Bérengère Krief au Grand Point Virgule

C’est la meuf du mec de Bref. Enfin dans Bref. C’est le plan cul du mec de Bref pour être exact. J’aime plutôt bien le personnage, j’avais bien aimé Kheiron, j’en avais entendu du bien, alors j’me suis dis: allons voir Bérengère Krief. Je me parle en effet au pluriel.

bereng[1]

Fraîche et moderne, girly et universelle, Bérengère Krief fait rimer cupcake et politiquement incorrect. Un one-woman-show où Jeanne d’Arc croise Batman et Freud côtoie Ribéry. Enfin c’est ce que raconte le résumé du spectacle. Il est vrai que son spectacle est girly. Très girly. Trop girly. Il s’enferme rapidement dans les clichés et les images faciles de vies de trentenaires parisiens à coup de kilos en trop, de Nutella, de robe de petits mensonges, de relations, d’amis… La succession est plus drôle sur la forme que donne Krief à ses personnages qu’à ses textes qu’on oublie rapidement.

Je n’ai pas tellement saisi si je suis totalement à côté de la cible et qu’il faut être une fille ou un petit couple parisien pour adhérer totalement où si le spectacle est un tantinet raté sans jamais être mauvais. Raté pas parce qu’il n’est pas drôle, parce que j’ai moi même ri, mais parce qu’il n’en reste pas grand chose à la sortie. Disons que je suis resté sur ma faim entre la formidable comédienne qu’est sans doute Bérengère Krief et son spectacle qui ne m’a pas touché.

Il aura 9 ans

Je me rappelle de son premier regard. Je n’étais pas revenu ici depuis un an. Peut être deux. Au hasard des rencontres, quelqu’un m’avait dit : « Si vraiment ça t’intéresse tu peux venir les samedis. Une ou deux fois par mois par exemple ». Alors je suis revenu. Officiellement, parce qu’on me l’avait demandé. Au fond, pour moi. Et un peu pour elle.

Il était assis sur une chaise semblant ne rien attendre du tout mais avec un sourire ineffaçable au milieu du visage. Il me prêta le livre qu’il avait dans la main et me donna son nom. Enzo. Visiblement il n’avait pas le droit d’être là puisqu’on le fit rapidement partir. Mon contact me fit faire un tour du propriétaire. J’avais encore quelques bribes des lieux pour y être passé quelques fois. En fait si je devais être honnête, j’ai des souvenirs très précis de mon unique visite. Et c’est surtout parce qu’elle fut unique que j’eu l’envie de venir ici, comme pour dire « Voilà, tu vois, je suis là, j’ai le courage de venir ». Après un tour d’honneur où tout le monde me regarde, intrigué, j’ai eu le droit aux quelques règles primordiales ici : s’amuser et ne pas poser de question. Un bon programme. Simple.

Je n’ai pas revu Enzo ce jour là, et son livre est resté dans mon sac jusqu’au mois suivant. Quand je suis venu lui rendre, il était avec d’autres de divers âges, visiblement tous à l’aise avec les gens qui venaient épisodiquement les voir, pour un atelier théâtre, une animation de clown, une projection de film… N’étant spécialiste en rien, je faisais un peu ce qu’on me demandait. Au fil de mes visites, j’en ai appris plus sur l’organisation. Qui fait quoi, qui aime qui, qui est où… J’ai compris que s’il ne fallait pas poser de question, c’est parce que les réponses viennent sans qu’on les y attend. Un jour Enzo me dit qu’il avait 8 ans, plus de cheveux, mais toutes ses dents. Certains m’ont raconté comment ils étaient arrivés là, ce qu’ils y faisaient, le prénom de leurs amis, les bêtises de leur chat à la maison.

Enzo, jamais.
Pourtant à chacune de mes venues il était là, et si c’était des visites individuelles il demandait à ce que je passe le voir.
Un samedi, je suis arrivé et il n’était plus là. Il avait subitement disparu après plusieurs mois. J’ai appris qu’il était parti à Rouen pour se rapprocher de ses parents. Quelques semaines plus tard, il a envoyé une série de dessins dont un m’était destiné. J’étais à la fois content de l’attention et heureux parce qu’ici les gens partent toujours plus joyeux que quand ils sont arrivés.

