La phrase parfaite

S’il ne fallait dire qu’une phrase, ça serait celle-ci : « La vie… ».
Parce que s’il ne devait y avoir qu’une phrase elle serait forcément profonde et parlerait d’existence, ou de relation. Le reste n’est que pastiche. L’art est le pastiche du présumé beau. La littérature est le pastiche de la mémoire. L’amitié, l’amour et le cul sont les relations. La mort, la maladie seront la vie. Et la pouvoir comme l’argent sont les pastiches du cul et des relations. De fait il faut vivre pour avoir des relations, donc s’il n’était qu’une phrase, elle parlerait de la vie.
Elle continuerait pour que chacun s’y retrouve. C’est pour ça qu’elle commncerait pour « la vie… » avant de développer une métaphore que la ménagère des publicités trouveraient hautement philosophique, comme un épisode de feuilleton intellectualité. Plus même. Mais moins que Raphael Enthoven, qui a quand même été le mari de Carla, qui est plus beau de Finkelkraut, mais qu’on comprend rien de ce qu’il écrit. A t’il seulement écrit un livre avec de belles citations lui ? Marc Levy, oui. La banalité du développement serait « c’est comme une boite de chocolats, on sait jamais sur quoi on va tomber », mais en moins éculé peut-être. Alors la vie serait un truc qui virevolte fraichement, librement et ave grâce. Fragilement. Une bestiole ou un enfant. Les seconds étant souvent trop cons, personnes la libellule. « La vie est comme une libellule ».
Et donc quoi ? Il faut un dénouement, une morale. Que fait une libellule ? Elle déploie ses ailes et vole comme une conne en attendant la mort (proche). « La vie c’est comme une libellule, elle attend, heureuse, la mort ». Trop Desproges dans la noirceur, pas assez positive. « La vie est comme une libellule, à peine ses ailes déployées que le temps se termine déjà. » Ca c’est beau. Alors concluons avec « Alors n’attendons pas de nous sentir morts pour vivre ».

Roland Barthes

J’ai bien tout lu Roland Barthes. Son obstination à donner à chaque machin (mes mots sont plus triviaux que les siens) un nom me fascine. Sorte de psychanaliste des mots, il découpe, lit, colle, interlit les textes à tous les niveaux imaginables. L’écriture, les lettres, les mots, les phrases, les textes, les livres, les oeuvres complètes, et contextualise ou au contraire théorise froidement tout, ensemble et / ou séparément. Il dépèce et dissèque comme un médecin légiste. L’oeuvre de Barthes (puisqu’il est de fait lui même auteur de ce qu’il dirait) m’a fasciné autant qu’elle m’a emmerdé. Les deux sont ils incompatibles ?
A force de se branloter le nerf optique à tout bout de virgule, Barthes semble en oublier la création, pourtant essence même du mot. Il décrit longuement dans le Plaisir du Texte dans les années 70’s (en décriant au passage les surréalistes, c’est peut être ça qui m’a mis en rogne) avec cette verve assez sadique qu’ont les érudits de vouloir tout expliquer, détruisant au passage le magie du texte.

Vous me direz “t’es pas obligé de lire”. Déjà “toi même”. Ensuite, c’est vrai, mais le propos de Barthes est pertinent (plus que mon jugement sans doute) et illumine les “à côtés” de ce qu’on pourrait ignore mais omet totalement la magie de l’écriture et de la lecture. La liberté absolue qu’elles offrent, ensemble ou séparément, réduit les mots à l’état de théorie (ce que je fais un peu présentement). En rendant le texte froid, Barthes enferme les mots dans un carcan intellectualisé avec des règles strictes qu’il tente de rendre les plus objectives possible mais qui qui semblent exclure le plus grand nombre.

L’art est conçu sur des règles qu’il a lui même construit puis déconstruit. Alors je ne regrette pas d’avoir lu les règles, analysé celles dictées par Barthes, pour mieux comprendre. Mais pour moi, l’écriture comme la lecture, restent un vaste terrain où la seule règle est l’expression de quelque chose, aussi automatique et surréaliste soit il. Mon écriture (qu’elle soit publiée ou non) est avant tout mon expression personnelle (nécessaire) avant de répondre à quelque règle ou analyse. Libre à celui qui a du temps à perdre de décortiquer toutes mes conneries. Mais la création, et notamment l’écriture, doit rester la plus libre possible afin d’être populaire et accessible. Ou de le devenir.