Nouvelles stars

Ça fera bientôt 10 ans que mes oreilles écoutent les potins parisiens dans des soirées à connotations people, cinéma ou musique. Ça fera bientôt 10 ans que mes papilles dégustent des petits fours au milieu de mondanités qui n’ont pour seul intérêt que d’y être vu. Ça fera bientôt 10 ans que mes mains tripotent les célébrités plus ou moins passagères des grands et petits écrans, des grandes et petites scènes, à grandes ou petites carrières.

Je me rappelle des premières stars que j’ai rencontrées. J’ai des souvenirs intacts de mes rencontres avec ceux qui ont été mes idoles. Je raconte encore avec émotions comment j’ai collaboré avec des gens qui m’ont donné envie de faire les différents métiers que j’ai pu exercer. De Tim Burton à Bertrand Cantat. De David Lynch à Laurent Boutonnat. De Johnny Depp à Mylène Farmer. De Maxime Le Forestier à Patti Smith. J’ai eu la possibilité en 10 petites années de rencontrer la quasi-totalité des gens encore vivants qui m’ont inspiré étant plus jeune. J’ai parfois le regret de ne jamais avoir pu photographier Michael Jackson ou serrer la main de James Brown. Mais qu’importe, j’ai pu voir, discuter ou travailler avec des gens dont j’aimais l’œuvre, le travail, l’art ou l’engagement.

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En arrivant à Paris, j’avais un album avec nombre d’autographes. C’était mon petit trésor. Des pochettes, des photos, des petits trucs pour moi, qui venaient de gens que j’admirais ou simplement parce que j’aimais ce qu’ils faisaient, ou simplement qu’ils m’avaient touché à un moment. Aujourd’hui, je ne saurais dire si je l’ai encore. Néanmoins, matérialiste, je l’ai remplacé par une grande boite à chaussures qui contient quelques set lists, des cartes postales, des bouts de pellicule, des feuilles de route et plein de petits trucs inutiles qui me rappellent certains moments de ma vie. J’ai avec chacun de ces objets une petite histoire personnelle, tout comme j’avais avec chacune de mes idoles une anecdote.

Je ne sais plus très bien à quel moment je suis passé du garçon qui posait avec Ludivine Sagnier à l’aftershow des César en regardant Danielle Darrieux au loin au mec qui peut passer une heure à discuter avec Bertrand Cantat sans même lui demander une photo. Simplement en étant heureux de discuter avec lui. La question m’est venue dans le métro alors que je lisais les messages qui s’affichaient sur Twitter et sur Facebook. Partout, nombre de mes contacts racontaient en direct ce qu’il se passait à la Nouvelle Star.

La Nouvelle Star. Un jeu télé qui, à l’instar de la Star Academy ou de Pop Star, semble par son titre dire que l’on veut un gagnant qui soit non pas un chanteur ou un artiste, mais une star. Comme si l’emballage était plus beau que le cadeau qui était dedans. Comme s’il était plus important de montrer à tout le monde qu’on a le plus gros et le plus beau cadeau sous le sapin, sans même savoir ce qu’il y a dedans. Et surtout en oubliant la valeur sentimentale et affective que le cadeau porte. Parce qu’un chanteur (ou tout autre artiste), comme un cadeau, véhicule un message, une émotion, une pensée. C’est un acte profond et intime avant d’être un objet avec une valeur.

Ceux que l’on appelait des vedettes avant, et des stars à l’heure des internets anglicisants ont toujours eu un rôle social. Elles font rêver et poussent l’imaginaire. Quel enfant des cours d’écoles primaires n’a jamais voulu être acteur de cinéma, chanteur, pianiste ou peintre ? L’art étant avant tout un plaisir et une expression, vouloir en faire son métier à l’âge du collège où l’orientation turlupine semble un bel avenir. Puis le lycée et la raison arrivant, les ardeurs se dissipent et seuls les plus motivés tentent leur chance. Une poignée y arrive. Une infime fraction devient des célébrités. Et pourtant, surtout depuis l’après-guerre et les médias de masse, chacun à avoir ses vedettes préférées, ces acteurs ou ces chanteurs qui font rêver, dans lesquels on se reconnait ou simplement qu’on trouve intéressants, beaux, intelligents ou talentueux.

