Beaffle #27 : Jenifer

Pas plus tard que le jour de mon retour en France, alors que j’étais péniblement en train de subir la température inférieure à celle du QI de Florent Pagny, je me connecte aux internets pour avoir des nouvelles aussi fraiches que le temps. Et que vois je ? Qu’ouie je ? Que subis je ?
Un album de reprises de NTM est en train d’être produit. Et je te le donne en un, parceque je te le donner en mille ça serait un peu ridicule : Jenifer va reprendre La Fièvre et sur l’album y’aura aussi Al.Hy, la refoulée de la Star Academy et de The Voice et Zaho. Roh je vois trop l’album, ça va être de la bombe bébé à base de STOPOPOPOPOP.

On arrête les conneries là. Sérieusement. Qu’on se branlotte l’esprit sur les Brigittes qui reprennent ma Benz pour lancer leur carrière passe encore. Mais l’apologie de la médiocrité atteint son point inception avec Jenifer. Une gonzesse déterrée d’une émission de télé réalité où on formerait des stars en leur faisant faire des reprises, qui juge dix ans après d’autres pecnos qui comme elles font des reprises à la téloche, qui sortent des albums dont les singles sont des reprises et qui sort elle même une compilation de massacres de France Gall qu’elle appelle hommage…

J’ai rien contre les reprises… Tous les tubes de Fugees sont des reprises, Cobain a sublimé The Man Who Sold The World au MTV Unplugged, Cindy Lauper n’était pas la première meuf à vouloir du fun, l’Hallelujah de Buckley était une la reprise d’une adaption et même le Mambo n°5 de Lou Bega n’était pas de lui.

Non, ce qui me gêne, presque autant de faire croire dans tous les chambres et tous les salons qu’il suffit de passer à la téloche pour devenir une star et qu’être une star est un accomplissement en soi, ce qui me gêne PRESQUE PLUS que ça, c’est utiliser le prétexte des hommages pour tomber dans la facilité des reprises. C’est prétendre comme Cyril Hanouna que les gens sont tellement cons qu’ils préfèrent entendre des chansons qu’ils connaissent plutôt que de découvrir d’autres choses, où pire une chanson des Pixies qu’il a avoué ne pas connaître, ou de Jimmi Hendrix. Je déconne là hein, il l’a vraiment dit.

Moi je pense que même si c’est vrai qu’on attrape pas des mouches avec du vinaigre, pour reprendre une expression de jeunes, ces émissions se doivent, enfin se devraient, de présenter la diversité musicale, quand bien même elle reste mainstream. Et même s’il faut sans doute du Lana Del Rey pour attirant la ménagère comme on dit, rien n’empêcherait les mecs de leur faire composer une chanson ou de les faire bosser sur des textes ou même.

Mais non. Alors Jenifer continue sa médiocrité et s’attaque cette fois à NTM. Il faut dire qu’au moins en reprenant les textes des autres, elle prend moins le risque de brailler les banalités habituelles de ses comptines pour vendre du soda. Qu’elle n’a d’ailleurs jamais écrites. Et jamais composé non plus.

Pour autant je ne crois pas que la création musicale soit morte ou se meurt. Elle continue, comme avant à prendre des chemins tortueux pour tenter d’exister. Sans être une star. Parce que même si c’est vrai que comme dit Didier Super les artistes si c’est pas des stars, c’est pas des vrais artistes, c’est la création qui est une fin en soi, et non les valeurs dont Jenifer se fait l’icone.

Comme si l’emballage était plus beau que le cadeau qui était dedans. Comme s’il était plus important de montrer à tout le monde qu’on a le plus gros et le plus beau cadeau sous le sapin, sans même savoir ce qu’il y a dedans. Et surtout en oubliant la valeur sentimentale et affective que le cadeau porte. Parce qu’un artiste, comme un cadeau, véhicule un message, une émotion, une pensée. C’est un acte profond et intime avant d’être un objet avec une valeur. Et nous, c’est ça qu’on veut retenir.

Chronique diffusée le 20 mai 2014 sur Radio Néo

Perdre pour regretter

C’est une réflexion que je me suis faite il y a longtemps. J’en comprend désormais la portée universelle.

