Beaffle #26 : les catholiques

Pas plus tard que la semaine dernière, alors que j’étais tranquillement en train de préparer mes vacances, parce que je vous ai pas dit mais je pars en vacances demain, et je serai pas là pendant deux semaines, mais ça sera bien quand même, vous pourrez écouter.
Pendant que je préparais mes vacances donc, voila pas que je tombe sur une pétition dont la provenance n’est bien entendue pas spécifiée, et signée par un peu plus de 11 000 personnes.

Pour sa 9e édition, le groupe étiqueté catholique, reproche au Hellfest de faire venir des groupes satanistes comme Behemot, qui chante une parodie de l’Ave Maria qui répond au doux nom de Amen, insulte la Vierge Marie et simule une messe noire sur scène. Il reproche également la venue de Tsjuder ,qui devrait franchement être condamné pour nom à caractère imprononçable. Mais plus que leur nom pourri, ce qui choque notre petit groupe c’est qu’il récite dans une chanson, je cite hein, me crucifiez pas :

Je suis le guerrier satanique suprême. Mon épée vous clouera au sol. Vos entrailles sont la peinture sur mes murs. Votre chair est la nourriture de mes loups/Viol de la chrétienté (3 fois)/(exclamation obscène)

Bon ok, c’est pas très très gentil de violer des gens. Et c’est encore moins cool de violer un concept, parce que franchement c’est pas hyper hyper clair comme délire à visualiser.
Et finalement on en revient toujours au même débat du droit des artistes à la caricature, violente, outrancière ou grossière et leur droit d’expression. Je ne vais pas ré-exposer des nombreux arguments, on a pas parler de Dieudonné depuis 3 mois, c’est pas franchement le moment de le ressortir de son placard. Mais la conclusion de la pétition me choque particulièrement. Elle fait référence à la condamnation récente de quatre bretons pour avoir incendié des édifices religieux et dit :

“À force de s’exciter en paroles, on en vient aux actes. En mars 2009 les tribunaux de notre pays ont condamné un groupe de black metal”

Eh bien c’est faux parce que bien qu’ils signaient True Armorik Black Metal, on notera d’ailleurs c’est amusant d’avoir un nom anglais quand on défend des valeurs traditionnelles, eh bien le TABM n’était pas du tout un groupe musical mais simplement un groupuscule extrémiste anti religieux. Une partie minime de ce qu’est le mouvement métal dans le monde.

Parce que oui, y’a des tarés dans le métal. Mais y’a t’il plus que tarés qui écoutent le métal que des tarés qui écoutent du rap ou de la pop ? Les irréductibles demeurés du mouvement métalleux ne finalement que le pendant extrémiste du courant musical, tout comme les décérébrés de Civitas ne font qu’une infime partie des catholiques. Aucun des deux n’est représentatif de l’ensemble de ce qu’ils représentent, et ni l’un ni l’autre ne devraient être érigés en symbole ni par la population, ni par les médias.

Quant au fait qu’après les paroles viennent les actes, j’ai l’impression d’entendre appliqué à la musique le fameux “c’est la faute aux jeux vidéo”. Mais n’oubliez pas que tous ces gosses qui courent dans les rues, qui volent, qui agressent, qui incendient, tous ces gosses là, condamnées dans les tribunaux de France, ils ont été élevés. Et pour ceux qui en ont eu, ce sont bien leurs parents les premiers responsables de la connerie des envies. Ce sont bien les parents qui inculquent à leurs enfants les valeurs morales du bien vivre en société, le respect des autres ou des croyances. Et c’est ces mêmes parents qui doivent apprendre à leur enfant à respecter l’autre et lui faire comprendre que nos différences ne sont pas une tares, quand même bien on aie une couleur de peau différente, une religion différent, ou pire, qu’on écoute une musique différente.

Allez y au Hellfest les catholiques. Vous serez surpris. Moi j’y suis allé. L’ambiance y est particulièrement étonnante. Ca ne sent pas plus le vomi qu’aux Vieilles Charrues. Ca ne sent pas plus la drogue que dans le camping de n’importe quel festival. Et même mieux que ça : tous ces gens ont une même passion de la musique et un vrai respect des différents courants qu’elle a créé. Et figure toi que j’ai été profondément étonné du respect qui existe entre les gens. Les mêmes qui se défoncent la gueule contre le dos de leur voisin au premier rang de Slayer, tu les retrouve plus loin allongés dans l’herbe à côté d’une vieille qui écoute The Final Countdown en dansant. Leur passion pour leur musique fait que contrairement à tous les autres festivals que j’ai connu, et j’en ai connu, ils ne se barrent pas à la moitié d’un concert parce que le tube est passé. Ils sont là, ils vivent leur festival. Alors ouais, j’y vais vu des trucs bizarres, comme un mec qui simulaient deux crucifixions sur scène ou un autre qui vomissait. Mais assez étonnamment quand Lady Gaga vomit sur scène, pas un catholique n’élève la voix.

Le métal finalement, c’est un peu comme le catch. Une sorte de défouloir, qui fait marrer beaucoup de gens, qui en indiffère encore plus et qui en énerve certains. Alors qu’au fond, tout le monde sait que c’est surtout du spectacle.

Chronique diffusée le 29 avril 2014 sur Radio Néo dans Des dièses et des bémols

Beaffle #25 : Rohff

Pas plus tard que ce matin, je lisais dans Le Parisien “Paris : un vendeur entre la vie et la mort avec une rixe entre Rohff et Booba”. Pour la faire simple, Rohff était pas content de la dernière moquerie de Booba lui même pas content que La Fouine aie pas été gentil avec lui, alors il est allé dedans sa boutique de fringues et aurait, je dis bien aurait histoire de pas défoncer la présomption d’innocence comme la gueule du vendeur de 19 ans, et aurait donc, démonter la face d’un mec qui refourgait les fripes du Booba.

Je veux bien admettre que les fringues de Booba sont un crime à la mode et que la Fashion Police ne fait guerre son taf à Chatelet, d’autant que le voisin d’Ünkut n’est autre que Wati B, à savoir les sapes de la Sexion d’Assaut. Mais si tu sais, la Sexion d’Assaut, les mecs qui ont des casquettes tellement petites qu’on dirait qu’ils ont un morceau d’oeuf sur la tête comme Calimero. Mais sérieusement, est-ce bien le rôle d’un rappeur que de se substituer à la fashion police ?

