Journée Pascal

Pas plus tard que ce matin, Georges Moustaki est mort. C’est triste. On ne peut pas le nier, perdre un grand artiste français est triste. Même si pour ma part je ne connaissais que quelques chansons. Alors sur les réseaux sociaux d’abord, puis un peu partout, les communiqués, les e-larmes et autres hommages pleuvent comme s’ils en pleuvaient. Les twittos parlent du meilleur chanteur de tous les temps (jusqu’au prochain mort) et les politiques trouvent des adjectifs non utilisés pour les 10 dernières morts artistiques. Et lisent deux trois fois la bio Wikipédia au cas où on leur poserait une question. Éventuellement ils s’inventent une anecdote à raconter. C’est bien les anecdotes.

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Au milieu de ça, le médiatique Pascal Nègre jamais avare d’un petit mot, fait son RIP de circonstance et annonce maladroitement -comme quelques jours auparavant avec Dutilleux- que le catalogue de Moustaki est chez Universal.

Twitter s’indigne.

Pourtant, il semble évident que jamais un tweet de Pascal Nègre ne fera vendre un album. Pire, les tops albums post-mortem montrent que le public achète, de facto, en masse les œuvres des artistes après leur disparation (il suffit de voir les ventes de Michael Jackson ou d’Amy Winehouse). Et quand bien même. Oui. Quand bien même Pascal Nègre afficherait sur Twitter quelques heures après l’un mort d’un de ses artistes qu’il vend ses albums. Quel serait le problème ? Il est chef d’une entreprise dont c’est le métier. Alors oui, on pourrait parler de morale, d’éthique, de conscience. Sans doute.

Mais quelques heures avant lui, nombreuses publications ont eu lieu sur plusieurs sites internet de grands médias avec la mention « Plus d’informations à venir » ou avec un article d’une ligne. Dans le but d’informer ? Non. Dans le but d’avoir la première page annonçant la mort de Moustaki, dans le but d’être numéro 1 dans Google, dans le but de drainer du trafic, dans le but d’avoir de plus grosses statistiques mensuelles, dans le but de vendre plus des publicités plus chères. En voila une pratique morale, éthique, consciencieuse.

Puis arrive l’indignation sur Twitter. Ceux qui se sont auto proclamés influents et de gauche et qui tapent sur tout ce sur quoi il fait bon taper. Les mêmes qui ne sont pas avares d’un bon jeu de mot pour obtenir quelques RT et faire croître leur e-influence. Les mêmes aussi qui tapinent auprès d’une agence pour une place de concert et suce les attachés de presse pour un DJ set cannois. Parfois même, confession entendue, pour des artistes dont ils n’ont jamais entendu parler ou qu’ils n’ont jamais écouté. Simplement parce que c’est cool et hispter d’y être. Les mêmes influents qui, dans leurs blogs ou leurs médias, surfent sur tous les ramdams journaliers afin de rameuter foule autour d’eux et de se donner un peu plus d’importance. Pour se vendre. Mais ça c’est pas choquant.

Et la machine dite médiatique s’emballe, pour reprendre un poncif du milieu.. Des médias qui font de l’actu avec des réactions à des réactions. Le Huffington Post qui écrit que « Pascal Nègre surfe sur la mort de Moustaki pour faire la promo d’Universal » mais qui surfe sur la polémique sans que, pour le coup, ça ne semble gênant. Puis arriverons les hommages radiophoniques et télévisuels qu’il fera bon de regarder pour être dans le coup. Et on dira qu’on est ému. Qu’on a vu son dernier concert. Qu’on a adoré son dernier disque… Chacun ira de son personal branling, jusqu’à ce journaliste de RTL annonçant fièrement que l’agent de Moustaki lui a confirmé à lui personnellement que Georges était mort. A 4H50.

Et ça sera au tour des nécros déjà prêtes depuis des semaines, voire des années, les quadruples pages dans Match avec témoignages d’une ex femme, d’un ami et d’un voisin. On trouvera ça émouvant et magnifique. On dira que ce sont des hommages fantastiques, oubliant que les torches cul font ça que pour augmenter leurs tirages en espérant vendre quelques pubs en plus pour retarder la mort probable de leur business.

