraiment CQFD. Ce que Waldhauer démontre dans son image c’est que la nudité n’est guère représentable que par une gonzesse bonne avec des gros seins qui sert d’accessoire à un mec. Il aurait pu prendre n’importe quelle fille, ne laisser que les seins dépasser. Mais ce n’est pas le choix qu’il a fait. Il aurait aussi pu mettre ses couilles sur la table et… les mettre sur la photo. Si Waldhauer s’était mis en scène dans un nu artistique avec sa pancarte, sa démonstration aurait été la même. Mieux : ç’aurait été plus percutant de voir que pour une même image, une même pose, une même personne, un attribut peut être choquant et pas l’autre. Ce n’est pas le choix qu’il a fait.

En utilisant une femme objet comme outil d’analyse scientifique, Waldhauer a non seulement montré que le racisme était moins grave sur la nudité sur Facebook, mais surtout que le sexisme était bien moins considéré par la majorité partageante que le racisme. CQFD.

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Droits relatifs

J’ai vu passer en quelques jours plusieurs histoires de créateurs de contenus vidéos (youtubeurs et viners notamment) mécontents de voir leurs travaux détournés. Et ils ont raison. Avner Peres (signé chez Melberries) en a d’ailleurs fait une vidéo où il explique en quelques minutes la mésaventure type : un contenu un peu viral, rapidement reuploadé sur divers comptes YouTube, Dailymotion ainsi que sur les players intégrés des sites dits « de buzz », qui ne sont que la version internet des célèbres « bétisiers du net » (dont l’incontournable Zap de D8) best-of de contenus mis bout à bout sans en rémunérer les auteurs. Dans la même période, la youtubeuse lifestyle EmmaCakeUp mettait en ligne un best-of de ses 17 vines préférés avec 17 vidéos mises intégralement en ligne sans que leurs auteurs ne soient rémunérés (alors qu’elle même a été rémunérée pour les 417K vues générées).

Tous les débats entourant ces histoires (j’en ai volontairement mis de côté beaucoup d’autres) ont finalement le même point d’attache : la monétisation des contenus. Parce qu’une vidéo qui n’est pas sur la chaîne de l’auteur n’est pas monétisée par son network (bien qu’à travers un outil, le network pourrait très bien soit effacer, soit bloquer, soit monétiser un contenu qui est sur un autre chaîne s’il en a la paternité). Quand les créateurs réclament la suppression des vidéos sur les sites internet il leur est répondu que finalement c’est pas si mal pour eux, et que ça leur fait de la pub. Je ne compte plus le nombre de groupes et de labels qui m’ont dit ça lors qu’ils voulaient utiliser gratuitement mes photos pour leur promo. Finalement ils les ont achetés, et toutes mes publications ne m’ont jamais apporté le moindre client.

Ainsi donc, ils ont raison ces créateurs de défendre leurs droits et leurs propriétés intellectuelles, que ce soit leur métier ou non, qu’ils soient jeunes ou vieux, parce que la paternité d’une oeuvre ne dépend pas de l’utilisation qu’en fait son créateur. Mais on peut difficilement demander le respect de ses œuvres (en obligeant la source unique, en réclamant la citation du nom, en faisant du financement participatif etc.) sans respecter celui des autres. Ce que peu de créateurs semblent accepter.

Suivant nombre de créateurs, je crois régulièrement des débats sur deux points assez étonnants : les musiques, les logiciels. Parce que ceux qui gueulent à longueur de journée sur leur monétisation et leurs droits n’en souvent que faire de ceux des autres. Combien de fois ai-je vu un créateur se plaindre d’un claim (revendication) de son contenu par un éditeur musical parce qu’il avait utilisé une musique dont il n’avait pas les droits. Parce que lui a le droit d’utiliser les œuvres des autres, et pas l’inverse. Pire, combien de créateurs montent et éditeurs leurs vidéos avec des logiciels ou plugins piratés ? Là encore c’est du piratage. Non seulement il est ignoré mais il est à bien plus vaste échelle que ce qu’ils dénoncent.

Le droit des auteurs ne peut exister sans le respect des auteurs entre eux et prise de conscience de la création dans son ensemble. On n’est pas créateur parce qu’on devient connu ou qu’on est plus vus que les autres mais simplement parce que l’on créé. La création est nativement protégée par la loi. Alors, avant de revendiquer ses droits, parfois faudrait il vérifier qu’on n’empiète pas ceux des autres.

PS : utiliser la photo d’Avner en cover de cet article est un excellent exemple de créateur de contenu qui s’en bat un peu les couilles du droit des autres alors qu’il prétend défendre le sien.

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Lettre à l’Amicale du Refuge

Chère Amicale du Refuge,

je ne te connaissais pas avant de tomber il y a peu sur tes tweets. Généralement je n’écris pas de lettre ouverte. Mes missives, je les préfère fermées et à destination des gens concernés. Mais comme beaucoup d’autres, j’ai été bloqué par tes soins sur Twitter pour avoir répondu d’une façon qui ne te plaisait pas. La dernière fois que j’ai fait une lettre ouverte comme celle ci, c’était pour Christine Boutin. Celle d’avant pour Frigide Barjot. A chaque fois c’était pour réagir à leurs propos contre les homosexuels.