S’en sont passés depuis, des samedis. Je me suis promené dans les alentours pour aller voir aussi des plus âgés, dont j’ai découvert la solitude. Bizarrement je n’ai jamais oublié Enzo, parce qu’il était mon premier nouveau souvenir ici. Je n’avais jamais eu de nouvelles de lui, et j’avais appris à ne pas en demander, jusqu’à ce soir.

La maladie qui l’avait poursuivi pendant visiblement longtemps a eu raison de lui et l’a emporté peu après Noël. Je l’ai appris brutalement, deux jours après.
Je suis resté stupéfait, seul à côté de mon téléphone. J’ai cherché son dessin, enfouit quelque part dans ma boite à chaussures qui sert de boite de Pandore pour souvenirs. Il était là, comme s’il attendait que je le sorte un jour. C’était un peu mon doudou à moi.

Je n’ai pas su comment réagir. Alors j’ai écrit. Et puis j’ai décidé de le publier… Parce que j’ai appris qu’il y avait trop d’Enzo. Que personne ne pourrait jamais leur rendre hommage. Que rien ne pourra faire changer les choses. Mais que j’ai peut être été plus utile pendant ces quelques mois avec lui et les autres, que pendant tout le temps que je peux passer à écrire des âneries.
Alors c’est mon petit hommage à moi. Ma pensée dans mon coin. Pour Anne-Sophie. Pour Enzo. Pour les autres.

J’aurai sans doute oublié ce passage dès demain quand je raconterai tout et n’importe quoi. Mais dans ce moment où je donne un autre sens au mot « relativité » d’Einstein, j’ai envie de me rappeler à quel point les Enzo m’ont appris sur moi et sur la vie pendant cette année.

Alors je pense à lui. Lui qui aura 9 ans. Toujours.

Virgin Radio : Mø

Elle s’appelle Mo, ou , si on prononce le O barré de son petit nom à deux lettres qui est en fait l’acronyme de Karen Marie EUrested, son vrai nom. Comme son o diacrité l’indique, elle nous vient des pays nordiques et plus particulièrement de Odense au Danemark. Vous l’avez peut être déjà entendu parcequ’elle était la joli voix chantante du Dear Boy d’Avicii à la rentée.

Eh bien, après quelques collaborations, la voila partie pour son projet solo.

Alors à quoi ça ressemble Mo ? Eh bien ça s’inscrit dans cette fameuse mouvance electropop new wave qui a fait apparaître le mot “ethéré” dans toutes les chroniques musicales de la fin d’année, quelque part entre London Grammar et CHVRCHES.

Laconique mais pas nostalgique, énergique mais sans rage, sensuel sans excès, soul mais sans tic vocal, Mo donne envie de bouger tendrement ou lentement

Elle est également la petite protégée de Diplo, un des gros noms de productions pop de ce début de siècle, plus connu récemment pour être le binome de Switch dans Major Lazer. C’est d’ailleurs lui qui a produit XXX 88 qu’on va écouter, où on étend très clairement sa patte dans les sonorités et le traitement des mélodies.

Bikini Daze, son premier EP est sorti cet hiver chez Jive Epic. Il comporte 3 autres titres beaucoup plus synthpop qu’electro :
– Never Wanna Know, balade vocale qui peut faire penser parfois à Lana Del Rey
– Dark Night petit titre pop très influencé par Diplo
– Et surtout l’envoûtant et presque acoustique, Freedom que je vous invite à aller écouter.

On se laisse rapidement portée par la voix groovy et mielleuse de Meu, et on attend impatiemment son album qui devrait arriver en 2014.

