Branlez vous en silence

J’adore me branler. C’est une façon comme une autre de se faire plaisir, tout seul, sans faire chier personne. Une façon d’avoir une relation sexuelle sans relation. En mode Michel Desjoyaux. En solitaire.

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Mais à Paris se pratique un onanisme particulier. Il est à la fois public, collectif et intellectuel. Je ne parle pas des tournantes partouzardes de Beauvoire avec Sartre, Deleuze, Foucault (Michel, pas le wanabee millionnaire) ou Glucksmann et ses after sex germanopratins. Non, ceux là on fait la littérature d’hier qui fait la culture d’aujourd’hui. Je parle plutôt de ceux qui saccagent la culture d’hier pour en faire l’inculture de demain. Ces pseudo intellectuels auto proclamés génération Y, influents et/ou journalistes dans des canards qu’ils ne lisent qu’entre eux et dont on ne connait même plus le nom passé les boulevards maréchaux. Ces gens là se réunissent dans des endroits non tenus secrets tels que le Social Club, le Wanderlust ou le Silencio dont on se demande vraiment ce que le nom du pauvre David Lynch vient faire là.

Dernière autophilie collective en date : Orties. Si vous habitez à plus de 300 mètres de la rue Oberkampf, nous n’en avez sans doute jamais entendu parler.
Delcourt des Inrocks parle du « premier disque du genre à s’aventurer aussi loin dans les divagations gothiques » et de « force destructive ».
Vernay de Fluctuat les décrit comme un « arrogant ego-spleen de banlieue ».
Mafrouche de Plugged imagine une « confrontation […] à la dure réalité de notre siècle ».
Truchot de Technikart voit carrément une sextape (du nom de l’album) qui fait « mouiller » et qu’il trouve « excitant », mauvais calembours filé sur la longueur de son article où il écrit 40 mots sur les 3 paragraphes imprimés, qui ne valent néanmoins pas Hanak de Chronicart, sorte de Kev Adams du journalisme musical, qui titre « Deux doigts dans le culte ».
Même l’auto proclamé référence du rap français Cachin se laisse frétiller la queue en regardant la pochette tandis que Majirus du je cite avec des pincettes « magazine en ligne référent sur la musique » Dum Dum sert la soupe à l’Orties pour suivre la tendance.

Outre leur tendance commune à faire des jeux de mots à mi-chemin entre Bernard Montiel et Christophe Dechavanne, ces mondains musicaux ont tous la même passion pour ce qu’ils appellent les découvertes (appelé « buzz » par les pauvres et « groupes en développement » par les pros). A tour de bras, on balance au milieu de torches culs -tellement illisibles, ciblés et cryptés qu’on se demande encore pourquoi on se demande encore pourquoi personne ne les lit- des dizaines de groupes qu’on a vaguement vu autour d’une bière à l’International ou qu’un pote manager a retweeté. Parfois même sans l’avoir écouté (je n’invente rien, c’est une des personnes citées qui me l’a dit…). Et sur la centaine de groupes balancée il arrive qu’un marche. QU’IL FASSE LE RAM DAM TWITTER D’UNE JOURNEE. Et là, gloire à celui qui en aura parlé en premier. Je me rappelle un journaliste radio tweeter qu’il avait été le premier à parler de Carbon Airways, lors de leur signature chez Universal Publishing. Je me rappelle aussi ce rédacteur en chef dit connu se vanter d’avoir parler de Fauve « dès leur début ». Si je n’ai cité que ces deux exemples, c’est parce que je sais que sur ces deux projets, nous en avions parler très en amont. Bien avant que la sphère influente s’accapare ses projets et appuie sur le bouton « En faire un groupe cool ». On s’en fout. On n’est pas là pour ça.

C’est présentement le cas d’Orties qui avait atterri à deux reprises dans ma boite email, la dernière fois au début de l’hiver, mais qui tourne sur internet depuis déjà un long moment. J’avais trouvé ça vulgaire et chiant. Il est vrai que je peux comprendre qu’on puisse se branler sur deux jumelles vulgaires qui miment à demi-doigt des actes sexuels, mais je préfère le charme de YouPorn et consorts qui ont l’obligeance de ne pas infliger des bandes sons dégueulasses. Parce que musicalement Orties ne vaut guère mieux que leur nom. Du sous Sexy Sushi qui se prendrait au sérieux. Claviers vomitifs, prods aussi plates que les interprètes, le tout couvrant un flow aussi mou que ma bite en voyant leur pochette voulue provoquante, qui sert des paroles crues et sans fond : « On s’en bat la race, on écoute du Balavoine, Paname c’est trop de la balle, j’ai glissé sur une peau de banane ».

Mais tel est le génie d’Orties. Provoquer et gêner les bobos médiatiques pour provoquer leurs réactions et les faire crier au génie en utilisant tous leurs codes : l’apparence, le cul et la forme. Les Orties ont beau brailler leurs références à Taxi Girl (Daniel Darc a préféré mourir que de continuer à entendre ça), leur projet sonne aussi creux que faux. Le duo se targue même de faire du féminisme en sortant un clip aux paroles que même OrelSan n’aurait pas assumé. Et que la critique parisienne n’aurait sans doute pas encensé.

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Heureusement, fort est à parier que comme la plupart des micro ram dams (je ne sais trop où mettre les S à ces mots qu’on nous invente…) il sera oublié d’ici quelques semaines. D’autant sur sur scène les jumelles ressemblent plus à des pucelles sans expérience qui parle d’orgies à leurs copines de collège qu’à Miss Gang Bang ’74 racontant ses mémoires. Leur Sextape devrait donc subir le même sort que tous les ébats amateurs balancés sur internet : voir passer quelques branlettes et disparaitre.
Quant aux critiques parisiens, allez quoi, sortez vous les doigts du culte (ouais je chourre les vannes si j’veux) et la prochaine fois que vous avez des jumelles sous la main, servez vous en pour voir un peu plus loin que votre milieu aussi consanguin qu’une famille dunkerquoise.

Initialement publié sur LeTransistor