« L’affaire Dieudonné » doit s’arrêter

J’ai beaucoup écrit sur cette affaire Dieudonné puis j’ai finalement renoncé à publier à cause des débats étonnants dans mes contacts sociaux sur le sujet. Des débats passionnés dont je n’arrive pas vraiment à comprendre pourquoi ils sont encore plus violents que ceux sur Leonarda ou sur le Mariage pour Tous. Mais l’actualité du jour est particulièrement délirante :
– Le propriétaire du théâtre de La Main d’Or veut expulser Dieudonné, alors qu’il paye son loyer et n’a pas de soucis d’exploitation, pour ses idées. C’est une décision totalement discriminatoire car nul n’a le droit de refuser une location à cause d’idée politique, aussi nauséabondes soient elles. Seule la justice peut décider de l’illégalité des propos de Dieudonné. Et quand bien même Dieudonné sera (encore) condamné, un propriétaire n’a pas le droit de se séparer d’un locataire aussi justiciable soit il. D’autant qu’il s’agit en l’occurrence de Dieudonné en tant que personne morale et non physique.
– Le Point publie un article de quelques lignes sans aucune autre description que « salmigondis imprécateur » (histoire de montrer sa supériorité à ses lecteurs). Sans aucune contextualisation, explication ou données, le journal balance l’intégralité de l’1H10 du spectacle arguant en prime que ses deux journalistes ont du payer 40€. C’est non seulement illégal (c’est de la contrefaçon, et à but commercial qui plus est) mais ce n’est surtout pas du journalisme puisqu’il n’y a aucune explication sur ce qui est dit, et chaque lecteur devrait prendre une heure de son temps pour écouter. Le Point se positionne en sorte de Wikileaks…

dieudonne[1]

Je ne ferai pas l’affront à Voltaire de citer sa fausse citation disant que même s’il n’était pas d’accord avec quelqu’un il se battrait pour qu’il ai le droit d’en parler. Je n’oserai pas non plus dire que c’est un combat quotidien que j’ai, certains propos publics me poussant parfois à un salutaire « ta gueule. »
J’ai tendance à penser que la liberté d’opinion et celle d’expression qui est son pendant public est la liberté la plus importante que nous ayons gagné au cours des 300 dernières années, et que nombre de pays n’ont pas encore acquis. En tant qu’ultra libertaire, j’ai tendance à croire que n’importe qui devrait pouvoir dire n’importe quoi. Mais ce n’est pas la loi française.

En France, on a notamment sorti les insultes publiques, la diffamation, les discriminations et le négationnisme du débat public en considérant qu’ils étaient non pas des opinions, mais des délits. Je ne sais pas si c’est une bonne chose ou non, et c’est sans doute un débat plus philosophique qu’idéologique. Mais nous vivons donc dans un pays avec un loi très claire, écrite, et appliquée dont l’Etat et ses dirigeants sont garants : « on peut tout dire sauf… ».

Certains usent et abusent et cette liberté d’expression et surtout de cette privation de liberté pour des motifs délictuels. C’est le cas de la victimisation du Front National depuis 30 ans, qui tient des propos à la limite de la légalité, et que les partis dits républicains -parce qu’ils sentent les électeurs partir à la facilité- tentent d’interdire. Cette victimisation rend non seulement le Front National plus fort parce qu’ils ont toujours les mêmes parades et qu’il est le plus souvent légalement couvert, mais le rend surtout plus sympathique et humain aux yeux du grand public.

Et ce n’est ni à un parti politique, ni à ses représentants, ni même au gouvernement d’un Président élu d’imposer l’application d’une loi envers quelqu’un à travers des décrets et autres circulaires. Nous avons un système judiciaire en place, que l’on peut contester, que l’on peut réformer, mais qui doit être le même pour tous. Quand les plus hautes instances de la République se mettent, comme c’est arrivé depuis quelques jours, à lancer une chasse à l’homme idéologique pour interdire un individu ou une idée, dans le cas présent Dieudonné, elles nous mettent face à de sérieux problèmes.

Le premier est que Dieudonné n’attend que ça. Depuis des années il harangue les médias pour parler d’antisionisme, terme et débat qui dépasse la plupart des gens au passage alors qu’il est quand même le fond de la polémique, et n’existe qu’à travers la publicité que lui font tous les organes de presse au moindre dérapage. Cette victimisation le rend plus fort auprès de son publique et sympathique pour d’autres. Ceux qui ne l’aimaient pas à la base ne changeront pas d’avis. Il est bien évident que personne ne s’est dit après ces deux semaines médiatiques : « Oh bah tiens finalement je vais plus l’aimer Dieudonné ».

Le second est la liberté d’expression. Dieudonné doit pouvoir donner son avis et raconter ce qu’il à dire, faire son métier d’humoriste et d’agitateur de conscience. Sa limite ? Le troisième problème, celui de la légalité. C’est la justice et elle seule qui doit être la limite de Dieudonné, sans quoi n’importe quel ministre nommé pourra se permettre par « jurisprudence » et sous couvert de bonne morale d’interdire un opposant un peu trop dérangeant de parler.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme a en partie déjà tranché la question dans les années 70’s

« La liberté d’expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels, il n’est pas de « société démocratique ». »

Quant aux arrêtés proposés par Manuel Valls, ils ont déjà été mis en place de nombreuses fois avant d’être cassés en référé par tous les tribunaux administratifs locaux.

On ne combat pas une idéologie en la muselant. Même la haine. Il n’existe pas de vaccin contre le racisme, les discriminations ou la connerie. Ces déviances de la liberté d’expression doivent être intelligemment combattues sur le terrain de l’idéologie et au quotidien. Je ne crois pas à cette France qu’on nous a décrit comme islamophobe et dont on nous fait croire qu’elle serait devenue antisémite. Je ne crois pas à la généralisation du racisme anti blanc. Je ne crois pas contrairement à Pascal Bruckner que le raciste anti blanc soit l’antisémitisme.
Je crois simplement en une partie de l’opinion publique qui se laisse influencer par ce qu’elle voit et entend à longueur de journée dans les médias qui se complaisent à surfer sur des vagues de merde pour vendre de la publicité. Chaque mois a sa nouvelle affaire : son Leonarda, son bijoutier de Nice… Les seuls qui y gagnent sont les médias qui ont tout intérêt à intéresser les français pour leur vendre de la publicité, et les politiques pour démontrer qu’ils sont les meilleurs. Sauf qu’on oublie bien souvent les faits et qu’on laisse des stratégies de communication et commerciales prendre le dessus de la valeur de l’information.

D’ici quelques semaines l’affaire Dieudonné s’arrêtera. On reparlera vaguement de crise et de chômage puis des élections municipales qui feront augmenter les audiences et les tirages. On devrait rapidement avoir un fait divers qui agitera la France histoire de combler le vide l’avant été. Sauf si on trouve encore mieux d’ici là.

A voir aussi :


Written by Benjamin Lemaire

Benjamin Lemaire, photographe réalisateur et consultant en communication.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *