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Le jour où je me suis trouvé beau

Je me rappelle bien de mes années collèges. Je n’étais pas l’intello. Je n’étais pas non plus la mascotte. Pas vraiment le sportif. Encore moins l’élève modèle. Pas le chouchou non plus. Côté bogoss c’était pas vraiment le top non plus. J’étais un garçon normal et moyen. Ni trop quelque chose, ni pas assez autre chose.
Pendant que je pataugeais dans ma normale normalité je voyais les autres autour de moi se mettre en couple.
Dans la forme ça ne m’intéressait pas. J’ai bien tenté de demander à Céline de sortir avec moi. Pour la forme. Ça ne m’intéressait pas pour autant. Et je ne l’intéressait pas plus plus. J’étais moche pour elle.
Dans le fond ça ne m’intéressait pas non plus. Se lier avec quelqu’un pour quelques jours ou quelques heures dans l’espoir que les autres le remarquent. Bof. Et puis j’avais plutôt envie de tripoter le fils de la prof’ d’allemand que ma voisine de maths en plus.
A mesure que j’ai grandi j’en suis resté là. J’étais sur la forme pas le physique adapté et dans le fond ce n’était pas ce que je cherchais. J’étais moche et différent. Je l’ai cru longtemps. Très longtemps. Dix ans. 10.

J’ai arrêté de complexer le jour où une personne que j’aimais m’a dit qu’elle me trouvait beau. Eh puis des gens d’une soirée, des rencontres éphémères m’ont dit que je n’étais pas laid. Alors j’en suis resté là. Je ne suis pas moche. C’est déjà ça. Un moindre mal.

Même en restant pendant près d’un an avec quelqu’un qui me disait que je lui plaisais, qu’il me trouvait beau, que je l’attirais, je ne le croyais pas. Même quand je l’ai quitté en sachant qu’il avait toujours été honnête et sincère avec moi, je le croyais pas. Il me disait que j’étais beau comme on le dit de son bébé édenté, fripé et plein de tâches rouges. Parce que bon, c’est comme ça, c’est le protocole.

Puis arriva ce genre de jour tellement banal qu’on serait incapable de dire ce qu’il s’est passé ni avant ni après. J’étais en train de ne faire absolument rien qui ne vaille la peine qu’on le retienne. De ces trivialités qui servent à passer le temps qu’on perd à se reposer. Je crois même que je ne faisais absolument rien. Mon téléphone vibre sur mon torse. Je défige mon plafond pour analyser la notification qui brise ma fade quiétude : une photo éphémère de quelques secondes sur Snapchat d’un ami qui me montre son sourire au bord de la plage. J’arme mon téléphone pour tirer un selfie.

Au moment où j’esquissais un sourire pour lui faire croire que je n’étais pas dégoûte d’être loin de lui j’ai remarqué quelque chose d’inhabituel. Quelque chose qui avait changé. Quelque chose de différent. Moi. En réalité je n’étais pas si différent. Toujours les mêmes grands yeux noisettes, les mêmes cheveux châtains fins vaguement coiffés, la même barbe incomplète dites de trois jours alors qu’elle date de deux semaines. Mais c’était pas pareil. Je ne voyais pas la même chose. Je me voyais différemment.

Pas le canon de beauté plein de muscles. Pas le mannequin qui fait plusieurs milliers de likes sur Facebook. Pas le bogoss qui inonde Tumblr de ses sourires. Non. J’ai juste trouvé que ce visage n’était pas repoussant. Que ces yeux étaient un peu marrant et que j’avais envie de les regarder. Que cette peau n’était pas parfaite mais que ce n’était pas si gênant.

Je me suis regardé. Sans avoir peur. Sans honte. Sans me dire que bon bah voila, c’était comme ça. Avec un peu de fierté sans doute mal placée. Mais c’était mon premier coup de foudre avec moi même. Mon premier rendez vous galant seul. J’étais… beau.

Pour ma première fois.

Contraste

C’était un vendredi soir. L’été arrivait lentement et mon premier clip avec. Le chef opérateur que j’avais choisi m’annonce en fin de journée qu’il n’est plus disponible. J’en appelle deux dont j’ai le CV sous les yeux en espérant qu’ils soient disponibles demain. 22h, le premier me rappelle. Quelques minutes après j’annonce au second que finalement la place est prise. S’en suivront quatre journées de tournage intenses et épiques pour un résultat assez médiocre, disons le.

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De ce banal tournage sans intérêt découleront deux histoires. La première me concerne directement. Les conséquences directes et indirectes resteront parmi les plus durs moments que j’ai eu à vivre. De ces instants qu’on oublie jamais. De ces heures qui changent ta vie. De ces journées interminables. De ces semaines qui te font grandir. Quatre ans après je garde les stigmates et j’en suis sorti profondément changé, avec une vision de la vie radicalement et profondément différente.

La seconde concernant cette personne qui m’a appelé deux minutes avant l’autre. Il fait la connaissance sur le tournage de ma première assistante qu’il ne quittera plus. Jusqu’à hier midi où il se sont mariés, quatre ans et un jour après ce fameux premier jour de tournage. Un moment émouvant et plein de souvenirs pour moi, donnant lieu à un choc entre ce qu’il y a de mieux et ce qu’on peut vivre de pire.

Ainsi va l’ironie et s’équilibre la vie. Peut être parce qu’il faut être malheureux pour savoir être heureux.

