Beaffle #26 : les catholiques

Pas plus tard que la semaine dernière, alors que j’étais tranquillement en train de préparer mes vacances, parce que je vous ai pas dit mais je pars en vacances demain, et je serai pas là pendant deux semaines, mais ça sera bien quand même, vous pourrez écouter.
Pendant que je préparais mes vacances donc, voila pas que je tombe sur une pétition dont la provenance n’est bien entendue pas spécifiée, et signée par un peu plus de 11 000 personnes.

Pour sa 9e édition, le groupe étiqueté catholique, reproche au Hellfest de faire venir des groupes satanistes comme Behemot, qui chante une parodie de l’Ave Maria qui répond au doux nom de Amen, insulte la Vierge Marie et simule une messe noire sur scène. Il reproche également la venue de Tsjuder ,qui devrait franchement être condamné pour nom à caractère imprononçable. Mais plus que leur nom pourri, ce qui choque notre petit groupe c’est qu’il récite dans une chanson, je cite hein, me crucifiez pas :

Je suis le guerrier satanique suprême. Mon épée vous clouera au sol. Vos entrailles sont la peinture sur mes murs. Votre chair est la nourriture de mes loups/Viol de la chrétienté (3 fois)/(exclamation obscène)

Bon ok, c’est pas très très gentil de violer des gens. Et c’est encore moins cool de violer un concept, parce que franchement c’est pas hyper hyper clair comme délire à visualiser.
Et finalement on en revient toujours au même débat du droit des artistes à la caricature, violente, outrancière ou grossière et leur droit d’expression. Je ne vais pas ré-exposer des nombreux arguments, on a pas parler de Dieudonné depuis 3 mois, c’est pas franchement le moment de le ressortir de son placard. Mais la conclusion de la pétition me choque particulièrement. Elle fait référence à la condamnation récente de quatre bretons pour avoir incendié des édifices religieux et dit :

“À force de s’exciter en paroles, on en vient aux actes. En mars 2009 les tribunaux de notre pays ont condamné un groupe de black metal”

Eh bien c’est faux parce que bien qu’ils signaient True Armorik Black Metal, on notera d’ailleurs c’est amusant d’avoir un nom anglais quand on défend des valeurs traditionnelles, eh bien le TABM n’était pas du tout un groupe musical mais simplement un groupuscule extrémiste anti religieux. Une partie minime de ce qu’est le mouvement métal dans le monde.

Parce que oui, y’a des tarés dans le métal. Mais y’a t’il plus que tarés qui écoutent le métal que des tarés qui écoutent du rap ou de la pop ? Les irréductibles demeurés du mouvement métalleux ne finalement que le pendant extrémiste du courant musical, tout comme les décérébrés de Civitas ne font qu’une infime partie des catholiques. Aucun des deux n’est représentatif de l’ensemble de ce qu’ils représentent, et ni l’un ni l’autre ne devraient être érigés en symbole ni par la population, ni par les médias.

Quant au fait qu’après les paroles viennent les actes, j’ai l’impression d’entendre appliqué à la musique le fameux “c’est la faute aux jeux vidéo”. Mais n’oubliez pas que tous ces gosses qui courent dans les rues, qui volent, qui agressent, qui incendient, tous ces gosses là, condamnées dans les tribunaux de France, ils ont été élevés. Et pour ceux qui en ont eu, ce sont bien leurs parents les premiers responsables de la connerie des envies. Ce sont bien les parents qui inculquent à leurs enfants les valeurs morales du bien vivre en société, le respect des autres ou des croyances. Et c’est ces mêmes parents qui doivent apprendre à leur enfant à respecter l’autre et lui faire comprendre que nos différences ne sont pas une tares, quand même bien on aie une couleur de peau différente, une religion différent, ou pire, qu’on écoute une musique différente.

Allez y au Hellfest les catholiques. Vous serez surpris. Moi j’y suis allé. L’ambiance y est particulièrement étonnante. Ca ne sent pas plus le vomi qu’aux Vieilles Charrues. Ca ne sent pas plus la drogue que dans le camping de n’importe quel festival. Et même mieux que ça : tous ces gens ont une même passion de la musique et un vrai respect des différents courants qu’elle a créé. Et figure toi que j’ai été profondément étonné du respect qui existe entre les gens. Les mêmes qui se défoncent la gueule contre le dos de leur voisin au premier rang de Slayer, tu les retrouve plus loin allongés dans l’herbe à côté d’une vieille qui écoute The Final Countdown en dansant. Leur passion pour leur musique fait que contrairement à tous les autres festivals que j’ai connu, et j’en ai connu, ils ne se barrent pas à la moitié d’un concert parce que le tube est passé. Ils sont là, ils vivent leur festival. Alors ouais, j’y vais vu des trucs bizarres, comme un mec qui simulaient deux crucifixions sur scène ou un autre qui vomissait. Mais assez étonnamment quand Lady Gaga vomit sur scène, pas un catholique n’élève la voix.