Plus sérieusement, parce que ça m’arrive, cette gueguerre de rappeurs m’insupporte. Qu’une bande d’illettrés sourds se battent à coups de statuts Facebook pour savoir qui a la plus grosse (vente bien entendu) me chagrine mais bon finalement pourquoi pas. Encore qu’au final, on s’en fout de qui de Rohff, de La Fouine ou de Booba a vendu le plus d’album. Parce que la vraie boss c’est Diam’s et ses 846 700 albums pour Dans ma bulle. Et si on regarde depuis 2000, on trouve Solaar, Gim’s, la Sexion, la FF, Sniper ou même K-maro, mais pas une seule trace des trois zozos donc aucun, avec toute sa carrière cumulée, n’arrive à la jambe de Nolwen Leroy. Et franchement se faire niquer par Diam’s et Nolwenn Leroy c’est pas top pour la street cred’.

Alors, vous allez me dire, et vous avez raison, pourquoi ce bordel ? Eh bien ça fait thug’ de se battre entre rappeurs. Et vu qu’une flopée de médias condescendants et guère plus lettrés qu’eux s’emparent de chacun de leurs gros mots publics pour en faire leur gros titres et niquer un peu plus l’image du rap, eh bien ça fait parler d’eux. Qu’importe la façon.

Alors ouais, peut être qu’en France on n’a pas eu nos Big L, Jam Master Jay, autres Tupac Mais peut être aussi que notre trio de guignols a oublié que ceux qui ont rejoint Biggie là haut, c’était pas juste des mecs qui se jettaient des top tweets en pleine face. C’était avant tout des artistes aux discographies bien pleines qui ont marqué l’histoire de la musique et qui continuent à nous manquer 20 ans après, alors que Booba et ses amis commencent simplement à nous boursoufler le thalamus.

La culture hip hop qui a engendré le rap est une culture urbaine qui est née dans le Bronx. Elle n’est pas née dans la violence. Elle est dans le rejet et a mûrie mais dans la revendication. La France a particulièrement prouvé en sortant Première consultation, Opéra Puccino, Quelques gouttes suffisent ou L’école du micro d’argent qu’elle était capable d’exister, de parler, de revendiquer, de crier et de se faire entendre sans violence.

Et oui il y a des violences, verbales ou physiques. On ne peut pas oublier Le combat continue de Kery James, les valeurs guerrières de Prose Combat ou Paris sous les bombes de NTM et encore moins les frasques de Joey Starr. Mais jusqu’ici les bastons intra-people restaient relativement inconnues. Certes la profusion de médias et leurs envies d’en foutre le moins possible pour un max d’audience les poussent à mettre en avant la moindre vanne numérique des nos trois bouffons musicaux. Mais il serait quand même bon de ne pas oublier que celui qui en souffre le plus dans l’histoire, c’est le rap.

Cet après-midi, la présence de Rohff a été prouvée sur les lieux et l’agression et il est actuellement en garde à vue. J’espère sincèrement qu’il sera condamné et fermement condamné et pour ses actes. Le fait qu’il soit une personnalité publique est bel et bien une circonstance aggravante. Lui, tout comme Booba et La Fouine sont des symboles pour des centaines de milliers de jeunes. Le fait qu’ils se mettent en scène à longueur de presse pour leur propre promo, et qu’ils se fassent l’étendard de la violence gratuite est inutile est non seulement contraire aux valeurs même du hip hop, qui voudraient qu’on se défende contre le système ou l’oppresseur, et non contre ses semblables, mais c’est surtout un exemple et une légitimation terrible de la violence à travers les médias.

J’espère sincèrement qu’aucun de ces trois là ne mourra un jour d’une balle perdue par un de ses copains. On risquerait d’en faire le héros d’une guerre qui n’a lieu que pour les journaux et qui ne représentent pas grand chose. Battez vous à coup de plumes, niquez vous à coup de rap contender, défoncez vos races à à coup de punchlines, rimez vous la gueule. Mais dites vous bien qu’à chacun coup de barre à mine que vous foutez dans la gueule d’un mec de votre bande, c’est le rap qui se le prend dans la face. Et je crois bien qu’il à deux doigts de crever.

Chronique diffusée sur Radio Néo le 22 avril 2014

Beaffle #24 : les festivals

Pas plus tard que y’a genre pas trop longtemps, Mathieu Rollinger écrivait dans Le Figaro : “Festivals d’été : tous les mêmes et y’en a marre”. Pour les poissons rouges et les insensibles radiophoniques c’est bien entendu non seulement une paraphrase de Stromae mais surtout un pamphlet contre lui, Stromae, pas le journaliste, qui sera présent dans pas moins de 17 festivals cet été. Stromae toujours, mais possiblement aussi le journaliste.

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Pour compléter son article et son emploi du temps, Rollinger explique que Fauve sera dans 21 festivals, Yodelice 14, Shaka Ponk 12, Skip the use et Gesaffelstein 11, Détroit, dont il se sent obligé de rappeler que c’est le groupe de Bertand Cantat, 10 et Woodkid 7 pour ne citer que les français.

Pour servir sur un plateau son propos, douteux, il cite un programmateur qui explique qu’il est plus facile et moins coûteux, de faire venir un artiste qui est en tournée. C’est une réalité économique mais aussi pratique. Un artiste qui n’est pas en tournée n’a pas forcément de contrat avec un tourneur donc logistiquement il est compliqué de le faire venir où il n’a tout simplement pas de show de prêt. Soit.

Mais Mathieu Rollinger conclut ce qui ressemble étrangement à un article en disant que pour l’originalité il faut aller chercher ailleurs. Et c’est bien là le problème. Parce que si Rollinger cite gentiment le Hellfest, il oublie de rappeler que la première fois que Le Figaro en a parlé c’était en 2010 et c’était uniquement autour de son interdiction. Quant à l’originalité du Figaro, il suffit d’ouvrir sa rubrique musique aujourd’hui pour se rendre compte que ce n’est pas là non plus qu’on va le trouver. Au programme : Indochine, Kate Bush, Renaud Capuçon, David et Cathy Guetta qui divorcent, les Stones, la meuf de Mick Jagger qui est morte, Lady Gaga qui ne l’est toujours pas et j’en passe.

