La musique désincarnée reste elle vivante ?

Dans les nombreuses années de web que nous avons subit, rares sont ceux qui ont pu passer à côté des nombreuses « fanvids » de toutes sortes où une communauté généralement sorti d’un forum de fans, réunissent leurs vidéos pour faire une sorte d’hommage à leur artiste, qui ressemble généralement plus à un « Best of Véronique Sanson tributo to Bob Marley ».
Ainsi, quelle ne fut pas ma surprise ce matin de voir émerger dans mes nombreux spams commerciaux (appelés aussi communiqués de presse), un e-mail d’Eric Whitacre, qui, bien qu’étant marié avec Hila Plitmann (qui est un peu à la beauté dansla musique ce que Amélie Mauresmo est à la beauté dans le tennis), a toujours marié intelligemment la musique classique pour chorale et l’électronique.
Fier de lui, Eric Whitacre me demande dans un ton totalement impersonnel de me rendre sur son site afin d’admirer sa nouvelle création que voici.

Soyons clairs, son projet n’a d’intérêt que le concept. Parceque bien que socialement, l’idée soit intéressante, ce qui en découle ne l’est pas du tout. Mis à part le fait que tout ceci aurait très bien pu ce faire dans des conditions d’enregistrement tout à faire normales, Whitacre prouve avec sa vidéo que la musique est un art vivant et non pas une série d’ondes émises par des cordes vocales et enregistrées par un micro. Le vidéo qui découle de son projet et aussi chiant qu’un concert de The XX au Zénith pour l’ouverture de la semaine de l’aquariophilie. En plus d’être impropre et très mal montée -et même kitch comme le notait Dorothée-, l’intérêt même de voir des gens chanter devant leur webcam approche du niveau intellectuel moyen des animateurs de Goom Radio…
Un projet test donc. Un mauvais test.

Pédophiles, chômeurs, consanguins… et assassins

C’est bien connu chez nous. Pour agir et encore pire, pour légiférer, il faut des morts ou des violons. André Rieu était trop occupé à réfrigérer les maisons de retraite pour garder son public, c’est donc vers la première solution que c’est tourné le football.

Pendant que le promoteur du Brie, Yves Jégo et sa secrétaire Romain Mouton -qui porte décidément bien son nom- tentait de nous faire croire qu’il fallait faire une minute de silence en l’honneur d’un flic mort avant d’aller voter (et pourquoi pas aussi pour la mort de la démocratie ou pire, du MoDem ?), Yann L., supporter du PSG décidait de mourir pour la France. Oui pour la France. Parceque contrairement à notre flicaillon mort pour le terrorisme qui va inciter un peu plus à la répression, Yann L. est mort pour la France. Grâce à lui, la France -et on espère les instances footballistiques- va enfin se rendre compte des dérives sociales du football qui semble être devenu le vecteur de tous les maux.

A chaque match à Paris, les abords du Parc des Princes deviennent un camp militaire. A chaque match pourtant, les lacrymos s’invitent parmi les supporters. Ainsi, ai-je été gazé un soir de match alors que j’étais venu admiré la défaite assumée des parisiens aux frais de la mairie.
A la sortie des tribunes, une bande s’agite et insulte quelques policiers qui passaient par là. La charge est donnée et les gaz sont lâchés. En contournant l’obstacle, j’aperçois par terre une écharpe bleue rouge et un peu plus loin un enfant à genoux sur le trottoir avec probablement son père. Les yeux rouges et coulant il semble avoir du mal à parler. Sur le manteau qu’il tente d’enlever se trouve une grosse tâche. En réalité, l’enfant venait se recevoir le gaz destinée à la bande qui s’était bien gardé de rester dans les parages.
C’est le lot bimensuel de la Porte de Saint-Cloud : violences, insultes et dérapes contrôlés.

Depuis plusieurs années, la mairie, la préfecture, la fédération et les clubs ferment les yeux sur ces incidents, préférant rejeter la faute sur les clubs de supporters quand des images un peu trop gênantes passent sur TF1, arguant que de toutes façons, c’est pire ailleurs. La municipalité de Paris taxant le PSG au delà des autres clubs sportifs (le football est un non seulement un sport mais également considéré comme spectacle), elle a tout intérêt à ce que le stade soit régulièrement plein, quitte à fermer les yeux sur ce qu’il s’y passe. Car même si les supporters parisiens avaient déjà fait preuve de mauvauis avec leur banderole « Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenue chez les Ch’tis » les messages et symboles nationalistes voire neo-nazis sont monnaie courante dans ce qu’on appelle les KOP.