Mais ça fait déjà 10 ans qu’on vit la télé réalité. Je me rappelle encore du tout premier Loft Story que je regardais dans ma chambre. J’étais lycéen. J’étais curieux. J’ai connu l’épisode de la piscine qui aura marqué le passage de la télévision aux années 2000. Depuis lors, chaque chaine de télévision surexpose les émissions de télé réalité et leurs participants afin d’exploiter un filon qui rapporte : des audiences qui font augmenter le prix du spot publicitaire à des annonceurs heureux des minutes de cerveau disponibles, des retombées médiatiques dans la presse people qui fabrique des célébrités dont elle manie facilement la « carrière », des licences musicales vendues des fortunes à des labels qui jouent le jeu de la peoplelisation pour maximiser l’exposition et vendre un maximum etc. Le système s’y retrouve. A moindre frais, on exploite des gens qui n’y connaissent rien et qu’on jettera facilement en leur faisant signer des contrats à la limite de la légalité pour palier à un système culturel en déclin dont on préfère détourner un public qui cède volontiers à la tentation de la consommation facile.
Ça va bientôt fait 10 ans qu’être une star c’est facile. Tout est facile. Alors que nos parents passaient au Juste Prix pour gagner une machine à laver, il suffit de passer dans un jeu télé avec des gros seins devant quelques millions de spectateurs pour être une star riche, connue et célèbre. A force de matraquage, les valeurs d’Endemol, Frementle et autre Banijay sont devenues banalités et il n’est plus choquant d’être une célébrité sans métier. Sans même être associé à un fait divers. Comme ça, juste en jouant à un jeu. Facilement.

Et ça fait déjà 10 ans que l’on diffuse ces valeurs stupides et simplistes. Elles sont également fausses, et cachent une vérité autrement plus inquiétante que l’on se garde bien de montrer aux adolescents qui envoient des SMS pour alimenter les caisses des chaines déjà remplies de contrats publicitaires juteux (90 000€ pour 30 secondes pendant une télé crochet sur TF1). Car il y a deux types, et seulement deux types de candidats à ces jeux télévisés. Ceux qui réussissent et qui font une carrière dont la majorité se situe aux débuts du système. Ils se comptent sur les doigts des mains d’une déesse indienne. Mais au-delà de la dizaine de Jenifer, Olivia Ruiz, Steevy Boulay et autres Julien Doré il y a la deuxième catégorie. Ceux qui ne réussissent pas. Parmi ceux-là on trouve ceux essayant de survivre sur le système en se prostituant à la première apparition télévisuelle proposée, qui montrent leur cul (et ce n’est pas qu’une image…) pour espérer qu’on parle d’eux dans des émissions qui tentent elles aussi de faire tourner le système en leur faveur. Cette période de purgatoire ne dure pas. Et comme toute drogue, c’est la descente qui est la plus dure. C’est évidemment pareil pour le mensonge affectif.

Devenir une star sans avoir un art à défendre, c’est offrir un cadeau vide. Ce n’est pas seulement malsain et malhonnête. C’est construire son existence sur une apparence et un mensonge. C’est prendre une attention, une affection et un amour rapide, facile mais aussi factice que temporaire. C’est vivre dans Matrix. Puis un jour la matrice s’arrête et la réalité revient. Les gens partent. Toujours. Forcément. Et on est seul. Toujours. Forcément. Puis on se rend compte que la célébrité n’aura non seulement pas combler le manque d’avant, mais qu’elle l’aura creusé.