Et moi je pense à mon ami Thierry Cadet, qui a monté le Prix Georges Moustaki, qui l’a remis 3 ans de suite à Melissmell, Vendeurs d’Enclumes et Askehoug sans que jamais un pseudo influent ne bouge son cul pour en parler. Jamais. Pas un seul article chez Emery Doligé qui s’est pourtant soudainement découvert une passion pour Moustaki. Toutes façons on s’en fout, c’est bientôt au tour d’Aznavour et de France Gall.

Post scriptum

J’ai chourré la photo. Fuck HADOPI.

Initialement publié sur LeTransistor

Lettre ouverte à Christine Boutin

Boutin1-200x300[1]Je ne vous aime pas Christine Boutin.
Je me rappelle avoir entendu parler de vous pour la première fois en 1998. J’étais devant ma télé en train de zapper. Vous aviez les larmes aux yeux. Vous étiez énervée. Moi j’avais 13 ans et je ne comprenais pas trop pourquoi. J’avais du mal à saisir l’entièreté du débat sur le PACS. Je trouvais ça normal qu’un garçon puisse s’unir avec un autre garçon. C’était mon rêve à moi, d’avoir un amoureux, comme les gens de ma classe avait une amoureuse. Je me rappelle des mots que vous aviez eu. Je me rappelle que vous trouviez que ce n’était pas dans la norme, l’homosexualité. C’était la première fois que je mettais un mot sur des désirs qui jusqu’ici ne me posaient ni problème ni questionnement. C’est à cause de vous que j’ai commencé à me poser des questions sur ma normalité. C’est à cause de gens comme vous que je n’ai jamais osé aborder un garçon pendant 20 ans. C’est à cause du comportement des gens qui veulent protéger la société que je m’en suis exclus. Que je m’y suis perdu, comprenant que je n’y avais pas vraiment ma place. Preuve en était : je ne voyais pas autour de moi des garçons qui aimaient des garçons. Je me suis senti seul. Mal aimé. Sans amour. Différent. Je n’ai même pas été amoureux. J’en n’avais pas envie.
J’ai pleuré.

Où placera-t-on la frontière, pour un enfant adopté, entre l’homosexualité et la pédophilie ?

Je ne vous ne vous respecte pas Christine Boutin.
Vous refusez le progrès, cachée derrière votre Bible, et allez à l’encontre de toute évolution. Dieu n’a pas créé Adam et Eve. Dieu a tout au plus tenté comme La Fontaine de créer des fables et des paraboles de manière à ce que n’importe quel abruti dans votre genre puisse les comprendre. Mais c’était déjà trop compliqué pour vous. Vous vous attelez, selon vos mots, à « respecter la dignité de toute personne humaine » en refusant aux femmes le droit de garder un enfant ou non, et aux humains le droit de mourir quand ils le souhaitent. Vous refusez l’égalité, valeur pourtant républicaine, aux personnes ayant une sexualité différente de votre conception rigide pour d’obscures raisons religieuses, oubliant que l’Eglise n’est plus liée à l’Etat depuis plus d’un siècle. Je vous ai entendu parler de « guerre civile » de « couleur d’étoile » allant jusqu’à défiler aux côtés du Front National. J’ai eu votre vomi médiatique sur les pieds pendant des mois. Vous qui avez été administratrice de l’Association Nationale de la Justice Réparatrice ne serez jamais en mesure de réparer ce que vous avez commis. Vous avez banalisé l’homophobie et le rejet des sexualités qui n’étaient pas dans votre norme. Vous avez créé le terreau nécessaire à la haine de l’autre, alors que votre religion prône l’amour et le respect. Vous avez offensé des millions de français, vous avez choqué des millions d’adultes, vous avez rabaissé des millions d’adolescents fragiles, enfermés dans leurs chambres comme moi je l’étais en 1998.
J’ai lutté.

Qu’est-ce que l’homosexualité, sinon l’impossibilité d’un être à pouvoir atteindre l’autre dans sa différence sexuelle ?

