Tu seras, bienvenue chez moi

J’ai ouvert mon blog en 2003 ou 2004 pendant que j’étais étudiant. j’avais entendu parler de cette tendance dans un cours de Martial Martin qui nous enseignait la communication. Assez bien pour que ça en devienne mon métier d’ailleurs. L’idée de base était de digitaliser le journal intime. Je m’en servais pour donner mon avis. Ou plutôt l’inscrire quelque part et qu’il soit visible, à l’époque personne ne lisait quoi que ce soit de ce que j’écrivais. Une façon se garder quelque chose, en somme.

Mon blog en 2005

Mon blog en 2005

Avec le temps, j’en ai créé et ai participé à d’autres, de Soul Kitchen au Hiboo, de Rock Me Up à Megaconnard en passant par LeTransistor, j’avais mes espaces de liberté sans la moindre censure sur le contenu, sa forme ou sa présentation. La liberté absolue. C’était ça internet. (Même si ça m’a couté quelques procès et assignations 🙂 )

Quand j’ai eu l’idée avec Rod Maurice du Hiboo de commencer à filmer des musiciens avec nos appareils photo (hérésie à l’époque), nous étions confrontés à un problème de taille (un problème de taille de taille d’ailleurs) : celui du poids des vidéos. Non seulement les connexions rapides n’étaient pas généralisées, mais en plus, il était compliqué d’uploader des dizaines de vidéos d’1Go sur nos propres serveurs. Nous avons alors commencé à utiliser Dailymotion qui était français ET en pleine expansion (mais qui ne reversait rien à l’époque). Au début des années 2010, YouTube nous a proposé de venir chez eux pour publier également les vidéos, tout en nous rémunérant et en bénéficiant d’une audience parallèle, celle de Google. De l’audience gratos qui paye en plus de celle naturelle de nos supports. Tout bénéf.

Avec le temps, nous (je parle de Rod et de moi, mais plus généralement des vidéastes du web) avons abandonné Dailymotion pour donner à YouTube son quasi monopole sur la vidéo en ligne, tout en utilisant l’essor des réseaux sociaux pour promouvoir nos contenus. A l’époque consultant pour plusieurs grandes marques sur ces sujets, je faisais des réseaux sociaux mon métier. Vaillant mais un peu frileux, j’expliquais à mes clients que les réseaux sociaux était un « avant poste ». Eux qui avait payé parfois plusieurs centaines de milliers d’euros pour leur site internet, n’avait qu’une envie : avoir tout plein de visites. L’opération était claire : s’installer en avant poste sur les réseaux sociaux et ramener tout plein de traffic. D’autres investissaient massivement pour avoir la plus gros communauté possible, sans savoir jamais vraiment savoir s’ils pourraient la garder ou si la plateforme pouvait fermer (nous avions tous connu la fin de MySpace, Lycos et Caramail).

Chaine  YouTube de P20RIS

Chaine YouTube de P20RIS

Evidement les grandes plateformes sociales l’ont compris, Facebook en tête, et la multiplication des pages de marques, d’artistes etc. ont fait que le nombre de messages journaliers à afficher a explosé, alors que la capacité de lecture des utilisateurs est stable. C’est comme ça que Facebook et désormais Twitter / Instagram vendent leurs produits : payez pour être surs que vos fans voient votre contenu. Vos fans. En réalité une base de données constituée sur une plateforme qui appartient à un tiers.

Avec le temps, non seulement les sites sont devenus moins importants que la présence sociale, mais parfois même cette présence a été éditorialisée à la place du site internet, via des jeux concours, des micro news, des mini critiques etc. L’avantage principal étant évidemment de se servir de la masse d’utilisateurs de ces monstres sociaux là où avoir une masse critique sur un site internet est compliqué. Il faut dire que Google s’est largement servi du SEO et d’AdWords pour fonder son empire.

Et puis on a découvert la face cachée de cette relation polygame à sens unique (et dans unique, y’a nique). Censure, puritanisme, monétisation, transparence, vente de données… Il ne se passe plus un mois sans qu’une plateforme sociale démontre que se sont ses serveurs et ses règles avant tout et que ses utilisateurs n’y sont pas libres de faire ce qu’ils veulent, parfois de manière absurde ou contre les lois de plusieurs pays.