Le métal finalement, c’est un peu comme le catch. Une sorte de défouloir, qui fait marrer beaucoup de gens, qui en indiffère encore plus et qui en énerve certains. Alors qu’au fond, tout le monde sait que c’est surtout du spectacle.

Chronique diffusée le 29 avril 2014 sur Radio Néo dans Des dièses et des bémols

Virgin Radio : Kwabs

Je suis venu avec un titre que j’adore vraiment, il est en boucle dans mes oreilles et dans toutes mes playlists d’écoute. C’est un titre de Kwabs, un guinéen installé à Londres, qu’il a composé avec Sohn, un autrichien installé à Londres qu’il faudrait que je vienne te présenter un jour.

Pour le moment Kwabs a juste sorti un EP 3 titres qui s’appelle Wrong or Right sortei en février, et dedans y’a ce fameux Last Stand qu’on va écouter. C’est à la fois hyper calme et terriblement poignant par le thème qu’il aborde. Il parle d’un mec qui a subit la guerre et qui n’arrive plus à sortir de son rôle de soldat. Sa voix est vraiment étonnant parce que c’est à la fois très lancinant et parfois hyper puissant.

La prod’ derrière est hyper soignée, très lente, comme si elle venait entourer la voix. D’ailleurs Kwabs a fait plusieurs version du titre avec un orchestre qui du coup porte encore plus sa voix, et je suis persuadé qu’on va en entendre beaucoup parler d’ici la fin de l’année quand il va se pointer avec son album. Ca sera d’ailleurs l’occasion de le voir en live parce que je suis sur que sa voix doit être impressionnante à découvrir, et surtout je me demande bien s’il est charismatique ou pas… Bon en attendant on va écouter ce super titre. On se met au chaud, on ferme ses yeux et on se lasse porter !

Chronique diffusée le 27 avril 2014 sur Virgin Radio

Beaffle #25 : Rohff

Pas plus tard que ce matin, je lisais dans Le Parisien “Paris : un vendeur entre la vie et la mort avec une rixe entre Rohff et Booba”. Pour la faire simple, Rohff était pas content de la dernière moquerie de Booba lui même pas content que La Fouine aie pas été gentil avec lui, alors il est allé dedans sa boutique de fringues et aurait, je dis bien aurait histoire de pas défoncer la présomption d’innocence comme la gueule du vendeur de 19 ans, et aurait donc, démonter la face d’un mec qui refourgait les fripes du Booba.

Je veux bien admettre que les fringues de Booba sont un crime à la mode et que la Fashion Police ne fait guerre son taf à Chatelet, d’autant que le voisin d’Ünkut n’est autre que Wati B, à savoir les sapes de la Sexion d’Assaut. Mais si tu sais, la Sexion d’Assaut, les mecs qui ont des casquettes tellement petites qu’on dirait qu’ils ont un morceau d’oeuf sur la tête comme Calimero. Mais sérieusement, est-ce bien le rôle d’un rappeur que de se substituer à la fashion police ?

Plus sérieusement, parce que ça m’arrive, cette gueguerre de rappeurs m’insupporte. Qu’une bande d’illettrés sourds se battent à coups de statuts Facebook pour savoir qui a la plus grosse (vente bien entendu) me chagrine mais bon finalement pourquoi pas. Encore qu’au final, on s’en fout de qui de Rohff, de La Fouine ou de Booba a vendu le plus d’album. Parce que la vraie boss c’est Diam’s et ses 846 700 albums pour Dans ma bulle. Et si on regarde depuis 2000, on trouve Solaar, Gim’s, la Sexion, la FF, Sniper ou même K-maro, mais pas une seule trace des trois zozos donc aucun, avec toute sa carrière cumulée, n’arrive à la jambe de Nolwen Leroy. Et franchement se faire niquer par Diam’s et Nolwenn Leroy c’est pas top pour la street cred’.

Alors, vous allez me dire, et vous avez raison, pourquoi ce bordel ? Eh bien ça fait thug’ de se battre entre rappeurs. Et vu qu’une flopée de médias condescendants et guère plus lettrés qu’eux s’emparent de chacun de leurs gros mots publics pour en faire leur gros titres et niquer un peu plus l’image du rap, eh bien ça fait parler d’eux. Qu’importe la façon.