Encore mieux, en remontant dans les archives, non seulement il n’y a pas plus de traces d’artistes différents que de traces de talent chez Woodkid, mais en plus les programmations des dits festivals sont annoncées unes à unes.

Le problème vois tu mon cher Mathieu, c’est que ton journal a fait la promotion pendant un an des artistes dont tu parles, négligeant totalement la scène indépendante. Celle que tu dis être ailleurs. Ton journal n’a jamais créé l’envie pour des groupes différents pour la bonne et simple raison qu’il n’en a rien à branler. Et donc forcément, si tout le monde fait comme toi, et je te rassure, tous les journaux comme le tiens font comme toi, personne ne parle d’artistes différents, donc ils ne sont pas assez connus, donc ils ne sont pas programmés dans les festivals.
Le site internet de ton journal préfère largement faire un article pour annoncer la programmation des festivals afin faire de l’audience, des clics et donc du pognon, que passer du temps à écrire sur des gens qui apporteront moins d’audience. Et dont, encore une fois, il se fout éperdument.

Les festivals sont eux aussi soumis à une logique économique sévère. Sauf qu’eux ne sont pas tenus par des magouilleurs électoraux, des milliardaires grabataires ou des conglomérats d’actionnaires philanthropes en mal d’image. Et ils sont là pour répondre aux envies du public. Ce public qui a envie de voir ceux qu’il a plébiscité à longueur d’année, souvent parce qu’on lui a servit dans les journaux comme le tiens. Et surtout, mon cher Mathieu, ce public, ces vraies gens, ceux qui achètent, ceux qui ne sont pas invités à tous les concerts, et rincé par toutes les marques, il ne fait pas plusieurs festivals dans l’été. Il fait celui à côté de chez lui. Ou à la rigueur il va camper dans un autre pour se marrer. Reproche t’on à la Laiterie, au Bikini et à l’EMB d’avoir les mêmes artistes en concert ? Alors pourquoi le reprocherait on aux festivals ?

Le fond de tout ça mon petit Mathieu, c’est que tout comme ta diatribe contre la médaille des arts et des lettres de Shaka Ponk, et on va y revenir dans le débat juste après, tu écris sans chercher le fond des choses, sans chercher d’avis contradictoire, uniquement pour susciter des réactions, des clics du buzz et des bashing collectifs. Et autant j’ai rien contre le gens qui disent du mal de tout et n’importe quoi, je suis pas schizophrène, autant l’écriture démago pour défoncer les portes de la facilité n’a rien d’un style journalistique. C’est digne des discussions comptoirdaires et PMUiques de poivrots stéphanois, une sorte de “tous pourris” musical.
Et tu sais quoi mon petit Mathieu ? C’est peut être ça qui tue le journalisme musical et finalement je pense que tu résumes ton propos et ton journal dans ton introduction : “Pour l’originalité, il faut chercher ailleurs”.

Chronique diffusée sur Radio Néo le 25 mars 2014

Beaffle #23 : Elle

Pas plus tard que lundi matin elle m’a fait subir sa musique. Une sorte de doom métal assourdissant très désagréable. Cette même musique qu’un métalleux entend comme une ballade folk avec un harmonica. Question de perception sans doute. Reste qu’elle a cette capacité subversive à se rendre détestable de tous, cette aptitude à faire frémir tout le monde sur son passage.

La première fois que je l’ai écouté j’avais 12 ans. Le seul poil que j’avais était dans ma main. Je me rappelle très bien, j’étais dans la jardin des parents de mon père. Alors que je demandais rien, ses 50 000 watts de sales vibrations sont venus s’écraser sur moi. Je n’y étais pas préparé, j’étais innocent. Candide comme le chef de Cacambo. Son premier single aura été pour moi une découverte glaciale.

Ses mélancoliques mélodies et ses bourdonnantes hymnes sont devenues avec le temps un leitmotiv. Ses refrains entêtants ont fini par rythmer désagréablement ma vie et ses récentes sorties annuelles m’ont perturbé, jusqu’à créer une gêne, presque une phobie.
Depuis bientôt 5 ans, je la vois passer tous les ans, frapper sans nuance, violons beuglant et trompettes en furie, fanfaronnant dans les allées cryptées en provoquant horreur et effroi à chacun de ses concerts.

Elle est là, sans aucun remord chantant sans répit son intense angoisse sur un ton désobligeant en psalmodiant jusqu’à créer la hantise. Elle sait se faire détester. Elle aime se faire craindre. Elle aime savoir qu’on la redoute. Et surtout, elle adore revenir quand on ne l’attend plus.

Pleine de trémolos, sa voix abstraite est venue m’annoncer qu’elle était de retour pour rendre au lundi matin ses lettres de noblesses. Un retour inattendu. De ces retours dont on sait un jour qu’ils arriveront, qu’on redoute, qu’on n’espère pas. De ces projets dont on espère qu’ils avorteront. En vain. Elle est arrivée ce lundi avec son métal hurlant et assourdissant. Et elle est partie avec ma copine Lorène. 41 ans. Photographe.

Je ne le reverrai pas. J’ai en tout et pour tout quelques photos, sur mon écran et dans ma tête. Des souvenirs, des sourires et délires serviront de derniers remparts à l’oubli.
Quant à “elle”, j’espère ne pas la revoir de si tôt. J’espère ne plus avoir à entendre sa macabre musique au détour d’une allée de ma vie. J’espère vivre longtemps avec d’avoir à l’écouter, la mort.

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Chronique diffusée sur Radio Néo le 11 mars 2014

Beaffle #22 : Claude Nougaro

Pas plus tard que y’a 10 ans mourrait Claude Nougaro. Pas vraiment 1m80, pas vraiment des biceps plein les bras, Nougaro a traversé 40 ans de variété comme la Garonne traverse Toulouse, sous les yeux de Notre Dame de la Daurade.
Plongé dans la musique par son père comme on plonge dans la mer, Nougaro est de ses artistes qui ont donné la chance aux français d’avoir cette chanson française. La vraie, pas celle avec ses textes bidons, bidons, bidons vil-ipendant sa morale double monétaire à tous les écoutants.