Cette semaine PewDiePie, plus gros youtubeur (un mot qui en dit long sur l’asservissement à la plateforme) du monde s’est vu suspendre son compte Twitter (avec lequel il avait déjà des soucis de certifications supprimé puis mise sur un compte parodique) pour une mauvaise blague sur Daesh.
Le lendemain, plusieurs autres youtubeurs se sont plaints que la plateforme qui représente la quasi totalité de leurs revenus aie refusé la monétisation de certaines vidéos (parfois pour quelques mots grossiers, parfois sans raisons), a priori sous pression d’annonceurs qui ne veulent pas se retrouver avant des contenus qui ne correspondent à leur image.

Mais elles ont raisons ces plateformes. On n’entre pas chez quelqu’un sans respecter les règles. D’aucuns brandiront la neutralité du net, notion ô combien discutée (et discutable). Et pourtant, le fait qu’une vidéo soit monétisée ou non ne sera pas vue de manière différente chez les internautes, ne remettant pas en cause la sacro-sainte neutralité souvent mise en avant sans raison. On préfère alors parler de censure (comme si Twitter était un service public) ou de la mort de la culture (alors que les vidéastes sur web ne vivent que de la pub et qu’aucun ne semble même remettre en cause cette anomalie dans l’industrie culturelle).

L’hégémonie des réseaux sociaux en apportant ses énormes tuyaux plein d’yeux prêts à tout absorber a obligé tous les créateurs de contenus à abandonner leurs propres moyens de diffusion en échange de quelques compromis. Comme si l’accès à la célébrité sociale se faisait au détriment de la liberté. Reste à voir quelle valeur sera la plus importante aux yeux des créateurs dans les années à venir. Je ne suis pas optimiste.

Extrait de "Keen'V" par Seb La Frite

YouTubeur n’est pas un métier

Tout a (re)commencé un 19 octobre lors d’une obscure conférence au ministère du travail qui serait passée inaperçu sans ce livetweet.
Capture d’écran 2016-05-23 à 17.58.35
Le message est aussitôt travesti en « le ministère dit que les youtubeurs ne foutent rien, ils sont cons, ils comprennent rien ». Les principaux youtubeurs s’emballement, trouvent que le gouvernement est en dehors des réalités, et le débat se polarise en un pamphlet manichéen « jeunes youtubeurs vs vieux du gouvernement ». Pour autant l’interrogation de la sociologue Marie-Anne Dujarrier (qui n’est pas représentante du gouvernement) fait sens.

Qu’est qu’un youtubeur ?

Au sens communément admis et repris par les médias ou le public (youtubeur en France, youtuber dans les pays anglophones), un youtubeur est une personne physique qui poste des vidéos réputées originales sur son compte (renommé depuis chaine par Google). Il peut s’y mettre en scène (c’est le cas de la plupart des personnalités connues de YouTube, l’incarnation y faisant beaucoup), simplement apparaitre en voix off ou encore produire un contenu sans rapport avec lui même (série, reportage, filmer des autres etc.).

La définition exclut de fait les clips vidéos, les comptes qui publient aléatoirement des vidéos, les chaînes avec du contenus republiés. Pour autant il existe une part de flou sur une part (signification en nombre de contenus, mais pas en nombre de vues) des chaines qui publient : est-ce que mettre des vidéos d’évènements de sa vie plusieurs fois par an c’est être plus un youtubeur qu’une personne qui publie des vlogs quotidiens ? Et puis la question sans fin arrive : qu’est-ce qui est original et qu’est ce qui ne l’est pas ?
La notion qui semble néanmoins prédominer c’est la volonté de créer du contenu, et celle d’être adoubé par une communauté, peu importe son état. Finalement, est youtubeur celui qui publie sur YouTube pour l’être. Et, est considéré comme youtubeur, celui dont son auditoire lui dira qu’il le suit, où dont les pairs (youtubeurs également) confirmeront son statut.

Qu’est-ce que le travail ?

Bien que le mot travail soit sémiologiquement beaucoup plus encadré que celui de youtubeur (ne serait-ce que parce qu’il existe depuis des millénaires, que nombre d’ouvrages lui ont été consacrés, et qu’il a une définition reconnue par l’Académie Française), il existe plusieurs façon d’envisager le mot travail.