Avant que tu ne bloques mon blog comme tu as bloqués plusieurs centaines de tweetos, sache que je suis à la fois homosexuel ET consultant en réseaux sociaux. Alors autant te dire qu’un Twitter sur les pédés, ça me connait un peu. Je dois bien avouer que quand on m’a montré ce que tu racontais sur ton compte et comment tu répondais aux internautes, j’étais un peu sceptique. Même si je n’aime pas tout ce que fait Le Refuge, le fond est bon et ils sont seuls sur leur créneau. Mais pour satisfaire ton égo (d’association ? de community manager ?) tu as cru bon de montrer que tu étais certifiée sur Facebook. Sauf que voila, dès lors qu’on représente une autorité associative qui tient de l’institution et qu’on parle en son nom sur les réseaux sociaux, il faut s’en tenir à quelques règles.

La première est de respecter ce pour quoi tu as été créée. Et ça, je l’invente pas, c’est toi qui l’a écrit au Journal Officiel.

Offrir un lieu d’échanges et d’entraide aux jeunes qui ont été accompagnés par les différentes délégations et antennes de l’association nationale le Refuge ; apporter également des conseils aux jeunes actuellement sur liste d’attente pour intégrer l’un des dispositifs d’hébergement et d’accompagnement psychologique et social gérés par l’association nationale le Refuge.

Ainsi donc, en aucun cas l’objet de ton association n’est de traquer les comportements homophobes sur les réseaux sociaux (ce que font très bien les Biches du Net de SOS Homophobie). Que tu puisses aider un pédé « en perdition » comme tu dis, parce qu’il ne sait plus quoi faire, et que tu le rediriges vers d’autres associations me semble légitime. Mais te voir donner des leçons sociales et religieuses me laisse un gout amer. On ne peut pas dire défendre des gens tout en caricaturant tous les autres. 35% des français sont athées. 65% ont donc une religion, et certains sont homosexuels. Comment, toi association tolérante, peux tu insulter d’homophobes des croyances parce qu’elles ne sont pas les tiennes ? Comment, toi association tolérante, peux tu demander le respect là où tu le refuses ? Parce que la seconde règle, c’est qu’on ne peut pas demander le respect quand on marche dessus sans vergogne.
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Mais ton indécence ne s’arrête malheureusement pas à un tweet déplacé. Depuis plusieurs mois, tu te bats et débats avec des centaines de personnes par écran interposé, d’abord en voyant des propos homophobes là où deux personnes discutent ensemble sans que le fond ne soit insultant, puis en te mettant à dos des centaines de tweetos.
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Devant la tempête de merde que tu as déclenché, tu aurais pu faire profil bas, mais au lieu de ça, tu parades, tu provoques, tu menaces pour finalement te planquer derrière un community manager qui se personnifie soudainement sans, à aucun moment, remettre en cause tes propos ou ton attitude. Ah si, peut être parfois, lorsque tu as effacé les tweets qui dénigraient le plus les gens avec qui tu parlais. J’espère que tu aura saisi la troisième règle : le professionnalisme.
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On ne peut pas espérer être entendu et compris des autres en n’étant pas droit ni sérieux. Bien sur que les réseaux sociaux c’est aussi fait pour se marrer et que même les marques/institutions ont le droit d’être fun et de clasher un peu (je l’ai assez fait), mais il faut distinguer le travail (c’est bien un métier) de community manager et celui de gestion d’un compte personnel où l’on peut, lors qu’on a moins de 16 ans, faire des remarques mesquines imprégnées de fierté et de ressentiments.

Les kikoolol et les nolife ont aussi des sentiments, quand bien même tu ne leur autorises pas de sexualité dans tes préjugés. Et figure toi qu’ils peuvent être homosentimentaux. Et ce n’est clairement pas en se mettant la communauté du jeu video et de la high tech à dos que tu vas faire avancer ta cause. Tu sais, Twitter c’est tout plein de pédés. Pas parce que je vois des pédés partout. Mais parce que pour beaucoup de gens qui n’arrivent pas à vivre leur sexualité, les communautés virtuelles (même si elles sont bien faites de gens réels) sont un bon moyen de parler d’eux sans avoir l’impression de se dévoiler. De parler de ce qu’ils ont de plus cher, de plus précieux, de plus profond, sans avoir à dévoiler leur apparence. Hier encore, un garçon me parlait de son homosexualité alors qu’il est sans doute un des plus timides que j’ai rencontré de ma vie et qu’il est pétrifié quand on lui demande son prénom en face. Je ne compte plus le nombre de mecs qui m’ont raconté leurs vies, ni ceux que je vois partager leurs sentiments sur cette homosexualité qu’ils vivent le plus souvent pour la première fois à travers un DM ou en Skype après une rencontre sur Minecraft ou une game de CS:GO. Et c’est sans doute là, la règle la plus importance, celle que tu as paumé en cours de route : comprendre à qui l’on parle.

Tu vois, le milieu socio-associatif c’est comme le social media, c’est pas fait pour tout le monde. Il faut accepter de travailler pour l’autre (ceux qu’on aide, ceux qu’on représente), se mettre en retrait, accepter ses erreurs, apprendre, comprendre dans quoi l’on vit et ceux avec qui on travaille. C’est très similaire. Et tu vois, je crois bien que dans les deux cas, t’es pas vraiment fait pour ça.

Comme dirait l’autre Conte, je ne t’embrasse pas, j’ai déjà un mec.

Benjamin