Beaffle #24 : les festivals

Pas plus tard que y’a genre pas trop longtemps, Mathieu Rollinger écrivait dans Le Figaro : “Festivals d’été : tous les mêmes et y’en a marre”. Pour les poissons rouges et les insensibles radiophoniques c’est bien entendu non seulement une paraphrase de Stromae mais surtout un pamphlet contre lui, Stromae, pas le journaliste, qui sera présent dans pas moins de 17 festivals cet été. Stromae toujours, mais possiblement aussi le journaliste.

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Pour compléter son article et son emploi du temps, Rollinger explique que Fauve sera dans 21 festivals, Yodelice 14, Shaka Ponk 12, Skip the use et Gesaffelstein 11, Détroit, dont il se sent obligé de rappeler que c’est le groupe de Bertand Cantat, 10 et Woodkid 7 pour ne citer que les français.

Pour servir sur un plateau son propos, douteux, il cite un programmateur qui explique qu’il est plus facile et moins coûteux, de faire venir un artiste qui est en tournée. C’est une réalité économique mais aussi pratique. Un artiste qui n’est pas en tournée n’a pas forcément de contrat avec un tourneur donc logistiquement il est compliqué de le faire venir où il n’a tout simplement pas de show de prêt. Soit.

Mais Mathieu Rollinger conclut ce qui ressemble étrangement à un article en disant que pour l’originalité il faut aller chercher ailleurs. Et c’est bien là le problème. Parce que si Rollinger cite gentiment le Hellfest, il oublie de rappeler que la première fois que Le Figaro en a parlé c’était en 2010 et c’était uniquement autour de son interdiction. Quant à l’originalité du Figaro, il suffit d’ouvrir sa rubrique musique aujourd’hui pour se rendre compte que ce n’est pas là non plus qu’on va le trouver. Au programme : Indochine, Kate Bush, Renaud Capuçon, David et Cathy Guetta qui divorcent, les Stones, la meuf de Mick Jagger qui est morte, Lady Gaga qui ne l’est toujours pas et j’en passe.

Encore mieux, en remontant dans les archives, non seulement il n’y a pas plus de traces d’artistes différents que de traces de talent chez Woodkid, mais en plus les programmations des dits festivals sont annoncées unes à unes.

Le problème vois tu mon cher Mathieu, c’est que ton journal a fait la promotion pendant un an des artistes dont tu parles, négligeant totalement la scène indépendante. Celle que tu dis être ailleurs. Ton journal n’a jamais créé l’envie pour des groupes différents pour la bonne et simple raison qu’il n’en a rien à branler. Et donc forcément, si tout le monde fait comme toi, et je te rassure, tous les journaux comme le tiens font comme toi, personne ne parle d’artistes différents, donc ils ne sont pas assez connus, donc ils ne sont pas programmés dans les festivals.
Le site internet de ton journal préfère largement faire un article pour annoncer la programmation des festivals afin faire de l’audience, des clics et donc du pognon, que passer du temps à écrire sur des gens qui apporteront moins d’audience. Et dont, encore une fois, il se fout éperdument.

Les festivals sont eux aussi soumis à une logique économique sévère. Sauf qu’eux ne sont pas tenus par des magouilleurs électoraux, des milliardaires grabataires ou des conglomérats d’actionnaires philanthropes en mal d’image. Et ils sont là pour répondre aux envies du public. Ce public qui a envie de voir ceux qu’il a plébiscité à longueur d’année, souvent parce qu’on lui a servit dans les journaux comme le tiens. Et surtout, mon cher Mathieu, ce public, ces vraies gens, ceux qui achètent, ceux qui ne sont pas invités à tous les concerts, et rincé par toutes les marques, il ne fait pas plusieurs festivals dans l’été. Il fait celui à côté de chez lui. Ou à la rigueur il va camper dans un autre pour se marrer. Reproche t’on à la Laiterie, au Bikini et à l’EMB d’avoir les mêmes artistes en concert ? Alors pourquoi le reprocherait on aux festivals ?