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Chronique diffusée dans Le Lab sur Virgin Radio le 22/12/2013

Kheiron, (petit) prince du rire

J’ai toujours vu des spectacles exceptionnels à l’Européen. Je me rappelle encore la froide et terrible marche funèbre du piano de Soap&Skin et ses cris glaçants. Mais ce soir, c’est Kheiron et son micro qui sévissent sur la scène. Ils ne briseront pas ma règle.

kheiron

Kheiron c’est le mec de Bref. Pas LE mec de bref. L’autre. Bref. Issu du Jamel Comedy Club, Kheiron (c’est pas la première vanne du spectacle, c’est son vrai prénom), fait du stand up. Et il commence sur quelques blagues communautaires. Alors Kheiron serait il un cliché comme tous ces humoristes qui font les mêmes blagues sur les arabes et les cités ? Eh bien non.

En fait, Kheiron frôle toutes les ficelles faciles de l’humour actuel mais les évite au dernier moment. Pas question de faire une blague sur les habitudes des noirs ni de prendre un cliché du quotidien pour faire marrer son public varié tant dans l’âge que dans les différences apparentes (y’a des vieux, des arabes, des noirs et des pédés pour être clair). Il raille les gens qui arrivent en retard, interpelle une femme, puis un couple au hasard pour les faire se dévoiler. On sent que Kheiron a à coeur de partager et pas seulement de se produire devant les quelques centaines de spectateurs présents. Il enchaine, sans pause, sans aucun effet de mise en scène (à l’exception d’une chanson pour débuter et une pour finir) avec pour seul arme sa présence, son charisme et ses textes.

Peu à peu on ne sait plus si Kheiron est dans ses écrits ou s’il improvise. A la fin, il annoncera que chaque personne qui a laissé son e-mail sera invitée à vie à son spectacle et pourra le revoir pour comparer (Pendant Scriptum : Kheiron si tu me lis, j’ai oublié de mettre mon e-mail, fais pas ta pute, file moi une carte à vie. Merci.).
Et non seulement le spectacle devient rapidement drôle, malgré quelques facilités (sur Frederic Mitterand par exemple), mais surtout il est intelligent. Pas l’intelligence des mots d’un Desproges. Pas l’intelligence absurde d’un Dupontel. Pas l’intelligence grotesque d’un Coluche. L’intelligence de Kheiron. Celle d’un mec qui se livre pudiquement sur scène. Il commence le spectacle en parlant de la fausse couche de son ex femme au travers d’une blague horrible. Il reviendra par la suite sur ce début qui donne le ton en faisant réfléchir le public sur le fameux « peut on rire de tout ». Pourquoi une fausse couche serait elle plus ou moindre drôle qu’une blague sur les gros ?

En ça, il devient touchant et percutant. En somme, Kheiron montre son cul pour mieux cacher son coeur. Il rigole de tout pour ne pleurer de rien. Et si l’humour est un signe d’intelligence, Kheiron est un génie.

Réclame

Kheiron joue jusqu’au 4 janvier à l’Européen (grouille toi donc)

Ben au Point Virgule

J’ai découvert Ben il y a quelques temps à l’occasion de l’une de ses chroniques sur France Inter. Je suis récemment tombé sur son affiche disant qu’il jouait au Point Virgule, alors j’ai décidé d’y aller. Mon raisonnement se tient.

Ben propose un spectacle un peu étonnant, où il est à la fois acteur et commentaire de son show. Frôlant toujours les limites de l’absurdité, il enchaine les vannes (qu’il assume parfois être pourries) et les petits sketchs sans rapport. Sauf que rapidement, on a l’impression que son côté commentateur de l’absurde cache un texte pauvre et peu travaillé, et qu’il a décidé de raconter son show parce qu’il n’avait pas d’inspiration. Peut être parce qu’il a vraiment écrit son spectacle un lendemain de cuite comme il le raconte. Il est en tout cas bien loin de ses humeurs et de son humour distillés sur France Inter.