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Non, Claude Nougaro c’est la chanson française avec cette plume d’ange, légère quand elle parle de musique, frivole quand elle parle des femmes, sincère quand elle parle des amis, mesurée quand elle veut s’engager.

Dans les années 50, le jeune toulousain est sur le sentier de la guerre et souvent saoul. Il envoie ses textes à Marguerite Monot qui les fait lire à son entourage. Edith Piaf. Puis les chante.

Il passe ses années 60 à chanter les femmes, les petites brunes et les grandes blondes, la Marylin ou la Cécile, sa fille, avant de partir au Brésil d’où il ramènera des chansons et un fils.

Claude Nougaro est de ses artistes qui préfèrent les déjeuners sur l’herbe aux soirées jet set, de ceux qui écrivent et composent sans penser au succès. Universal ne lui pardonnera ses années à vide. L’air plein d’orage et le gaz plein d’eau, son label lui rend son contrat alors que je m’apparaîte à plonger dans la vie en sortant de ma mère. Splachouh…
Il part soigner son bleu blanc blues dans les javas new-yorkaises avant de revenir plus français, plein de jazz, dans les starting block pour un nouveau départ.
Claude Nougaro cesse, comme Philippe, de se trimboler au fond des top 50 et sort le plus beau succès commercial de sa carrière et sans doute son meilleur album : Nougayork.

Claude Nougaro c’est cet homme fidèle. Attachant et attaché, sa ville qu’il promènera à travers la France, à ses amis qu’ils soient coq ou maçon, à sa famille qu’il honore sans répit. Même quand son coeur le lâchera dans les années 90 il ne cessera de composer et d’aimer tout ses proches.

Claude Nougaro c’est cet amoureux des lettres et des mots, parfois le souffle barbare comme quatre boules de cuirs sur un ring de box, parfois le vocable fleur bleue comme un jeune amoureux fougueux. Ce n’était pas seulement un acrobate du verbe, un équilibriste de l’adjectif, un conteur de mot ou un compteur de syllabe, c’était aussi un scénariste, un artiste capable d’installer son cinéma dans n’importe quelle chanson qu’il venait filmer dans l’oreille de son auditeur qui devenait spectateur. Une petite fille en pleurs dans la rue ou un braqueur à bout de souffle. Un chanteur, un réalisateur mais aussi un acteur tellement ses interprétations était convaincante.

Claude Nougaro est mort. Je m’en rappelle comme si c’était y’a 10 ans. J’étais dans la voiture quand France Inter annonce qu’il est parti. Sur le refrain de Toulouse, j’ai versé une larme dans mon océan, qui n’est pas une Garonne, de tristesse.
Nous sommes le 4 mars 2013, aujourd’hui les buildings de Toulouse grimpent haut, les avions de Blagnac ronflent gros et la pluie fait des claquettes un peu partout.

Je ne suis pas triste, je sais que tu dormiras longtemps maintenant. Mais soir je danserai sur toi, pour que la vie soit un feu d’artifice, pour que la mort soit un feu de paille. Ton chant de cygne s’est éteint alors je vais suivre ton conseil :
“Il faut tourner la page. Aborder le rivage où rien ne fait semblant. Saluer le mystère. Sourire Et puis se taire”

Chronique diffusée sur Radio Néo le 4 mars 2014

Beaffle #21 : Rachid F.

Pas plus tard que y’a quelques jours, un râle déchirant a bouleversé le fragile voile vierge de l’internet. Celui de Rachid F., réalisateur, chanteur, acteur, coach vocal et producteur. Alors que la musique française criait Victoires sans les Daft Punk, Rachid F. trouvait anormal de la réduire aux dits oubliés. Outre son anachronisme antithétique flagrant, le propos n’est pas stupide. Effectivement la création musicale française ne se limite pas aux Daft Punk, ni, comme il le souligne justement sans mettre de trait ni d’attrait sous ses mots, à Maitre Gims et Keen’V qui, je cite ouvrez les guillemets, finiront aux oubliettes dans moins d’un an.

Rachid F. commence par expliquer que Daft Punk n’est plus un groupe français, en oubliant que Phoenix a subit exactement le même sort qu’eux avant d’être récompensés cette année aux dites Victoires, puis attaque la cérémonie arguant que Charlotte Gainsbourg a été raillée pour sa prestation de Billie Jean par le New York Times. J’ai cherché, aucune trace de cet article. J’en ai trouvé un autre par contre, particulièrement savoureux, dans lequel le New York Times dit qu’il suffit de quelques millions pour faire un album qui sonne comme en 1977 et de faire jouer une flopée de votants sur l’album pour gagner un Grammy.

Après avoir élégamment chié sur Colonel Reyel, le groupe de rap qu’il appelle 7 Fions d’Assaut et puis pendant qu’on y est sur les médias qui les servent et l’industrie du disque qui ne fait la promotion que de ses copains, Rachid F exprime ce qui est la vraie France : Zaho, Maurane, Merwan Rim, Tale of Voices, Jay Sebag ou encore Daniel Levi. Si vous ne savez pas qui sait, lui oui. Ce sont tout ses amis ou ses clients. Et non content de faire le namedropping qu’il dénonce, Rachid F. compare Bob Sinclar à Stevie Wonder et Ben l’Oncle Soul à Jamie Foxx.

Il parait, qu’il suffit de voir les NRJ Music Awards pour se rendre compte de notre manque d’originalité et de créativité musicale. Il frappe goulûment sur les radios, les télévisions, les artistes qui ne savent plus créer, la variété pourrie, le manque d’originalité harmonique. J’ai pas ouvert les guillemets mais je cite là hein.

Pour finir, et c’était bien son but, Rachid F. demande qu’on lui confie la direction d’un label pour qu’il montre lui, ce qu’est la vraie musique, et qu’il signe ses potes à lui, qui sont mieux que les potes des autres avant d’égratigner Aurélie F., ministre de la C. pour avoir nommé Julie G. à la Villa M. au lieu d’imposer de la dignité artistique et des quotas de qualité dans les radios.