Ça fera bientôt 10 ans que je rencontre des vedettes. Ça fera bientôt 10 ans que je vois des stars se créer devant mes yeux. Ça fera bientôt 10 ans que je vois des célébrités retomber dans l’anonymat. J’en ai vu des joueurs de télé vivre d’une pseudo notoriété et retourner travailler comme tout le monde. J’en ai connu des gloires d’antan vivant difficilement sur les droits d’un tube des années 80.

Ma rencontre la plus marquante restera celle d’un acteur qui, sans être devenu vraiment un proche est un ami lointain. Je me rappelle de cette soirée au début de l’hiver 2007. Il était en France pour accompagner le producteur de son dernier film avec la sœur de John Travolta. Après plusieurs jours, le film n’avait pas trouvé de distributeur et allait sortir directement en DVD. Son quatrième échec en tant qu’acteur en seulement trois ans. Lui qui revenait au cinéma après 10 ans d’absence. A seulement 23 ans. Il m’a raconté sa soudaine célébrité alors qu’il n’avait que 10 ans. Et sa première cure de désintox à 15 puis 16 ans, son mariage à 18, son divorce à 20, sa dépendance aux antidépresseurs et aux anxiolytiques et ses nombreux égarements. Il m’a raconté sa carrière, comment il avait connu tout Hollywood, le succès, la gloire. Et le vide. Le néant. Et les larmes aux yeux jusqu’à m’en faire pleurer il m’a expliqué ce trou béant affectif laissé par un père qui ne l’avait pas désiré puis qui avait vécu ses rêves à travers lui. Il m’a expliqué comment il avait tenté de combler ses manques. Par les excès. Par les rencontres. Des bonnes. Des mauvaises. Il m’a expliqué par des mots et des émotions que jamais je ne pourrai traduire comment la fin soudaine de sa célébrité avait détruit la notion d’amour chez lui. Je me rappelle simplement d’une phrase que j’avais approximativement traduite par « La vérité, c’est que jamais aucun public, aussi nombreux soit-il, ne remplacera l’amour que je n’ai pas eu de mon père ». Je l’ai revu à Paris avant l’été. Il devait faire à peine 45 kilos.

Ça fera bientôt 10 ans que je vis dans un système qui change la société. Ça fera bientôt 10 ans que je participe directement ou indirectement au système médiatique et culturel, à mon échelle. Ça fera bientôt 10 ans que ma position change, à mesure que je comprends ce que j’y vois. En ces temps où la valeur famille redevient une préoccupation nationale alors qu’elle semblait devenue désuète, on plébiscite des émissions et des personnalités qui vont à l’encontre même de l’équilibre et de la stabilité en prônant des valeurs fausses et biaisées. On tend à oublier que nos valeurs sont celles que l’on porte avant d’être celles écrites dans le Code Civil.
Ça fera bientôt 10 ans que je rencontre des nouvelles stars tous les jours. Ça fera bientôt 10 ans que mes nouvelles stars s’appellent Lilly Wood & The Prick, Ben Mazué, Cheers, Shaka Ponk, Skip the Use ou Le Prince Miiaou. Ça fera bientôt 10 ans que mes nouvelles stars sont Victor, Caro, Agnès, Paul, Laurent, Hugo, Anne-Lyse, Jeremy, Xavier et ceux qui m’accompagnent un peu tous les jours. Ça fera bientôt 10 ans que mes nouvelles stars sont celles que je choisis. Ça fera bientôt 10 ans que j’arrive à être heureux. Et c’est grâce à mes nouvelles stars.