1- Au sens économique du terme, un travail est une activité (rémunérée sinon c’est de l’esclavagisme), déclarée ou non, qui produit de la richesse, via des biens ou des services. En produisant des vidéos, tous les youtubeurs ne sont pas rémunérés (il n’y a pas de raison à ce stade de différencier les vidéos de Norman, des vidéos d’un tout petit créateur amateur qui ne fait pas de vues).

2- Au sens social du terme, le travail (qu’on appelle plutôt emploi), est encadré par des lois propres à chaque pays, avec des conditions parfois propres à chaque occupation selon la hiérarchie des normes (un accord d’entreprise doit être conforme aux accords de branches, qui doivent être conformes au Code du Travail, qui doit être conforme à la Constitution, qui doit être conforme aux accords européens). Cet emploi peut être rémunéré de différentes façons :
– Un salaire (le plus commun) si l’employeur est une personne morale différente de l’employé.
– Un traitement si l’employeur est une personne publique.
– Des honoraires si l’employé exerce une profession libérale encadrée.
– Un cachet si l’employé exerce des professions artistiques dans une liste déterminée.
– Une pige si l’employé est journaliste.
– Un note de droits d’auteurs si l’employé est auteur.
– Des prélèvements sociaux sur les revenus si l’employé est indépendant mais n’entre pas dans les professions libérales encadrées, et qu’il est déclaré en tant que tel.
A ce stade il faut déjà bien séparer l’emploi du statut. Ainsi, un employé peut être journaliste sans avoir de carte de presse ou être artiste payé au cachet sans être intermittent.

Qu’est qu’un métier ?

Pour le Robert, un métier est un « travail dont on peut tirer des revenus pour gagner sa vie ». Pour le Larousse c’est une « profession caractérisée par une spécificité exigeant un apprentissage, de l’expérience ». Un métier est le nom donné à une tâche ou un ensemble de tâches ou de responsabilités à réaliser de manière régulière. Ils peuvent être anciens et avoir évolué avec le temps (forgeronnerie, agriculture), ou être apparus récemment (programmateur informatique, publicitaires).

En France, les métiers sont répertoriés par leur code APE, cinq caractères qui permettent à l’INSEE de catégoriser les entreprises au répertoire SIRENE (celui des entreprises). Le code APE permet également à Pole Emploi de cibler les recherches d’un demandeur afin de lui proposer des offres plus ciblées. Ces codes APE sont communs avec la NACE, son équivalent européen. Plusieurs milliers de métiers sont ainsi proposés et chaque années, de nouveaux sont ajoutés pour répondre aux innovations constantes de l’économie actuelle.

Un métier ne correspond ni à un statut ni à un travail. Un professeur peut être salarié du privé (salariat) ou fonctionnaire (traitement). Par ailleurs, un même emploi peut être couvert par plusieurs rémunérations. Traditionnellement, un réalisateur est rémunéré à 50% en droits d’auteurs et à 50% en cachet.

Youtubeur est il un métier ?

A ce jour, youtubeur n’est inscrit dans aucun répertoire et n’est reconnu par aucun organisme officiel comme étant un métier. Le travail est bien réel (la vidéo créée génère des pages vues, et ces visites sont directement ou indirectement monétisées via de la publicité ou de la récolte de données par Google) et personne ne le remet en question. De même, cette production de contenu nécessite un apprentissage (en pagaille : tournage, montage, diffusion, promotion…). Ainsi nous sommes exactement dans la définition du métier selon les dictionnaires.
Pour autant, ce que fait un youtubeur se décrit en 3 étapes distinctes. Elles se font successivement et dans l’ordre, sans que la précédente soit obligatoire : la conception, la production, et la diffusion.

La conception correspond à la préparation de la vidéo : trouver une idée, se demander comment la mettre en oeuvre, l’écrire, storyboarder… Cette étape peut ne pas exister dans le cas d’un Let’s Play non préparé par exemple, ou être réduite au minimum.
La production est la phase de tournage et de montage de la vidéo : prendre sa caméra, mettre en scène, jouer ou faire jouer, doubler, séquencer, découper, étalonner, monter, exporter… Là encore, cette étape peut être réduite au minimum si la vidéo est diffusée en live.
La diffusion est la phase pendant laquelle la vidéo est proposée au public : mise en ligne de la vidéo, utilisation des tags, choix du titre, relais sur les réseaux sociaux, achat d’espace…