Je vous emmerde Christine Boutin.
Toute votre carrière n’a été qu’une suite de propositions sociétales moyenâgeuses. En préférant réagir constamment avec vos émotions, vous dégradez la classe politique. Vous encouragez des manifestions inutiles, refusez de condamner des violences et des débordements quand ils sont le fruit de votre camp et vous permettez de commenter l’actualité en parlant de la même façon que vous pensez. Comme cette remarque à Angelina Jolie que vous accusez de vouloir devenir un homme alors qu’elle raconte, non sans émotion, avoir subi une double mastectomie pour éviter un cancer du sein. Je ne sais pas si vous êtes profondément dénuée de toute intelligence, auquel cas je trouve affligeant que vous ayez occupé de si hautes fonctions, ou, si vous êtes vraiment capable de comprendre la portée de ce que vous racontez, auquel cas je trouve affligeant que vous ayez occupé de si hautes fonctions.
J’espère que vous n’aurez plus jamais de mandat électoral. J’espère que les français auront compris la dangerosité des personnes comme vous, dont le seul mérite par rapport à vos collègues est de ne jamais avoir été condamnée. Parce que vous êtes exactement l’opposé de ce que vous déclarez être. Vous n’êtes pas une chrétienne, sans quoi vous défendriez l’égalité des êtres et le respect de chacun. Vous n’êtes pas non plus une humaniste puisque vous refusez la liberté de chacun et la capacité des Hommes à faire leurs propres choix en imposant les vôtres. Vous n’êtes que la continuité de mouvements intégristes religieux.
Et nous les vaincrons.

On construit l’avenir sur la force de son Histoire.

Initialement publié sur Megaconnard

Le Petit Oiseau Blanc

S’il est une oeuvre méconnue dans l’univers de James Matthew Barrie c’est sans doute The Little White Bird, publié parfois avec le sous titre Adventures in Kensington Gardens.
Il est fascinant parce qu’il est à la fois auto biographique dans l’amitié entre l’homme et le garçon qui n’est pas sans rappeler la relation Barrie/Llewyn Davies, mais aussi parcequ’il est l’une des premières oeuvres qui sort de l’imaginaire profond de l’auteur de The Little Minister. L’homme se fait appelé capitaine W et a un chien qui s’appelle Porthos. Comme le chien de Barrie donc.
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L’oeuvre m’a particulièrement marqué ce week-end en me promenant à Kensington Gardens. Malgré la statue de Peter Pan qui trône à côté des jardins anglais, mon habituel pelerinage m’a en réalité largement rappelé cette série d’histoires, notamment en marchant sur la Baby’s Walk. Parce que le Petit Oiseau Blanc est en fait une réelle invitation au voyage dans les allées des jardins…

On retrouve tout ce qui fait Barrie dans le livre. On le sent à la fois lunatique et changeant dans ses humeurs et ses jugements des autres, sentimental et parfois absurde et ridicule. Barrie passe du victorien modèle au petit garçon navrant qui subit les jardins en espérant revoir ce David qui ne lui appartient pas. Et il sait qu’il le perdre un jour. Parce qu’il grandira.
Le tremplin à Peter Pan est là. Pas seulement parce qu’il y a 4 chapitres au milieu du livre sur lui, un peu perdus d’ailleurs, comme si elles étaient des histoires racontées à David, mais surtout par cette phrase de Peter à Wendy :

I want always to be a little boy and to have fun. So I ran away to Kensington Gardens and lived a long, long time with the fairies.

Les chapitres seront finalement publiés seuls avec des illustrations d’Arthur Rackham en 1906, tout juste entre la première de Peter Pan et la sortie du roman Peter and Wendy. Ainsi, bien avant Neverland il parlait déjà aux fées et connaissait une fille prénommée Wendy.

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Être dans les jardins de Kensington en relisant The Grand Tour et en regardant sa carte ramène 115 ans en arrière, et on s’imagine à la place de Barrie admirant les nurses et les poussettes passant le long du Baby’s Walk. J’ai tout de suite reconnu The Pound Round ou le Faries’ Winter Palace. Et j’y ai passé quelques heures à méditer…

Le texte est librement disponible ici