Publié sur sur LeTransistor

Egalité pour tous

C’était un dîner mondain comme j’aime les éviter. Avec des gens comme j’aime les éviter, oscillant entre gauche caviar et droite assumée en fonction des sujets et de leurs consensualités. Y assistaient une célèbre porte parole d’un désormais célèbre mouvement, son mari, un député ni de gauche ni de droite, un animateur du petit écran, un lobbyiste, un assistant parlementaire et deux autres personnes que je ne connaissais pas.
On y parlait de sujets sans grand intérêt qui me passionnaient comme le PIB de la Corée du Nord passionne Liliane Bettencourt après ses speculoos du quatre heures. On y débattait de taxes, de TVA et de divers trucs qui semblaient intéresser les convives, quand soudain (et j’utilise le mot soudain pour démontrer la soudaine soudaineté de la situation) une personne que je ne nommerai pas pour éviter qu’elle se reconnaisse encore plus me dit : « Bah tiens Benjamin, toi qui est… enfin tu vois quoi, qu’est ce que tu penses du mariage pour les… enfin tu vois ? ».
Les yeux attablés se tournent vers moi, celui qui est… vous voyez. L’excentrique hôtesse vomit en guise de préambule à ma réponse : « Mais Benjamin ça compte pas puisqu’il est directement concerné ».
Voila que parce que j’étais présumé homosexuel dans cette réunion étrange, mon avis sur le sujet valait moins qu’un autre, alors qu’elle, présumée conne, débitait des conneries que tout le monde aurait du avaler.
C’était un moment gênant.

C’est en me remémorant ce dîner, que je ne peux plus oublier à cause de l’ultra présence médiatique actuelle de son organisatrice, que je me suis rappelé à quel point j’avais été mis mal à l’aise sans, je crois, ne l’avoir jamais montré. Personne autour de cette tablée n’avait pu imaginer un instant que cette discrimination ordinaire avait pu me choquer ou me déranger.

C’est aussi l’affreux constat que je me suis fait en discutant avec quelques ami(e)s qui eux sont loin d’être ouvertement homosexuels. A force de débats et de manifestations, le mariage pour tous est devenu une affaire uniquement politique mêlant règlements de comptes et guerres de personnes le tout à base de propos qui, extraits d’un contexte souvent difficile à cerner, sont durs. Parfois violents.

A force de parler de loi, d’adoption, de PMA, d’amendements et autres termes barbares, les débats, on oublie que cachés derrière les gros mots, il a des gens. Des personnes. Des vrais. Qui existent. Et ces gens là souffrent. Beaucoup. J’en ai entendu un pleurer au téléphone en regardant des gens défiler devant sa télévision. J’en ai vu déprimer, être touchés, blessés de voir l’homophobie et plus généralement la discrimination devenue une valeur tolérée dans les médias à large audience.

Derrière ces longs débats qui, finalement, passionnent de moins en moins de gens, se cachent au fond des chambres françaises des homosexuels jeunes ou moins jeunes qui parfois ont du mal à s’accepter comme ils sont et qui ressentent chaque manifestation comme une énorme tempête à l’intérieur d’eux. Malgré tous les arguments de ci et de là, il ressort de ces manifestations, que l’homosexualité est clairement traitée comme étant inférieure à l’hétérosexualité et qu’en 2013 il faut encore se faire entendre pour avoir des droits. Et qu’en 2013 il y a encore des gens pour se faire entendre pour que certaines n’aient pas de droits.

Je ne me battrai jamais pour le droit des homosexuels. Ni pour une cause plus qu’une autre. Je suis convaincu que la liberté est la valeur la plus importante de notre société. Et je me battrai pour. La liberté de penser, d’entreprendre, de faire, de croire, d’aimer, de donner, de refuser, de circuler… Mais je crois aussi à l’égalité. Et je me battrai pour. Pas celles des êtres entre eux parce que la nature le leur a refuser. Celle devant la loi, parce que c’est elle qui soude notre société. Chaque discrimination, chaque inégalité, est un coup à notre pays qui a pourtant su imposer ces valeurs à travers le monde, connu pour être celui des Droits de l’Homme.

L’année 2013 sera sans doute marquée par nombre de manifestations, de dérapages et de propos dont on se passerait bien. J’espère que le pays en sortira grandit. Mais ce que j’espère avant tout c’est que la débat soit aussi humanisé qu’il est actuellement passionné.