Il apparait à ce stade très clairement que les apprentissages nécessaires à la réalisation de cette vidéo correspondent à des métiers très précis (scénariste, concepteur-rédacteur, producteur, monteur, acteur, étalonneur, social media manager, réalisateur). Quant à l’activité finale qui est de mettre à la portée du public une oeuvre audiovisuelle, elle déjà représentée de diverses façons par l’INSEE.
Capture d’écran 2016-05-23 à 19.05.00

Le statut des créateurs sur internet

Youtubeur est un terme restrictif qui ne fait sens que pour la plateforme qui exploite les vidéos des créateurs. Le manque d’alternative crédible (Dailymotion ayant perdu sa crédibilité pourtant forte il y a plusieurs années sur les contenus éditorialisés, Facebook arrivant seulement avec la monétisation des contenus et la gestion des droits) ainsi que le génie marketing et de communication de Google à aider ses créateurs à émerger en tant que personne et que média (le changement de compte en chaîne n’a pas été neutre) a fait que le terme youtubeur a pu émerger. Le manque d’encadrement du mot permet également au plus petit créateur de dire qu’il est youtubeur, et, de fait, l’égal de Cyprien ou PewDiePie, corollaire direct de ces réseaux sociaux qui en apparence donnent l’impression d’égalité et la facilité de contacts entre stars et anonymes.

A ce jour, les créateurs de contenus diffusés par YouTube sont des prestataires publicitiaires. Ils sont rémunérés sur la publicité vendue par AdSense ou par leur MCN autour de leurs vidéos. Le statut vis à vis des MCN n’est ni établi ni transparent. Les créateurs qui génèrent le plus de revenus ont le plus souvent créé une structure leur permettant de facturer (personne morale (SARL, SASU) ou personne physique (entreprise individuelle, auto entrepreneur)) légalement les montants générés. Ils sont alors prestataires via une entreprise ou indépendants. Pour l’écrasante majorité des créateurs, leur solde leur est versé sans le moindre encadrement légal sur un compte PayPal, sans que ces sommes ne soient jamais déclarées.

Extrait de "J'ai perdu des amis à cause de YouTube" de Wesley Krid

Extrait de « J’ai perdu des amis à cause de YouTube » de Wesley Krid

Parce que s’il est désormais établi que mettre des vidéos sur YouTube est à la fois un métier, un travail et potentiellement un emploi, les contraintes sociales liées à ces termes sont applicables, ce qui pose par exemple le problème du travail des mineurs (interdit avant 16 ans, sauf autorisation du préfet du département de l’employeur, et très encadré avec notamment séquestre des revenus et horaires réduits).
Par ailleurs, si les créateurs sont effectivement diffuseur de leurs oeuvres sur les plateformes (quelles qu’elles soient) et qu’en ça ils touchent des revenus publicitaires, ils sont également auteurs, réalisateurs et producteurs de leur contenus (où co-auteurs, co-réalisateurs et co-producteurs) et à ce titre devraient également toucher des droits voisins et droits d’auteurs (terme galvaudé par le Content ID/CMS de YouTube), la plupart des plateformes ayant des accords avec les sociétés d’auteurs (SACEM, SACD, SCAM). Rares sont aujourd’hui les créateurs sociétaires et les sociétés ne savent pas encore comment gérer ces créateurs.
Pour finir, le statut des plus grosses personnalités du web devraient également suivre les modèles déjà existants. C’est aujourd’hui un non sens de voir une opération publicitaire pour une marque facturée (avec ou sans SIRET d’ailleurs) par un créateur sur une structure sans qu’il ne soit légalement reconnu et donc payé en tant qu’auteur et réalisateur de son contenu.

youtube[1]

Et donc ?

Bien que le terme youtubeur ne soit pas en soit un métier, la création de vidéo en vue d’une exploitation sur une plateforme (commerciale ou non) en est un un, encadré par de conventions collectives, un code du travail et un certain nombre de statuts (droits d’auteurs, prestation, salariat et cachets notamment). On retrouve d’ailleurs ces statuts très encadrés dès lors que ces créateurs sortent d’internet (Norman en spectacle, Troye Sivan et son album chez EMI etc.) avec une logique d’encadrement (social et humain) qui se rapproche de ce qui est déjà établi.