J’avais ce mug. Il m’avait été offert par Rudy pour mes 13 ans. J’étais en 6e et j’avais ma première vraie bande d’amis. A douze ans. Pour mon anniversaire, Rudy m’avais offert ce mug Bart Simpsons. Je crois que c’est le premier cadeau que j’ai reçu d’une personne extérieure à ma famille. J’étais content et excité. A tel point qu’il est toujours resté dans son emballage. Dix ans après, je le retrouve dans un carton de déménagement, toujours dans son emballage. Et je décide de prendre le premier thé de mon nouvel appartement dedans. Fier et un peu ému, je l’utilise alors quotidiennement. Tous les matins je bois mon thé dans le mug de Rudy, dont je n’ai plus de nouvelles depuis pas loin de 15 ans. Mais qu’importe, ce mug de Rudy c’est le souvenir de mon collège, de mes premiers amis, de mon premier amour, de mon séjour en Angleterre, de rires et de quelques pleurs. A mesure que le temps passe, le mug de Rudy devient le mug Simpsons. C’est le mug du matin. Celui du thé.

bonheur_1066427

En déménageant l’année dernière, il s’est retrouvé en première ligne de ma belle étagère/container. Mon mug à thé. Plus celui de mes 12 ans. Plus celui qui a trainé 10 ans dans mes cartons. Plus celui de mon collège. Plus celui de mon ancien nouvel appartement. Mon mug, que même des fois je prends le Disneyland qui me vient de chez mes parents (et sans doute de la même époque). Puis, mon mug, le mug, est devenu un mug.

Jusqu’à un jour de décembre 2013. Au cours d’une vaisselle tout ce qu’il y a de plus banale, la anse de du mug s’est cassée. D’un coup, tout est revenu. Mon nouvel ancien appartement. Mon déménagement étudiant. Ma fête d’anniversaire. Mes amis du collègues. Rudy. Mes 13 ans… Ce mug est redevenu le mug. Il s’est re-personnifié (ou re-évènementé). Au moins d’avoir eu l’impression d’avoir cassé ce souvenir enfermé loin dans mes neurones, d’avoir cassé toutes traces de ces évènements. Comme si, finalement, mon anniversaire, mon collège et mes amis s’étaient brisés avec.

Et puis plus récemment j’ai compris que finalement je vivais la même chose avec les gens et avec beaucoup de choses. On possède quelque chose, pendant un temps, sans vraiment s’en préoccuper. Il est là, présent, quotidiennement. Il fait partie des meubles, même si parfois on ne peut pas le toucher physiquement. On finit par ne plus s’en préoccuper. On s’habitue. L’exceptionnel devient normalité. La normalité devient la banalité. Et un jour, la chose, l’objet ou la personne disparait. Et on se rend compte à quel point elle était importante. Plus le manque est important, plus l’on se rend compte à qu’elle était importante et plus l’on est triste.

Je ne sais pas si c’est une incapacité à se satisfaire de ce que j’ai ou me rendre compte que je suis heureux quand je le suis. Ou si tout simplement c’est dans la nature humaine de désire ce qu’on n’a pas, d’ignorer ce qu’on a, et de regretter ce que l’on a plus. J’ai décidé qu’on ne m’y reprendra plus. Que la prochaine fois c’est sur, j’allais être heureux de la première à la dernière seconde. Que j’allais profiter de tout ce dont je pouvais. Que j’allais aimer. Et puis je me suis rappeler qu’à chaque rupture, à chaque décès, à chaque perte j’avais la même réflexion.

Alors j’imagine que finalement c’est ça le bonheur : être capable de se rendre compte qu’on peut être heureux !

Virgin Radio : The Antlers

Mon groupe du soir vient de Brooklyn, ce quartier newyorkais au sud de Manhattan que les Beastie Boys avaient chanté. Tu te rappelles NO SLEEP TILL… D’ailleurs c’est un quartier très hiphop parce que c’est de là que viennent Jay Z, Ol Dirty Bastard, Nas, Joey Badass, BIG, Busta Rhymes, Mos Def et j’en passe. Eh bien figure quoi que mon groupe du jour n’est pas du tout hiphop mais rock.

Ils sont 3, mené par leur leader Peter Silberman qui écrit et compose et ils s’appellent The Antlers. Ils ont sortis deux albums entre 2006 et 2009 avant de se faire remarquer avec Hospice, plutôt bien accueilli par la critique. Et 5 ans après, ils sortent leur 5e album, Familiars. C’est le 5e parce qu’entre temps y’en a eu un autre mais je l’aime moins.

Familiars arrive donc le 17 juin, dans quelques semaines et je me suis dis que ça serait quand même cool de de te présenter un premier titre qui s’appelle Hotel. Enfin à toi et aussi à tous les gens qui nous écoute, vu qu’on est là.

On retrouve la voix envoûtante de magique de Peter Silberman, une trompette qui semble sortir d’un rêve, une guitare en sourdine, des claviers scintillantes et des paroles pas très gaies, sortes de réflexions sur la mort. Et pour ceux qui n’ont pas envie de réflexion à cette heure ci, je les invite tout simplement à se laisser porter par la musique…

Chronique diffusée le 11 mai 2014 sur Virgin Radio