Le fond de tout ça mon petit Mathieu, c’est que tout comme ta diatribe contre la médaille des arts et des lettres de Shaka Ponk, et on va y revenir dans le débat juste après, tu écris sans chercher le fond des choses, sans chercher d’avis contradictoire, uniquement pour susciter des réactions, des clics du buzz et des bashing collectifs. Et autant j’ai rien contre le gens qui disent du mal de tout et n’importe quoi, je suis pas schizophrène, autant l’écriture démago pour défoncer les portes de la facilité n’a rien d’un style journalistique. C’est digne des discussions comptoirdaires et PMUiques de poivrots stéphanois, une sorte de “tous pourris” musical.
Et tu sais quoi mon petit Mathieu ? C’est peut être ça qui tue le journalisme musical et finalement je pense que tu résumes ton propos et ton journal dans ton introduction : “Pour l’originalité, il faut chercher ailleurs”.

Chronique diffusée sur Radio Néo le 25 mars 2014

Virgin Radio : The Rifles

Ce soir dans ma besace j’ai apporté The Rifles. Ils ont londoniens et viennent de sortir il y a quelques semaiens leur 4e album qui s’appelle None The Wiser. Alors ça va peut être te rappeler un autre groupe dont on avait déjà parlé, qui était aussi anglais, qui sortait aussi son premier album et qui s’était également formé il y a 10 ans, mais les Rifles n’ont rien à voir avec la folie des Wild Beasts.

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Le 4e album est un exemple parfait de ce qu’est l’indie rock anglaise, une sorte de leçon. Tu vois en France on a Marianne pour nous représenter. Bah si on devait représentait l’indie rock anglais on sculpterait les Rifles.
Et il se trouve qu’en concert c’est tout aussi cool. Je les avais vu à la Boule Noire et n 2009 quand ils présentait leur Great Espace en tournée et si vous aimer le rock de gentils garçons, le rock des descendants des Beatles, courrez y, je suis sur qu’ils arriveront bientôt en France.

Le titre qu’on va écouter est une très jolie ballade d’amour avec un harmonica. Et les ballades avec des harmonica je sais pas si t’as déjà remarqué mais ça fait en plus promenade musicales que les ballades sans harmonica. Ça s’appelle All I Need et le donc un extrait de Nose The Wiser que je vous conseiller d’écouter. Parce que c’est bien. Et ça, c’est un super argument !

Chronique diffusée le 23 mars 2014 sur Virgin Radio

Life : Reset @ Théâtre National de Bruxelles

Désormais totalement intégrés à la culture populaire, les réseaux sociaux sont maintenant traités par les arts. Quand ils ne sont pas directement l’Art eux mêmes.
Alors quand le théâtre veut traiter le revers des réseaux sociaux, cette face cachée qui voudrait qu’ils n’aient de sociaux que le nom, on peut s’attendre à tout.

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La mise en scène de Fabrice Murgia est ingénieuse. Elle met les spectateurs d’un côté de l’écran, l’unique protagoniste de l’autre et des projections vidéos séparent les deux. Si l’on exclut le fait que Murgia représente les réseaux sociaux comme une salle de chat Caramail de la fin des années 90’s son propos reste assez clair : tout ceci n’est que virtuel, faux et on est bien seul quand on parle avec quelqu’un sur internet.

Sauf que le parti pris initial est non seulement caricatural mais profondément faux. Internet n’est pas un lieu peuplé d’humains virtuels, mais de vrais gens à travers le monde, avec des attentes parfois différentes, mais avec des amitiés naissantes. Une amitié, aussi numérique soit elle reste une amitié. De même qu’une rencontre n’est pas une amitié, une amitié ne se limite pas à une rencontre.

Se perdant dans sa mise en scène simpliste fortement inspirée par David Lynch et Richard Kelly, Murgia en oublie son histoire, rallumant la lumière sur une métaphore qui laisse la salle circonspecte après seulement 45 minutes de représentation. Un gout d’inachevé et de traitement à la va vite bien dommageable pour un sujet peu traité et très délicat à mettre en scène. La forme y était. Il aurait manqué un fond.