Les créateurs ne doivent pas perdre de vue ce qu’ils sont au profit de la marque qui leur prend (et prend 50 à 60% de leurs revenus, avant même ceux de leur MCN) sous peine de devenir dépendant d’une appellation plus que d’un métier. La terminologie, aussi anecdotique paraisse elle, n’est pas neutre dans un contexte social « d’ubérisation » où l’on demande à des personnes en situation de travail de gérer leurs charges. Demander à un créateur de contenu d’émettre une facture (ou à un chauffeur Uber d’être auto entrepeneur) est à la fois une façon de simplifier la gestion des ressources (pas de charges à payer, moins de papiers à faire etc.) mais aussi une souplesse sociale (contrat souvent mal négocié facilement résiliable, aucune sécurité pour l’employé, pas de Comité d’Entreprise etc.) qui arrange tant les networks que YouTube (qui étrangement n’a pas de MCN), heureux de pouvoir se positionner en tant qu’hébergeur uniquement, statut qui n’est pas neutre dans les négociations européennes actuelles.

La mainstreamisation de l’activité de créateur de contenus sur internet ne pourra se passer d’un encadrement législatif a minima de ses pratiques. Le cas des placements de produits et de la publicité dissimulée (un grand network français fait actuellement l’objet d’une enquête diligentée par le parquet de paris pour ces faits) est un exemple flagrant : il s’agit de pratiques clairement encadrées par la LCEN totalement ignorée par nombre d’acteurs.
Un travail sur le statut des créateurs de contenus sur internet semble à ce jour indispensable, tant sur le réflexion autour du droit d’auteur, que sur l’encadrement du travail des mineurs (est-ce que les enfants de Studio Bubble Tea travaillent ?). Tout comme l’e-Sport a débuté la voix sur la création d’une fédération, la création sur internet se doit elle aussi de réfléchir à ce qu’elle va devenir, pour éviter qu’elle ne devienne prochainement la seule industrie culturelle financée uniquement par la publicité. Sa liberté en dépend.

YouTube Benjamin Lemaire

Pourquoi (et comment) avoir un manager sur YouTube ?

Un youtubeur avec qui je passais la soirée il y a quelques jours trouvait hyper cool mes activités du moment et le travail que je faisais avec lui et une marque musicale. En lui expliquant que SocialTube était avant tout une entreprise de management de talents, je me suis rendu compte que la différence majeure entre l’industrie du disque et celle de la création sur internet est que les périmètres de rôles, et l’accompagnement des artistes n’étaient pas du tout définis de la même façon. Voire pas du tout défini dans le cas du second.

En 2016, chaque musicien sait qu’il doit s’entourer. Un groupe, des musiciens en premier. Un manager pour l’accompagner et le conseiller. Un éditeur qui est souvent son premier partenaire professionnel. Un label. Un tourneur. Et parfois un avocat, un distributeur etc. L’arrivée d’internet a révolutionné plusieurs métiers. Celui de la distribution musicale par exemple, s’est largement recentré sur la distribution numérique et des entreprises comme Believe Digital sont devenues des incontournables en seulement quelques années. Les nouvelles activités créatrices professionnalisées que sont notamment les youtubeurs, sont apparues sans aucun cadre ni légal (il faudra un jour s’y intéresser), ni professionnel. Pour la plupart sortis directement de leurs chambres, les youtubeurs n’ont eu que pour seuls interlocuteurs jusqu’ici les MCN, sorte de régie publicitaire qui agrègent des chaînes en prenant un pourcentage contre une promesse d’augmentation de revenus publicitaires (rarement tenue).

Alors, à quoi sert un manager ?

Un manager est le contact privilégié de l’artiste qu’il accompagne. Il l’aide non seulement sur le développement de sa carrière (recherche de financement, accompagnement à la production, diversification des activités), mais le conseille aussi sur ses choix, aussi bien artistiques que juridiques. Son rôle, grâce à sa vision globale et ses expériences, est de guider l’artiste sur les choix qu’il doit faire pour sa carrière (faire un nouveau programme ou le remodeler, accepter ou refuser une proposition commerciale, gérer une participation télé, aider à la communication 360°) mais aussi l’aider à se structurer (créer la bonne forme d’entreprise, gérer ses impôts etc.).
Le manager sert uniquement les intérêts de la personne qu’il représente, à l’inverse d’une régie dont le métier est de vendre le plus possible, ou d’une agence de communication dont le métier sera de faire de l’audience. Ses compétences en négociations permettent généralement de faire aisément revaloriser un contrat. Et il est toujours plus simple de négocier pour un autre que pour soi.