J’ai eu l’impression d’avoir 2 Girls 1 Cup à l’écrit. Comme peut on dignement déféquer autant d’âneries en si peu de lignes ?
L’accès à la culture musicale français n’a jamais été aussi grande qu’en 2014, et je ne désespère pas qu’elle soit encore plus large demain. Jamais il y a 20 ans il n’était possible d’éclore totale en marge du système mon petit Rachid F. Et ce n’est pas le fait que tu en prennes les rennes pour signer tes amis qui va faire changer les choses.

Par contre à l’inverse c’est exactement les personnalités dans ton genre qui font crever la musique en voulant la limiter à ce qu’ils considèrent comme cool.
C’est les mecs de ton espèce qui s’accrochent pendant 30 ans à vouloir devenir une star et à être connu par tous les moyens, à penser à la forme plutôt qu’au fond qui font crever la création.
C’est les uluberlus de ta catégorie qui cautionnent tout et n’importe quoi pour leur gueule avant de se retourner publiquement et hypocritement contre le système qui les fait a vivoter, ce sont eux mon Rachid F. qui font du mal à notre chère musique.

Tu cautionnes depuis plus de 10 ans ce qui est le pire fléau de l’industrie musicale, tu cautionnes depuis plus de 10 ans ce qui fait croire à nos ados de 9 à 14 ans qui remplissent nos salles de concert comme tu le dis, qu’il suffit de passer dans un jeu télé pour être une star. Je te rappelle mon cher Rachid F. qu’après avoir été choriste des L5 tu t’es mis à la recherche du nouveau Michael Jackson sur W9 alors que son cadavre n’était même pas refroidi, juste avant de rejoindre le staff de la Star Academy qui a élu une chanteuse dont on n’a même jamais connu le nom. Comment peux tu critiquer la programmation de l’émission musicale de ton ami imaginaire que tu ne cites pas alors que la programme dit de divertisssement que t’as cautionné pendant deux ans a fait chanter du Nicki Minaj, Justin Bieber et Matt Houston et que t’as produit M Pokora, Chimène Badi et Willy Denzey.

Tu trouves qu’on écoute toujours la même chose depuis 20 ans ? Eh bien mon cher Rachid F. au lieu de passer ton temps devant la télévision en rêvant d’y passant, écoute Néo, Le Mouv, Oui FM, Nova, Virgin, lis Les Inrocks, Tsugi ou Magic, promène toi sur les blogs, vas sur YouTube, et tu la verras la création musicale française, tu la comprendras l’innovation musicale française.
Viens à Paris, visite sa région et écoute Saint Michel, Natas Loves You, Yan Wagner, FI/SH/ES ou Birdy Hunt.
Viens dans ma région rémoise, je te présenterai Yuksek, les Bewitched, ALB et Judy.
Bourre toi la gueule dans la rue de la soif rennaise et écoute Juveniles, Red Eye et O Safari.
Si tu préfères le Nord on ira à Lille écoute Okay Monday, G Y M et Selenian.
Si tu préfères le sauciflard, Lamarca le lyonnais t’en filera. Et pis avant de descendre sur la promenade des anglais voir Hyphen Hyphen et Griefjoy on ira voir Husbands sur le vieux port.

Ce qui te dérange Rachid F., 42 ans, drogué à la starification et prostitué cathodique c’est qu’au milieu de ce système que tu ne comprends pas, tu n’existes pas. Ta médiocre carrière, qui a commencé là où celle des autres finit, c’est à dire chez Michel Drucker, n’a jamais décollé, si on considère qu’elle a existé. Ton coup de gueule n’a rien d’un cri du coeur, de larmes musicales ou d’une blessure profonde comme tu l’en qualifie. C’est celui d’un mec désespéré de s’être fait bouffer comme tant d’autres déchets télévisuels avant lui. Si t’aimes la musique comme tu le dis, fais là dans ton coin, prends les rennes de ton propre label et fais la exister. Et si le public n’en veux pas, ce n’est pas parce que c’est un con, mais peut être comme tu le dis, parce qu’il en a marre qu’on lui serve de la merde.

Chronique diffusée le 24 février 2014 sur Radio Néo

Beaffle #20 : les Victoires de la Musique

Pas plus tard que vendredi dernier avaient lieu les Victoires de la Musique, où, soyons clairs, la musique n’a rien gagné. C’est précisément un 14 février que les français avaient choisi la Marseillaise comme chant national en 1789. Et c’est aussi un 14 février que YouTube a été lancé en 2005 sonnant le début des défaites de la musique en ligne.
Mais dans notre année 2014 année, en cette Saint Valentin tout à fait quelconque, tous les musiciens ont donné la main de l’industrie de la musique pour se plaindre de leur conditions d’intermittents, en attendant la Saint Marguerite où je n’ose même pas imaginer ce qu’ils vont leur sucer.

A chaque trophée qui passait des mains d’une navrante caution artistique à une nouvelle starlette annuelle, un petit discours y était prononcé. Certains remercient leur mère, leur label, leur manager et tous ces mecs et macs qui lui leur permis de se faire reconnaître, alors que le père de Stromae toujours pas. Ca s’autosuce à heure de grande écoute, comme tous les ans pendant 3 heures après s’être lamenté pendant 3 jours au MIDEM quelque semaines avant.

Et comme chaque année j’attends qu’un mec fasse un discours différent sur la musique.
Chaque année, j’espère que le discours qui marquera les esprits sera plus profond que les bavures orales de Cali aussi engagé qu’un collégien dans une élection de délégué de classe.
Chaque année j’imagine un Damien Saez qui critique sons système en chanson, mais avec des couilles.
Chaque année j’aspire à un discours à la hauteur de la baffe de Bertrand Cantat à Messier sous les hypocrites applaudissements d’une salle qui lui a déroulé le tapis et les comptes rouges pendant des années.
Chaque année j’escompte autre chose que les interminables lamentations des intermittents faussement soutenus par des présentateurs qui s’enferment dans leur loge à chaque coupure de pub pour ne pas sentir l’odeur de sueur des techniciens.

Et chaque année depuis bientôt 30 ans, chaque nouvelle starlette cathodique du moment qu’on feindra d’avoir oublié pour son prochain album, chaque ancêtre mélodique, chaque présentateur cocainomane, chaque apporteur d’enveloppe cachetonné oubliera de remercier ceux qui font la musique.

