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Lettre à l’Amicale du Refuge

Chère Amicale du Refuge,

je ne te connaissais pas avant de tomber il y a peu sur tes tweets. Généralement je n’écris pas de lettre ouverte. Mes missives, je les préfère fermées et à destination des gens concernés. Mais comme beaucoup d’autres, j’ai été bloqué par tes soins sur Twitter pour avoir répondu d’une façon qui ne te plaisait pas. La dernière fois que j’ai fait une lettre ouverte comme celle ci, c’était pour Christine Boutin. Celle d’avant pour Frigide Barjot. A chaque fois c’était pour réagir à leurs propos contre les homosexuels.

Avant que tu ne bloques mon blog comme tu as bloqués plusieurs centaines de tweetos, sache que je suis à la fois homosexuel ET consultant en réseaux sociaux. Alors autant te dire qu’un Twitter sur les pédés, ça me connait un peu. Je dois bien avouer que quand on m’a montré ce que tu racontais sur ton compte et comment tu répondais aux internautes, j’étais un peu sceptique. Même si je n’aime pas tout ce que fait Le Refuge, le fond est bon et ils sont seuls sur leur créneau. Mais pour satisfaire ton égo (d’association ? de community manager ?) tu as cru bon de montrer que tu étais certifiée sur Facebook. Sauf que voila, dès lors qu’on représente une autorité associative qui tient de l’institution et qu’on parle en son nom sur les réseaux sociaux, il faut s’en tenir à quelques règles.

La première est de respecter ce pour quoi tu as été créée. Et ça, je l’invente pas, c’est toi qui l’a écrit au Journal Officiel.

Offrir un lieu d’échanges et d’entraide aux jeunes qui ont été accompagnés par les différentes délégations et antennes de l’association nationale le Refuge ; apporter également des conseils aux jeunes actuellement sur liste d’attente pour intégrer l’un des dispositifs d’hébergement et d’accompagnement psychologique et social gérés par l’association nationale le Refuge.

Ainsi donc, en aucun cas l’objet de ton association n’est de traquer les comportements homophobes sur les réseaux sociaux (ce que font très bien les Biches du Net de SOS Homophobie). Que tu puisses aider un pédé « en perdition » comme tu dis, parce qu’il ne sait plus quoi faire, et que tu le rediriges vers d’autres associations me semble légitime. Mais te voir donner des leçons sociales et religieuses me laisse un gout amer. On ne peut pas dire défendre des gens tout en caricaturant tous les autres. 35% des français sont athées. 65% ont donc une religion, et certains sont homosexuels. Comment, toi association tolérante, peux tu insulter d’homophobes des croyances parce qu’elles ne sont pas les tiennes ? Comment, toi association tolérante, peux tu demander le respect là où tu le refuses ? Parce que la seconde règle, c’est qu’on ne peut pas demander le respect quand on marche dessus sans vergogne.
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Mais ton indécence ne s’arrête malheureusement pas à un tweet déplacé. Depuis plusieurs mois, tu te bats et débats avec des centaines de personnes par écran interposé, d’abord en voyant des propos homophobes là où deux personnes discutent ensemble sans que le fond ne soit insultant, puis en te mettant à dos des centaines de tweetos.
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Devant la tempête de merde que tu as déclenché, tu aurais pu faire profil bas, mais au lieu de ça, tu parades, tu provoques, tu menaces pour finalement te planquer derrière un community manager qui se personnifie soudainement sans, à aucun moment, remettre en cause tes propos ou ton attitude. Ah si, peut être parfois, lorsque tu as effacé les tweets qui dénigraient le plus les gens avec qui tu parlais. J’espère que tu aura saisi la troisième règle : le professionnalisme.
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On ne peut pas espérer être entendu et compris des autres en n’étant pas droit ni sérieux. Bien sur que les réseaux sociaux c’est aussi fait pour se marrer et que même les marques/institutions ont le droit d’être fun et de clasher un peu (je l’ai assez fait), mais il faut distinguer le travail (c’est bien un métier) de community manager et celui de gestion d’un compte personnel où l’on peut, lors qu’on a moins de 16 ans, faire des remarques mesquines imprégnées de fierté et de ressentiments.

Les kikoolol et les nolife ont aussi des sentiments, quand bien même tu ne leur autorises pas de sexualité dans tes préjugés. Et figure toi qu’ils peuvent être homosentimentaux. Et ce n’est clairement pas en se mettant la communauté du jeu video et de la high tech à dos que tu vas faire avancer ta cause. Tu sais, Twitter c’est tout plein de pédés. Pas parce que je vois des pédés partout. Mais parce que pour beaucoup de gens qui n’arrivent pas à vivre leur sexualité, les communautés virtuelles (même si elles sont bien faites de gens réels) sont un bon moyen de parler d’eux sans avoir l’impression de se dévoiler. De parler de ce qu’ils ont de plus cher, de plus précieux, de plus profond, sans avoir à dévoiler leur apparence. Hier encore, un garçon me parlait de son homosexualité alors qu’il est sans doute un des plus timides que j’ai rencontré de ma vie et qu’il est pétrifié quand on lui demande son prénom en face. Je ne compte plus le nombre de mecs qui m’ont raconté leurs vies, ni ceux que je vois partager leurs sentiments sur cette homosexualité qu’ils vivent le plus souvent pour la première fois à travers un DM ou en Skype après une rencontre sur Minecraft ou une game de CS:GO. Et c’est sans doute là, la règle la plus importance, celle que tu as paumé en cours de route : comprendre à qui l’on parle.

Tu vois, le milieu socio-associatif c’est comme le social media, c’est pas fait pour tout le monde. Il faut accepter de travailler pour l’autre (ceux qu’on aide, ceux qu’on représente), se mettre en retrait, accepter ses erreurs, apprendre, comprendre dans quoi l’on vit et ceux avec qui on travaille. C’est très similaire. Et tu vois, je crois bien que dans les deux cas, t’es pas vraiment fait pour ça.

Comme dirait l’autre Conte, je ne t’embrasse pas, j’ai déjà un mec.

Benjamin

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Written by Benjamin Lemaire

Benjamin Lemaire, photographe réalisateur et consultant en communication.

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