Est-ce que je peux avoir un manager et un MCN ?

Oui. Un seul MCN français refuse de négocier avec les intermédiaires (agents, managers et autres producteurs), principalement pour imposer ses propres conditions, qui ne sont pas en faveur des talents. Tous les autres acceptent sans trop de problème puisque ça ne leur coûte rien à eux, et qu’avoir un talent accompagné est du travail en moins pour eux, et potentiellement une chaîne qui va plus se dévleopper et donc leur rapporter pus d’argent. Donc oui, on peut avoir et un manager et un MCN !

Combien coûte un manager ?

Excellente question que je me remercie de me poser. Dans le cinéma, un agent artistique prends 10% des contrats des artistes qu’il représente. Dans la musique, un manager prend 15% des revenus. Dans les deux cas, ce sont des pourcentages exclusifs, c’est à dire que le représentant prend un pourcentage quand bien même le contrat ne vient pas directement de lui (c’est un travail global commun qui fait que ça fonctionne et que des gens donnent du travail à l’artiste). La pratique veut qu’un talent ne reverse jamais rien directement à son manager. Comment ? Le manager négociant lui même le contrat, il inscrit au contrat sa rémunération et se fait directement payer par l’employeur. Ainsi, l’artiste ne paye jamais directement son manager, ce qui est beaucoup plus simple. Le métier de manager d’influenceurs du web n’est pas règlementé (pas encore) alors on peut imaginer des tas de formes différentes sur les contrats. Le pourcentage peut notamment dépendre du travail fait pour l’artiste et des rôles joués (par exemple, si le manager devient producteur du contenu en le finançant (ce qui est interdit dans le cinéma)).
Dans tous les cas, il ne faut JAMAIS payer un manager d’avance ni le payer pour des prestations non réalisées ou des promesses. Un représentant d’artistes ne peut gagner QUE sur l’argent que gagne réellement son artiste. Et quelque soit le contrat, un manager qui prendrait plus de 20 ou 25% des revenus globaux d’un artiste est un escroc.

Qu’est-ce qu’un contrat de management ?

Le contrat de management est établi entre l’artiste et l’entreprise du manager. Il doit forcément indiquer des mentions légales précises : nom et coordonnées du talents (ou de son représentant), nom de l’entreprise mandataire et de son représentant, adresse, RCS/SIRET/raison sociale, numéro de licence au besoin, les activités couvertes par le contrat (voire les noms exacts des comptes concernés), la rémunération/revshare, un mandat autorisant le manager à commercialiser les réseaux ou l’image du talent.
Le contrat peut être à durée déterminée (généralement de 1 à 3 ans) ou non (actif jusqu’à résiliation), exclusif ou non. Il peut être utile de se faire entourer (par un avocat ou un juriste) lors de la rédaction.
La signature de ce contrat est très important. Il existe de nombreux cas de contrat de management qui ont coûté très cher à être cleané (annulé) parce que l’artiste n’avait pas correctement lu toutes les clauses ou qu’il s’était engagé pour des années et des années dans des conditions qui ne lui étaient pas du tout avantageuses.

Comment je choisis mon manager ?

Il y a autant de profils que de manager. Le plus important est d’avoir quelqu’un avec qui le feeling est bon et en qui on a totalement confiance. Idéalement, il a un background dans la l’artistique ou la représentation artistique, de nonnes bases juridiques pour la négociation du contrat et surtout une excellente connaissance du milieu dans lequel on évolue.
Avant de chercher un manager, il faut se demander la même chose qu’en cherchant un MCN : qu’est ce que j’attends de lui ? Il faut se poser les bonnes questions pour exiger les bonnes réponses de la personne qu’on a rencontrer. Est-ce que je veux passer à la télé ? Avoir mon émission ? Sortir un livre ? Faire plus de vidéo ? Pouvoir tourner en studio ? Avoir plus de moyens ? Augmenter mon nombre d’abonnés ? Si oui, pourquoi faire ? Tourner des fictions sur YouTube ? Avoir des plus gros invités sur ma chaîne ?
Il est très important de savoir pourquoi l’on veut un manager. Et savoir si, effectivement, on en veut un, et le cas échéant, si celui à qui l’on parle répondra à nos attentes.