Comme depuis toujours les chefs de projets, les attachés de presse, les journalistes, les musiciens, les photographes, les directeur marketing, les caméras et tous les mecs réunis devant la scène en attendant l’open bar se branloteront la nouille entre professionnels en oubliant qui fait la musique. En oubliant qu’ils n’existent pas seulement par “le public”. “Les gens” comme disait Brel. Cet amas bêlant de clients plus ou moins humains destinés à courir dans les rayons des plus glaques rayons cultures pour acheter des albums.
Chaque d’entre eux oubliera ces dizaines de milliers de personnes qui font exister la musique en France.
Ils sont bénévoles dans des associations de village ou des MJC. Ils sont professeurs des écoles ou dans des collèges. Ils gèrent des écoles de musique. Ils dirigent des chorales, des fanfares, des harmonies ou des orchestre. Ils organisent des concerts pour une dizaine de personnes ou des festivals pour des milliers. Ils écrivent des fanzines ou des blogs. Ils gèrent des salles de spectacles ou des radios locales.

Alors, moi, Benjamin Lemaire, qui n’ai jamais reçu de Victoire de la Musique et qui ne recevra jamais de récompense à la téloche, j’ai décidé de me remettre la Victoire du Meilleur Vomisseur Radiophonique pour faire mon discours et tenir à peu près ce langage.
Sous vos applaudissements s’il vous plait.

D’accord merci pour ce prix. C’est cool, je m’y attendais pas.

Je voudrais remercier tous les mecs qui bossent à travers nos villes et nos villages, souvent gratuitement pour que nos enfants dès leur plus jeune âge s’éduquent à la musique et se mettent à comprendre comment la faire, à la découvrir et à l’apprécier.
Je voudrais remercier mon prof’ de musique de collège pour ne pas avoir arrêter notre éducation à l’éternelle flute mais pour nous avoir fait découvrir aussi bien Michel Fugain que Pink Floyd.
Je voudrais remercier tous les blogueurs qui m’ont accueilli à droite à gauche pour que j’écrive pour eux et relayer toutes les conneries que j’écris depuis maintenant 10 ans.
Je voudrais remercier tous les mecs qui ont cru un jour que les gens qui écrivent sur la musique sans être payés, bah c’était quand même des gens qui pouvaient avoir un avis qui compte.
Je voudrais remercier Radio Néo et ses compères pour supporter mes conneries chaque semaine (et un peu Virgin Radio même s’ils n’ont pas le courage de me laisser autant la parole de peur que je salisse les micros)
Je voudrais remercier mon père qui m’a fait écouter Julien Clerc, Led Zeppelin, Gainsboug, Le Forestier et les Beatles.

Enfin je voudrais remercier mon grand père qui a consacré près de 65 ans de sa vie sans la moindre Victoire de la Musique, sans le moindre Grammy, sans le moindre NRJ Music Awards, sans chercher la moindre récompense et sans jamais avoir été remunéré. Simplement pour le plaisir de
Je n’oublierai jamais cette phrase que j’entends encore résonner 20 ans après, la première du manuel de solfège qu’il nous faisait apprendre et qui devrait rester notre seule méthode de jugement, loin des projecteurs télévisuels. Elle répondait à la question “Qu’est ce que la musique ?”
La Musique est l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille. Son but est d’abord de charmer l’oreille, puis d’intéresser l’esprit, d’émouvoir le cœur et parfois même d’exalter notre âme.

Chronique diffusée le 18 février 2014 sur Radio Néo

Beaffle #19 : rien

Pas plus tard qu’aujourd’hui c’est arrivé. J’étais tranquillement en train de boire mon thé bleu et… Oui parce que je bois du thé bleu. J’ai découvert ça y’a pas longtemps et c’est un peu plus acide que le thé vert, pas aussi oxydé que le thé noir et assez doux. Du coup c’est hyper cool le matin parce que c’est très agréable. L’aprèm par contre je suis plutôt thè noir, notamment le thé à l’amande. En fait c’est parce que j’ai décidé d’arrêter de boire de l’alcool pendant un mois complet. Du coup j’me purge tu vois. Et puis je fais genre le met en bonne santé. D’ailleurs t’as vu je suis en bonne santé hein ? C’est parce que j’ai commencé le sport.

Pas plus tard que tout à l’heure…

Oui, ça se voit pas trop trop mais c’est parce que je commence jeudi. Du coup on voit que ça a commencé à être mieux que avant mais vu que c’est de la radio, enfin ENTENDU que c’est de la radio, on voit pas trop, surtout que sur Néo on a pas encore la couleur mais si on vous en fait entendre de toutes.
Mais donc ce matin, vous allez me dire, que c’est il passé ? Eh bien figurez vous que je vais le dire et qu’en aucune manière, je cherche à éviter de raconter ce qu’il s’est passé ce matin.

Non, parce que je suis l’incarnation de la transparence. S’il fallait faire un buste de la transparence pour mettre dans toutes les mairies ça serait moi qu’on sculpterait comme un dieu grec. J’en profite pour rappeler aux auditeurs de voter #lemaire2014.
Bon, arrêtez de m’interrompre c’est pénible.

Pas plus tard que ce matin donc, s’est passé un évènement que j’attendais depuis longtemps. J’ai toujours su qu’un jour il arriverait. Je ne l’ai jamais redouté. Je ne l’ai jamais vraiment préparé non plus. Je l’ai calement attendu comme Giscard attends la mort. Patiemment, longtemps et en silence. Ce qui n’est pas plus mal, parce que franchement y’en a marre de tous les mecs qui se plaignent à longueur de journée qu’ils vont mourir de faim, de froid ou de je sais pas quelle maladie. On va tous crever hein. Alors ouais y’en a des plus prioritaires que d’autres, mais c’est pas une raison pour se prendre pour l’ELU plus malheureux que les autres. Et puis qu’ils arrêtent un peu de gueuler parce qu’avec le périph’ à 70, les photos dégueu sur les paquets de clopes et le retrait de l’amiante des bâtiments publics, ils sont bien privilégiées ceux qui peuvent mourir tranquilou.