Peut être qu’il lui manque tout simplement une mise en scène, ou un auteur qui donne un fil conducteur à tout ça, mais il manque réellement quelque chose à Ben que son one man show soit du niveau des grands sortis du Point Virgule. Et quand on sait qu’il est managé par Harry Tordjman, le grand manitou des « mecs de Bref », on se dit qu’il doit avoir des ressources à dispo. A suivre donc !


Le billet d'humeur de Ben par franceinter

Michael A Poem

Poème écrit par JM Barrie pour Michael qui n’avait pas encore 6 ans.

Michael
A Poem

Leinster Corner
Lancaster Gate, W.
7 jan 1906

A’s any Asses that don’t love my Mick,
B’s what I fling at them, namely a Brick,
C’s Combinations, with Michael inside,
D’s Normandy’s Dives where he once did reside.
E’s Evian water, his favourite drink,
F is his Friend, who is that, do you think ?
G stands for George, his elderly brother,
H for 14 and 2, that alarmed his mother.
I stands for Imp, whch applies to the lot of you,
J is for Jack, who is sometimes too hot for you.
K is for Kads who don’t do as you wish,
L’s the eeL caught at Dives when we went out to fish.
M’s your dear Mary, who’s always awake,
N’s Nick, who’s your sweet mother’s smallest mistake.
O’s the Oil you are told for to take like a man
P stands for Peter, and Peter for Pan.
Q are the Questions Mick asks for to pose me,
R my Replies, which are vain, for he knows me.
S stands for Sylvia, Michael’s delight;
T is his Tu’puenny when tucked in at night.
U is U silly who are reading this letter,
V is your Vanity, you couldn’t do better.
W’s old Wilk, who is still trouncing boys,
W is the X’s sent Lick with his toys.
Y is the Yawns I give till we meet,
Z are the Zanies who are not at his feet.

J.M.B

michael
Collection Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale University

Ma visite à André Breton

Je sortais d’un spectacle, c’était un dimanche un peu gris comme je les exècre. De passage dans le XVIIème, je passe à côté du cimetière des Batignolles. J’en profite pour claquer la bise à Paul Verlaine. J’aime bien ça. Ça a finalement peut d’intérêt, ça pourrait être le tombeau de n’importe qui, malgré les quelques fleurs supplémentaires qui l’ornent mais ça me donne l’impression d’être un lui, d’être avec le mec des livres, celui qui m’enchante. Celui qui a connu Rimbaud aussi. Comme disait Brassens, son caveau est plein comme un œuf. Mais Verlaine est là entre ses deux parents et son fils, recouvert d’une pierre pleine d’écritures. Non loin de lui repose Blaise Cendrars sous une lourde croix de pierre où est sobrement écrit « Famille Lamberjack ».

Breton[1]

Après un rapide tour, je m’apprête à partir quand je vois écris sur une banale et morne tombe « André Breton ». Ça n’a rien d’amusant mais ça m’amuse de voir cet homonyme. Puis à quelques mètres de là apparaît le nom d’un autre poète surréaliste, Benjamin Péret. Je prends le temps de vérifier et Google m’apprends qu’en effet, les deux chefs de file du surréalisme morts respectivement en 1966 et en 1959 sont inhumés à quelques mètres l’un de l’autre ici, entre un stade, le périphérique et le lycée Balzac (qui lui dort tranquillement au Père Lachaise).

De fait j’en ai profité pour taper une causette intérieure où on se rappela Duchamp, son exil à New York pendant la guerre et sa théorisation de tout un tas de théories. Péret ne devait pas être là. Ou il écoutait sagement. J’aurais aimé avoir un manifeste du surréalisme pour lui faire expliquer quelques passages, ou comprendre le pourquoi de certaines photos de Nadja. Je me suis contenté de mes réflexions intérieurs et de mes souvenirs de lectures émues.

Je suis parti avec le jour, heureux comme après la rencontre fortuite d’un ami de longue date dans la rue à qui on avait beaucoup de choses à dire. J’aurais appris qu’André Breton repose en paix et bien accompagné. Et j’espère que depuis 1966, il a trouvé l’or du temps…