We Pop : La Maison Tellier

Parc de la Butte du chapeau rouge. Paris. 13 juin 2010.

Ce dimanche là, je ferme les yeux et je laisse mon imaginaire vagabonder, guidé seulement par la musique qui baigne l’espace.
Ce sont de grandes étendues verdoyantes plantées d’arbres centenaires qui composent le paysage qui me vient à l’esprit. Les personnages qui animent ce décor semblent tout droit sortis d’un western, fiers et droits comme les cowboys des films de mon enfance. Quand j’ouvre mes paupières je n’en reviens pas : ma rêverie a pris forme devant moi. Il y a là La Maison Tellier.

4 des 5 musiciens que compte habituellement la formation sont installés sur la pelouse du parc parisien dans lequel je me trouve, à quelques pas d’un arbre majestueux. Ils jouent trois morceaux aux sonorités country teintées de blues qui sont une invitation à l’évasion dans le grand ouest américain. A l’instar de la prose de Maupassant, auteur de la nouvelle qui a donné son nom au groupe, les textes interprétés pendant la session acoustique sont réalistes et imagés. A l’écoute des titres interprétés cet après midi (La peste, Mexico city blues, l’art de la fugue), les évocations sont multiples; me viennent ainsi à l’esprit des images du film des frères Cohen O brother… qui relate l’odyssée sauvage de trois prisonniers yankee et des passages du roman de Steinbeck, les raisins de la colère qui retrace l’aventure d’une famille pauvre dans une Amérique sauvage et âpre. Je ne peux m’empêcher de penser aussi au film de Sean Penn, Into the wild, et au périple solitaire de son héros, dans la nature la plus sauvage. Pas étonnantes ces références à bien y réfléchir car La Maison Tellier c’est aussi une histoire de famille. Et de grand Ouest.

La Maison Tellier ©Claire Dori

La Maison Tellier ©Claire Dori

De famille parce que les 5 musiciens qui habitent cette maison là se revendiquent comme appartenant à une même fratrie. Et tant pis si c’est pour de faux. De grand ouest parce que ce groupe originaire de Rouen emprunte à un auteur normand son nom de scène.

La voix posée sur la musique a souvent des accents de Bashung et s’accorde à merveille aux textes sombres et riches en nuances qui habillent les mélodies qui pour leur part rappellent Johnny Cash ou John Hartford. La Maison Tellier nous fait voyager le temps de trois titres entre espoir et illusions perdues, elle nous embarque dans un périple musical dépaysant, une fugue champêtre qui nous ferait oublier pour un temps que l’on est coincé à Paris en ce beau dimanche de printemps.

Au milieu d’un morceau, évènement inattendu, un personnage haut en couleurs vient faire une incursion au milieu des musiciens. On se prend à se demander comment les choses vont bien pouvoir évoluer et on n’est finalement pas surpris de voir que tout se déroule comme si de rien n’était : La musique continue et l’invitée surprise qui se met à danser contribue à donner corps à l’ambiance singulière qui s’installait au gré des notes jouées par le quartet. La tenue bigarrée de l’ondulante mélomane, l’éclat du bugle rutilant sous le soleil, les tons boisés de la contrebasse et le sourire des musiciens composent un ensemble contrasté particulièrement réjouissant dans le cadre bucolique du parc de la Butte du chapeau rouge.

Quand la musique s’arrête les quatre frères de son se prêtent gentiment au jeu des photos souvenirs. Alors que l’on se dirige ensemble vers l’arbre sur lequel était accrochée la bannière « We Pop » devant laquelle nous avons réalisé la photo rituelle de fin de session, je lance un « et pourquoi pas là, ça me parait bien, non ? ». Ni une ni deux, s’inspirant de l’idée de Louis, charmant petit ange blond jusque là perché sur une lourde branche, ils s’installent donc autour et dans le cèdre bleu pour une photographie à l’image de leur univers : sobre et intemporelle, élégante et sauvage.

Maupassant a écrit que le romancier doit tout mettre en œuvre «pour produire l’effet qu’il poursuit c’est-à-dire l’émotion de la simple réalité ». La Maison Tellier a su mettre en application ce grand principe dans la conception de sa musique. On peut leur dire merci.

La Maison Tellier – L’Art De La Fugue

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La Maison Tellier – Mexico

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Réclame

Photos par Annaïg et Claire Dori

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Written by Benjamin Lemaire

Benjamin Lemaire, photographe réalisateur et consultant en communication.

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