Alors ouais, peut être qu’en France on n’a pas eu nos Big L, Jam Master Jay, autres Tupac Mais peut être aussi que notre trio de guignols a oublié que ceux qui ont rejoint Biggie là haut, c’était pas juste des mecs qui se jettaient des top tweets en pleine face. C’était avant tout des artistes aux discographies bien pleines qui ont marqué l’histoire de la musique et qui continuent à nous manquer 20 ans après, alors que Booba et ses amis commencent simplement à nous boursoufler le thalamus.

La culture hip hop qui a engendré le rap est une culture urbaine qui est née dans le Bronx. Elle n’est pas née dans la violence. Elle est dans le rejet et a mûrie mais dans la revendication. La France a particulièrement prouvé en sortant Première consultation, Opéra Puccino, Quelques gouttes suffisent ou L’école du micro d’argent qu’elle était capable d’exister, de parler, de revendiquer, de crier et de se faire entendre sans violence.

Et oui il y a des violences, verbales ou physiques. On ne peut pas oublier Le combat continue de Kery James, les valeurs guerrières de Prose Combat ou Paris sous les bombes de NTM et encore moins les frasques de Joey Starr. Mais jusqu’ici les bastons intra-people restaient relativement inconnues. Certes la profusion de médias et leurs envies d’en foutre le moins possible pour un max d’audience les poussent à mettre en avant la moindre vanne numérique des nos trois bouffons musicaux. Mais il serait quand même bon de ne pas oublier que celui qui en souffre le plus dans l’histoire, c’est le rap.

Cet après-midi, la présence de Rohff a été prouvée sur les lieux et l’agression et il est actuellement en garde à vue. J’espère sincèrement qu’il sera condamné et fermement condamné et pour ses actes. Le fait qu’il soit une personnalité publique est bel et bien une circonstance aggravante. Lui, tout comme Booba et La Fouine sont des symboles pour des centaines de milliers de jeunes. Le fait qu’ils se mettent en scène à longueur de presse pour leur propre promo, et qu’ils se fassent l’étendard de la violence gratuite est inutile est non seulement contraire aux valeurs même du hip hop, qui voudraient qu’on se défende contre le système ou l’oppresseur, et non contre ses semblables, mais c’est surtout un exemple et une légitimation terrible de la violence à travers les médias.

J’espère sincèrement qu’aucun de ces trois là ne mourra un jour d’une balle perdue par un de ses copains. On risquerait d’en faire le héros d’une guerre qui n’a lieu que pour les journaux et qui ne représentent pas grand chose. Battez vous à coup de plumes, niquez vous à coup de rap contender, défoncez vos races à à coup de punchlines, rimez vous la gueule. Mais dites vous bien qu’à chacun coup de barre à mine que vous foutez dans la gueule d’un mec de votre bande, c’est le rap qui se le prend dans la face. Et je crois bien qu’il à deux doigts de crever.

Chronique diffusée sur Radio Néo le 22 avril 2014

Virgin Radio : Eagulls

Je suis venu te parler d’une bande de potes qui vient de sortir leur premier album. Il s’appelle Eagulls. Je parle de l’album et du groupe parce qu’en fait ils filé leur nom à leur album.
Ils viennent de Leeds, tout comme Alt-J que j’adore, Wild Beats dont je t’ai parlé y’a pas très longtemps ou Kaiser Chiefs. Mais musicalement c’est plus dans la veine d’un groupe qui vient de Manchester, juste à côté, c’est Joy Division avec le côté punk des Mekons en plus. Qui sont des Leeds aussi d’ailleurs, comme quoi ils sont assez énervés par là bas.

C’est radicalement différent de ce que j’ai pu amené récemment parce que c’est assez vénère. Ça gueule un peu, ça sort des guitares électriques et fout un peu le bordel dans les oreilles mais c’est en même temps hyper mélodique. Y’a que dix titres, et ils ont tous un peu la même recette : c’est très électrique, sans fioriture sur le son des guitares et t’as le chanteur qui s’égosille par dessus avec une voix bourrée de réverb.

Les mecs ont visiblement une vraie posture punk parce que y’a pas longtemps ils ont publié une lettre sur internet pour, je te cite, “tous les groupes de plage et qui se sucent les uns les autres et qui tripotent le clito de la presse”. Bon, alors moi j’ai pas eu la chance d’avoir un clito et encore moins de ma le faire tripoter mais j’ai quand même bien aimé l’album alors je te propose d’écouter l’extrait que j’ai choisi. Ça s’appelle Nerve Endings. Si t’as l’occaz va voir le clip qui tourne autour d’un cerveau de cochon, c’est assez chelou. Sinon, bah on va se content d’écouter Never Endings tout de suiter.

Chronique diffusée le 20 avril 2014 sur Virgin Radio