Peter Pan vu par Christian Duchange

On fêtera dans quelques jours l’anniversaire de Peter Pan. L’enfant qui ne veut pas grandir aura 109 ans. Pour l’occasion, Luc Petit présente une mise en scène à gros budget au Forest National de Bruxelles et Robert Wilson présentait au Théâtre de la Ville de Paris une création exceptionnelle avec Cocorosie et le Berliner Ensemble pour laquelle je n’ai trouvé aucune place depuis juin. Pourtant pas faute d’avoir tout essayé…

Pour me consoler, j’avais quand même prévu d’assister à la première des trois représentations parisiennes du Peter Pan de Christian Duchange au Théâtre Paris Villette. Le lieu avait rouvert le 13 décembre après une liquidation judiciaire (et du directeur) et tout juste un an de fermeture, avec la volonté de « montrer aux enfants, et à leurs parents, des spectacles aussi exigeants que ceux destinés aux adultes ». D’où le pari de Peter Pan…

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La pièce commence par une série de réflexions audio sur l’enfance et sur la façon dont on grandit. Et l’entrée des quatre comédiens ensemble donne le ton : pas question de prendre le parti pris de Disney. Ici on joue la carte de la sincérité de Barrie, on ne se cache pas d’interpréter le fond ou de tailler dans l’histoire tout en gardant les célèbres « deuxième à droite, et droit devant jusqu’au matin » ou « Mourir, ce doit être une sacré belle aventure » (transposé en « mourir, ça, c’est une aventure »).

« La question est de savoir si nous pourrons vivre pendant un an juste avec mon salaire. Souviens-toi des oreillons ! Oreillons, disons 150. Rougeole 70, Rubéole 200 avec les médicaments. Si je me prive de mon café au bureau, je récupère 30. » En fin de compte, je suis passé de justesse, uniquement grâce à un rabais sur les oreillons et les deux maladies rouges ramenées à une seule.

Bien qu’il destine son spectacle aux enfants, Duchange n’a pas peur des propos cruels sous-jacents à Peter Pan, et même si son personnage principal est plus lisse que celui de Barrie, le propos n’en est pas moins respecté. Les quatre comédiens interprètent à tour de rôle les différents personnages principaux en s’équipant de divers accessoires. Wendy, dont le nom n’est pas cité, n’a pas de frères, les enfants perdus ne sont que deux et Crochet n’a que son fidèle irlandais Mr. Smee comme compagnon (même si le Gentleman Starkey le rejoint sur la scène de la lagune). Ça donne une interprétation très épurée (un peu excessive par moment) servie sur une mise en scène simpliste (un rideau et un plateau tournant) utilisée de manière très intelligente qui finalement laisse libre court à l’imaginaire de chacun.

Une adaptation libre mais fidèle à ne pas manquer pour ceux qui n’aurait pu (comme moi) assister à la mise en scène de Robert Wilson. En tournée un peu partout en France.

Divers trucs

Adaptation et mise en scène : Christian Duchange assisté de Marion Chobert
D’après le texte de J.M. Barrie
Avec : Adeline Guillot, Ana Bogosavljevic, Sébastien Chabane, Emmanuel Fumeron
Création musicale : John Kaced, Jérémie Papin
Scénographie : Alice Duchange

Quand Le Parisien sert la soupe et crache dedans

EDIT 12H02 : je viens de voir que c’était un classement Voici et non Le Parisien. Ce qui finalement est bien pire sur la conclusion

C’est le megabuzz trash people putasserie (comme dirait Morandini) du matin : le classement des personnalités détestées des français. Et il est franchement étonnant. Tant sur les présents que sur les absents. On passera sur le fait que les 3 personnalités les plus détestées sont 3 musulmans.

