Will the real Slim Shady please stand up ?

Cher Slim,

pas plus tard que y’a quelques jours, je suis passé te voir au Stade de France. Il faisait beau et t’avais amené Earl, Tyler et Kendrick dans tes bagages. J’ai trouvé ça assez cool pour sortir ma grosse influence et mendier une place pour éviter de payer tes 80 balles. J’me suis bien marré avec le duo Earl/Tyler même s’ils galéraient à tenir un Stade qui s’en battait les couilles. Même Kendrick et son tube NRJ n’aura pas réussi à faire monter la sauce avant toi. Après un apéro cool, v’la que tu pointes ton ptit cul de babtou sur une scène désespérément vide. Un écran à la con, deux musiciens plus ou moins live et un gros back de batard. Pas grave. T’es là. Le public gueule. Et moi chuis content.

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Pas plus tard qu’à la fin du siècle qui commençait encore par un 1 (1999 en fait) j’ai découvert les saloperies que tu gueulais dans un mic avec ton légendaire flow servant des textes d’un génie jamais égalé dans le rap. Tu vois, en quelques mois je connaissais ton album par coeur et, t’as quand même la classe, j’avais des photos de toi que j’avais collé dans mon agenda. Je crois que j’étais un peu fan en fait. Je connaissais par coeur les paroles de My name is à Still don’t give a fuck. Pis c’et un peu grâce à toi que j’ai découvert Curtis Mayfield. Alors tu penses bien que j’me suis déchainé sur Marshall Mathers et sur le Eminem Show. J’étais peut être pas ton plus grand fan, je connais peut être pas le son que t’avais fait avec Skam, mais j’avais une vraie fascination pour ton bordel.

Alors pas plus tard que quand je suis sorti de ce putain de Stade (comme dirait Sirkis) j’avais envie de te botter le cul. Sérieusement mec… Que tu te mettes à passer sur les grosses radios grâce à des feats avec des meufs sur lesquelles t’aurais chié y’a encore 10 ans passe encore, j’imagine que c’est ça la maturité, mais que tu te pointes à Paris pour faire 28 titres et seulement UN SEUL en entier je dis non. Mec, comment tu peux faire qu’un seul couplet de Stan, couper My name is en plein milieu et pas faire le dernier couplet de Real slim shady ? Alors ouais j’imagine qu’il fallait faire tenir un max de tubes tout en collant les dernières bouses chantées avec une choriste qui ne cache même pas le fait qu’elle mime le playback de Rihanna… Mais putain Slim, t’as laissé tes couilles dans ta caravane de Detroit ? Ta fierté a fait faillite en même temps que ta ville natale ?

J’étais content de te voir cette semaine Marshall. Ca fait zizir tu vois de me dire qu’en 2013 j’peux venir te voir comme ça, gratos, genre on est un peu pote quoi (ou presque). Parce que quand j’avais 15 ans et que t’avais mon âge, bah c’était un peu un rêve de te voir en vrai. Et puis c’est vrai que j’ai bien gueulé pendant I just don’t give fuck, White America, Criminal ou Without me. Ca m’a rappelé mes longues écoutes sur mon poste dans ma chambre. Mais franchement Slim, tu m’as frustré autant que tu m’as comblé. J’imagine que c’est ça de vieillir : voir ses anciennes idoles refaire des tournées sans trop d’envie et sans la verve d’antant… Enfin bon, je t’en veux pas. T’as été un génie, et tu le restes pour moi.

Sincerely yours,

Benjamin

PS : Tu sais quoi ? Si j’ai une fille, je l’appellerai pas Bonnie.

Publié sur LeTransistor