Beaffle #30 : la bande à Renaud

Pas plus tard que y’a pas si longtemps sortait La Bande à Renaud. Rien à voir avec la bagnole qui roule au gazole, mais plutôt avec l’ambulance qui carbure au pastis. On avait eu vent, mauvais vent même du projet, avec le Mistral Gagnant de Coeur de Pirate suivi d’une autre chanson venteuse, Dès que le vent soufflera, chanté par une dizaine de chanteurs.

Tout droit sorti des tiroirs d’Universal, l’album fait donc parti de ces nouveaux projets qui sous couvert d’hommage saccagent allégrement le répertoire d’un artiste en galère de droit d’auteur, et qui renflouent au passage les caisses des labels en faisant pas grand chose.

Après Jean Jacques Goldman, après France Gall et bien d’autres c’est donc autour de Renaud du subir le viol musical collectif de ses coreligionnaires, avec, nous dit on, l’aval de l’interprète original qui avale tout et n’importe quoi depuis longtemps. Aux commandes du bukake auditif : le père de Sinclair et un ex-musicien de Renaud reconverti en juré d’X Factor.

Au premier abord, le casting des assassins n’apparaît pas comme un flagrant délire. Le trio Renan Luce, Alexis HK et Benoit Doremus reprend Bande de jeunes, Bénabar nous fait La pêche à la ligne, Disiz laisse béton et Carla Bruni se demande C’est quand qu’on va où ?

Et c’est vrai d’ailleurs. C’est quand qu’on va où ?
C’est quand on arrête ses braquages en bande désorganisée des labels sur leurs ex gloires pour presser ses vieilles peaux jusqu’à ce qu’elles soient totalement desséchées ?
Quand est ce qu’on va arrêter de prendre les clients des labels pour des connards en leur réservant des soupes réchauffées au micro onde qui fini entre la vinaigrette 0% et une paquet de piles au fond d’un caddie ?
C’est qu’on va arrêter de vomir tantôt du régionalisme de bas étage et tantôt du nationalisme conservateur à base de curés, de marins, de chansons bretonnes et autres conneries ?
C’est qu’on va arrêter de pourrir la carrière d’un mec, allant jusqu’à servir une chanson révolutionnaire chantée par Nicola Sirkis, le plus conformiste des chanteurs engagés, le Cali des bites en fleurs, la version émo homo de Mylène Farmer ?

J’ai jamais aimé Renaud. Je n’ai jamais été touché ni par contre flow, ni par ses textes. Question de génération sans doute. Mais marketé et pousser la bankabelité d’un artiste engagé qui n’est plus en mesure de prendre la moindre décision tellement il est délabré par la vie, est non seulement un paradoxe mais une honte.

La Bande à Renaud ne rend pas hommage à Renaud. Elle renie ses combats, assassine son hérité et tout ce qu’il a été pendant ses 40 ans de carrière. Et je ne parle pas que de Carla Bruni, qui est, et de loin, parmi les plus engagée politiquement de tous les artistes présents et que j’ai souvent vu auprès de Renaud dans divers concerts de soutiens.

Mais que vient faire Nolwenn Leroy, l’égérie de la beaufitude absolue avec un bande rouge révolutionnaire sur la pochette de cet album ?
Est il vraiment possible qu’une personne normalement constituée se soit dit que la gonzesse à qui on a imposé de chanter des reprises bretonnes sous peine d’avorter sa carrière, qui a fait de la reprise une religion, du régionalisme et donc du replis sur soi une tradition, est il vraiment possible que quelqu’un ai une seconde réfléchit avant de lui coller une chanson sur cet album ?
Et je ne parle même pas de son texte changé afin de ne choquer personne. “Tuez vos dieux” dans la Ballade nord irlandaise se transforme en un beaucoup plus conforme “Oubliez vos dieux”.

Une banale façon de javeliser les les textes pour qu’ils ressortent plus blancs que blancs sur les enceintes de la ménagère de moins de cinquante ans qu’Universal imagine beaucoup trop conne pour comprendre ce qu’elle entend.

Passés le casting et le marketing, le disque se déroule et la bande fait débander. Et c’est une absolue catastrophe. Coeur de Pirate miaule Mistral Gagnant en faisant un tsunami perdu au milieu de mièvreries que Métronews a qualifié de titre de l’été…

Le plus navrant dans l’histoire reste que les initiateurs du projet nous font croire que Renaud a entièrement validé le projet. Sauf qu’ils oublient de dire que Renaud était encore en contrat pour 2 albums avec EMI et qu’il est passé avec le rachat chez Universal. Sans soute incapable d’honorer son contrat, les deux albums ont été transformés en ce pot vraiment pourri de reprises qu’on annonce avec une suite en cas de succès.

Alors si vous avez envie de rendre hommage à Renaud, faites des brocantes, offrez un vinyle à vos ados pour qu’ils écoutent ça entre deux MP3 de Fauve chourrés sur internet. Parce que comme le disait Benabar au Parisien :

Personne ne peut chanter mieux les chansons de Renaud que Renaud. Elles sont intimes.

Et il a raison Bénabar, parce que quand t’as écouté le défilé sans aucune chaleur humaine d’une heure, c’est vraiment l’amer qui prend l’homme…

Chronique diffusée le 31 juin 2014 sur Radio Néo