Beaffle #21 : Rachid F.

Pas plus tard que y’a quelques jours, un râle déchirant a bouleversé le fragile voile vierge de l’internet. Celui de Rachid F., réalisateur, chanteur, acteur, coach vocal et producteur. Alors que la musique française criait Victoires sans les Daft Punk, Rachid F. trouvait anormal de la réduire aux dits oubliés. Outre son anachronisme antithétique flagrant, le propos n’est pas stupide. Effectivement la création musicale française ne se limite pas aux Daft Punk, ni, comme il le souligne justement sans mettre de trait ni d’attrait sous ses mots, à Maitre Gims et Keen’V qui, je cite ouvrez les guillemets, finiront aux oubliettes dans moins d’un an.

Rachid F. commence par expliquer que Daft Punk n’est plus un groupe français, en oubliant que Phoenix a subit exactement le même sort qu’eux avant d’être récompensés cette année aux dites Victoires, puis attaque la cérémonie arguant que Charlotte Gainsbourg a été raillée pour sa prestation de Billie Jean par le New York Times. J’ai cherché, aucune trace de cet article. J’en ai trouvé un autre par contre, particulièrement savoureux, dans lequel le New York Times dit qu’il suffit de quelques millions pour faire un album qui sonne comme en 1977 et de faire jouer une flopée de votants sur l’album pour gagner un Grammy.

Après avoir élégamment chié sur Colonel Reyel, le groupe de rap qu’il appelle 7 Fions d’Assaut et puis pendant qu’on y est sur les médias qui les servent et l’industrie du disque qui ne fait la promotion que de ses copains, Rachid F exprime ce qui est la vraie France : Zaho, Maurane, Merwan Rim, Tale of Voices, Jay Sebag ou encore Daniel Levi. Si vous ne savez pas qui sait, lui oui. Ce sont tout ses amis ou ses clients. Et non content de faire le namedropping qu’il dénonce, Rachid F. compare Bob Sinclar à Stevie Wonder et Ben l’Oncle Soul à Jamie Foxx.

Il parait, qu’il suffit de voir les NRJ Music Awards pour se rendre compte de notre manque d’originalité et de créativité musicale. Il frappe goulûment sur les radios, les télévisions, les artistes qui ne savent plus créer, la variété pourrie, le manque d’originalité harmonique. J’ai pas ouvert les guillemets mais je cite là hein.

Pour finir, et c’était bien son but, Rachid F. demande qu’on lui confie la direction d’un label pour qu’il montre lui, ce qu’est la vraie musique, et qu’il signe ses potes à lui, qui sont mieux que les potes des autres avant d’égratigner Aurélie F., ministre de la C. pour avoir nommé Julie G. à la Villa M. au lieu d’imposer de la dignité artistique et des quotas de qualité dans les radios.

J’ai eu l’impression d’avoir 2 Girls 1 Cup à l’écrit. Comme peut on dignement déféquer autant d’âneries en si peu de lignes ?
L’accès à la culture musicale français n’a jamais été aussi grande qu’en 2014, et je ne désespère pas qu’elle soit encore plus large demain. Jamais il y a 20 ans il n’était possible d’éclore totale en marge du système mon petit Rachid F. Et ce n’est pas le fait que tu en prennes les rennes pour signer tes amis qui va faire changer les choses.

Par contre à l’inverse c’est exactement les personnalités dans ton genre qui font crever la musique en voulant la limiter à ce qu’ils considèrent comme cool.
C’est les mecs de ton espèce qui s’accrochent pendant 30 ans à vouloir devenir une star et à être connu par tous les moyens, à penser à la forme plutôt qu’au fond qui font crever la création.
C’est les uluberlus de ta catégorie qui cautionnent tout et n’importe quoi pour leur gueule avant de se retourner publiquement et hypocritement contre le système qui les fait a vivoter, ce sont eux mon Rachid F. qui font du mal à notre chère musique.

Tu cautionnes depuis plus de 10 ans ce qui est le pire fléau de l’industrie musicale, tu cautionnes depuis plus de 10 ans ce qui fait croire à nos ados de 9 à 14 ans qui remplissent nos salles de concert comme tu le dis, qu’il suffit de passer dans un jeu télé pour être une star. Je te rappelle mon cher Rachid F. qu’après avoir été choriste des L5 tu t’es mis à la recherche du nouveau Michael Jackson sur W9 alors que son cadavre n’était même pas refroidi, juste avant de rejoindre le staff de la Star Academy qui a élu une chanteuse dont on n’a même jamais connu le nom. Comment peux tu critiquer la programmation de l’émission musicale de ton ami imaginaire que tu ne cites pas alors que la programme dit de divertisssement que t’as cautionné pendant deux ans a fait chanter du Nicki Minaj, Justin Bieber et Matt Houston et que t’as produit M Pokora, Chimène Badi et Willy Denzey.

Tu trouves qu’on écoute toujours la même chose depuis 20 ans ? Eh bien mon cher Rachid F. au lieu de passer ton temps devant la télévision en rêvant d’y passant, écoute Néo, Le Mouv, Oui FM, Nova, Virgin, lis Les Inrocks, Tsugi ou Magic, promène toi sur les blogs, vas sur YouTube, et tu la verras la création musicale française, tu la comprendras l’innovation musicale française.
Viens à Paris, visite sa région et écoute Saint Michel, Natas Loves You, Yan Wagner, FI/SH/ES ou Birdy Hunt.
Viens dans ma région rémoise, je te présenterai Yuksek, les Bewitched, ALB et Judy.
Bourre toi la gueule dans la rue de la soif rennaise et écoute Juveniles, Red Eye et O Safari.
Si tu préfères le Nord on ira à Lille écoute Okay Monday, G Y M et Selenian.
Si tu préfères le sauciflard, Lamarca le lyonnais t’en filera. Et pis avant de descendre sur la promenade des anglais voir Hyphen Hyphen et Griefjoy on ira voir Husbands sur le vieux port.

Ce qui te dérange Rachid F., 42 ans, drogué à la starification et prostitué cathodique c’est qu’au milieu de ce système que tu ne comprends pas, tu n’existes pas. Ta médiocre carrière, qui a commencé là où celle des autres finit, c’est à dire chez Michel Drucker, n’a jamais décollé, si on considère qu’elle a existé. Ton coup de gueule n’a rien d’un cri du coeur, de larmes musicales ou d’une blessure profonde comme tu l’en qualifie. C’est celui d’un mec désespéré de s’être fait bouffer comme tant d’autres déchets télévisuels avant lui. Si t’aimes la musique comme tu le dis, fais là dans ton coin, prends les rennes de ton propre label et fais la exister. Et si le public n’en veux pas, ce n’est pas parce que c’est un con, mais peut être comme tu le dis, parce qu’il en a marre qu’on lui serve de la merde.

Chronique diffusée le 24 février 2014 sur Radio Néo

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Written by Benjamin Lemaire

Benjamin Lemaire, photographe réalisateur et consultant en communication.

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