Si le PSG, la Fédération et la Ligue étaient si gênées par ses pratiques comme elles semblent le dire aujourd’hui, pourquoi avoir laisser, à de nombreuses reprises, les choses s’envenimer ? Les clubs de suporters seraient ils plus influents qu’ils ne veulent l’avouer ? Sont-ils vraiment nécessaires aux paiements des salaires de joueurs ? Si les instances veulent vraiment taper fort cette fois, alors allons y. Frappons fort, sans hésiter. Mais pas en arrêtant de filer quelques milliers d’euros à quelques supporters pour qu’ils fabriquent des banderoles. Pourquoi ne pas organiser une journée de Ligue 1 sans supporters ? Pourquoi ne pas exclure d’office des compétitions nationales tous les clubs qui n’assurent pas la sécurité ? Pourquoi ne pas facturer aux clubs la mise à disposition des forces de l’ordre ? Sans acte vraiment probant, on serait en droit de se demander jusqu’où les dirigeants du football français sont prêts à aller pour garder leurs intérêts.

En attendant merci à toi, Yann, d’être mort. Mort pour le football. C’est beau. C’est aussi beau que de mourir sous un étendard sanglant pour la gloire du patrie. Pareil. Aussi con.

Et il est où mon vo-vote ?

J’ai vu, les larmes aux yeux, les nouvelles ce matin. 53% pour l’horreur, 53% pour la peur.
Ivre d´inconscience, tous Fils de France. Au pays des lumières, amnésie suicidaire.

Voici ce qu’aurait pu chanter Saez avec un plus de bonne volonté et moins de démagogie.
Car bien au delà de ce qu’on veut bien appeler la montée du Front National (alors qu’en réalité, le FN garde proportionnellement le même rapport entre son nombre de votes et le nombre d’inscrits), au delà de la branlée prévisible de la droite et au delà de l’existence spartiate du MoDem, ce qui est intéressant dans le premier tour de ces élections qui ne le sont pas, c’est le chiffre de l’abstention.

La majorité (qui est opposition dans les régions) nous dira que c’est parceque les élus des régions ont mal fait la travail, l’opposition (qui est majorité dans les régions) expliquera que c’est un vote sanction contre la politique du Président.

Certes.

Néanmoins (comme Michael Jackson) un chiffre m’a encore plus frappé. Comme à chaque élection. Ou plutôt un non chiffre : celui du vote blanc. Comme à chaque partie de bulletins, le chiffre des votes blancs n’est jamais mis en avant. Ni à la télé, ni dans les comptes rendus. Et pour cause, l’article L66 du Code Electoral les condamne même à ce qu’ils « n’entrent pas en compte dans le résultat du dépouillement » ce qui revient non seulement à ignorer l’expression des votants (ce qui est un joli paradoxe puisque comme le rappelait Saez -mon philosophe du jour-, nous sommes, nous sommes la Nation des Droits de l´Homme).

Pourquoi diable écarter d’emblée l’expression d’un vote qui pour le est réellement contestataire puisqu’il sanctionne l’intégralité des candidats alors que dans le même temps, chacun se pavanne sans trop se réjouir sur le chiffre des abstentionnistes qui n’ont même pas daigné se rendre dans leur salle des fêtes communales pour fêter de retour de Schumi en F1. Pourquoi donc mettre en avant le déni populaire de démocratie et le pointer du doigt -pas trop, au cas où ceux mêmes blaireaux voudraient voter au second tour- tout en étouffant le déni politique de cette même démocratie ?

Puisque le fait que plus de la moitié des inscrits qui ne se déplacent pas n’est pas un argument suffisant aux politiques pour annuler une élection, que feraient-ils si ces 53% de votants se décidaient non pas à rester chez eux pour regarder Drucker mais à voter blanc, comme pour dire « Moi je bouge mon cul, je suis citoyen, mais quand même, je vous emmerde ». Parceque finalement, révolutionner et emmerder c’est autre, c’est pas ça notre identité nationale de français ?