Côté politique, on retrouve François Hollande, sans grande surprise, accompagné de son épouse et un peu plus loin Nicolas Sarkozy et la sienne, pourtant plébiscité dans les sondages d’opinion. Bizarrement, aucune autre personnalité politique ne remonte. Pas de Marine ou Jean-Marie Le Pen. Pas de Cahuzac, Woerth, Guaino ou autres mis en examen. Pas de ministre en exercice non plus, alors que les français disent exprimer « un ras le bol fiscal » dans les sondages. Et dans les politisables, aucune trace de Frigide Barjot, Dieudonné, Christiane Taubira, Manuel Valls ou Alain Escada.

Côté sport, on retrouve Franck Ribery, en lice pour le Ballon d’Or, qui admet souffrir d’une mauvaise image en France, mais aucun autre joueur français. Pas même Evra qui a pourtant été assez violent récemment dans ses propos. Pas non plus de Lilian Thuram qui règle ses disputes conjugales dans les médias. Et encore plus surprenant la 19e place est attribuée à… Yannick Noah, souvent nommé personnalité préférée des français dans le classement JDD/IFOP, et 10e cet été.

Et la comparaison ne s’arrête pas là. Gérard Depardieu est 46e personnalité préférée des français et 9e la plus détestée. Alain Delon est quant à lui respectivement 48e et 7e. Encore plus étonnant Laurent Ruquier est 46e et 16e alors qu’aucun de ses chroniqueurs n’est cité, pas plus que Eric Zemmour. Et aucun autre polémicien.

Le Parisien oublie de donner sa méthodologie. Pour le JDD, IFOP est très clair sur la méthode

Vous allez voir une série de 50 personnalités françaises. Nous aimerions savoir quel(le)s sont, parmi les suivant(e)s, les dix Français(es) qui comptent le plus pour vous aujourd’hui, et que vous trouvez les plus sympathiques.
1) Pour chaque personnalité qui va s’afficher, merci d’indiquer si vous considérez qu’elle compte et/ou que vous l’aimez bien ou si vous ne l’aimez pas (ou que vous ne la connaissez pas).
2) Parmi les personnalités que vous avez retenu comme étant des personnes qui comptent pour vous ou que vous aimez bien, quelles sont les dix qui comptent le plus pour vous ou que vous aimez le mieux ?

Ainsi les gens ont le choix entre une liste prédéfinie de personnalités. C’est à dire que le JDD choisit lui même les 50 personnalités, et demandent aux gens de voter. De fait, le classement est biaisé. Et il y a fort à parier que Le Parisien a fait de même, avec sans doute une liste de plus de 20 personnalités et une question genre « Qui vous agace le plus ».

Et quand on regarde la liste, ce qu’on peut noter c’est que les deux premières, Zahia Dehar et Nabilla Benattia ont un peu le même profil : deux filles parties de rien qui ont réussi grâce à leur corps, d’abord avec la prostitution puis avec leur image. Et elles ont bénéficié du peu ramdam (c’est le mot français pour buzz) médiatique. D’ailleurs dans la liste on retrouve aussi Léa Seydoux dont on a longuement parlé sur les réseaux sociaux pour sa présence médiatique à outrance. Et c’est finalement le cas de tout ceux qui sont cités. Ainsi les français sembleraient sanctionner non pas des personnalités qu’ils ne connaissent pas mais bien leur présence médiatique. Sauf que…

La présence médiatique comme son nom l’indique, vient des médias. Que Le Parisien est un média. LeParisien.fr a 3230 résultats sur Nabilla, 8030 sur Zahia (6040 sur Frigide Barjot, 286 000 sur Nicolas Sarkozy). Et le journal, comme ses confrères, s’est largement fait l’écho de ces personnalités dont il s’est servi pour écouler des tirages ou faire des pages vues sur son site internet pour vendre un maximum de publicité. C’est pourquoi le classement est doublement faussé. Et sans doute que la question aurait du être :

Parmi toutes ses personnalités dont on vous a boursouflé le cortex pendant l’année qui vient de s’écouler, lesquelles vous on le plus énervé ?