Bref. Je digresse. Et y’a franchement aucun intérêt de dire graisse. Et dix graisses c’est beaucoup ça fait 2 fois 5 fruits de légumes par jours. Surtout que maintenant tu peux genre éliminer les graisses avec genre Activia 0%, ou genre le lait écrémé Candia ou genre le fromage blanc 0% ou genre des trucs comme ça. Mais je vais pas m’étaler sur ma théorie du genre. Bref je régresse.

Pas plus tard qu’aujourd’hui donc, c’est arrivé. Il était environ 9H03 sur mon horloge trop cool d’un mètre de diamètre, et partout ailleurs en France même chez les gens qui n’ont pas l’horloge, c’est dire si il était vraiment 9H03. J’étais en train de pas faire grand chose du tout. Et je l’ai senti arriver. En fait je n’ai rien senti arriver. Enfin si justementt. Enfin j’ai rien pas senti arriver rien. Enfin ce que je veux dire c’est que plus il était là, moins j’étais là, plus il me remplissait, plus j’étais vide. Enfin tu vois… Non ?
Bah je lisais Le Monde pendant que je buvais mon thé sur lequel j’ai déjà divagué. Ce n’est pas une métaphore. Enfin je ne lisais pas non plus des trucs écrit sur des gens. Je lisais le journal Le Monde. Et là : rien du tout.

Du coup je vais sur internet, cette inépuisable source de n’importe quoi. Et là : rien du tout.

Alors je vais plus loin dans les profondeurs abyssales : Pure Charts. Et là : rien du tout.

Alors je vais encore plus loin dans les puantes anales sulfuriques des internets : le blog de Morandini. Et là : rien du tout NON PLUS.
Vous avez bien bu, pour ceux qui boivent mes paroles, et bien entendu pour ceux dont j’inonde les oreilles. Rien. Pas un seul truc intéressant. Personne sur qui dire du mal où du bien. Pas une Myley Cyrus la chatte coincée sous une mega boule de fer. Pas un Cali engagé parce que la misère et le SIDA c’est nul. Pas un Mika pour nous faire comprendre que les moches servent à rien. Pas un seul mort cool sur qui pleurer en faisant croire qu’on savait qui c’était.

Et là, pour reprendre le code d’un célèbre KULISSIDER télévisuel, c’est le drame. Je n’avais rien à dire. J’ai pris mon courage à deux mains, parcequ’il était très lourd et j’ai décidé de ne pas vous offrir cette fussion de baffle et de giffle hebdomanaire. Tel le petit écureuil des banques, j’ai décidé d’épargner votre temps et l’honneur d’une personnalité de la musique aujourd’hui. J’ai décidé de ne rien dire, de me taire, de pas la ramener, de fermer ma gueule. Alors voila. Je serai le plus gentil chroniqueurs de la bande de la FM et des internets. Je ne dirais rien aujourd’hui. Place au débat !

Chronique diffusée sur Radio Néo le 11 février 2014

Beaffle #18 : Mika

Pas plus tard qu’hier, dans son émission buzz people mortal trash kombat ultra 4 ramdam exclusivement international star, Jean-Marc Morandini, l’arnaque journalistique télévisuel et radiophonique diffusait une interview buzz trash people exclusive de Mika. Il se trouve que depuis quelques mois, le chanteur est jury dans le jeu télé : The Voice. Sinon Morandini n’en aurait rien à foutre. Et voila ce que Mika raconte, parmi une flopée de conneries promotionnelles :

“Il y a des moments où j’entends une voix, je l’adore et, quand je me retourne, je suis un peu déçu. A cause du corps, du look mais ça un peu plus rare. Parce qu’il y a un côté un peu plus antipathique. Mais, grâce à Dieu, ces deux personnes, ne m’ont pas choisie.”

o-MIKA-THE-VOICE-facebook

Je pense que les candidats moches seront très heureux de ne pas t’avoir choisi Mika. Toi qui a été choisi pour remplacer le branloteur frénétique de cordes à bigophone. Toi le pédé qui psalmodiait que les grosses étaient belles tu oses désormais juger tes prétendants sur leur aspect.

Tu sais, en te voyant arriver aux côtés d’un vomi télévisuel qui n’existe plus en dehors des écrans, d’un gaucho exilé fiscal et d’un canadien qui ne roule guère sa bosse qu’en France, je m‘attendais à un peu de fraîcheur et bêtement moi, je te voyais comme un mec intelligent, qui a profité du star system à sa façon mais avec des valeurs, dans une émission qui bien que diffusée par TF1 était basée sur la voix.

Bah non. En fait t’es comme le reste. Tu n’es pas mieux que ces Nouvelle Star, Pop Stars ou Star Academy, ces quelconques affrontements cathodiques qui annonce rien qu’à leur titre dire que l’on veut un gagnant qui soit non pas un chanteur ou un artiste, mais une star. Comme si l’emballage était plus beau que le cadeau qui était dedans. Comme s’il était plus important de montrer à tout le monde qu’on a le plus gros et le plus beau cadeau sous le sapin, sans même savoir ce qu’il y a dedans. Et surtout en oubliant la valeur sentimentale et affective que le cadeau porte.
Parce qu’un chanteur, mon cher Mika, comme tout autre artiste, comme un cadeau, véhicule un message, une émotion, une pensée. L’art c’est un acte profond et intime avant d’être un objet avec une valeur. Et le message c’est pas seulement baragouiner Big Girl you are beautiful et se dire heureux de pas bosser avec une gonzesse charnue.

Ça fait plus de 10 ans qu’on diffuse des valeurs futiles, stupides et simplistes dans les télévisions dites de télé réalité en oubliant qu’elles cachent une vérité autrement plus inquiétante que l’on se garde bien de montrer aux ados qui envoient des SMS pour alimenter les caisses des chaînes déjà remplies de contrats publicitaires juteux. 100 000€ pour 30 secondes pendant ton show sur TF1. Car il n’y a deux types, et seulement deux types de candidats à ces jeux télévisés. Ceux qui réussissent et qui font une carrière dont la majorité se situe aux débuts du système et se compte sur les doigts de deux voire trois mains. Et surtout ceux qui ne réussissent pas. Parmi ceux-là on trouve ceux essayant de survivre sur le système en se prostituant à la première apparition télévisuelle proposée, y compris dans The Voice qui met à l’honneur nombre d’exclus d’autres émissions. On oublie aussi de leur dire qu’on se retrouve avec des contrats imposés qui ne sont jamais en faveur de l’artiste et pour des montants qui loin d’en faire des gens riches. Et souvent même pas célèbre si on prend l’exemple des derniers gagnants de The Voice et de Star Academy dont les albums sont sortis sans aucun soutien de leurs labels.