uber_taxi_by_cierra_pedro_WEB-630x416[1]

Pourquoi les taxis parisiens sont des cons

Quiconque a un jour interpellé Uber, Heetch et autres Chauffeur Privé sur les réseaux sociaux a forcément déjà vu débouler dans ses notifications la horde des taxis numérisés, tels des rageux masqués sur un forum obscur du 15-18. Se servant de toutes les plaintes des clients, ses comptes trolls aux biographies évocatrices (« anti-VTC » « macronisation de l’économie » etc.) racontent comment, contrairement à l’idée de ses crétins de clients qui les utilisent, ces services de VTC sont tout nazes. Et que finalement, bah les taxis c’est cool.
Bah non les gars, malgré tous vos arguments, vous êtes tous des crétins. Et voila pourquoi, en suivant chacun de vos arguments à la con.

Les VTC maraudent

Ah, la fameuse rumeur qui voudrait que les VTC tournent et accostent des clients au hasard des rues… Je passe ma vie dans Paris, et de toute ma vie je n’ai JAMAIS été accosté par le moindre VTC (appli ou autre). Jamais… D’ailleurs, les chauffeurs ne viennent que s’ils ont été appelés via téléphone ou application, et vérifie l’identité du client. Par contre, j’ai été plus d’une fois refusé par des taxis sous prétexte que j’habitais en petite couronne ou dans une direction qui ne leur allaient pas (c’est illégal, un taxi se doit de charger le client qui se présente à lui, peu importe sa destination). Par contre, bien avant la guéguérre VTC/taxis, les aéroports grouillaient déjà de chauffeurs qui se proposaient de ramener des voyageurs à Paris, en dehors de tout cadre légal. Ils sont toujours là d’ailleurs. Ils ne sont ni VTC, ni taxis. Mais ça, ça emmerde personne.

Les applis de VTC précarisent l’emploi

C’est vrai. En employant pour la plupart des chauffeurs auto-entrepreneurs, statut qui n’a jamais été pensé pour être un emploi à temps complet, les sociétés de VTC leur imposent d’entreprendre alors qu’ils créent surtout de la richesse pour le compte de l’entreprise qui leur donne leurs courses. Sauf que les taxis oublient de dire qu’il y ont eux-mêmes trois statuts très différents. Les salariés (principalement dans les 3 grandes entreprises que sont G7, Taxis Bleus et Alpha Taxi) qui travaillent huit heures par jour pour un salaire fixe, qui sont les moins nombreux, et qui travaillent surtout pour des services premium. Les artisans, qui ont leur propre véhicule et leur propre licence, qui sont des entrepreneurs… comme les chauffeurs VTC. Ils payent des charges à la fois sur leurs revenus et sur leurs véhicules. Et le plus souvent, ils sont affiliés à des radios qui leur filent du taf, radios auxquelles ils reversent de la thune comme un con de VTC. Bah ouais… Et j’ai gardé le meilleur statut pour la fin, les locataires. Alors mon poto, si tu sais pas ce qu’est un taxi locataire tu vas te marrer. Imagine, tu bosses pour une boite. Mais tous les matins, pour entrer dans la boite, tu dois payer ton bureau, ton ordinateur et ton internet. Et en cas de problème tu te démerdes avec. Alors ton ordinateur t’apportes un peu de boulot. Par contre si t’en as pas assez, tant pis pour ta gueule. Bah c’est le principe des taxis locataires. Ils n’ont pas de statut précaire parce qu’ils n’ont même pas de statut du tout. Ils ont juste le droit de filer de la thune à leur bailleur, en espérant à la fin de la journée avoir gagner assez d’argent pour rembourser leur loc’ du jour, et dégager des bénéfices pour bouffer (et payer le carburant, parce que bien sur, ça c’est pas dans la loc’ faut pas déconner). Et à ton avis, qui est le premier loueur de taxi à Paris ? Bah G7 bien sur. Et contrairement aux chauffeurs, les bagnoles travaillent 3 x 8H par jour. C’est bien plus rentable.

