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Peter Pan de JP Hogan

Enfin une vraie adaptation du roman de J.M. Barrie. Une histoire féerique, un monde merveilleux, une musique magique, des acteurs parfaits ! Tous les ingrédients sont là pour faire de Peter Pan LE succès de l’année. Malgré une cible plutôt jeune, Peter Pan convient à un public très varié. On pourrait s’attendre à une nouvelle adaptation libre alors qu’en fait il s’agit d’une adaptation plutôt fidèle du livre et malgré les quelques scènes coupées qui font que le film prend quelques libertés le résultat est génial. Le budget était au rendez vous (plus de 100M$ hors coût de promotion), le casting était présent (Jason Isaacs, Ludivine Sagnier, Jeremy Sumpter, Olivia Williams…) et a donné sa chance à de nouveaux acteurs (Theodore Chester, et les autres Enfants Perdus), mais les moyens aussi : James Newton Howard, PJ Hogan, ILM aux effets spéciaux… Encore une grosse production US… Oui mais différente des autres, une production sans propagande, sans drapeau américain, sans américain qui sauve le monde, et même si Pan a un accent américain (pour l’anecdote, pendant tout l’été 2002, Jeremy a pris des cours pour apprendre l’accent anglais mais ils l’ont fait tourner avec un accent américain), Peter Pan restera la plus grande adaptation de J.M. Barrie !

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Mulholland Drive

« Quand vous roulez sur Mulholland Drive, vous vous sentez au sommet du monde. C’est comme une arête qui partage la cité en deux. A gauche, en allant vers l’ouest, vous dégringolez sur Hollywood, Beverly Hills et Bel Air, jusqu’à Pacific Palisades, avec, derrière vous, les gratte-ciel de Downtown. A droite, vous tombez dans la vallée de San Fernando, avec sa réalité bien à elle. C’est une route qui est comme figée dans le passé. »

Mulholland Dr. est le paroxysme du symbolisme hollywoodien, la limite entre Hollywood et le reste du monde, la limite manichéenne entre ceux qui font le cinéma et ceux qui le regarde. C’est sûrement ce symbolisme qui inspira David Lynch lorsqu’il commença à écrire un pilote pour ABC, tout juste après la sortie au cinéma de Lost Highway. Après plusieurs mois de tournage, le projet avorte, ABC ne produit plus, Lynch abandonne et passe à The Straight Story, après avoir tourné le pilote et un épisode. C’est Alain Sarde et Studio Canal qui donnerons à Lynch 7M$ pour enfin finir son film.

En 2001, Lynch comble ses fans et perd son public. Mulholland Drive est un succès commercial et cinématographique, les critiques sont bonnes et les récompenses sont au rendez-vous (AFI, Cannes, Oscar, Saturn, BAFTA, César, Golden Globes, Toronto etc.). David Lynch offre à l’écran une œuvre dans la tradition « Lynchienne » mais sur un scénario plus conventionnel qu’il écrit lui-même.

L’histoire
Diane est une jeune comédienne qui vient du Canada, elle arrive à Los Angeles après avoir gagné un concours de jitterbug. Elle rêve de devenir une actrice célèbre. Les choses ne se passent pas comme elle le souhaite, dans l’ombre de Camilla Rhodes dont elle est amoureuse et qui focalise l’attention. Elle devient jalouse, voudrait être à sa place, avec Adam Kesher le pur réalisateur. Diane devient dépressive et sombre dans la folie et paye un tueur pour éliminer sa rivale. Camilla est tuée car Diane obtient la clé bleue promise par le tueur. Diane a des remords, elle est poursuivie par ses démons intérieurs, elle prend un pistolet et se suicide dans son lit.

Entre rêve et réalité

Mulholland Dr. est composé de deux parties, la première de deux heures est le rêve de Diane et la seconde, la dernière demi-heure du film est la réalité telle qu’elle est vécue par les personnages. Toute l’interprétation du film repose sur ce rêve que Diane (Betty) fait et sur l’interprétation de ce délire qu’elle se créé.