La musique, mon cher Mika, est avant tout un plaisir et une expression, vouloir en faire son métier à l’âge du collège où l’orientation turlupine semble un bel avenir. Puis le lycée et la raison arrivant, les ardeurs se dissipent et seuls les plus motivés tentent leur chance. Une poignée y arrive. Une infime fraction devient des célébrités. Et tu es bien placé pour savoir. Tu l’a vécu toi, ce système qui te catégorise comme chanteur pédé alors que tu n’as jamais exposé ta vie privée. Tu l’as subit ce système qui mets dans des cases et qui joue de ton image.

Alors tu vois, ton discours axé sur le physique des candidats est non seulement insultant pour les deux personnes que tu cites et qui se reconnaîtront, j’imagine, assez facilement, mais il méchant et corrobore ce système superficiel qui tente d’imposer des canons physiques à tous les enfants de nos campagnes. Les 9 millions de français qui te regardent chaque samedi n’ont pas besoin de ça Mika. Ils n’ont pas besoin qu’on leur rappelle encore une fois que pour réussir il faut être beau, et que les moches ne sont pas dignes de ta sélection.

Et puis ton émission s’appelle The Voice. Et les auditions dont tu parles sont censées être à l’aveugle. Certes c’est une blague scénarisée visant à faire croire à des millions d’imbéciles que le jury se lève de lui même pour aller danser avec un candidat ou encore qu’un fils d’une navrante célébrité musicale se retrouve dans l’émission incognito mais en citant 5 fois le nom de sa mère. Mais le principe même de l’émission est justement qu’il n’est pas basé sur le physique. Donc sur le fond comme sur la forme tu es totalement à côté. Et tu alimentes des médias comme Voici qui vont jusqu’à parler d’erreur de jugement que de choisir un candidat moche.

Ché pas moi, parle des pédés, parle des femmes battues, profite des 9 millions de mec que t’as devant toi pour véhiculer des trucs cools. Mais dis pas des conneries quoi toi. Relax, quoi, take it easy…

Chronique diffusée le 4 février 2014 sur Radio Néo

Beaffle #17 : Sacha Distel

Pas plus tard que demain, Sacha Distel aurait fêté ses 81 ans. Je dis “aurait” parce que depuis qu’un cancer l’a emmené sur son bateau blanc, Sacha n’a plus guère le coeur à la guitare et aux copains. Il erre on ne sait où, en vendant des pommes, des poires et des scoubidous bidous et il parait que de là haut, Salvador en rit. Même les nanas à Moscou rient, dans cette froide Russie d’où son père qui porte le prénom de Brejnev mais pas les lunettes, est originaire. Pas le papa de Nana, ni le papy d’Henri, j’parle du papa de Sacha.

01 Sacha Distel

C’est peu après ses étalages légumineux labelisés par Versailles et 15 ans avant que le bouffeur de barracuda ne fasse pleurer son téléphone, que Sacha découvre le be bop qui n’en était pas encore un. De téléphone donc. Versailles, comme les Daft Punk, à qui il volera la primeure d’être les premiers français à obtenir le Grammy de la meilleure chanson de l’année. Versailles que le rail relie à Paris que le métro relie à plein de banlieues. Même trop.

Et à cette époque où Zazie y est, dans le métro, les zazous eux sont dans les rues de Paris, à l’est de Versailles, et Sacha Sunny Voice adopte leur célèbre noeud Jean Paul II qui s’apprête à devenir pape et leurs smoking cintrés. Mais pas les cintres fumés, parce que c’est assez ridicule de fumer un cintre, même si les cintres sont parmi les objets les plus hargneux de la galaxie et que franchement ils mériteraient bien de temps à autre qu’on les fume un peu.

Chez Distel, tout est luxe, charme et volupté, brillant à travers ses larmes, scintillant à travers ses amours. Sa voix caresse la belle vie sous les soleils tropéziens. Le playboy acidulé devient rapidement un crooner parfois asthénique et sort rapidement ses titres les plus connus avant d’en faire les gros avec sa vie privée. C’est d’ailleurs à cette période, qu’arrivent ses deux bébés aux initiales L et J qui deviennent le soleil de sa vie, alors non financée par Codifis qui n’existait pas et ne furetait pas, toutes griffes dehors, chaque bonne occase de recycler la moindre mélodie populaire en rengaine cathodique pour future ménagère sur endettée.

En bon germanopratin, Sacha navigue, toujours en bateau blanc, entre les caves sombres et humides de Paris et les caves sombres et humides de New York. Dont on se demande vraiment pourquoi on a fait deux villes pour ça. C’est un peu comme Toulouse et Toulon. Je me suis toujours demandé pourquoi en faire deux villes alors que franchement, Toulouson par exemple ça aurait suffit. Mais je m’égare et pas seulement de Cosne sur Loire ou JUSTEMENT, soudain, pour reprendre les pompeux funèbres codes des fictions parodiques du culicidae télévisuel, c’est le drame.

Alors que je suis presque prêt à faire le bonheur de mes parents, Sacha loupe un virage sur la RN 7 à seulement quelques centaines de mètres de Maltaverne, ville bien connue pour… bien connue. Ca chaloupe. La Porsche ne loupe pas le porche et Sacha ne loupe pas Chantal. Elle en paiera le prix, Nobel, et restera handicapée à vie. Distel en sort vivant, mais mourra quand même des années après.

Et depuis bientôt 10 ans maintenant, sur sa dernière demeure, toute la pluie tombe sur Sacha. Il se murmure même selon ses voisins de stèle, que Distel distille, disent ils, ses histoires sur toi, moi, la musique et l’amour. Et qu’auprès de lui Henri Salvadort, tranquillement.