Les VTC appliquent des tarifs aléatoires

Alors là, tu vas entendre tout et n’importe quoi. Certains vont te dire « ouiiiii tout çaaaaa ils utilisent pas de compteuuuuur, du coup c’est n’importe quoiiiiii ». Et d’autres vont te dire « ouiiii tout çaaaa, ils utilisent un compteuuuuur, alors que c’est réservé aux taxiiiiiis ». Bon, bref, les deux existent. Mais dans tous les cas, tu peux toujours estimer combien tu vas raquer à peu près, tu peux choisir un servir qui te fixe le montant dans la course ou d’autres qui font ça au compteur. C’est cool le choix en fait. Mais chez les taxis y’a pas ça. Non. T’as juste le droit de payer si y’a trop de gens dans la bagnole et pour foutre un bagage dans le coffre.

Uber tue la concurrence

Que les débats se résument autour d’Uber est un fait. Principalement médiatique d’ailleurs. Pour autant, il existe une multitude d’alternatives, plus d’une dizaine juste pour les VTC par application mobile. Quant aux taxis ? G7 possèdent plusieurs milliers de taxis affiliés et… son principal concurrent Les Taxis Bleus qu’il a racheté dans une opacité financière brillamment mise à jour par Dominique Nora pour finalement représenter plus de 10 000 taxis via leur centrale radio sur à peine 15 000 véhicules à Paris. Soit 66% du marché. Et histoire d’être sur de niquer le marché à donf’, G7 vend des formations de taxi, gère une sorte de bourse aux licences, et possède Taxirama et Gamma, deux des plus grandes entreprises qui équipent les taxis (de compteur, des petites loupiottes sur le toit etc.). Sacré marché concurrentiel.

Les VTC fraudent

Qu’on parle d’évasion fiscale pour des sociétés comme Uber (et tous ses gros copains du web installés entre Dublin et Amsterdam) fait sens. Les chauffeurs eux, sont soumis aux mêmes charges que n’importe quel entrepreneur et doivent déclarer leurs revenus puisque tout est facturés à leur(s) société(s) référentes… ce qui n’est pas le cas de tous les chauffeurs. Parce que si les terminaux de CB marchent aussi souvent dans les taxis, ce n’est pas tant pour éviter de payer le coût par transaction que pour faire transiter de l’argent en liquide, comme les pourliches si souvent réclamés qui n’apparaissent jamais sur les justificatifs de course. Ni aucun justificatif d’ailleurs.

Les VTC ne payent pas leur licence

Bonne nouvelle pour tous les taxis ! La licence (dont la suppression ou l’augmentation du nombre a créé des blocages monumentaux à l’époque Attali/Sarkozy), c’est à dire l’ « autorisation de stationnement de taxi » est gratuite. Oui, gratuit. Gratos. Même pas dix balles. Ketchi. Alors me direz vous, « bah pourquoi qui gueulent ? ». Bah tout simplement ma bonne dame parce que leur nombre étant limité (aucune licence attribuée en 1990 et 2002 par exemple), et la licence étant cédable, les gros malins se sont dit qu’ils allaient se la refourguer quand ils auraient fini, histoire de s’assurer une retraire. Qui achète en priorité ? Allez, je te le donne en 200 000, comme le cours actuel… c’est G7. Parce que la location de licence est une de leur activité, qui rapporte 29M€ par an pour un peu moins de 800 plaques. Alors oui les copains, la licence est chère. Mais uniquement parce que vous le voulez bien.

Le service VTC finalement c’est nul

C’est faux. Non seulement le service ne s’est pas dégradé (il y a juste plus d’utilisateurs, plus de chauffeurs, donc, mathématiquement plus de problèmes, et plus d’abrutis pour les retweeter), mais surtout les VTC offrent un service client qu’aucun taxi (et encore moins cette vaste blague qu’est le service de contrôle des taxis rue des Morillons) ne propose. Chaque client qui se retrouve face à un problème est pris en charge, dédommagé ou remboursé. Le plus souvent sans même avoir à justifier outre mesure. Là où la totalité des mes recommandés à la préfecture et aux Morillons sont restés sans réponse.

Les chauffeurs VTC ne connaissent pas Paris

Alors vu le nombre de fois où j’ai fait répété une adresse à un taxi pour aller à côté de Bastille, ou de mecs qui m’ont mis le GPS pour faire Gare de l’Est-Ménilmontant, je me dis que je préfère largement foutre mon adresse dans une application qui va automatiquement filer l’itinéraire à mon chauffeur via un truc qui va éviter les embouteillages. Et au moins je serai pas obligé de me taper RMC pendant une demie heure.