Pour créer son univers, Diane utilise des éléments tirés de la réalité, notamment dans la création des personnages :

– Coco, mère d’Adam devient Mme. Lenoix, gérante des appartements

– La fille qui embrasse Camilla devient Camilla Rhodes, la fille que Hollywood s’arrache et donc l’ennemi de Betty

– A la soirée de fin, Camilla aperçoit aussi un homme avec un chapeau qui deviendra le cow-boy qui donne les ordres à Adam

– L’homme au bar du Winkie’s devient Dan, l’homme qui raconte son cauchemar au début

Diane importe aussi dans son rêve d’autres personnages comme ses parents, le tueur, sa voisine et fait subir à chaque personnage le sort qu’elle voudrait leur voir arriver.

Dans son rêve, Diane fait aussi resurgir des objets présents dans la réalité. Le prénom qu’elle se donne, Betty, est le prénom de la serveuse du Winkie’s, et Rita se rappelle de Diana car c’est le nom de la serveuse dans son rêve. De même, elle fait intervenir le carnet noir du tueur qu’elle attribue à Ed, la clé bleue qu’elle donne à Rita avec les 50.000 $ qu’elle donne au tueur. De même, elle va mêler la vie d’Adam, qu’elle déteste car Camille l’aime, en lui l’humiliant avec l’histoire du réparateur qu’Adam raconte mais aussi avec son film « L’histoire de Sylvia North », avec comme actrice principale Camilla Rhodes, alors dans son rêve, Adam voulait prendre Betty.

Diane paranoïaque

Diane arrive à Hollywood alors que c’est un univers totalement inconnu. Le sentiment de persécution de Diane se retrouvent dans son rêve d’une manière exacerbée, ici une force mafieuse, inconnue, occulte pousse tout le monde à ne voir que Camilla Rhodes, donc à ne laisser aucune chance à Betty, puisque tout est joué d’avance et arrangé en coulisse. C’est ce qui pousse tous les hommes à choisir Camilla Rhodes comme actrice principale. D’abord les frères mafieux Castigliani en imposant sa photo aux producteurs, à Adam et à son agent, puis Mr Roque, le nain moustachu qui fait figure d’autorité symbolique sur son trône et qui sanctionne les choix de Ryan Entertainment et enfin le cow-boy qui suggère également à Adam d’être sage et de choisir Camilla Rhodes.

Betty a réussi avec brio son premier test de comédienne, mais les deux ex-directrices de casting la dégoûtent du film pour lequel elle s’était présentée et qu’elle aimait, et elles l’entraînent sur un vrai plateau de cinéma. Là, Adam la remarque, il se retourne plusieurs fois, ils se croisent des yeux, il aimerait la rencontrer, mais Betty est obligée de partir car elle a rendez-vous avec Rita (source de son malheur. A cause de Rita, Betty ne peut pas voir Adam, il aurait aimer la choisir, mais il est contraint de dire : « this is the girl » quand arrive Camilla Rhodes.

Après avoir salué Betty, les grands-parents partent dans une limousine noire ou ils se moquent de Betty. Ces deux personnages symbolisent « les gens » en général. Betty se sent persécuté par toute le monde y compris des gens qu’elle ne connaît, même les gens inoffensifs cachent des monstres et seront même à l’origine du suicide de Diane.

Un symbole, un rêve

Le symbolisme utilisé au long des deux premières heures du film laisse présager qu’il d’agit d’un rêve. Lors de la disparition de Camilla on assiste à une suite de conversations téléphoniques. Le premier homme dit « the girl is still missing ». Lors du second appel, Diane ne prend pas la peine de lui faire répéter et l’homme dit « idem ». D’ailleurs téléphone utilisé et la lampe rouge sont les même que ceux qui sont dans l’appartement de Diane avant qu’elle se suicide. De même, lorsque Cynthia annonce à Adam qu’il est ruiné et que le film est compromis, Adam ne réagit pas et Diane insiste sur l’incohérence de la situation en faisant dire à Cynthia : « Je sais que tu n’es pas ruiné mais tu es ruiné ». Cette subtile confidence de Cynthia indique à Adam et au spectateur qu’on est bien dans un délire, dans un jeu de rôles, et qu’il est ruiné « pour de faux », seulement parce que Diane le veut. A plusieurs reprises, Diane va prendre plaisir à humilier Adam. Elle va le confronter à sa femme. Sa femme l’insulte et son amant l’humilie. Les réactions d’Adam et de sa femme sont improbables dans un cas pareil.

Diane n’est pas toujours cohérente dans ses choix, quand Ryan arrive devant la vitre de Mr Roque qui apparaît avec la lumière, comme par enchantement. Cela marque son immatérialité et son caractère métaphysique, comme l’expression d’une force supérieure. Elle utilise aussi deux fois la même personne pour jouer deux rôles, comme le présentateur du « Silencio » habillé en rouge et Cookie le patron de l’hôtel miteux de L.A. sont interprétés par le même acteur (avec les moustaches blanches).

A la fin, Lynch rassemble tous les symboles : l’homme monstre possède la boite bleue, c’est lui qui la met dans le sac, et c’est de là que sortent les deux grands-parents : les sources du mal sont ici rassemblées : l’homme monstre -analogie du diable-, le sac en papier kraft -le contenant, le support-, il correspond aux sacs de Rita et de Betty, mais aussi la boite bleue, le contenu, le pivot, la matérialisation et le symbole du mystère et enfin les grands-parents qui représentent les messagers, les envoyés du diable.

La mise en scène hors du commun

Les choix techniques de Lynch dans Mulholland Dr. sont le reflet de l’histoire. A plusieurs moments, Lynch va utiliser la mise en scène pour faire monter la tension dans le film notamment lors du long travelling sur la fermeture quand Rita ouvre son sac à main.

Lynch utilise aussi la mise en scène pour brouiller le spectateur. Quand Betty et Rita répètent leur texte avant l’audition, le champ/contre champ sur les deux femmes laissent penser à une altercation. De même lors du flash back de Diane et Camilla sur le canapé est: le spectateur ne remarque pas que Diane en peignoir n’est plus dans le et qu’on est passé en caméra subjective, on découvre alors Camilla avec plaisir, et le changement d’axe de la caméra permet de créer le flash back : Diane arrive, mais elle est habillée différemment, elle a meilleur mine, et le cendrier/piano est réapparu.

Lynch se sert de ces effets pour créer une meilleure transition entre la réalité et le rêve de Diane. C’es ainsi que se fait la transition entre le flash-back et le retour à la réalité est magistrale : c’est un son de vaisselle cassée de la serveuse du Winkie’s qui commence sur le plan de Diane en train de pleurer. On a ici l’expression sonore extérieure d’un sentiment intérieur.

Mais la meilleure scène de Mulholland Dr. reste sans aucun doute celle de la réunion chez Ryan Entertainment, la mise en scène est remarquable, les 6 personnes formées en trois duos sont disposées de façon symétrique autour de la table. Leurs accessoires (club de golf, mallette, expresso, verres d’eau, et cendriers) sont placés judicieusement. On remarque notamment que le reflet du club de golf et celui de la tasse à café forment deux points blancs très lumineux de part et d’autre de la table.

Le Silencio qui amène le final twist du film est la scène la plus travaillée. L’homme à la canne joue avec la spatialisation des sons, avec l’apparition de certains instruments. Mais elle donne surtout un indice au spectateur : en lui révélant l’illusion, le truqué, cela permet de lui faire accepter l’irréel tout en l’appréciant formellement. Le chant a cappella de Rebekah Del Rio apporte beaucoup d’émotion, du fait que l’on voit en parallèle les deux filles pleurer, mais aussi parce que c’est un long moment, où il n’y a que la chanson, on oublie le reste, c’est une scène qui se détache littéralement du film et qui transporte le spectateur ailleurs